En Larmes de pluie

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L’angoisse nouait de son entrelacs compliqué l’estomac de Wyndt lorsqu’il raccrocha. Sait-on jamais lorsqu’on prend la bonne décision ? Il sentit contre sa jambe la chaleur rassurante de Dolce, à qui il prodigua quelques caresses distraites. Puis il rentra dans le chalet en se frottant le front d'une main.

Son regard tomba sur le classeur vert qu'il avait oublié de ranger avant de passer son appel.

Malin, agent Wyndt, très malin.

Heureusement que Sael n’était pas descendu.

C’était tant mieux ; Wyndt était d’humeur anxieuse et une confrontation n'aurait fait qu'exacerber la pagaille qui régnait dans son cerveau.

Il attira d'une main le classeur pour jeter un nouveau regard à Ajene, l'adorable petite fille dont il ne pourrait jamais être le père.

Son cœur se serrait en la voyant, sa petite bouille joyeuse et ses crayons de couleur, si différente d'Eleanor, si semblablement unique.

Wyndt se passa une main sur le visage.

De l'eau. Un bon verre d'eau lui ferait du bien.

Il alla se chercher un verre dans le placard ; il y avait déjà un verre dans l'évier.

Wyndt fronça les sourcils.

Il posa le récipient près de l'évier et, après avoir jeté un regard dans la pièce, monta vérifier que Sael se trouvait toujours dans sa chambre.

Il revint précipitamment en sifflant Dolce pour qu'elle l'accompagne. La vieille chienne, malgré des années de retraite, reconnut immédiatement l'ordre et bondit sur ses pattes pour venir s'asseoir devant Wyndt. Ce dernier la fit monter à côté de lui dans le 4x4 puis démarra alors que, de son autre main, il composait le numéro d'urgence qui lui permettrait de joindre immédiatement Marie.

« Un problème ? » demanda sa supérieure en décrochant à la troisième sonnerie.

« Sael a disparu pendant que je t’appelais. Je pense que c’est une fugue et qu’iel va tenter de prendre le bus aux chutes. Je suis en route, mais il faudrait vérifier le GPS de son bracelet. S’iel est a pied, iel ne doit pas être loin. »

« Comment sais-tu que c’est une fugue et pas un groupe de— »

« J’avais laissé mon classeur d’adoption sur la table. » Intérieurement, Wyndt se maudit à nouveau pour cette bévue. « Tu auras tout le temps de m’enguirlander plus tard, je sais que c’est mérité. »

« C’est plus grave que ça » répondit Marie, mais elle ne perdit pas plus de temps et ajouta immédiatement que Sandra allait vérifier les caméras de surveillance. Puis elle lui ordonna d’attendre le résultat avant de prendre la route.

Wyndt fila devant son ordinateur, espérant pouvoir découvrir lui-même par où Sael avait filé pour gagner du temps ; mais lorsqu'il appuya sur le bouton pour le sortir de sa veille, une gerbe d'étincelles explosa en crépitements, minuscule feu d'artifice dans la semi-pénombre.

Un clou dépassait du fil d'alimentation et, au vu de la flaque d'eau que Wyndt remarquait à présent, il y avait de bonnes chances que l'ordinateur soit en train de se noyer.

Après avoir débranché son ordinateur Wyndt tira le tiroir de son bureau pour en soulever le faux fond et récupérer son arme ; en même temps, il appuyait sur la touche rappel de son téléphone.

« Oui ? » demanda aussitôt la voix de Sandra (Marie devait encore être en train d'organiser la recherche).

« Mon ordinateur est mort —Sael a provoqué un court-circuit. Je suis certain que c’est une fugue. Lae connaissant iel sera passé par la forêt. J’emmène Dolce suivre la piste. »

« Marie t’a ordonné t’attendre mon appel. »

Wyndt se mordit la lèvre. « Je peux au moins demander à Dolce de trouver une trace. Si c’est le cas, on saurait que Sael ou ses ravisseurs sont à pied et dans quelle direction ils sont partis. »

Sandra poussa un soupir audible. « C’est raisonnable mais, Wyndt— depuis qu’on t’a donné cette mission tu es ingérable. C’est erreur sur faute sur remise en question de ta supérieure —qu’est-ce qui ne va pas ? Tu étais pourtant d’un professionnalisme exemplaire. Je sais qu’il s’agit du môme… enfin, de l’affaire… tu sais. Mais ce n’était pas de ta faute, là-bas, c’était un accident. Seulement, si tu continues de faire n’importe quoi, il pourrait arriver une catastrophe, et cette fois ce sera bien dû à tes erreurs. »

Wyndt sentit son estomac faire un nouveau noeud sur lui-même. « Il faut qu’on lae retrouve, Sandra. »

« Je sais. Et j’en profite pour te dire —Marie n’est pas là, donc j’en profite… ce n’est pas une bonne idée. Te donner la garde de notre oiseau, où qu’il aille— tu n’arrives pas à garder la tête froide en ce qui le concerne. Je ne t’en blâme pas, après ce qui vous est arrivé, mais ce n’est pas bon pour vous. Et— ah, je l’ai, je l’ai ! Il est sur l’écran, il sort de la forêt en direction de l’arrêt de bus ! »

« Quoi, déjà ? »

« Saute dans la voiture au lieu de raconter ta vie, je vais regarder les horaires de passage. »

Ils raccrochèrent —probablement en même temps.

Six ans. En six ans, il ne lui était pas arrivé un pépin, pas une merde malgré la ribambelle de clients parfois gratinée qu'on lui demandait de protéger.

Et il fallait que ce soit Sael.

Sael qui boudait pour un rien, qui la moitié du temps ne faisait pas l'effort d'articuler et qui ouvrait en immense les yeux lorsqu'iel le voyait cuisiner.

Wyndt accéléra tellement sur le chemin déglingué qu’il se donna lui-même le mal de mer.

Dolce tomba du siège en gémissant et Wyndt, après avoir hésité un instant, s’arrêta juste assez longtemps pour la mettre dehors. « Je suis désolé ma vieille. Je viendrai te reprendre tout à l’heure. »

Laisser sa vieille chienne aussi loin de chez eux le dérangeait, mais cela valait sans doute mieux pour elle que les violents cahots de la route. Il n’aurait de toute manière pas dû l’emmener. Sandra avait raison, il faisait vraiment n’importe quoi !

Pestant, il appuya de nouveau sur l’accélérateur et, d’une main, connecta son téléphone à la voiture pour pouvoir appeler Sael en gardant les mains sur le volant. Mais l’enfant ne répondit pas, qu’iel ait laissé son téléphone au refuge ou qu’iel refuse de s’adresser à Wyndt.

Il abordait le dernier tiers du trajet lorsque son téléphone sonna, l’heure s’affichant en gros sur l’écran tactile.

Trente sept minutes. Ca faisait trente sept minutes qu'il avait perdu Sael.

Il décrocha, le corps glacé.

C’était la voix de Sandra. « Le bus est passé. J’ai contacté l’office de police de Brook Dinas, où se fait le prochain arrêt, et la compagnie de bus pour qu’il fasse un arrêt obligatoire. Si Sael est dedans, nous le saurons bientôt. En attendant, prend la direction de la ville. »

Wyndt négocia le passage d’un trou dans la route avec difficulté.

« On a prit contact avec tes caméras —aucun dégât de ce côté. Marie a pris la voiture vers le val vu que tu remontes. On hésite à contacter l'Institut… Ils nous rendront la vie impossible s'ils apprennent qu'on a perdu leur cobaye. »

« La confiance règne… »

C’est-ce que Wyndt aurait habituellement répondu dans ce genre de situation, un ton léger et humoristique au bout des lèvres, joyeux d'avoir à prendre la route pour un jeu de course-poursuite qui lui donnait un petit coup de fouet.

La seule chose à laquelle il pensait était son classeur vert.

Son classeur vert oublié sur la table.

Imbécile.

Imbécile.

Imbécile.

Maintenant lae gamin était perdu quelque part sur la route, peut-être à faire du stop, peut-être en train de tourner en rond dans les bois…

Son coeur lui disait, « iel est jaloux. C’est une bonne chose. »

Mais l’enfant lui avait été donné deux fois à protéger, deux fois, comme si l'univers lui offrait une chance de se racheter, et lui avait tout gâché, encore.

Si on ne lae retrouvait jamais, il ne se le pardonnerait pas.

*

Wyndt avait parcouru presque toute la route vers Brook Dinas lorsque son téléphone annonça un nouvel appel. Il décrocha aussitôt, espérant de tout son cœur qu'il s'agissait de bonnes nouvelles.

« Wyndt ? Salut, c'est Isy, ça va ? »

Non.

« J’ai une sorte d'urgence maintenant, Isy ; c'est important ? »

Rester poli. Rester poli.

« Ça dépend ; est-ce que ton urgence a un rapport avec une certaine petite personne relativement revêche et désagréable ? »

Wyndt ne prit même pas la peine de mettre son clignotant pour débouler sur le bas côté, où il immobilisa son véhicule après avoir mis les feux de détresse, le cœur battant.

« Tu sais où est Sael ? »

« Mieux : je viens de l'arrêter. »

*

Wyndt surgit dans le petit poste de police de Brook Dinas comme un bouchon de champagne dans l'œil d'un mauvais ivrogne, ses boucles brunes à demi collées à son front par la transpiration.

« Où est-il ? »

« Cellule B » dit Isy en se levant pour contourner son bureau. « Salut Wyndt. Alors comme ça, on sème ses enfants ? »

« Sael a fugué. »

« Je te laisse deviner si c'est mieux ou pire. Je l'ai repéré en pleurs à l'arrêt de bus et si j’avais su… ce môme est un petit monstre. »

Elle remonta le pantalon de son uniforme pour lui montrer un début de bleu jaunâtre. « Ça faisait longtemps qu'on ne m'avait pas donné de coup de pied dans les tibias."

Wyndt se passa une main dans les cheveux, l'en ressortit trempée, s'essuya sur la poche arrière de son jean. « C’est pour ça que tu l'as mis en cellule ? »

« Il ne me semblait pas très coopératif. J'ai carrément dû lui passer les menottes, et si je ne te connaissais pas, je lui aurais aussi collé un outrage à agent public. »

Les battements de cœur de Wyndt se régularisaient. La sueur, collant à ses bras à l'intérieur de sa veste, commençait à refroidir ; il devait sentir horriblement mauvais.

« Tu veux bien m'expliquer pourquoi le môme est si remonté ? » demanda Isy en cherchant la bonne clef dans le trousseau attaché à sa ceinture.

Wyndt s'essuya le front.

Le classeur vert. Ce fichu classeur vert.

« J’ai reçu une offre d'adoption ce matin. Sael est tombé dessus par hasard… »

Isy s'immobilisa, levant vers lui un regard semi accusateur.

« Oui, je sais, j'aurais dû mieux ranger mes affaires » répondit Wyndt en croisant les bras. « J’étais distrait. Je veux dire, d'un côté j'ai une petite fille de huit ans visiblement adorable, et de l'autre je suis toujours en période d'essai avec Sael — »

« Qui n'a rien d'un ange… »

Ses oreilles rouge vif, brûlantes, alors qu'iel se relevait devant le plant de cigüe, l'air coupable d'avoir essayé de sauver la chose.

« Je ne dirais pas ça » répliqua Wyndt sans réfléchir. « Je ne sais pas si je veux faire ce choix. »

Il se frotta le front. La transpiration avait enfin commencé à s'évaporer. « Je vais aller lae chercher, lui parler, et on va trouver une solution. »

Isy fronça les sourcils, mais resta silencieuse.

« Il y a des papiers à remplir ? »

Isy sursauta. « Ça ? Mmm, non, je n'ai rien répertorié. Personne ne saura quoi que ce soit —je vous fais cette grâce pour cette fois-ci. »

Wyndt soupira, soulagé. « Merci, Isy. Désolé pour tes tibias. »

« Mes tibias ont vu pire. Tu te souviens du chien d’Owaindt ? Le nabot en tas de poils, l'espèce de petit roquet ?… »

Les deux cellules étaient séparées du bureau par un mur épais et une porte tout aussi massive, plus pour impressionner que pour interdire toute échappatoire —ce poste était vraiment minuscule et transférait immédiatement tout criminel un peu dangereux vers les cellules d’Aberdinas. « La cellule A est en rénovation » dit Isy en ouvrant la porte. « J’ai mis le petit démon avec Margo. »

Wyndt secoua la tête : « quoi, elle a encore "oublié" de faire renouveler son permis ? »

« Je vais lui demander de se faire tester pour Azheimer » répondit Isy en entrant.

Des sacs de bétons et divers outils étaient entassés dans un coin de la cellule A ; Sael s'était recroquevillé dans le coin opposé dans la cellule B, et Margo grattait le vernis voyant de ses ongles entre les deux, par ennui.

« J’imagine que ce n'est pas pour moi ? » dit-elle en relevant la tête. « Oh, hey, salut Wyndt, c'est ton môme qui est là ? »

« Un jour, il faudra que tu fasses renouveler ton permis à l'heure » répondit Wyndt en s'approchant pour venir serrer la main qu'elle lui tendait.

« Ah, tu me connais. Je paies mes impôts, alors j'ai du mal à avaler qu'on me fasse payer aussi pour travailler. »

« C’est pour les frais de dossier. »

« Chaque année ? »

Margo haussa les sourcils, l'air un peu moqueur. « Tu la fais renouveler souvent, ta license de garde-chasse peut-être ? Non, moi je te dis, c'est que ce métier n'est pas encore accepté. Les gens ont des préjugés dans la tête, et il y en a qui préféraient le temps où on pouvait nous agresser en toute impunité, tout ça... Enfin bon, tu n'es pas là pour entendre un énième discours sur la liberté d'exercice des professions sexuelles dans le cadre de la majorité et du consentement mutuel. Si ça te dit de venir à la prochaine manif… »

Wyndt sourit, mais son esprit était ailleurs ; il attendait qu'Isy ait enfin trouvée la bonne clef et ouvert cette foutue cage.

Sael s'était repositionné pour lui tourner le dos. De la boue séchait sur le bas de son jean.

« Tu peux sortir Sael ; je vais te rendre tes affaires » déclara Isy en ouvrant grand la porte.

« Je peux sortir, aussi ? » demanda Margo avec un petit sourire moqueur.

« Quand tu auras fait venir quelqu'un pour renouveler ton permis. »

« Aucun humour, ces policières. »

Isobel lui jeta un regard blasé puis referma la porte derrière Sael.

L’adolescent avait pris le temps de teindre ses racines avant de partir, mais Wyndt remarqua qu’iel avait eu plus de mal qu’à son habitude pour appliquer le mascara qui masquait la couleur de ses cils. Iel avait croisé les bras et gardait obstinément les yeux rivés au sol.

Machinalement Wyndt posa une main à plat contre ses omoplates.

« C’est à cause de la lettre ? » murmura-t-il alors qu’ils sortaient du petit bloc de cellules. « Elle est arrivée ce matin. Je suis désolé, je ne savais pas si je devais en parler. »

Mais c'était ridicule parce que bien sûr que dans le cadre de sa mission il devait le cacher, justement pour éviter ça.

Sael le repoussa, évitant son regard. « On rentre maintenant, j'imagine ? »

Isy semblait pensive ; elle plissait le nez lorsqu'elle réfléchissait, ce qui faisait pétiller ses yeux comme des étoiles dans son visage noir. Autour de son cou, le pendentif en forme de dragon endormi se balançait lentement.

Elle se glissa derrière son bureau pour ouvrir le premier tiroir et en sortir des papiers pliés en quatre et une poche de transfusion bourrée de pièces, de billets de banque et de tampons.

« Je ne sais pas trop à qui le rendre » dit-elle. « Techniquement c'est à Sael, mais il y en a facilement pour sept cent balles la dedans, et je me demande s'il n'y a pas un trou dans une de tes poches. »

Wyndt pris la pochette de plastique épais et les papiers —des cartes et un itinéraire vers l'aéroport le plus proche, un lexique de fortune tracé dans les caractères du pays des deltas— puis les rendit à Sael.

« On verra ça plus tard » dit-il à Isy. « Pour l'instant, je pense qu'on va surtout rentrer. »

Elle haussa les épaules. « C’est ton gamin. Vous retournez à Whitewaters, alors ? »

« Oui ; il faudra qu'il se couche tôt ; il y a cours demain. »

Isobel leur fit un signe de la main lorsqu’ils sortirent tout en entrant un numéro sur son téléphone personnel.

*

Wyndt notifia Marie qu’il avait retrouvé Sael tout en lae conduisant vers la voiture. Mais lorsqu’il eut raccroché il ne monta pas immédiatement à bord.

« Donner des coups de pied à quelqu'un ? Je ne suis pas très fier de toi » dit-il finalement.

Sael serrait les dents, fixant ses pieds avec obstination.

Wyndt pinça les lèvres. « C’est juste une lettre, Sael. »

L'autre croisa les bras.

« Ça ne veut pas dire que je vais accepter. »

Sael tourna la tête vers sa droite, sourcils froncés.

« Je ne dit pas que je n'y ai pas pensé » poursuivit Wyndt, « mais je ne suis pas certain que mon salon soit plus en sécurité avec elle qu'avec toi. »

Sael secoua la tête. Ses lèvres commencèrent à trembler ; iel retenait ses larmes.

« Je n'ai pas envie… » Wyndt s’interrompit.

Je n'ai pas envie d'adopter quelqu'un d'autre.

« Je sais que tu ne fais pas les choses sans raisons », se reprit Wyndt. « Même ces coups de pieds au tibia, je sais que tu ne l'aurais pas fait sans une bonne raison ; Isy n'est pas la personne la plus délicate que je connaisse. Mais je ne pense pas que tes réactions soient toujours optimales. Et je pense que dans ce cas, tu aurais mieux fait de m'en parler, au lieu de faire une fugue et de risquer de tomber sur n'importe qui. Tu sais ce que tu risques à être découvert, et ce que tu as fait était complètement idiot. »

Sael serra davantage les bras contre luiel-même. « Je crois qu'on ferait mieux juste de rentrer » murmura-t-iel.

« Non. Je veux qu'on puisse se calmer avant, et la meilleure façon c'est d'en parler. Que tu me dises ce que tu a sur le cœur. »

Tu te fiches de moi ?

Sael dû ouvrir la bouche pour pouvoir continuer à respirer. On peut très bien retenir ses larmes, mais elles ont tendance à essayer de vous étouffer ensuite.

« Ça ne sert à rien de faire semblant » dit-iel lentement, essayant d'aspirer silencieusement cette eau qui lae noyait pour ne pas avoir à renifler. « Je veux juste rentrer à Whitewaters. »

Le classeur vert. À Whitewaters, il y a cette saleté de classeur vert, songea Wyndt.

Il tendit une main vers le visage de Sael, qui se détourna.

« Ma mère… » Iel fit une pause et renifla, s'essuya le nez d'un revers de manche. « Un jour ma mère m'a dit : ‘quand tu es né, j'ai su que tu étais un don du ciel. Puis j'ai vu tes cheveux blancs, et j'ai compris que c'était un trésor que tout le monde voudrait m'enlever’. »

Iel renifla à nouveau ; Wyndt fouilla ses poches pour lui donner un mouchoir.

Une fois état de respirer, Sael poursuivit : « Ma mère avait tord. Je ne suis pas un cadeau, je suis une malédiction. Elle a tout fait pour me cacher, et vous êtes venus quand même, et je ne sais même pas où elle est. Mais tu sais, le problème, c'est pas que tu aies fait semblait de vouloir m'adopter ; tu n'es pas vraiment le premier, et puis ce n'est pas un problème ; le problème, c'est que tu aies fait semblant… »

Sael s'interrompit, regarda un moment son mouchoir, s'en servit, essuya ses yeux.

« Je veux juste rentrer à Whitewaters. De toutes façons, je n'ai pas le choix. »

Wyndt posa une main sur son épaule mais Sael se dégagea.

« Je t'ai menti, sur certaines choses. »

Il hésita. « Mais il y a d'autres choses sur lesquelles j'ai dit la vérité. Et je ne peux pas te dire toute la vérité mais je peux te dire que je n'ai pas…

« La petite fille qu'on me propose d'adopter —elle est drôle et intelligente, c'est un parfait petit monstre... mais ce n'est pas mon parfait petit monstre. »

Sael le poussa violemment et fit quelques pas en arrière. « Pourquoi est-ce que tu fais-ça ? »

Iel baissa la tête pour contenir son tremblement.

« Je ne sais pas si tu t'en rends compte, mais c'est vraiment cruel » ajouta-t-iel entre ses dents.

Wyndt lae regarda, des gouttes accrochées au mascara de ces cils, les paupières rouges, légèrement enflées, la lèvre inférieure si fine qu'elle semblait, en tremblant, faite de gelée transparente.

Les cheveux rêches, abîmés par la teinture.

« Je te le dis parce que si tu veux… »

Est-ce que je peux le dire ? Si je le lui dis, il n’y aura pas de retour en arrière.

« J’ai… appelé ma supérieure tout à l’heure. Je voulais savoir si je pouvais quitter son équipe pour partir avec toi. Je voulais m’assurer que c’était possible avant de t’en parler. »

Sael fronça les sourcils. « Tu dis ça pour que je n'essaie plus de m'enfuir. »

« Je dis ça parce que… »

Sael l'écoutait. Sael l'écoutait. Iel avait envie de l'entendre —pire, iel avait envie de le croire.

« Tout à l'heure, quand je me suis rendu compte que tu avais disparu… »

Il se mordit la lèvre, tendit une main pour la poser sur la masse abîmée des cheveux.

Le petit bonnet rouge assit dans une flaque de sang.

« Je ne veux pas me réveiller un matin et me rendre compte que tu as vraiment disparu. »

Il serra les dents à cette idée, enleva sa main de la tête de Sael et prit une grande inspiration.

« Et toi… est-ce que tu as envie de rester avec moi ? »

Pour toute réponse il reçu un coup de pied dans les jarrets et Sael fit un bond en arrière, furieux, les yeux brillants de larmes.

« Même si tu en avais vraiment envie, tu ne pourrais pas les forcer à me laisser ici, et tu le sais ! »

Iel fit encore deux pas en arrière. « Tu n'es rien. Tu n'es personne ! L'Institut pourrait m'embarquer loin d'ici sans que tu ne te rendre compte de rien. Les Agents Spéciaux pourraient me reprendre sans problèmes ! Et je ne te parle pas des voloviennes qui tirent sur tout ce qui bouge. Arrête de faire des promesses que tu ne peux pas tenir. Tu es un menteur. Quoi que tu fasses, quoi que tu dises, je sais que c'est juste pour que je sois sage et que je me tienne tranquille. Tu n'en a rien à faire de moi. »

Sael tremblait de rage, de grosses gouttes tombant de ses yeux.

Qu'est-ce que je peux faire ?

Wyndt était tétanisé, et en plus, maintenant, il avait mal.

Ce satané gamin avec ses petits orteils pointus.

Qu'est-ce que je peux faire pour qu'iel me croit ?

Est-ce qu'il ne vaut mieux pas tout oublier, adopter Aleje —ce serait tellement plus simple. Personne pour protester, aucune organisation prête à enlever l'enfant sans prévenir—

Sael a raison, je ne peux rien faire contre ça.

Rentrer à la maison. Faire à manger. Faire semblant qu'il ne s'était passé rien de tout ça.

Attendre que la mission finisse, qu'on vienne lui prendre Sael.

Et puis vivre heureux avec la petite fille à fossettes.

Parce que Sael pleurait trop pour le voir, Wyndt lui prit doucement une main pour attirer son attention.

« Mon vrai nom est Wyndt Cynhaliad. Je travaille pour les forces spéciales depuis bientôt sept ans dans le service de protection temporaire en période de relocalisation, le PTPR, exactement comme le faisait Martha Koppel. »

Il hésita. « Si jamais tu répètes ça à quelqu'un, même à la personne la plus insignifiante, cela mettra en danger ma vie, celle de mes collègues, et celle de toutes les personnes que j'ai déjà protégées... donc ce serait vraiment bien que tu n'en parles pas. »

Sael tremblait toujours mais iel n’avait pas retiré sa main et le regardait d’un air presque hébété.

« Ta mère... n'est plus au pays des Deltas. Elle a déménagé, et se trouve également sous protection judiciaire. Elle a deux enfants, très jeunes. Tous les deux très bruns. »

Sael s'était figé. « Ma mère n'est plus là-bas ? »

Ses lèvres tremblaient.

« Non, et je ne peux pas te dire où elle est parce que je n'ai pas accès à ce genre d'informations. »

Sael ouvrit la bouche, hésita. « Elle va bien ? »

« J’aimerais te dire oui mais je n'en sais rien. Je suppose qu'elle s'en sort, et je doute qu'elle t'aie oublié. »

« Elle pleurait quand ils m'ont emmené. »

Sael s'essuya les yeux. « Ça fait onze ans maintenant, je suppose qu'elle a eu le temps d'arrêter. »

« Je suis sûr que tu lui manques. »

« Je voudrais juste… » Sael se mordit la lèvre. « Je voudrais être sûr qu'elle va bien. »

« Je peux essayer de me renseigner, si tu veux. »

Sael s'était remis à renifler, et son mouchoir ne ressemblait plus à rien ; Wyndt se releva et lui en tendit un autre.

« Elle a été prise en charge par le service de protection judiciaire national de son pays et toi par les services internationaux. Je ne sais pas si tu es au courant, mais les États n'aiment pas trop qu'on se mêle de leurs affaires internes donc, en général, on n'entretient pas de très bonnes relations avec eux, mais je peux toujours essayer. »

Sael hocha la tête.

Elle avait des enfants. Probablement une vie tranquille —plus tranquille que lorsqu'elle devait faire attention à ses mots, à ceux de son premier enfant, à la couleur de ses cheveux, de ses sourcils, de ses cils, à ce qu'iel portait, à toutes les situations d'hygiène où on pouvait comprendre qu'iel n'était pas « un homme » ou « une femme »…

On s'accroupit quand on parle à un enfant. Wyndt mit un genou à terre, en appui sur la pointe du pied, posa les mains sur ses cuisses.

« Je ne peux pas remplacer ta mère. Et je ne peux pas te promettre de réussir à t'adopter officiellement, pas avant que tu n'aies atteint ta majorité, en tous cas, parce que tu as raison : ni l'Institut Mayer ni les AS ne me laisseront faire ça. Mais je peux essayer de faire bouger les choses, ouvrir une procédure au tribunal, informer tout le monde de ton existence, et de ce qu'on te fait subir —ça te mettra en danger bien sûr, toi et toutes les personnes qui te connaissent, mais tu es déjà en danger... ce que tu n'as pas, c'est des personnes qui te protègent, et qui veulent faire des efforts pour t'aider, et ça, tu ne l'auras jamais si on continue de cacher ton existence. »

Il inspira. « Je ne dis pas qu'il faut que tu te ballades sans teinture dans les rues dès demain mais, avec une plainte officielle portée à la Justice et une couverture médiatique suffisante, on peut imaginer que cette situation sera possible un jour. »

« Tu ne peux pas me ramener chez moi ? » demanda Sael. Iel sortit la pochette de plastique de sa poche. « J’ai assez d'argent pour un billet vers chez moi et, d'accord, il y a vingt balles à toi là dedans, mais le reste sera peut-être assez pour retrouver ma mère ? »

Wyndt sentit une bouffée de rage jaillir en lui, la frustration et la colère de l'entendre parler de « là-bas » comme de « chez-luiel » sans faire référence à Whitewaters.

Il se releva, épousseta son jean. Sael lui jetait un regard anxieux, mais plein d'espoir, sa poche d'argent ridicule à la main, avec les papiers froissés de l'itinéraire.

« Je ne sais pas » répondit Wyndt un peu sèchement. « Je ne sais pas où elle est. »

Sael baissa le nez, regarda la pochette qu'il tenait en la lissant un peu du pouce.

Wyndt soupira.

« Je vais essayer. »

L'enfant releva la tête.

« Je ne peux rien te promettre, mais je vais essayer de la retrouver. »

Sael le regarda un instant sans comprendre, puis sourit, fondit en larmes, et se jeta à son cou.

« Ne sois pas un menteur. S’il te plaît, ne sois pas un menteur ! »

Wyndt replia les bras autour de son dos aux omoplates saillantes, enfouit le visage contre son épaule.

Pendant un instant, il pu imaginer que cette chaleur et la joie mouillée qui lui coulait dans le cou étaient ceux de son enfant, son enfant rien qu’à lui.

Puis il sentit comme une piqûre intense : Sael lui tirait un poil de barbe.

Wyndt se dégagea aussitôt en se frottant la joue.

« Tu pleures ? » demanda l'autre avec son visage rouge et ses yeux tout brûlés de larmes.

« Aïe, Sael, tu n'étais pas obligé de faire ça. »

« J’avais envie, pour voir. Ta barbe pique un peu. »

Iel passa une main sur sa joue, frotta ses doigts contre les poils courts et rêches pour effacer la douleur. « Et si on rentrait à la maison ? »

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On a tous devant les yeux ces images des tours jumelles, des corps tombant dans le vide que même un photographe a réussi à figer pour l'éternité. On imagine ces corps que personne n'est venu secourir. Des banquiers... qui sait? Ces corps deux fois abandonnés. Devant la tragique verticalité qui allait les engloutir, les mains encore odorantes des derniers dollars. Ont-ils crié maman ?
C'était la cruelle alternative, l'insupportable dilemme qui se présentait à Christelle. Allait elle perdre son fils? Elle avait bravé les flammes comme elle avait plusieurs fois bravé le destin. Le destin qui s'était maintes fois acharné sur son fils. Mais toujours là. Toujours présente à la minute même où il fallait qu'elle soit là.
La vie de Christelle tourne autour de ses trois enfants depuis que son compagnon l'a abandonnée en pleine bataille. Le destin en aurait fait de même si elle ne l'avait pris en main comme on prend un taureau par les cornes pour l’empêcher de vous écrabouiller. Le destin prend parfois un malin plaisir à vous écrabouiller. Il choisit au hasard. Peu importe qu'il s'agisse d'un enfant ou d'un adulte. Le sort ne fait aucune différence, ne fait pas de sentiment. Le destin n'a pas de cœur, n'a pas d’âme. Le destin, c'est comme un banquier. Il frappe les yeux fermés sur les plus faibles. Il les ouvre quand il a accompli son méfait.
Souvent, le destin a ses complices réels ou supposés. Dès qu'un enfant souffre, il y a toujours un salaud qui rôde. Il suffit de le débusquer et de le mettre devant ses responsabilités.
On dit que le diable est dans les détails. Cette nuit là le détail avait l'apparence d'une chambre d'enfant situé au deuxième étage d'un immeuble qui venait d’être restauré selon les dires de la propriétaire. Oui, il venait d'être refait à neuf.
Il n'empêche qu'au beau milieu de la nuit, le feu s'est déclaré dans la chambre du petit Michel ,cinq ans.

Un problème électrique comme souvent.

Le petit garçon dormait, se laissant bruler. Comme la grenouille de la parabole s'était laissé cuire dans la marmite. Michel s'est laissé brûler, tétanisé par ce qui se passait dans cette chambre. Un enfant ça reste un enfant.
Peu à peu une fumée noire, dense et âcre avait envahi l'espace, pénétrant par tous les interstices du meublé pour enfin alerter la mère qui dormait dans le canapé du salon. Une mère harassé par la fatigue sans doute, qui n'a rien vu venir et qui s'est glissée confiante dans les bras de Morphée, vaincue.
Les bombes au phosphore tombant sur Dresde et Cologne générant une chaleur atomique qui fit fondre le corps des enfants sur l'asphalte me vinrent à l'esprit. Que peut faire un enfant face aux flammes sinon se laisser mourir en criant maman? Oui, Michel criait:"maman , vient à mon secours!"
Guidé par son instinct maternel, la mère s'élança à corps perdu dans le couloir menant à la chambre, les bras tendus, heurtant les murs de cet interminable, de ce satané couloir,présageant le pire, la fumée âcre commençait à lui piquer les yeux et à lui ronger les poumons. Mais qu'importe, son fils brûlait sur son lit. Les draps, la couette étaient consumés. Le corps du garçon restait collé au sommier par le dos. Le lit superposé avait brûlé, ne laissait apparaitre que la structure en ferraille. La chaleur avait entamé la chair. Bien qu'il fit un noir d'encre elle distingua les bouts de peau qui se détachaient de ce corps devenu flasque et mou. Néanmoins, avec l’énergie d'une mère au désespoir, elle réussit à extirper ce petit corps de la fournaise, une fournaise qui était à l’œuvre. Tout fondait, les carreaux de la chambre claquaient, le plâtre du plafond cassait, laissant apparaître la brique rouge, une suie noirâtre tombait en goutte de chaleur sur le corps et sur la tête de la jeune femme, insensible devant l'effroi à la chaleur du carrelage qui lui brûlait les pieds.
Malgré le malheur et le désarroi qui s'abattaient d'un coup d'un seul, la jeune mère eut la force et la présence d'esprit de garder son petit d'homme par devers elle et ainsi l'arracher aux griffes de l'enfer. Non, cette chose lui paraissait impossible. Ce qui lui arrivait était du domaine de l'impensable. Une pareille catastrophe ne pouvait arriver. Un cauchemar dont elle se sortirait vainqueure et tout redeviendrait comme avant.
Ceux qui n'ont pas d'enfant ne peuvent comprendre.
Un pauvre gamin de cinq ans qui n'a pas ému ces monstres froids que sont les assureurs qui fleurtent avec des pratiques barbares. Qu'importe la vie d'un petit d'homme?
Pour ces types l'argent est un métier pas un sacerdoce. Pourtant, un assureur est mandaté par ses clients souscripteurs pour couvrir les risques de la vie en cas de besoin. Dans le cas de Christelle ce n'était pas un besoin mais une nécessité absolue, une bouffée d'oxygène. Mais les sirènes du destin ont fait dire au banquier que celui-ci n'était que l'auxiliaire d'une fatalité dont il ne pouvait entraver la marche impitoyable.
L'établissement bancaire où Christelle avait souscrit une assurance sur les risques quotidiens lui avait opposé une fin de non-recevoir. Le banquier, un homme gros et gras au visage rond et joufflu, suant à grosses gouttes derrière un ventilateur qui brassait de l'air chaud, il parlait en fixant ses clients par dessus ses lunettes rondes, affirmant de manière péremptoire que la jeune femme ne possédait pas de contrat d'assurance, ce qui n'était pas la vérité aux dires de la jeune femme. Christelle était persuadé d'avoir conclu avec la banque une assurance qui la protégerait, elle et ses enfants des risques de l’existence. Mais comme chacun sait, les banquiers joufflus vous imposent un parapluie les jours de canicule et vous le reprennent quand il pleut des cordes.
Pourtant, la situation devint intenable pour la mère de famille et elle n'avait que son assureur vers qui se tourner. Il lui fallait juste un filet de sécurité, ne serait ce que pour pallier aux soins annexes de son garçon, ceux qui ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale, des soins parfois couteux qui étaient hors de portée de son portemonnaie.
Non, l'homme d'argent persistait dans son refus de lui accorder un premier secours.
Il n'y avait aucune trace de son contrat d'assurance.

Que faire?

Lorsque Christelle reprit connaissance, elle était dans un lit d'hôpital sans savoir encore qu'elle venait de tutoyer le pire. Des hommes en blouses blanches étaient à son chevet. Des hommes bienveillants. Une bienveillance qui n’était pas de nature rassurante. Christelle avait la phobie de la blouse blanche. La première pensée fut pour ses enfants.
La psychologue lui avait dit:
-Ne craignez rien, vos enfants sont entre de bonnes mains!
Les psychologues, ces artilleurs que l'on envoie en première ligne sur le front d'une catastrophe pour adoucir une âme meurtrie quand on peine à soigner le corps.
Alors elle se remit en mémoires la scène terrible de l'incendie de cette nuit là.
La pensée qu'il y avait encore deux autres enfants à sauver la plongea dans une terrible angoisse. L'idée qu'elle pourrait les perdre à jamais la rendait folle de désespoir. C'était une course panique contre la montre. Il fallait faire vite. Le feu se propageait. L'épaisse fumée noire devenait dangereuse et pour elle et pour ses enfants. Par chance, la chambre de la fillette située en face de celle des garçons où le feu s'était déclaré était encore épargnée. Damien avait réussi du haut de ses huit ans à mettre Émilie sur la fenêtre et criait au dehors en donnant l'alerte. Voyant ses enfants au bord de l'abîme, instinctivement et sans penser à rien, guidée par une puissante volonté de protéger sa chair, la jeune femme prit la main des enfants puis les poussa vers la porte au milieu d'une fumée qui devenait de plus plus noire, mortelle.
Elle se mit à chercher ses dernières paroles adressées à ses enfants, ses derniers souvenirs alors qu'elle était dans le couloir de l'appartement en feu. Elle se souvient du salon être à son tour dévoré par le feu de l'enfer, sans doute après un appel d'air lorsqu'elle a ouvert précipitamment la chambre de la fillette. Elle se souvient d'avoir mis ses enfants hors d'atteinte des fumées toxiques près de la porte d'entrée restée ouverte par précaution. Seul, Michel a eu moins de chance.
Sentant ses forces l'abandonner, le corps las de respirer une fumée qui lui brûlait la gorge et les poumons, elle s'était effondrée. Évanouie.
Adrien de saint-Alban
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Sonio

Albert et Léon
Les faux frères
Ont ils tord ou raison ?
10h - Avenue Jean Jaurès
Devant deux cafés express...
Bonjour Albert !
Comment vas tu Léon ?
Bien ça va , ça vient !
Trois fois rien
La routine
J'ai un nouveau chien
À cause de Micheline
Et toi Albert ?
Même refrain ?
Toujours avec le petit Robert
À portée de la main
Avec tes mots croisés
Tes lunettes dorées
Ta montre en plaqué
Ton costume croisé
Tes pompes en cro-cro
Tu en fait un peu trop !
Tu cherches à m'épater ?
...
Mon pauvre Léon
Depuis 68 tu rêves encore de faire la Révolution !
Tu n'as pas encore compris ?
Appris ?
Réfléchit ?
À quoi cela a servi ?
Même en lisant l'Huma
La société ne changera pas !
Finit le temps des barricades
Des grandes tirades
Des escapades
Des rigolades ...
Les pavés du boulevard saint Michel
La philo avec Murielle
Les riches ont des lingots d'or
Toi tu rêves encore ?
Tu sais :'
La lutte des classes
Travailleuses
Travailleurs
Les grands discours
Du grand soir
Du bon soir
On en à fait le tour
La révolution d'octobre
Le communisme
L'idéologie du Marxisme
Le mur de Berlin
Tintin !
On à donné
Mais Albert , ton capitalisme
Hé !
Manque pas de réalisme
Il écrase les petits en leur laissant des
Miettes...
La grosse part du gâteau
Chapeau !
C'est pas mieux
Mon vieux !
Dring ! le téléphone
Sonne ...
Excuse moi
Il à pas de quoi...
Je te dépose quelque part ?
Avec ma jaguar
Heu ! oui
Avenue Foch , chez la comtesse
Ma maîtresse .





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Défi
Ranne Madsen
Quinze minutes.
Une entreprise originale, un lieu de paix et de sérénité, une porte ouverte à plus de sécurité et de stabilité pour toutes ces femmes au métier si dévoyé.
Quinze minutes.
Un recueil de témoignages, les voix de celles et ceux qui ont vu ce rêve fleurir puis flétrir. Un récit sans narrateur, ou plutôt avec une multitude de narratrices et narrateurs. Une histoire qui aurait pu finir bien.
Quinze minutes.
L'histoire du quart d'heure de gloire et du quart d'heure de chute qui a bouleversé la vie de dizaines de personnes. Et détruit la vie d'une d'entre elles.

-Écrit dans le cadre du défi "Grandeur et décadence"-
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