Eclaircie

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Wyndt accepta la tasse de thé que Sael lui tendait avec un sentiment croissant de culpabilité.

« Tu ne devrais pas être en train de t’occuper de moi. »

Le vent balayait violemment l’intérieur de la pièce où ils s’étaient réfugiés, amenant des trombes d’eau qui s’étalaient au pied des fenêtres. Ils avaient été obligés de tout ouvrir pour échapper à la Javel, mais Wyndt n’était pas en état de nettoyer. Drainé, comme un étang sale au fond duquel repose un lit bourbeux en décomposition. Comme s’il venait de gratter la croûte d’une vieille plaie qui, sous l’écaille brune d’une cicatrice, dissimulait une blessure encore purulente. 

Le pue semble avoir soudain éclaté hors de Wyndt, laissant derrière lui une boursouffle vide. 

Il se sent épuisé, mais son esprit parvient tout de même à invoquer des sentiments de culpabilité et de honte. Sael ne devrait pas être en train de s’occuper de lui. 

Le thé tremble dans la grande tasse mais il n’a pas la force de boire et pose le récipient sur la banque de la cuisine à côté de laquelle il est assis. 

Sael est allé fouillé dans les placards pour en ressortir un balais serpillère et un sceau, qu’iel remplit avec difficulté dans l’évier bouché et débordant. 

Wyndt se leva lentement pour mieux évaluer les dégâts. Le môme avait bien fait les choses, agissant aussi silencieusement que possible pour se donner le temps de tout saccager. Enfin, tout...

Wyndt alla prendre, sur le bureau, l'un des cadres où souriait l'image d’Eleanor. Comme les autres, il avait été retourné face contre bois, et la photographie encadrée était donc entièrement épargnée. Au contraire, des liasses entières de documents administratifs avaient passées la nuit plongées dans l'évier ; Wyndt devrait accrocher des fils pour les y suspendre à l'aide de pinces à linge dans l'espoir d'en récupérer quelques uns.

Mentalement, il commença à établir une liste du nettoyage à faire : débarrasser le parquet de cette odeur pugnace de Javel, sauver autant que possible les meubles lacérés, nettoyer le bureau couvert de tâches d'encre (Sael avait soufflé le contenu de stylos sur tous les papiers), déboucher les toilettes ainsi que l'évier ; voir ce qu'on pouvait faire pour récupérer les murs griffonnés.

Il remarqua que la bibliothèque était recouverte d'une nappe trop courte, aspergée de Javel comme le reste des murs ; l'étagère qu'elle ne recouvrait pas avait été vidée et ses habitants de papier mis en sécurité au-sommet du meuble. Sael n'étant pas bien grand, ça n'avait pas dû être une sinécure de les déplacer.

L'unique plante verte était soigneusement enveloppée dans une autre nappe. Les gamelles de Dolce avaient disparues, mais Wyndt aurait parié qu'il allait les retrouver à l'abris quelque part.

Malgré le sifflement du vent, il entendit l’eau éclabousser le parquet en tombant du sceau trop lourd que Sael tentait de faire descendre de l’évier. Iel n’avait pas pensé à lâcher son balais-serpillère et ses habits déjà mouillés étaient désormais trempés. Wyndt fit le tour de la banque pour rattraper le sceau et le poser à terre. 

« Va prendre une douche chaude et mettre des habits secs » intima-t-il en lui prenant le balais. 

Sael penserait sans doute qu’il était fâché, mais la concision de l’agent relevait de l’épuisement. 

Débarrasser le sol des tâches de Javel entêtante lui fit mal à la tête mais l’apaisa un peu. Sael revint assez vite l’aider à nettoyer les autres surfaces sans un mot. Lorsque l’odeur se fut dissipée ils purent enfin fermer les fenêtres et commencèrent par éponger les flaques ramenées par la tempête. Puis Wyndt sortit un à un ses justificatifs bancaires de l’évier pour les suspendre à un fil et arma Sael d’un sèche-cheveux avant d’aller enfiler des habits secs. 

Réparer la plomberie de l’évier bouché sembla moins fastidieux lorsque Wyndt eut trouvé un câble de rechange pour mettre un peu de musique, bien que le rock alternatif rende moins bien sur accords de sèche-cheveux. 

Il commença à se sentir mieux après manger, pourtant c’est à ce moment que Sael se leva sans débarrasser son assiette pour faire mine de se rendre à l’étage. 

« On n’a pas finit de ranger » fit remarquer Wyndt, mais l’adolescent lui jeta un regard froid. 

« J’ai pas dit que je te pardonnais de m’avoir mentit. »

L’homme sembla interloqué. 

« J’ai eu pitié de toi à cause de ton attaque de panique, mais c’est pas une excuse, ça. Si t’avais pas envie d’en parler, tu pouvais le dire, t’étais pas obligé d’inventer toute une histoire. »

Wyndt se mordit la lèvre et détourna les yeux. Les fauteuils éventrés répandaient partout leur rembourrage humide. 

« D’accord » admit-il. « J’aurais pu m’y prendre autrement, et je suis désolé. Et toi… » Il désigna l’ensemble des meubles balafrés. « …Tu aurais pu réagir de manière plus mesurée. »

« Ma seule erreur, c’était la Javel » répliqua Sael. « Le reste, tu l’as bien mérité. »

Wyndt leva les yeux au ciel. « Est-ce que tu as ne serait-ce qu’une idée de l’argent que ça va me coûter ? »

Sael haussa les épaules. « Ce ne serait pas une punition si ça ne te faisait pas les pieds. »

Sans être très bien payé, Wyndt ne se trouvait pas non plus dans la gêne ; il s’indignait surtout par principe. « Et tu ne penses pas que tu aurais pu me faire part de ton mécontentement autrement ? »

« Quoi, en demandant de l’aide à ma mère ou en appelant la police ? » rétorqua Sael un peu plus aigrement qu’iel ne l’avait escompté —son hésitation se traduisit par une brève expression d’anxiété. 

Évidemment qu’iel n’aurait pu demander conseil à sa mère, ni à aucune famille proche ou lointaine, d’ailleurs. Et la police travaillait avec Wyndt. 

L’homme ne s’en était pas vraiment rendu compte avant, mais l’enfant était entièrement à sa merci. Complètement seul, aussi. 

Il pourrait en faire ce qu’il voulait, par exemple l’enfermer dans sa chambre jusqu’à la fin de sa mission. Il n’avait même pas à l’écouter. Il aurait pu lui donner des baffes que personne ne se serait mis en travers de sa route. Il pouvait le frapper à coups de bottes et même lui ouvrir la tête.

Peut-être que Sael s’était rendu compte qu’iel en avait trop dit, car iel détourna le regard en serrant les poings. 

Et sur qui pouvait-iel compter à l’Institut ? À part son ami Sky, qui était dans la même situation. 

Wyndt prit une inspiration et se dirigea vers son ordinateur, qu’il tenta vainement d’allumer car les câbles avaient étés coupés. Il poussa un soupir et fouilla dans un de ses tiroirs pour finir par en tirer une liasse de papier. 

Sael n’avait pas bougé mais le regardait de loin avec un mélange de crainte et de méfiance. Iel fronça les sourcils lorsque Wyndt lui tendit les feuilles. « Le reste est sur l’ordinateur que tu as saboté, espèce d’imprévoyant. Tu pourras le lire lorsque j’aurais remplacés les câbles. Reste en bas, je veux être dans le coin si tu as des questions. »

L’adolescent prit en hésitant la liasse de papiers froissés où était annoté en gras, au sommet, « Syndrome de Vel ». 

« Ce sont plus des généralités que des informations te concernant » prévint Wyndt. « Ton dossier est resté sur l’ordinateur. J’espère que tu n’as pas abîmé les données parce que je doute que madame Ward se fasse un plaisir de me les renvoyer. »


Wyndt passa le reste de l’après-midi à sécher ou jeter l’intérieur de ses fauteuils et à faire le ménage. Sael n’avait, en somme, rien commis d’irréparable, bien que Wyndt se sente particulièrement remonté contre luiel lorsqu’il vit l’état des toilettes. À l’étage cependant iel n’avait rien abîmé. La peluche d’oiseau flamboyant était même de retour sur l’étagère avec les autres, au centre. En redescendant, Wyndt remarqua que Sael s’était recroquevillé dans un coin de son lit, les papiers et sa loupe dans une main avec l’autre qui lui servait à s’essuyer les yeux.

« Est-ce que je peux faire quelque chose pour t’aider ? » demanda Wyndt en venant s’asseoir à côté de luiel avec autant de douceur que possible.

« Il y en a d’autres comme moi ? » demanda Sael d’une voix étrange, presque aigüe. « Si c’est un Syndrome, ça veut dire qu’il y en a d’autres comme moi maintenant, en ce moment ? »

« Eh bien… » Wyndt ne s’était jamais posé la question. « Je suppose. Vous n’êtes pas très nombreux, si j’ai bien compris. »

Sael se mit à pleurer pour de bon. « Pourquoi… pourquoi est-ce que c’est tombé sur moi, alors ? Qu’est-ce que j’ai de plus que les autres ? » Iel froissait les pages dans sa main mais refusa de les lâcher lorsque Wyndt tenta de les lui reprendre, alors l’homme se rapprocha de luiel pour lui frotter gentiment le dos. 

Qu’est-ce qu’il était censé dire ? Que c’était le hasard, la faute à pas de chance ? Qu’il existait certainement des personnes présentant des variations du même Syndrome qui s’approchaient encore plus de l’idéal irréaliste d’albinisme et d’intersexuation parfaite des voloviennes, mais qu’elles vivraient tranquillement jusqu’à la fin de leurs jours ? Wyndt venait à peine de prendre conscience de l’isolement et de la solitude dans laquelle Sael avait grandit, mais il ne s’était pas encore rendu compte qu’iel s’était en plus cru seul sur la planète. Cela faisait partie du mythe volovien, n’est-ce pas, qu’il n’existe qu’une seule personne élue à la fois ? Qui sait ce qu’on lui avait dit.

Si on lui avait dit quoi que ce soit.

De nouveau, Sael ne voyait plus rien, non seulement à cause des larmes mais de la fâcheuse tendance qu’avait son nystagmus à s’amplifier sous le coup des émotions. Une sorte de manifestation physique de son trouble intérieur. 

« Je n’ai même pas la bonne tête » murmura-t-iel. « J’ai pas le bon nez, j’ai les yeux bridés, je ne suis pas du tout comme la première Protégée de Volovelle. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? »

Wyndt tenta de se remémorer les quelques informations qu’on lui avait fournit sur la famille de Sael lorsque les AS l’avaient pris dans leur programme de protection : une jeune femme seule, assez pauvre, qui vivait coupée de sa famille dans un autre pays que celui de sa naissance. Pourquoi n’avait-elle pas accompagné Sael, d’ailleurs ? Comment avait-elle contacté les Forces Spéciales ? Et si elle n’avait pas demandé leur aide… qui l’avait fait pour elle ?

Wyndt ne savait pas à quoi la mère de Sael ressemblait, mais c’était certainement elle qui lui avait légué ses yeux bridés et l’arrondi de son nez puisqu’elle n’était pas née, comme lae Protégée légendaire, dans le pays des Deltas où les gens ouvraient de grands yeux noirs dans un visage menu de la même couleur. Sael aurait sans doute été très brun. 

Maintenant, la racine de ses cheveux abîmés paraissait clairement blanche. Quelques points dans ses cheveux annonçant que la nature préparait son retour en force, chassait loin d'elle les pigments sombres de la teinture.

Sael n’avait pas pris la peine de maquiller ses sourcils en sortant de la douche. Cela faisait deux ombres pâles sur les yeux gris clairs, et une rangée de cils blancs qui semblaient invisibles. 

La pupille seule se démarquait dans le visage inhabituellement blanc. 

« On ne peut pas réparer l’ordinateur aujourd’hui ? »

« Non, il faut que je change les câbles. Nous irons en chercher demain. »

Sael regarda la liasse de papiers qu’iel tenait encore, la déplia lentement et la défroissa du plat de la main. « Est-ce que je peux sortir ? J’ai encore mal à la tête. »


Wyndt alla s’appuyer à la rambarde du perron pendant que Sael se dégourdissait les jambes dans la clairière. Il en profita pour appeler chez Eleanor. 

« Wyndt, enfin, quelle bonne nouvelle ! On commençait à se poser des questions. »

Wyndt avait de la chance que ses parents le laissent s'impliquer autant. À vrai dire, le jeune homme les soupçonnait d'indulgence : lorsqu'il avait confié à sa meilleure amie ce que les médecins lui avaient dit, que la conception d'Eleanor relevait du miracle et que le phénomène ne se reproduirait certainement jamais, il était effondré. Aatifa avait sans doute suggéré à sa compagne de lui céder cette illusion de paternité, ces quelques mots accordés par la petite voix de la gamine une à deux fois par mois.

Le sacrifice n'était pas très grand : ils s'adoraient. Mais Wyndt, bien qu'il soit parvenu à faire son deuil de paternité biologique en se lançant dans la paperasserie interminable des procédures d'adoption, ressentait encore par moments des pincements au cœur en entendant la petite.

Pas aujourd’hui.

« Je vais bien, je suis juste en mission. »

Il avait parlé bas, vérifiant du coin de l'œil que Sael ne l'entendait pas. Cetce dernier fouillait dans la cabane à outils délabrée à quelques mètres de là.

« Ah, l’habituelle tripotée de randonneurs débutants » s'amusa Aatifa. « C’est qui cette fois ? Le Club des Amateurs de Bibine ? »

« C’est un mineur. »

Un silence au bout du fil.

« Quel âge ? »

« Seize ans. Orphelin, ou pratiquement. Pas de famille proche, beaucoup de centres. C’est temporaire, juste un job de famille d’accueil. »

Une autre pause. Aatifa ruminait ses mots, en mordillant probablement une mèche frisée de ses longs cheveux, comme à son habitude. 

« Ce n'est pas trop dur ? » demanda-t-elle enfin.

« Il me pique de temps à autres une crise d'adolescence, mais on s'en sort. »

« Non, je veux dire... tu vas devoir le rendre. »

Si, il était là, son pincement au cœur.

Sael s'était accroupit près de la cabane, dos à lui ; Dolce le regardait faire quelque chose en secouant joyeusement la queue.

« J’essaie de ne pas y penser » avoua Wyndt.

« Cela dit, tu cherchais plus jeune. Vu que contrairement au reste de la population mondiale, tu as envie de changer des couches. »

Elle parvint à lui arracher un sourire. 

« Et contrairement au bon sens le plus élémentaire ! Wyndt, d'expérience, je peux te dire que ça pue. »

« Ça, c'est impossible ; les enfants issus de mes gènes font du caca au parfum de jasmin. »

« Dans ce cas on s'est ratés quelque part... Oh, il va falloir que j'y aille ; notre merveille s'est mise en tête de dessiner sur les murs. Dis-moi, tu seras libre quand ? Nandini et moi aimerions —Eleanor, lâche ce feutre, tu veux ?— on aimerait venir pour les vacances comme des pachas radins qui ne veulent pas payer d'hôtel.

Un éclat rouge dans sa mémoire. Les corps inertes de la famille Koppel.

« Pour cette fois-ci les pachas radins vont devoir débourser leur or, répondit-il. Mon zigoto a des penchants pour la délinquance et il pourrait y avoir du grabuge. Pas idéal pour Eleanor. »

« Ce n'est pas trop dangereux ? »

Là, c'était sûr, elle se mordillait les cheveux.

« Oh, tu sais, je fais un boulot de planqué… » répliqua-t-il évasivement. « Je vous rappelle s'il y a du nouveau ; comment va mon petit trésor ? »

« Ton petit trésor a essayé de se mettre du rouge à lèvres avec du feutre. On dirait un clown raté. Je te la passe ? »

« S’il te plaît, oui. »

À huit ans, Eleanor faisait le pitre comme jamais ; elle lui expliqua pourquoi elle serait astronaute plus tard, ce qui avait grandement à voir avec la lune et les spaghettis. Elle lui parla aussi très sérieusement de l'université où il faudrait bientôt inscrire son chat « pour qu'il soit, lui aussi, très bien éduqué ».

Elle lui manquait, bien sûr, mais curieusement moins que d'habitude.

Lorsqu'il raccrocha, il avait le cœur léger et un sourire sur les lèvres, comme s'il venait de se libérer du poids qui écrasait son cœur.

Il remarqua alors que Sael était toujours accroupit près de la cabane et des bouteilles de désherbant, avec Dolce qui mangeait vraisemblablement quelque chose dans sa gamelle. Son cœur s'arrêta.

Il franchit les quelques mètres qui les séparaient en deux pas, fit tourner Sael vers lui en l'attrapant par l'épaule —l’enfant et la chienne levèrent deux regards immenses pour le regarder, l'un confiant et joyeux avec une queue qui s'agitait, l'autre surpris et vaguement embarrassé.

Il n'y avait pas de gamelle. Bien sûr que non, ils l'avaient laissée dans la cuisine.

À la place se trouvait une mauvaise herbe malmenée par ses allées et venue entre la maison et la cabane, mais obstinément attachée à son morceau de terre et têtue au point de résister aux piétinements inattentifs et aux bousculades de Dolce. La tige, récemment, avait cédé à ces tortures et s'était tordue en deux —Sael lui avait fait une attelle.

Trois pauvres brindilles et un bout de ficelle humide qu'iel avait dégotté au fond de la cabane ; le rouge lui montait au joue, presque jusqu'au bout du nez, iel baissait la tête en marmonnant une vague excuse, entre le « je m'ennuyais » et le « ça ne va pas marcher, hein, c'était juste pour voir ».

« Un tuteur » dit Wyndt.

Sael bredouilla son incompréhension.

« Il faut ajouter un tuteur » répéta l’agent en s'agenouilla à demi près de Sael et en attrapant lui aussi la longue tige qui, sous le poids de son attelle de bois, menaçait à nouveau de tomber.

Sael hésita un instant, méfiant, toujours prêt à prétendre que tout cela n'avait aucune importance. Puis iel sauta sur ses jambes et fila chercher une longue branche bien droite, qu'iel mis un temps infini à choisir. Tenant toujours d'une main la tige dangereusement alourdie, Wyndt lae regardait courir en s'interdisant de réfléchir à ce qu'il ressentait.

Il montra à Sael à quel endroit planter son tuteur, et lui apprit quelques manières amusantes de faire des nœuds avec son bout de ficelle. L'adolescent admit que son idée d'attelle n'était pas la meilleure et en débarrassa la tige qui, appuyée sur son tuteur et maintenue par deux bouts de ficelles se dressa encore plus droite qu'elle ne l'avait été saine.

« Il faudra bien te laver les mains » dit Wyndt alors qu'ils admiraient leur travail. « Ça a beau être une jolie fleur, la grande ciguë est très toxique. »

Sael s'agita, embarrassé. « Pourquoi est-ce que tu m'as aidé si tu savais que c'est toxique ? »

« Tu as bien choisi de l'aider, toi. »

L’enfant fit la moue, puis esquissa un sourire. Le vent revenait souffler dans les cimes, et Wyndt leva un bras pour s’en protéger. La grande cigüe, secouée par ce courant d’air, s’agita mais tint bon. 

Alors que la plante s’affirmait face à ces rafales, Wyndt sentit une petite main glisser sa chaleur au creux de sa paume. 

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On a tous devant les yeux ces images des tours jumelles, des corps tombant dans le vide que même un photographe a réussi à figer pour l'éternité. On imagine ces corps que personne n'est venu secourir. Des banquiers... qui sait? Ces corps deux fois abandonnés. Devant la tragique verticalité qui allait les engloutir, les mains encore odorantes des derniers dollars. Ont-ils crié maman ?
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Souvent, le destin a ses complices réels ou supposés. Dès qu'un enfant souffre, il y a toujours un salaud qui rôde. Il suffit de le débusquer et de le mettre devant ses responsabilités.
On dit que le diable est dans les détails. Cette nuit là le détail avait l'apparence d'une chambre d'enfant situé au deuxième étage d'un immeuble qui venait d’être restauré selon les dires de la propriétaire. Oui, il venait d'être refait à neuf.
Il n'empêche qu'au beau milieu de la nuit, le feu s'est déclaré dans la chambre du petit Michel ,cinq ans.

Un problème électrique comme souvent.

Le petit garçon dormait, se laissant bruler. Comme la grenouille de la parabole s'était laissé cuire dans la marmite. Michel s'est laissé brûler, tétanisé par ce qui se passait dans cette chambre. Un enfant ça reste un enfant.
Peu à peu une fumée noire, dense et âcre avait envahi l'espace, pénétrant par tous les interstices du meublé pour enfin alerter la mère qui dormait dans le canapé du salon. Une mère harassé par la fatigue sans doute, qui n'a rien vu venir et qui s'est glissée confiante dans les bras de Morphée, vaincue.
Les bombes au phosphore tombant sur Dresde et Cologne générant une chaleur atomique qui fit fondre le corps des enfants sur l'asphalte me vinrent à l'esprit. Que peut faire un enfant face aux flammes sinon se laisser mourir en criant maman? Oui, Michel criait:"maman , vient à mon secours!"
Guidé par son instinct maternel, la mère s'élança à corps perdu dans le couloir menant à la chambre, les bras tendus, heurtant les murs de cet interminable, de ce satané couloir,présageant le pire, la fumée âcre commençait à lui piquer les yeux et à lui ronger les poumons. Mais qu'importe, son fils brûlait sur son lit. Les draps, la couette étaient consumés. Le corps du garçon restait collé au sommier par le dos. Le lit superposé avait brûlé, ne laissait apparaitre que la structure en ferraille. La chaleur avait entamé la chair. Bien qu'il fit un noir d'encre elle distingua les bouts de peau qui se détachaient de ce corps devenu flasque et mou. Néanmoins, avec l’énergie d'une mère au désespoir, elle réussit à extirper ce petit corps de la fournaise, une fournaise qui était à l’œuvre. Tout fondait, les carreaux de la chambre claquaient, le plâtre du plafond cassait, laissant apparaître la brique rouge, une suie noirâtre tombait en goutte de chaleur sur le corps et sur la tête de la jeune femme, insensible devant l'effroi à la chaleur du carrelage qui lui brûlait les pieds.
Malgré le malheur et le désarroi qui s'abattaient d'un coup d'un seul, la jeune mère eut la force et la présence d'esprit de garder son petit d'homme par devers elle et ainsi l'arracher aux griffes de l'enfer. Non, cette chose lui paraissait impossible. Ce qui lui arrivait était du domaine de l'impensable. Une pareille catastrophe ne pouvait arriver. Un cauchemar dont elle se sortirait vainqueure et tout redeviendrait comme avant.
Ceux qui n'ont pas d'enfant ne peuvent comprendre.
Un pauvre gamin de cinq ans qui n'a pas ému ces monstres froids que sont les assureurs qui fleurtent avec des pratiques barbares. Qu'importe la vie d'un petit d'homme?
Pour ces types l'argent est un métier pas un sacerdoce. Pourtant, un assureur est mandaté par ses clients souscripteurs pour couvrir les risques de la vie en cas de besoin. Dans le cas de Christelle ce n'était pas un besoin mais une nécessité absolue, une bouffée d'oxygène. Mais les sirènes du destin ont fait dire au banquier que celui-ci n'était que l'auxiliaire d'une fatalité dont il ne pouvait entraver la marche impitoyable.
L'établissement bancaire où Christelle avait souscrit une assurance sur les risques quotidiens lui avait opposé une fin de non-recevoir. Le banquier, un homme gros et gras au visage rond et joufflu, suant à grosses gouttes derrière un ventilateur qui brassait de l'air chaud, il parlait en fixant ses clients par dessus ses lunettes rondes, affirmant de manière péremptoire que la jeune femme ne possédait pas de contrat d'assurance, ce qui n'était pas la vérité aux dires de la jeune femme. Christelle était persuadé d'avoir conclu avec la banque une assurance qui la protégerait, elle et ses enfants des risques de l’existence. Mais comme chacun sait, les banquiers joufflus vous imposent un parapluie les jours de canicule et vous le reprennent quand il pleut des cordes.
Pourtant, la situation devint intenable pour la mère de famille et elle n'avait que son assureur vers qui se tourner. Il lui fallait juste un filet de sécurité, ne serait ce que pour pallier aux soins annexes de son garçon, ceux qui ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale, des soins parfois couteux qui étaient hors de portée de son portemonnaie.
Non, l'homme d'argent persistait dans son refus de lui accorder un premier secours.
Il n'y avait aucune trace de son contrat d'assurance.

Que faire?

Lorsque Christelle reprit connaissance, elle était dans un lit d'hôpital sans savoir encore qu'elle venait de tutoyer le pire. Des hommes en blouses blanches étaient à son chevet. Des hommes bienveillants. Une bienveillance qui n’était pas de nature rassurante. Christelle avait la phobie de la blouse blanche. La première pensée fut pour ses enfants.
La psychologue lui avait dit:
-Ne craignez rien, vos enfants sont entre de bonnes mains!
Les psychologues, ces artilleurs que l'on envoie en première ligne sur le front d'une catastrophe pour adoucir une âme meurtrie quand on peine à soigner le corps.
Alors elle se remit en mémoires la scène terrible de l'incendie de cette nuit là.
La pensée qu'il y avait encore deux autres enfants à sauver la plongea dans une terrible angoisse. L'idée qu'elle pourrait les perdre à jamais la rendait folle de désespoir. C'était une course panique contre la montre. Il fallait faire vite. Le feu se propageait. L'épaisse fumée noire devenait dangereuse et pour elle et pour ses enfants. Par chance, la chambre de la fillette située en face de celle des garçons où le feu s'était déclaré était encore épargnée. Damien avait réussi du haut de ses huit ans à mettre Émilie sur la fenêtre et criait au dehors en donnant l'alerte. Voyant ses enfants au bord de l'abîme, instinctivement et sans penser à rien, guidée par une puissante volonté de protéger sa chair, la jeune femme prit la main des enfants puis les poussa vers la porte au milieu d'une fumée qui devenait de plus plus noire, mortelle.
Elle se mit à chercher ses dernières paroles adressées à ses enfants, ses derniers souvenirs alors qu'elle était dans le couloir de l'appartement en feu. Elle se souvient du salon être à son tour dévoré par le feu de l'enfer, sans doute après un appel d'air lorsqu'elle a ouvert précipitamment la chambre de la fillette. Elle se souvient d'avoir mis ses enfants hors d'atteinte des fumées toxiques près de la porte d'entrée restée ouverte par précaution. Seul, Michel a eu moins de chance.
Sentant ses forces l'abandonner, le corps las de respirer une fumée qui lui brûlait la gorge et les poumons, elle s'était effondrée. Évanouie.
Adrien de saint-Alban
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Sonio

Albert et Léon
Les faux frères
Ont ils tord ou raison ?
10h - Avenue Jean Jaurès
Devant deux cafés express...
Bonjour Albert !
Comment vas tu Léon ?
Bien ça va , ça vient !
Trois fois rien
La routine
J'ai un nouveau chien
À cause de Micheline
Et toi Albert ?
Même refrain ?
Toujours avec le petit Robert
À portée de la main
Avec tes mots croisés
Tes lunettes dorées
Ta montre en plaqué
Ton costume croisé
Tes pompes en cro-cro
Tu en fait un peu trop !
Tu cherches à m'épater ?
...
Mon pauvre Léon
Depuis 68 tu rêves encore de faire la Révolution !
Tu n'as pas encore compris ?
Appris ?
Réfléchit ?
À quoi cela a servi ?
Même en lisant l'Huma
La société ne changera pas !
Finit le temps des barricades
Des grandes tirades
Des escapades
Des rigolades ...
Les pavés du boulevard saint Michel
La philo avec Murielle
Les riches ont des lingots d'or
Toi tu rêves encore ?
Tu sais :'
La lutte des classes
Travailleuses
Travailleurs
Les grands discours
Du grand soir
Du bon soir
On en à fait le tour
La révolution d'octobre
Le communisme
L'idéologie du Marxisme
Le mur de Berlin
Tintin !
On à donné
Mais Albert , ton capitalisme
Hé !
Manque pas de réalisme
Il écrase les petits en leur laissant des
Miettes...
La grosse part du gâteau
Chapeau !
C'est pas mieux
Mon vieux !
Dring ! le téléphone
Sonne ...
Excuse moi
Il à pas de quoi...
Je te dépose quelque part ?
Avec ma jaguar
Heu ! oui
Avenue Foch , chez la comtesse
Ma maîtresse .





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Défi
Ranne Madsen
Quinze minutes.
Une entreprise originale, un lieu de paix et de sérénité, une porte ouverte à plus de sécurité et de stabilité pour toutes ces femmes au métier si dévoyé.
Quinze minutes.
Un recueil de témoignages, les voix de celles et ceux qui ont vu ce rêve fleurir puis flétrir. Un récit sans narrateur, ou plutôt avec une multitude de narratrices et narrateurs. Une histoire qui aurait pu finir bien.
Quinze minutes.
L'histoire du quart d'heure de gloire et du quart d'heure de chute qui a bouleversé la vie de dizaines de personnes. Et détruit la vie d'une d'entre elles.

-Écrit dans le cadre du défi "Grandeur et décadence"-
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