Brook Dinas

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Sky ne partageait pas les cours de sport avec Sael, ce qui ajoutait une raison de les haïr. Le principal ennemi de l'adolescent étant son corps, une séance dédiée aux prouesses physiques équivalait pour luiel à une heure de torture.   

« On va faire deux équipes » déclara la professeure d’une voix qui résonna contre les murs du gymnase.     

Sael se frotta les genoux l'un contre l'autre. Iel ne se sentait pas à l'aise en short, trop exposé, inquiet à l’idée qu’on remarque une différence entre la norme esthétique masculine et sa petite personne —la forme des genoux peut-être, la hauteur de ses mollets.   

« Sael ! Tu écoutes un peu ? »     

Tous les regards braqués sur luiel.   

Sael saisit son poignet gauche de la main droite pour se tranquilliser et jeta un regard à la ronde pour tenter de comprendre, dans le flou qui l’entourait, quelle était la situation.   

Des filles à droite, des garçons à gauche. Deux équipes.     

Iel bredouilla en baissant le nez, fit quelques pas vers la droite avant de se souvenir de sa dénomination administrative, opéra un repli stratégique pour aller se positionner derrière les garçons.    

S’iel n’avait pas également souffert d’albinisme, iel aurait pu aller se caler entre les deux, par bravade, pour faire un pied de nez à la professeure et finir la journée en retenue.  

Mais le hasard avait décidé d’accumuler les problèmes et Sael préféra ravaler sa colère.   

Derrière cette équipe, iel ne voyait pas grand chose, parce qu'iel était plus petit que la plupart d'entre eux, sans doute grâce à son héritage génétique.   

Pendant que la professeure expliquait les règles du jeu Sael en profita pour se répéter, comme à chaque fois, la liste d’excuses et de mensonges qu’iel s’était inventé au cas où quelqu’un se mette à soupçonner son identité.   

Les autres se mirent à courir, et Sael comprit assez vite qu’il s’agissait d’éviter le ballon lancé par l’équipe averse, ou de le récupérer pour inverser les rôles.   

Iel décida que son objectif principal serait de se repérer parmi les personnes floues qui s’agitaient autour de luiel et d’éviter autant que possible les collisions.   

Owen se moqua de sa prudence, évidemment, mais Owen n’avait pas les yeux qui tremblaient en permanence ni la réactivité d’un poisson rouge sur un vélo de course, donc Owen pouvait aller pourrir dans un marais puant.   

Sael avait d’autres soucis par ailleurs. Où trouver l’argent qui lui manquait pour s’enfuir ? À l’Institut, c’était devenu facile de savoir quand subtiliser quelques pièces au personnel. Mais Sael ignorait les habitudes de Wyndt, et voler quelqu’un d’ici semblait encore plus risqué. Depuis ses douleurs de la semaine dernière, qui heureusement n’avait pas ouvert la voie à d’autres désagréments, Sael s’inquiétait également pour des raisons plus immédiates : comment cacher à Wyndt ce qu’iel avait eut tant de mal à dissimuler à l’Institut ?  

Le garde-chasse avait beau faire de son mieux pour paraître compréhensif et prévenant, la probabilité qu’il soit simplement à la solde de Ward restait trop élevée pour que Sael lui accorde sa confiance.   

D’ailleurs même sans ça, c’était louche. Personne n’est aussi gentil.   

Iel en était là de ses réflexions lorsqu’un choc brutal à la tête lui fit perdre l'équilibre et s'étaler par terre.     

Owen lui lança une invective comportant les mots « crevette » et « fille », parce qu’apparemment ces termes relevaient pour lui de l’insulte, et s’éloigna en se gaussant de son méfait. Sael fit la moue, sonné, encore plus déboussolé maintenant que la tête lui tournait en plus de ne pas y voir grand chose.    

« Ça va ? » demanda gentiment un des garçons qui venait récupérer le ballon. Ses cheveux roux bouclaient autour d’un visage blanc aux cils presque invisibles de blondeur, couvert de taches de son. Des yeux clairs, pas encore de barbe. Tout maigre, habituellement discret, jamais désagréable.   

Sael rougit jusqu'à la racine des cheveux, marmonna un remerciement et se releva en serrant les poings, son cœur battant très fort.   

Iel haïssait le monde entier.     

Le caoutchouc des chaussures crissait contre la résine du sol, grincements bref et stridents qui se répercutaient contre les murs du gymnase.  

Des filles s'envoyaient la balle avec des éclats de rires. Quelques unes s'étaient assises et discutaient entre elles.  

Sael avait croisé les bras.  

Aucun garçon n'avait encore osé s'asseoir (« un homme, ça aime le sport ! »), mais certains, comme luiel, restaient un peu à l'écart de l'action, poussant la mascarade jusqu'à trottiner vers la balle de temps à autres.     

Iel décida de penser à ses billets d'avion, se refit mentalement le trajet jusqu'à l'aéroport.     

S'il faisait ça en semaine, il faudrait trouver un moyen d'occuper Wyndt.    

D’abord, couper la transmission des caméras braquées sur les frontières du domaine de Whitewaters : Sael avait déjà caché un clou derrière un des pieds de son bureau pour pouvoir le planter dans les câbles d'alimentation et provoquer un court-circuit.  

« Sael ! Tu as déjà eu de très mauvaises notes à tes derniers examens ; tu devrais t'appliquer un peu. »    

L’adolescent jeta un regard noir à sa professeure.   

« Pas la peine de me regarder comme ça » continua celle-ci d’un ton réprobateur. « Si tu veux faire de bonnes études pour avoir un bon métier, il va falloir faire plus d'efforts, et je ne suis pas la seule à le dire. J'imagine que ce n'est pas facile pour toi, mais tu n'es pas le seul dans ton cas à l'Institut. Regarde Sky : il a bien plus de problèmes, et il se montre de bien meilleure volonté. »   

C'est ça, et dis-moi tant que t'y es que l'adolescence est juste un mauvais moment à passer. Que les autres sont prêt à me laisser tomber, mais que toi, toi tu es dans le bon camp, n’est-ce pas ? Tu veux que tout le monde ait sa chance. Tout le monde fait partie de l’équipe, c’est ça ?   

De la belle et grande équipe des filles et des garçons.  

Sael grinça des dents en croisant les bras de plus belle.   

« Et tu devrais surveiller ton attitude » ajouta la professeure en se rembrunissant. « C’est la seule chose qui pourrait encore jouer en ta faveur ce semestre. »  

Iel avait mal au ventre, maintenant. Une boule d’angoisse.  

Tu n'en as rien à faire.   

Tu prétends le contraire, mais tu n’essaieras jamais de me faire une place dans le jeu, d’adapter les règles à un myope qu’aucune paire de lunettes ne viendra aider.   

Ce qui t'importe, c'est que je prenne le ballon, que je joue avec, et que je fasse semblant d'aimer ça.  

On dirait un libraire anti-Braille qui se lamente de ne rien vendre aux aveugles  

« Je ne me sens pas bien » prétendit Sael.     

La professeure leva les yeux au ciel. « Pour changer. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Va faire un tour aux toilettes. »   

L’adolescent ne se fit pas prier.    

Étant donné son statut administratif, iel avait accès aux vestiaires masculins ; mais comme l'endroit était vide, iel se faufila chez les filles.     

Les toilettes sentaient meilleur, et il y avait un distributeur de protections anti Mer Rouge dans leurs toilettes, ce qui lui serait peut-être utile un jour. 

Iel n'avait pas de règles régulières, et n’était pas certain qu’il s’agisse bien de menstrues plutôt que de simples saignements. Techniquement, il n’était pas improbable qu’iel possède un ou deux ovaires fonctionnels puisque son attirail masculin ne l'était pas, mais iel n’en savait pas assez sur son état de santé pour pouvoir évaluer correctement sa condition. Peut-être était-ce une maladie, et peut-être avait-iel tord de le cacher.  

Parfois mieux vaut avoir tord.   

En tous cas, et contrairement aux personnes qui avaient souvent moyen d’anticiper l’arrivée de la grande vague de ruine de leurs sous-vêtements, rêves prémonitoires inclus, Sael ne recevait pas d'avertissement. Pour le coup, il aurait été plus facile pour luiel d'être administrativement classifié en tant que « fille », car on n'apprenait pas grand chose sur tout ça hors des cercles privés.     

Iel se voyait mal demander des renseignements à Sky à ce sujet, et les articles du Réseau couplaient souvent leurs explications aux avertissements de « danger extrême » et « probablement : la mort » qui ne concourraient pas à lae rassurer.  

Cela dit, iel avait bien survécu jusqu'à présent en rembourrant temporairement ses sous-vêtements de papier toilette, donc on se fait à tout.  

Tout en réfléchissant, Sael observait la boîte métallique qui servait de distributeur hygiénique. Iel partit ensuite en quête d’une pièce de monnaie, dont iel se servit comme d’un tournevis sur les écrous bas de gamme.   

L'adolescent alla dissimuler son butin au fond de son sac avant de se caler tranquillement dans les vestiaires des hommes avec un livre de langue écorné emprunté en toute discrétion à la bibliothèque.  

Une de ses pires craintes était de revenir chez sa mère et de ne pas pouvoir lui parler.     

Iel imaginait un silence embarrassé, son « umma » proposant finalement quelque chose dans un bol (« sabal »), luiel acceptant d'en prendre avec reconnaissance —et en fait il s'agissait d'un outil de culte sacré, par exemple les cendres de son grand-père (« oups »).     

Sael frissonna et chercha le chapitre sur le vocabulaire religieux.  

Quand les autres élèves commencèrent à revenir, iel ferma son livre et sortit également ses affaires pour se changer.     

Iel venait d'enfiler son T-shirt lorsque Deryn, le garçon aux belles boucles rousses, s'approcha de luiel.     

Sael n'était pas particulièrement pudique —examens de l'Institut obligeant— mais ne se sentait jamais à l'aise lorsqu'une personne ignorant sa véritable identité s'approchait de trop près.     

« La prof est furieuse que tu ne sois pas revenue pour la fin du cours » fit remarquer le rouquin.     

Sael baissa le nez pour faire semblant de ranger ses affaires.   

Nullement dérouté, Deryn baissa la voix. « J’ai l'impression que tu n'es pas très heureux quand on nous met par groupe, comme ça. »     

Sael sentit une chaleur s'insinuer lentement dans ses joues et ses oreilles, et son cœur se mit à battre furieusement.   

« Tu sais, j'ai une amie qui n'aime pas qu'on la force à rejoindre une équipe de ce genre » dit le garçon en venant s'asseoir à côté de luiel pour lacer ses chaussures.  

Sael s'immobilisa. Ses jambes tremblaient, ses mains tremblaient, et la tête commençait à lui tourner.  

Pour couronner le tout, Deryn était assis très proche, et Sael sentait sa chaleur vivante flottant contre sa propre peau.   

« Je ne sais pas de quoi tu parles » répondit-iel d'une voix stupide, qui tremblait sans son accord préalable.     

Le rouquin lui jeta un regard clair d'entre la frange épaisse de ses cils blonds. « Ce que je veux dire, c'est que je peux suggérer à la prof de ne pas insister sur des groupes aussi restreints, si tu veux. Si ça peut aider. »  

Sael était toujours en short. Il fallait qu'iel mette son pantalon. Il fallait absolument qu'iel le mette, mais iel voulait sortir, sortir maintenant, s'éloigner le plus loin possible de cette personne affreuse.  

« Je ne t'ai rien demandé » répliqua-t-iel sans parvenir à hausser la voix, ou même à lever le nez de son sac.     

Iel décida d'enfiler son pantalon par-dessus le reste pour gagner du temps.     

 Si l'Institut apprend ça !...    

C'était de sa faute, iel aurait dû mieux jouer son rôle, mieux faire semblant d'être quelqu'un d'autre. S'appliquer à mentir.     

« Hé, je ne voulais pas te faire peur. »   

« C’est ça, barre-toi la gonzesse ! » lança Owen en remarquant que Sael prenait la fuite.  

« Tu peux pas le laisser tranquille deux minutes ? » répliqua machinalement Deryn avec un soupir. 

« Je t’ai causé, face de carotte ? Qu’est-qu’il y a, elle te manque ta copine ? » 

Sael posait le pied dehors au moment où Owen changea d’adversaire et son sang ne fit qu’un tour, aussi serré que ses dents et que ses poings.  

L’instant d’après Owen se mangeait une mandale magistrale qui fit écarquiller les yeux au reste de l’assemblée qui, jusque là, tentait autant que possible de rester en dehors de cette dispute stupide.  

L’instant suivant l’instant d’après, ils s’y prenaient à trois pour décrocher un Sael furieux de son adversaire, et deux d’entres eux finirent par lâcher prise tant la petite personne donnait de ruades et de coups.  

Mais Deryn tint bon entre les sursauts et les invectives et Sael finit par se calmer, tremblant de rage entre les bras tachés d’étoiles rousses, qu’iel repoussa brusquement pour se dégager. L’oriental lança encore quelques injures acides à un Owen écrasé de stupéfaction avant de quitter les vestiaires en fulminant. Le rouquin lae regarda sortir en faisant la moue.  

 

 

Owen jeta un regard noir à Sael au moment d’entrer dans le bureau de la proviseure-adjointe, et cetce dernier répliqua en lui tirant la langue. La mère d’Owen leur tournait le dos, l’adjointe était occupée à reprendre sa place derrière sa table couverte de paperasse et madame Ward n’en avait rien à faire.  

Sael se demanda s’il fallait prévenir Wyndt. Puis se dit qu’après tout, si la directrice de l'Institut faisait acte de présence et pas lui, cela ne faisait que confirmer qu’il était à sa botte.  

Les adultes prirent place sur les chaises et Sael alla se caler contre un mur en croisant les bras, ce qui lui valut une réprimande immédiate de la proviseure-adjointe et lui fit lever les yeux au ciel.  

« Ne vous fatiguez pas, c’est une vraie tête de mule » conseilla Ward en sortant son carnet de notes. « Je vous écoute ; que s’est-il passé ? » 

« Pas étonnant que votre fils se montre aussi insupportable si vous ne le reprenez jamais » déclara la mère d’Owen d'un ton pincé.  

« Sael n’est pas mon enfant, je suis simplement sa tutrice » répliqua Ward. « Vous dites qu’il a frappé cet adolescent ? » 

« C’est ce qu’ils m’ont rapporté, oui » confirma l’adjointe. « Et comme ce n’est pas la première fois que Sael pose problème, j’aimerais que vous trouviez une solution. Je pouvais tolérer son insolence quotidienne avec les professeurs, ses absences répétées et ses résultats catastrophiques, mais il est inacceptable qu’il fasse preuve de violence. » 

« Surtout que ce n’est pas la première fois qu’il se montre agressif » renchérit madame Owen en sautant sur l’occasion. « D’après mon fils, il ne se passe pas un jour sans qu’il fasse des siennes, et il n’y a pas deux semaines, il lui a jeté de l’eau au visage. » 

« On peut savoir pourquoi tu t’en es pris à Owen ? » demanda l’adjointe en tournant son regard vers Sael.  

Cetce dernier fit la moue, sourcils froncés. « J’aime pas sa tronche. » 

L’adjointe poussa un soupir alors que madame Owen se lançait dans une diatribe indignée.  

Sael serra les doigts autour de ses bras croisés et regarda le bout de ses chaussures. Vu l’heure, Wyndt allait probablement se demander pourquoi il ne l’avait pas encore vu passer la porte de l’école (et c’était tant pis pour sa pomme), mais de toutes façons cette réunion n’était qu’une perte de temps, car ces quatre imbéciles n’avaient pas besoin de comploter pour lae faire punir.  

« Vous ne pourriez pas me dire tout de suite mes heures de retenue ou je ne sais quoi ? » demanda-t-iel avec impatience.  

« Je n’ai jamais rien entendu d’aussi impertinent de ma vie » déclara madame Owen, scandalisée. « Si c’était mon fils… » 

« Un fardeau que je ne souhaite à personne » interrompit Ward. « Mais il a raison sur un point, cette réunion traîne en longueur. Qu’est-ce que vous proposez ? » 

« Uh, déjà, que vous vous chargiez de lui inculquer des notions de civisme élémentaires ? » répliqua la mère d’Owen d’un ton frôlant l’injure.  

« Je pense également que vous devriez vous impliquer un peu plus dans son éducation » fit remarquer l’adjointe.  

« Je suis directrice d’un centre d’accueil, pas mère poule » rétorqua madame Ward. « J’ai mes propres enfants et mes propres problèmes. D’autre part, Sael a toujours été une forte tête, et il ne faut pas s’attendre à ce que son tempérament change du jour au lendemain. Mais si vous pensez pouvoir faire entrer des ‘notions de civisme’ dans son petit crâne dur alors allez-y, montrez-moi donc votre remède magique à l’insolence continuelle. » 

L’adjointe allait répondre lorsqu’on frappa à la porte et que son assistant passa sa tête de blondinet décoiffé par l’embrasement de la porte. « Désolé de te déranger Carchar, mais j’ai ici un monsieur Brynmor qui cherche son gosse et— » 

Et ledit monsieur Brynmor coupa court à son explication en poussant la porte pour entrer sans y avoir été invité, l’air passablement énervé.  

Wyndt prit connaissance de la situation d’un bref coup d’oeil : une parent d’élève remontée et un garçon a priori banal, l’adjointe excédée et madame Ward qui ne payait rien pour attendre. Sael, dans un coin, serrait les dents et se crispa davantage à son arrivée, lui jetant un regard coupable.  

« Je vous ai expressément demandé de m’appeler s’il y avait le moindre problème » rappela Wyndt à la proviseure-adjointe, qui était soudain très occupée à ranger une pile de papiers.  

« Madame Ward travaille juste à côté, et elle a l’habitude d’être convoquée. » 

« Si vous m’aviez appelé, vous auriez découvert que j’étais garé devant votre établissement » répliqua Wyndt. « Mais puisque vous êtes incapable de me montrer la courtoisie à laquelle madame Ward n’a légalement plus droit, je comprends bien que je n’ai rien à faire ici. Viens, Sael. » 

L’adolescent sursauta mais ne se fit pas prier pour le rejoindre près de la porte.  

« Attendez, il a tout de même frappé un autre élève » rappela l’adjointe.  

Wyndt posa une main sur l’épaule de l’adolescent. « Qu’est-ce qu’il t’a fait ? » 

Il était étonnement facile de décontenancer Sael, ce qui cette fois-ci lui fit écarquiller les yeux, entrouvrir la bouche puis détourner le regard.  

« Votre fils s’en prend régulièrement au miens » répondit la mère de l’élève à qui on n’avait apparemment rien expliqué.  

Wyndt caressa doucement du pouce l’épaule qu’il tenait, et Sael se mit à mordiller l’intérieur de sa joue.  

« Ce serait plus simple pour moi si tu le disais » rappela Wyndt avec douceur.  

Sael fit la moue. « Il s’en est pris à Deryn » souffla-t-iel enfin.  

Owen se récria bruyamment, mais Wyndt l’ignora. « Et ça arrive souvent ? » 

L’adolescent hésita. « C’est la première fois qu’il fait ça à Deryn. » 

« Et à toi ? » 

L’adolescent détourna le regard.  

Wyndt se redressa. « Je peux savoir pourquoi tu t’en prends à Sael ? » 

Owen sembla perdre un instant ses moyens, mais avant qu’il puisse répondre sa mère bondit sur ses pieds. « Ne vous adressez pas à mon fils ! C’est à moi que vous parlez, ici. » 

« Dans ce cas c’est à vous que je le demande : pourquoi s’en prend-t-il à Sael ? » 

La mère poussa un soupir exaspéré. « Votre petit délinquant met l’école sens dessus-dessous depuis des années et vous vous en prenez à Owen ? Qui est-ce qui passe son temps à perturber les cours ? Qui est-ce qui ne passe pas une semaine sans causer un scandale ? Qui balance de la nourriture sur les autres à la cantine ou de l’eau sur mon fils dans les toilettes ? Alors excusez-moi si je ne crois pas un mot de votre énergumène. » 

Wyndt lui lança un regard froid. « Vous allez commencer par arrêter d’utiliser les mots ‘délinquants’ et ‘énergumène’ pour désigner Sael. Ensuite, et comme je n’ai plus besoin de demander pourquoi votre fils s’en prend à lui vu votre propre comportement, je vais mettre les choses au clair : moi, je vais aider Sael à trouver des manières de se défendre qui n’impliquent pas la violence et vous, votre fils, votre partenaire et votre chien, même, si vous en avez, vous allez rester aussi loin que possible de lui, à défaut d’apprendre la décence humaine. » 

Madame Owen sembla si outragée que Sael ne pu retenir un rire nerveux, ce qui la fit redémarrer au quart de tour. Mais Wyndt ne parut pas s’en formaliser et se contenta de lae pousser sans brutalité vers la porte qu’il était en train d’ouvrir. « Quand à vous » ajouta-t-il à l’adresse de Ward, « attendez-vous à une visite des services de protection de l’enfance. » 

Sael eut juste le temps de voir les narines de la directrice Mayer se contracter de colère alors que son visage, par habitude, demeurait impassible. Wyndt lae poussa complètement hors de la pièce et ferma la porte derrière eux avant de lae guider le long du couloir d’une main contre son omoplate. Après quelques mètres, il finit même par parler.  

« Tu vas bien ? » 

« Monsieur Brynmor ! »  

C’était la proviseure-adjointe, qui faisait claquer ses chaussures de sport contre le carrelage du couloir. « Monsieur Brynmor, cette affaire n’est pas réglée. » 

Wyndt s’arrêta d’un coup et pivota sur ses talons pour lui faire face.  

« Elle s’est réglée lorsque vous avez décidé de convoquer la directrice de l’institut Mayer au lieu de m’appeler moi, son tuteur légal, et cela bien que je sois venu en discuter avec vous en personne dès le premier jour. » 

« Madame Ward a été présente depuis le début de la scolarisation de Sael ici, contrairement à vous. » 

« C’est une raison pour ne pas m’appeler du tout ? » 

Elle se lécha les lèvres nerveusement. « Madame Ward nous a informé que votre… situation était temporaire. » 

« Au risque de me répéter, est-ce une raison de ne pas me tenir informé ? » Il fit quelques pas vers l’adjointe pour entrer dans sa zone de confort. « Vous ne m’avez pas montré le respect le plus élémentaire et surtout, vous avez négligé les conséquences d’une convocation sans la présence d’une autorité parentale pour Sael. Si vous voulez avoir de bons élèves, soyez une bonne professeure. Et en attendant, vous direz à la mère d'Owen de garder son fils éloigné. Bonne soirée. » 

Il repartait déjà lorsque la femme le devança pour leur bloquer la route. « Vous pensez bien que je ne peux pas vous laisser filer comme ça. Il a frappé quelqu’un d’autre, tout de même ! » 

« Très bien ; vous pensez à quoi ? » 

Elle parut surprise de sa réponse, mais se reprit aussitôt : « deux jours d’exclusion, et un avertissement officiel dans le bulletin scolaire. » 

Wyndt jeta un regard à Sael, qui leva les yeux au ciel à cette tentative de consultation. 

« Ça me semble pertinent » répondit Wyndt. « Et ce qui serait encore plus pertinent, ce serait de le faire changer de classe et de le mettre avec son ami Sky. » 

« On cherche une punition, pas une récompense. » 

« Vous avez trouvé la punition temporaire ; je vous propose une solution à long terme. Les cours qu’il partage avec Sky sont ceux qu’il perturbe le moins et réussi le mieux, n’est-ce pas ? » 

Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais visiblement n’en savait rien. 

« Ça se voit à ses bulletins. Jetez-y un œil, et rappelez-moi. À dans deux jours. » 

 
 

Une fois à l’extérieur, Wyndt pu enfin souffler, et demander à Sael comment iel se sentait. L’adolescent répondit très banalement que ça pouvait aller. 

« Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas appelé ? » 

Sael lui jeta un regard blasé.  

« Je ne te le reproche pas » se reprit Wyndt. « Mais la prochaine fois que Ward fait un coup pareil… Enfin, tu peux m’appeler. » 

Sael fit la moue. « Je ne voulais pas te faire perdre ton temps. » 

Wyndt s’immobilisa. « Tu penses que c’était une perte de temps pour moi de venir ? » 

« C’était une convocation chez la proviseure. » 

« Ce n’est pas une perte de temps. » Wyndt se tourna pour bien faire face à Sael en ajoutant le reste.  

« Je ne suis pas ton père. Je ne serais peut-être jamais ton père. Mais en attendant, et à défaut de pouvoir t’élever ou te donner une famille, je peux te protéger, et c’est ce que je vais faire. » 

« En engueulant la proviseure ? » 

« Entre autres. » 

Sael eut un petit sourire. « J’avais bien raison, t’es nouille. » 

Et ce mot dans sa bouche n’avait plus du tout la même connotation que la première fois qu’iel l’avait employé. 

Iel baissa le noir de ses cils maquillés, un mince sourire flottant toujours sur ses lèvres. « Merci, pour le changement de classe. » 

« Ce n’est pas encore fait. » 

« Peut-être, mais c’est une bonne idée. » Il fronça les sourcils et lui jeta un regard suspicieux. « Mais ça ne veut pas dire que je vais devenir un élève modèle, hein ? » 

Wyndt sourit, lui frotta gentiment l’épaule et reprit sa marche. « La prochaine fois que tu te retrouves dans une situation qui te donne envie de frapper quelqu’un, appelle-moi, d’accord ? Je ne t’en voudrai jamais de te défendre, mais il y a d’autres façons. » 

« Tu ne m’en veux pas ? » s’étonna l’adolescent. 

« Disons que je désapprouve la méthode, mais que je loue l’intention. » 

Le sourire de Sael ne s’était pas évanouit ; il lui faisait des joues rondes de petit garçon, et un regard espiègle.  

Le téléphone de Wyndt sonna, qui effaça cette expression.  

« Tu veux bien m’attendre dans la voiture ? » demanda Wyndt en remarquant le numéro de madame Ward. « Et pas de bêtises, jeune homme ! » 

Sael leva les yeux au ciel en allant s’installer tandis que Wyndt décrochait. 

« Allô ? » 

« Vous êtes viré. » 

« Bien essayé, mais je ne travaille pas pour vous, que je sache. » 

« Quand je disais ‘vous’, je voulais dire ‘vous’ les A.S., Marie, ses assistants, toute l’équipe : Vous. Êtes. Virés. » 

« Je vous rappelle qu’on ne travaille pas pour vous, mais avec vous. Et que dans une collaboration on est censés, eh bien, je vous laisse deviner vu le mot. » 

« L’Institut vous a contacté pour protéger Sael, pas pour prendre la main sur ce projet ! » 

« L’Institut n’a reçu la garde de Sael que parce que nous avions nulle part où le cacher suite au fiasco Koppel. Il n’a jamais été votre projet. » 

« Nous avions un entendement. » 

« Que vous n’avez pas respecté. » 

« Mais qu’est-ce que ça peut bien vous faire d’assister à ce type de réunion, vous n’êtes que son garde du corps ! » 

« Justement, je le garde. Et vu ce que vous en avez fait, de son corps, j’ai pas mal de travail. » 

Madame Ward s’interrompit un instant, audiblement furieuse. « Coupez les ponts, et il ne reverra plus jamais Sky. » 

Wyndt laissa échapper un soupir dédaigneux. « Vraiment ? Vous me prenez pour un débutant, ma parole. Je sais très bien que vous ne ferez jamais ça. Maintenant, vous m’avez suffisamment perdre mon temps pour aujourd’hui. Au revoir. » 

 

Le sourire était revenu sur les lèvres de Sael, et ne disparut pas lorsque Wyndt vint prendre place au volant.  

« Il fait beau, quand même » dit-iel tranquillement.  

« On a de la chance, oui. » 

« Wyndt ? » 

« Oui bonhomme ? » 

Sael fit la grimace et se tourna vers lui. « Je ne suis pas ton bonhomme. » 

« C’est noté, je t’appellerai ‘ma limace’ à la place. » 

« Non, je veux dire… Je ne suis pas un bonhomme. Enfin, un garçon. Enfin, tu as vu mon dossier. » 

Wyndt, qui allait mettre le contact, interrompit son geste. « D’accord… tu es donc une fille, je suppose ? » 

L’adolescent se redressa sur son siège, tout sourire envolé, en se triturant nerveusement les mains. « Pas trop non plus, en fait. Tu l’as bien lu, tu es certain ? » 

« Oui, mais pour le coup, je ne m’étais pas posé de questions. Tu es quoi, alors ? » 

« Je ne sais pas. » 

Iel s’était presque recroquevillé sur luiel-même. « Mais je ne suis pas l’un ou l’autre, en tous cas. Pas physiquement, et pas dans ma tête. » 

Wyndt avait un peu de mal à voir où cela les menait. « Je ne dis plus ‘bonhomme’, du coup. » 

Sael hésita. « Tu peux dire ‘iel’ » souffla-t-iel d’une petite voix. 

« Iel ? »  

« À la place de ‘il’ ou ‘elle’. Enfin, si tu veux. » 

Sael regardait ses pieds. 

« Va pour ‘iel’ » répondit Wyndt. « Pas en public, je préfère préciser. Ce serait trop suspect. » 

« Je sais. »  

Sael fit une petite moue puis, progressivement, se remit à sourire. « Ça ne te dérange pas ? »  

« Ça me dérange que tu frappes les gens, pas que tu sois un ou une ’iel’. »  

L’enfant produisit un son étrange après ça, un son de gorge discret et cristallin à la fois, et Wyndt réalisa que, jusqu’à présent, il ne l’avait jamais entendu rire. 

Que ce rire le remuait jusqu’au fond des entrailles… 

Tara avait raison : les enfants sont terrifiants. 

Annotations

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Sauver ou périr, telle est leur devise. Une devise appliquée à la lettre. Pour Michel, on ne devient pas pompier, on l'est déjà dès le berceau. Cet esprit de sacrifice est un don insufflé dès la naissance.
Tel petit garçon veut être policier, tel autre gendarme. Cette vocation enfantine pleine d'abnégation précoce aura fait long feu jusqu'à ce qu'elle soit mise au rencart, éclipsée par celle de footballeur, les sirènes de l'argent ayant été fatales aux oreilles juvéniles déjà façonnées par la société mercantile.
J'ai pensé à Rémy, un jeune pompier de Paris en congé chez lui en Lozère et qui a sauvé des flammes une femme non moins âgée que lui. Oui, dans l'anonymat. Ce n'est pas un migrant ni un footballeur, Rémy, mais un gars bien de chez nous. Il n'a pas eu les faveurs des médias nationaux de Mamadou ni un tête à tête sympa avec le président avec son sourire content. Non, juste la reconnaissance de la feuille locale. Cependant c'était une pure production française. Un acte qui sentait bon la bravoure et le désintérêt, le pur sens chevaleresque des héros de livres poussiéreux dont ils ont gardé l'esprit. Le panache discret du chevalier sauvant du péril sa belle. Sans cabotinage et sans tricherie.
A quoi pense un soldat du feu lorsqu'il est en face de l'enfer, au milieu d'une fournaise?
A quoi pensait Michel dans la chaleur des flammes appelant de toutes ses forces que l'on vienne le sauver. Pour Michel, c'était plutôt être sauvé ou périr. Par chance, sa mère n'était pas loin.
On a tous devant les yeux ces images des tours jumelles, des corps tombant dans le vide que même un photographe a réussi à figer pour l'éternité. On imagine ces corps que personne n'est venu secourir. Des banquiers... qui sait? Ces corps deux fois abandonnés. Devant la tragique verticalité qui allait les engloutir, les mains encore odorantes des derniers dollars. Ont-ils crié maman ?
C'était la cruelle alternative, l'insupportable dilemme qui se présentait à Christelle. Allait elle perdre son fils? Elle avait bravé les flammes comme elle avait plusieurs fois bravé le destin. Le destin qui s'était maintes fois acharné sur son fils. Mais toujours là. Toujours présente à la minute même où il fallait qu'elle soit là.
La vie de Christelle tourne autour de ses trois enfants depuis que son compagnon l'a abandonnée en pleine bataille. Le destin en aurait fait de même si elle ne l'avait pris en main comme on prend un taureau par les cornes pour l’empêcher de vous écrabouiller. Le destin prend parfois un malin plaisir à vous écrabouiller. Il choisit au hasard. Peu importe qu'il s'agisse d'un enfant ou d'un adulte. Le sort ne fait aucune différence, ne fait pas de sentiment. Le destin n'a pas de cœur, n'a pas d’âme. Le destin, c'est comme un banquier. Il frappe les yeux fermés sur les plus faibles. Il les ouvre quand il a accompli son méfait.
Souvent, le destin a ses complices réels ou supposés. Dès qu'un enfant souffre, il y a toujours un salaud qui rôde. Il suffit de le débusquer et de le mettre devant ses responsabilités.
On dit que le diable est dans les détails. Cette nuit là le détail avait l'apparence d'une chambre d'enfant situé au deuxième étage d'un immeuble qui venait d’être restauré selon les dires de la propriétaire. Oui, il venait d'être refait à neuf.
Il n'empêche qu'au beau milieu de la nuit, le feu s'est déclaré dans la chambre du petit Michel ,cinq ans.

Un problème électrique comme souvent.

Le petit garçon dormait, se laissant bruler. Comme la grenouille de la parabole s'était laissé cuire dans la marmite. Michel s'est laissé brûler, tétanisé par ce qui se passait dans cette chambre. Un enfant ça reste un enfant.
Peu à peu une fumée noire, dense et âcre avait envahi l'espace, pénétrant par tous les interstices du meublé pour enfin alerter la mère qui dormait dans le canapé du salon. Une mère harassé par la fatigue sans doute, qui n'a rien vu venir et qui s'est glissée confiante dans les bras de Morphée, vaincue.
Les bombes au phosphore tombant sur Dresde et Cologne générant une chaleur atomique qui fit fondre le corps des enfants sur l'asphalte me vinrent à l'esprit. Que peut faire un enfant face aux flammes sinon se laisser mourir en criant maman? Oui, Michel criait:"maman , vient à mon secours!"
Guidé par son instinct maternel, la mère s'élança à corps perdu dans le couloir menant à la chambre, les bras tendus, heurtant les murs de cet interminable, de ce satané couloir,présageant le pire, la fumée âcre commençait à lui piquer les yeux et à lui ronger les poumons. Mais qu'importe, son fils brûlait sur son lit. Les draps, la couette étaient consumés. Le corps du garçon restait collé au sommier par le dos. Le lit superposé avait brûlé, ne laissait apparaitre que la structure en ferraille. La chaleur avait entamé la chair. Bien qu'il fit un noir d'encre elle distingua les bouts de peau qui se détachaient de ce corps devenu flasque et mou. Néanmoins, avec l’énergie d'une mère au désespoir, elle réussit à extirper ce petit corps de la fournaise, une fournaise qui était à l’œuvre. Tout fondait, les carreaux de la chambre claquaient, le plâtre du plafond cassait, laissant apparaître la brique rouge, une suie noirâtre tombait en goutte de chaleur sur le corps et sur la tête de la jeune femme, insensible devant l'effroi à la chaleur du carrelage qui lui brûlait les pieds.
Malgré le malheur et le désarroi qui s'abattaient d'un coup d'un seul, la jeune mère eut la force et la présence d'esprit de garder son petit d'homme par devers elle et ainsi l'arracher aux griffes de l'enfer. Non, cette chose lui paraissait impossible. Ce qui lui arrivait était du domaine de l'impensable. Une pareille catastrophe ne pouvait arriver. Un cauchemar dont elle se sortirait vainqueure et tout redeviendrait comme avant.
Ceux qui n'ont pas d'enfant ne peuvent comprendre.
Un pauvre gamin de cinq ans qui n'a pas ému ces monstres froids que sont les assureurs qui fleurtent avec des pratiques barbares. Qu'importe la vie d'un petit d'homme?
Pour ces types l'argent est un métier pas un sacerdoce. Pourtant, un assureur est mandaté par ses clients souscripteurs pour couvrir les risques de la vie en cas de besoin. Dans le cas de Christelle ce n'était pas un besoin mais une nécessité absolue, une bouffée d'oxygène. Mais les sirènes du destin ont fait dire au banquier que celui-ci n'était que l'auxiliaire d'une fatalité dont il ne pouvait entraver la marche impitoyable.
L'établissement bancaire où Christelle avait souscrit une assurance sur les risques quotidiens lui avait opposé une fin de non-recevoir. Le banquier, un homme gros et gras au visage rond et joufflu, suant à grosses gouttes derrière un ventilateur qui brassait de l'air chaud, il parlait en fixant ses clients par dessus ses lunettes rondes, affirmant de manière péremptoire que la jeune femme ne possédait pas de contrat d'assurance, ce qui n'était pas la vérité aux dires de la jeune femme. Christelle était persuadé d'avoir conclu avec la banque une assurance qui la protégerait, elle et ses enfants des risques de l’existence. Mais comme chacun sait, les banquiers joufflus vous imposent un parapluie les jours de canicule et vous le reprennent quand il pleut des cordes.
Pourtant, la situation devint intenable pour la mère de famille et elle n'avait que son assureur vers qui se tourner. Il lui fallait juste un filet de sécurité, ne serait ce que pour pallier aux soins annexes de son garçon, ceux qui ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale, des soins parfois couteux qui étaient hors de portée de son portemonnaie.
Non, l'homme d'argent persistait dans son refus de lui accorder un premier secours.
Il n'y avait aucune trace de son contrat d'assurance.

Que faire?

Lorsque Christelle reprit connaissance, elle était dans un lit d'hôpital sans savoir encore qu'elle venait de tutoyer le pire. Des hommes en blouses blanches étaient à son chevet. Des hommes bienveillants. Une bienveillance qui n’était pas de nature rassurante. Christelle avait la phobie de la blouse blanche. La première pensée fut pour ses enfants.
La psychologue lui avait dit:
-Ne craignez rien, vos enfants sont entre de bonnes mains!
Les psychologues, ces artilleurs que l'on envoie en première ligne sur le front d'une catastrophe pour adoucir une âme meurtrie quand on peine à soigner le corps.
Alors elle se remit en mémoires la scène terrible de l'incendie de cette nuit là.
La pensée qu'il y avait encore deux autres enfants à sauver la plongea dans une terrible angoisse. L'idée qu'elle pourrait les perdre à jamais la rendait folle de désespoir. C'était une course panique contre la montre. Il fallait faire vite. Le feu se propageait. L'épaisse fumée noire devenait dangereuse et pour elle et pour ses enfants. Par chance, la chambre de la fillette située en face de celle des garçons où le feu s'était déclaré était encore épargnée. Damien avait réussi du haut de ses huit ans à mettre Émilie sur la fenêtre et criait au dehors en donnant l'alerte. Voyant ses enfants au bord de l'abîme, instinctivement et sans penser à rien, guidée par une puissante volonté de protéger sa chair, la jeune femme prit la main des enfants puis les poussa vers la porte au milieu d'une fumée qui devenait de plus plus noire, mortelle.
Elle se mit à chercher ses dernières paroles adressées à ses enfants, ses derniers souvenirs alors qu'elle était dans le couloir de l'appartement en feu. Elle se souvient du salon être à son tour dévoré par le feu de l'enfer, sans doute après un appel d'air lorsqu'elle a ouvert précipitamment la chambre de la fillette. Elle se souvient d'avoir mis ses enfants hors d'atteinte des fumées toxiques près de la porte d'entrée restée ouverte par précaution. Seul, Michel a eu moins de chance.
Sentant ses forces l'abandonner, le corps las de respirer une fumée qui lui brûlait la gorge et les poumons, elle s'était effondrée. Évanouie.
Adrien de saint-Alban
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Sonio

Albert et Léon
Les faux frères
Ont ils tord ou raison ?
10h - Avenue Jean Jaurès
Devant deux cafés express...
Bonjour Albert !
Comment vas tu Léon ?
Bien ça va , ça vient !
Trois fois rien
La routine
J'ai un nouveau chien
À cause de Micheline
Et toi Albert ?
Même refrain ?
Toujours avec le petit Robert
À portée de la main
Avec tes mots croisés
Tes lunettes dorées
Ta montre en plaqué
Ton costume croisé
Tes pompes en cro-cro
Tu en fait un peu trop !
Tu cherches à m'épater ?
...
Mon pauvre Léon
Depuis 68 tu rêves encore de faire la Révolution !
Tu n'as pas encore compris ?
Appris ?
Réfléchit ?
À quoi cela a servi ?
Même en lisant l'Huma
La société ne changera pas !
Finit le temps des barricades
Des grandes tirades
Des escapades
Des rigolades ...
Les pavés du boulevard saint Michel
La philo avec Murielle
Les riches ont des lingots d'or
Toi tu rêves encore ?
Tu sais :'
La lutte des classes
Travailleuses
Travailleurs
Les grands discours
Du grand soir
Du bon soir
On en à fait le tour
La révolution d'octobre
Le communisme
L'idéologie du Marxisme
Le mur de Berlin
Tintin !
On à donné
Mais Albert , ton capitalisme
Hé !
Manque pas de réalisme
Il écrase les petits en leur laissant des
Miettes...
La grosse part du gâteau
Chapeau !
C'est pas mieux
Mon vieux !
Dring ! le téléphone
Sonne ...
Excuse moi
Il à pas de quoi...
Je te dépose quelque part ?
Avec ma jaguar
Heu ! oui
Avenue Foch , chez la comtesse
Ma maîtresse .





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Défi
Ranne Madsen
Quinze minutes.
Une entreprise originale, un lieu de paix et de sérénité, une porte ouverte à plus de sécurité et de stabilité pour toutes ces femmes au métier si dévoyé.
Quinze minutes.
Un recueil de témoignages, les voix de celles et ceux qui ont vu ce rêve fleurir puis flétrir. Un récit sans narrateur, ou plutôt avec une multitude de narratrices et narrateurs. Une histoire qui aurait pu finir bien.
Quinze minutes.
L'histoire du quart d'heure de gloire et du quart d'heure de chute qui a bouleversé la vie de dizaines de personnes. Et détruit la vie d'une d'entre elles.

-Écrit dans le cadre du défi "Grandeur et décadence"-
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