Le Refuge d'Yrglyn

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La maison de Wyndt à Whitewaters avait tout de l’îlot perdu dans un océan de verdure, relié au reste du monde seulement par un mince cordon de terre trop accidenté pour les véhicules standards.

A l’origine une simple cabane de pierre sèche utilisée de temps à autres par les chevriers, elle était tombée entre les mains malhabiles des randonneurs ; ces derniers l’avaient agrandie en refuge durant la transformation des lieux en réserve naturelle. Lorsqu’on avait finalement délaissé ce pan de forêt pour le spectacle bien plus impressionnant des chutes en amont, le bâtiment avait été repris et aménagé par les instances gouvernementales dont dépendait à présent Wyndt. 

Ce n'était pas une maison des plus confortables, mal isolée de l'humidité et du froid ; les loirs s’entêtaient à  ronger des trous sous les tuiles et les souris en grignotaient les planches. Wyndt se battait aussi régulièrement contre la moisissure qui envahissait le mur arrière, le plus ombragé et le plus humide. 

Il se sentit obligé d’excuser cet état de délabrement apparent en descendant de voiture, alors qu’il allait ouvrir le coffre pour en sortir le sac estampillé "Ven-Mayer" où avait été rangées les affaires de l’adolescent.

Sael s’extirpait précautionneusement du véhicule, regardant autour de lui avec une sorte de méfiance craintive. Wyndt le retrouva dos contre la voiture, ses yeux clairs ouverts comme des soucoupes, tournés vers la cime frémissante des arbres. 

Il sursauta lorsque Dolce, alertée par le bruit de leur arrivée, surgit soudain de derrière la maison pour leur souhaiter la bienvenue en aboyant. Plus elle approchait, agitant joyeusement la queue d’un air intrigué, plus Sael se tendait ; Wyndt s’interposa, puis appela la chienne pour l’occuper de caresses, s’agenouillant face à elle pour montrer qu’il n’y avait rien à craindre. 

« Elle attend certainement que je lui donne à manger », déclara-t-il nonchalamment en se tournant vers l’enfant. « Elle a toujours été une sorte de ventre sur pattes… Tu peux t'approcher, elle ne te mordra pas. »

Sael hésita un instant, puis fit quelques pas et tendit brusquement une main raide vers la gueule de Dolce, à la fois maladroit et brutal, ce qui surprit Wyndt mais heureusement pas la chienne. Elle accueillit le geste d’une série amicale de coups de langue qui étirèrent une grimace sur le visage de Sael ; il tint ensuite la main mouillée loin de son corps comme si elle avait la peste. 

Sur le perron, alors que Wyndt faisait jouer la serrure et le verrou de la porte, il remarqua que Sael levait légèrement le nez,  sans doute pour mieux percevoir l’odeur des feuilles, du pin, de nombreux résineux, des aiguilles humides enfoncées dans l’humus et des cailloux terreux, la senteur âcre de la résine fraîche, l'humidité logée entre les pierres, toute cette eau cachée au sein du sol froid au parfum de bruyère. 

La porte s’ouvrit en grinçant sur la pièce principale, d’un seul tenant ; on entrait face au comptoir de la cuisine ouverte et, en tournant la tête à droite, on apercevait le bureau de Wyndt, ses écrans d’ordinateur, deux chaises et le canapé-lit qu'il ne fermait jamais depuis qu'il avait fait de la pièce son quartier général. Comme Dolce peinait à monter l'escalier de pierre menant à l'étage, il préférait dormir ici.

« Il y a un lavabo et des toilettes juste à côté de la cuisine. Je vais monter tes affaires, si tu veux voir la chambre. »

Sael examinait la pièce en silence, s'approchant des meubles sans les toucher, les yeux plissés, les bras croisés, l’air sceptique. Un peu décontenancé, Wyndt décida de le laisser prendre son temps.

La chambre prenait tout l'étage, mise à part la salle d'eau construite au-dessus de la cuisine. 

Wyndt avait pendu un rideau épais devant l’oeil de boeuf en façade, poussé le lit double qu'il n'utilisait plus contre le mur du fond, préparé un bureau de travail fonctionnel dont l’étagère débordait déjà de livres, flanqué d'une corbeille à papier.

« J’ai encore des affaires dans l'armoire », déclara-t-il en posant la valise près du bureau. « Je les sortirai pour que tu puisses t'installer. »

« Je ne resterai peut-être pas longtemps », fit remarquer Sael en allant s'assoir sur le lit pour en tester le matelas. Il s'y laissa tomber sur le dos, les bras en croix, et regarda le plafond. « Ça sent le moisi. »

Wyndt plissa le nez. « J’ai installé un déshumidificateur », dit-il en désignant la caisse de bois coincée entre l'armoire et le mur. Il omit de préciser qu'il ne l'avait pas beaucoup utilisé ces derniers temps et qu’il faudrait le charger en gros sel.

« On peut manger ? J'ai faim. »

Wyndt se lécha la commissure des lèvres. « Bien sûr. Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? »

Sael croisa les jambes, se redressa. « Je ne sais pas. Quelque chose de chaud ; il fait vraiment humide. »

Wyndt alla allumer le radiateur. « Je peux te faire des lentilles à la moutarde. »

L’adolescent s’agitait. « Il y a du réseau ici ? J'aimerais appeler Sky. »

« J’ai une ligne fixe si ton portable ne passe pas. »

Sael sortit le téléphone de sa poche. « Ça va. Je vais passer un coup de fil et je descends ensuite, c'est bon ? »

 

« Tu vas bien ? »

Sael jeta un coup d’oeil inquiet à la porte, se leva pour vérifier qu’elle était bien fermée. « Je ne suis pas loin, même pas deux heures de route. Je viendrai te voir dès que possible. »

A l’autre bout du fil, Sky répondait avec sa douceur habituelle, et Sael sentit des larmes lui piquer les yeux. « Tu ne fais pas de bêtises, d’accord ? Quand je dis que je ne suis pas loin, ce n’est pas une blague, et dès que je peux je te le prouverai. »

« Je te crois », répondit patiemment son ami. « Il a été gentil ? Où es-tu ? »

« Domaine de Whitewaters, si j’ai bien lu les panneaux. Ça semble vraiment paumé ; je suis en plein milieu d’une forêt, avec des arbres partout. » Sael s’interrompit pour aller regarder par le hublot. La verdure l’apaisait. « Je n’ai pas vu d’escorte, mais les vitres de son 4x4 sont teintées, probablement pare-balles. Je ne comprends pas ce qu’ils foutent. »

« Ils avaient l’air pressé de te mettre à la porte. »

« Sans préparatifs ? Je ne sais pas, c’est bizarre. »

Sael s’aventura vers la table de chevet, où trônait un de ces émetteurs-récepteurs ridicules qu’on utilisait spécifiquement pour surveiller les bébés. L’engin paraissait éteint. Quelques peluches avaient étés rassemblées sur une étagère de l’armoire ; certaines paraissaient usagées, mais l’une d’elle portait encore son étiquette de prix. 

Sael passa une main sur les motifs colorés de la couverture, une nuée de louveteaux espiègles. 

« Tu ne m’as toujours pas dit comment il s’était comporté avec toi. »

« Ça va. Enfin, je ne sais pas, c’est louche. »

On avait tracé des repères sur le montant de la porte qui menait à la salle d’eau, une succession d’indications horizontales espacées, surmontées d’un âge : « 3 ans », « 6 ans », sept, huit… Le papier peint défraîchit représentait des nuages blancs sur ciel clair, avec en bas de l’herbe. Sael croisa les bras, serra les dents.

« Ce n’est pas important de toutes manières, si ? Mon objectif c’est de sortir d’ici. Le tien, c’est de tenir le coup. On en a rien à faire de lui. »

Le silence de Sky éveilla sa nervosité ; Sael se mit à arpenter la pièce en se mordillant les lèvres. 

« Tu m’écoutes ? »

« Tu penses que c’est une vraie famille d’accueil ? »

« J’ai pas dit ça. »

« Depuis quand est-ce que j’ai besoin de t’entendre pour comprendre ? »

Ce satané Sky et son intuition surnaturelle. 

« Je sais pas. Il y a vraiment des affaires pour môme ici. Et il a l’air… bizarre. Enfin, normal, quoi. Je suppose. Je crois bien que c’est un imbécile qui ne sait pas dans quoi il s’est embarqué. »

« Donc une vraie famille d’accueil. »

« Je ne lui ai rien demandé. »

Sael donna un coup de pied irrité dans le pied du bureau. « On va manger tout à l’heure. Je fais quoi ? Je lui raconte mes journées à l’Institut ? »

Sael entendit Sky étouffer un rire nerveux. Effectivement, c’était une bonne blague. 

« Tu n’es pas obligé de lui parler. »

« Ça, c’est ce que toi, un être humain raisonnable—

« Vraiment ? C’est moi que tu choisis pour représenter les ‘êtres humains raisonnables’ ? »

« On peut être raisonnable et très casse-pieds. Enfin bref, je ne sais pas ce qu’il va me faire. Ça se trouve, il s’imagine qu’il me ‘’sauve’’ ou je ne sais quoi, ou bien qu’on va devenir une famille… C’est peut-être pas un tueur en série, mais au final, je ne lui ai rien demandé. »

« Laisse-lui une chance. Je ne dis pas, de former une famille, mais ne pisse pas dans ses bégonias dès le premier jour. »

Sael sourit, le coeur serré. « Tu gardes ton portable allumé ? »

« Evidemment ; mais je te rappelle que la nuit, je dors. »

« Tu m’appelles si tu as des ennuis ? »

« Si j’ai des ennuis, j’aurais autre chose à faire que de me pendre au téléphone. Je te passerai un coup de fil après leur avoir botté le cul. »

Sael se frottait le front. « Ne fais pas de bêtises. »

On le sentait sourire à l’autre bout de la ligne, mais Sky ne promit rien.

Les paroles non dites entre les silences, c’était ce que Sael détestait le plus chez lui. 

 

Pendant que ses lentilles cuisaient, Wyndt essaya de retrouver la table qu'il avait pliée quelque part, se souvenant que tout le monde ne mangeait pas sur le pouce. Il lui fallut bien une quarantaine de minutes pour tout préparer, et Sael n'était toujours pas redescendu. Il mit le couvert en attendant, constatant avec irritation que sa vaisselle était digne de figurer en couverture de Décharge Magazine.

Toute sa maison aurait pu s'y illustrer brillamment. 

Il se laissa tomber dans un fauteuil en soupirant, se frotta le visage à deux mains. 

Peut-être n’étaient-ce pas ses antécédents qui rebutaient les centres d'adoptions. Peut-être que c'était ses conditions de vie. 

La porte de l’escalier s'ouvrit enfin, timidement, et Sael pointa le bout de son nez avec méfiance, le bord des yeux un peu rose. 

« Désolé d'avoir mis aussi longtemps » marmonna-t-il comme si ces mots lui arrachaient la bouche. 

Wyndt se força à sourire en se relevant. « C'est normal d’appeler ses amis lorsqu'on est catapulté dans un lieu entièrement étranger. Tu veux t'assoir ? »

Sael observait ses chaises d’un air suspicieux. Un rembourrage de cuir abîmé et pourtant confortable, qui sentait le vieux. Il s'y installa comme s'il s'attendait à ce qu'elle soit fourrée de punaises.

Dolce, qui venait de finir sa gamelle, vint lui renifler les jambes ; Sael se crispa, puis s'immobilisa presque tout à fait. 

« Tiens » fit Wyndt en allant lui chercher un reste de saucisse. « Donne-lui ça. Dans la paume, sans faire dépasser les doigts, pour qu'elle puisse le manger facilement. »

Malgré son anxiété, Sael n'hésita pas une seconde à fourrer sa main sous la gueule de la chienne qui, enchantée par cette délicate attention, engloutit le morceau de viande et lécha copieusement la paume ouverte ensuite. Un mince sourire se dessina sur les lèvres de l'adolescent. 

Wyndt apporta à table sa plâtrée de lentilles, qu'il posa sur le carreau servant de dessous de plat. « Tu me diras ce que tu aimes pour que j’aille faire les courses demain. Je n'ai rien de très sophistiqué dans mes placards. »

Il songea un instant à la liste de « recommandations » alimentaires que lui avait donné l’Institut.

« Je ne suis pas très difficile » répondit Sael sans ironie aucune en regardant l'intérieur du plat. 

Ils ne parlèrent pas beaucoup au début du repas, mais effectivement Sael ne sembla pas écœuré par son assiette ; après la première bouchée circonspecte et une ou deux grimaces, il s’était resservi avec de plus en plus d’appétit.  

Le repas sembla même le mettre de bonne humeur puisqu’au bout de quelques temps il se permit un commentaire.

« Il y a beaucoup d’arbres, ici. J’aime bien les arbres. » 

Il ne regarda pas Wyndt une seconde. Peut-être s’adressait-il à son assiette. 

« Quand le vent souffle dans les feuilles, j'ai l'impression qu'ils parlent. On ne se sent jamais seuls avec eux. »

Wyndt hésita avant de répondre. « On ne s’y connaît pas trop en langage des arbres, mais il paraît qu’ils se préviennent chimiquement quand l'un d'eux est agressé, par exemple. Les autres augmentent la concentration en tanin de leurs feuilles, qui deviennent amères ou impossibles à digérer. C'est d’ailleurs pour ça que les biches mangent en remontant le vent. »

Sael tripotait sa nourriture du bout de sa fourchette. « Tu t’y connais en phytohormones ? »

Wyndt se laissa aller dans sa chaise. « J'ai quelques bases. »

Il se leva pour aller remplir une carafe d'eau. « Je pensais t'emmener aux chutes demain mais si tu préfères les arbres, je connais un endroit qui te plaira davantage. »

Sael ne parut pas particulièrement enthousiasmé, mais hocha tout de même la tête. 

Dolce avait posé la mâchoire sur sa jambe et le regardait d'un air de chien battu. 

« Tu ne devrais pas la nourrir en milieu de repas, ou bien elle ne va plus te lâcher d'un poil. »

La chienne jeta à Wyndt un regard pathétique à souhait, fort consciente de défendre son beefsteak. Le garde-chasse posa la carafe pleine sur la table avant de s’agenouiller devant elle pour lui faire des papouilles en la traitant de goinfre, s’amusant à l’ébouriffer pour que ses poils partent dans tous les sens. Comme ils n’étaient pas seuls il y mit assez vite fin d’un baiser affectueux— Sael s’était immobilisé, les fixant de ses yeux ronds, agités de mouvements légers comme une bille qui cherche l’équilibre ; ses lèvres tremblaient également.

Wyndt fronça les sourcils. « Tu vas bien ? »

Deux larmes déboulèrent soudain du regard pâle de Sael, tombant droit de ses yeux à ses cuisses ; il ouvrit la bouche mais rien n’en sortit. 

« Ça va aller ? » insista Wyndt en posant légèrement sa main contre le bras de l’adolescent —Sael se dégagea aussitôt. 

« Je veux rentrer. »

Le cœur de Wyndt se glaça. 

« Je veux rentrer » répéta Sael en se levant, d’une petite voix aiguë qui le faisait sembler extrêmement jeune.

Il s’agitait, et Wyndt ne savait pas comment réagir. En désespoir de cause il lui servit un verre d’eau et alla chercher une couverture. 

Il n’eut pas plus tôt tourné le dos que Sael s’était jeté sur la porte, qu’il ouvrit en un tour de main après avoir empoigné le double des clefs dans le bol posé sur le comptoir ; cela n’inquiéta pas Wyndt outre mesure. Il leva les yeux au ciel en soupirant, du moins jusqu’à ce qu’il entende claquer une portière. 

La voiture.

Il poussa un juron et s’élança vers la porte en vérifiant que l’original de ses clefs se trouvait bien dans sa poche ; il déboula dehors à l’instant où le 4x4 démarrait. Il tenta d’ouvrir une portière, que Sael avait pensé à verrouiller, et aurait pu y parvenir  étant donné qu’il avait bien son trousseau avec lui ; il changea de tactique lorsqu’il se rendit compte que la première action de l’adolescent au volant d’un monstrueux 4x4 fut de… caler. 

Plusieurs fois. De suite. 

La voiture ronflait comme le moteur d’un pédant au départ d’un feu rouge, se jetait sauvagement en avant, s’interrompait. 

On aurait dit la toux d’un cheval malade. 

Wyndt vint toquer tranquillement à la vitre teintée du conducteur, derrière laquelle il imaginait un Sael ridicule et frustré. 

« Si tu tiens vraiment à partir il y a un arrêt de bus à la lisière de la forêt », commenta-t-il affablement. « Ça te prendra moins de temps et au moins tu ne grilleras pas mon moteur. »

Le voiture s’était immobilisée, de dépit. 

Sael tentait probablement de comprendre comment utiliser l’engin car il finit par réussir à tracer une ligne presque droite  jusqu’à un arbre dans lequel il alla encastrer son phare gauche. 

Wyndt eut l’impression d’avoir assisté à un accident au ralenti. 

Lorsqu’il ouvrit la portière, le gamin avait les mains vissées au volant et l’expression stupéfaite de la personne qui vient d’inventer l’eau chaude. 

« C’était passablement pitoyable, mais on va mettre ça sur le fait que tu sois débutant », déclara Wyndt en s’approchant pour déboucler la ceinture de Sael, qui eut un mouvement de recul. Wyndt s’efforça de mesurer ses gestes pour ne pas l’effrayer davantage. 

L’enfant se laissa sortir avec une relative docilité, effrayé par sa mésaventure et sans doute à l’idée de ce qu’il allait écoper en représailles. Wyndt retourna se garer puis alla inspecter le pin infortuné ; heureusement, ce n’était qu’une égratignure. 

« Tu ne t’es pas fait mal ? » demanda-t-il à l’adolescent par acquis de conscience.

Sael n’arborait pas encore son habituelle expression renfermée. Wyndt décida d’en profiter.

« Je ne peux pas te ramener sans prévenir », déclara-t-il en venant se placer devant l’adolescent. « Si tu veux retourner voir ton ami, il faudra qu’on s’organise à l’avance. »

« Pourquoi est-ce que je suis ici ? »

Les mots étaient sortis d’un coup, brusquement. Le nystagmus faisait plus que jamais trembler ses yeux clairs.

« Tu veux dire, en famille d’accueil ? » 

« Je veux dire, ici ! Dans une forêt perdue, avec un type tout seul et sans sécurité ? Qu’est-ce qui se passe ? » 

Wyndt hésita. « Je ne sais pas tout », finit-il par déclarer, lentement. « L’Institut semble penser que tu pourrais être en danger —et moi, je suis un ancien policier en recherche d’adoption. Ils ont eut l’air de penser que ça collait. »

Sael croisa les bras, et ses yeux se mirent à trembler de plus belle. 

« Quand je dis ‘’pourrais’’, je pèse mes mots », le rassura Wyndt. « Nous sommes sur l’une des îles les plus insignifiantes au monde et, statistiquement, l’Institut est l’un des lieux les plus sûrs. S’ils pensaient qu’il y avait un véritable risque, on t’aurait déjà déménagé. »

« Tu as l’air d’en connaître un rayon. » 

« J’ai un passé dans les forces de l’ordre. »

Sael regarda ses pieds. « Donc, ce n’est pas une vraie famille d’accueil » soupira-t-il avec soulagement. 

Wyndt se sentit légèrement vexé. « Je n’ai pas dit ça. Mais ce sera certainement temporaire. »

L’adolescent s’élança soudain vers la maison. « Je prends la chambre du bas. » 

Wyndt lui emboîta le pas en fronçant les sourcils. « C’est ma chambre. »

Sael se retourna avant de passer la porte, si brusquement que Wyndt faillit lui rentrer dedans. 

« Et alors ? Comme tu l’as dit, c’est temporaire… »

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Guidé par son instinct maternel, la mère s'élança à corps perdu dans le couloir menant à la chambre, les bras tendus, heurtant les murs de cet interminable, de ce satané couloir,présageant le pire, la fumée âcre commençait à lui piquer les yeux et à lui ronger les poumons. Mais qu'importe, son fils brûlait sur son lit. Les draps, la couette étaient consumés. Le corps du garçon restait collé au sommier par le dos. Le lit superposé avait brûlé, ne laissait apparaitre que la structure en ferraille. La chaleur avait entamé la chair. Bien qu'il fit un noir d'encre elle distingua les bouts de peau qui se détachaient de ce corps devenu flasque et mou. Néanmoins, avec l’énergie d'une mère au désespoir, elle réussit à extirper ce petit corps de la fournaise, une fournaise qui était à l’œuvre. Tout fondait, les carreaux de la chambre claquaient, le plâtre du plafond cassait, laissant apparaître la brique rouge, une suie noirâtre tombait en goutte de chaleur sur le corps et sur la tête de la jeune femme, insensible devant l'effroi à la chaleur du carrelage qui lui brûlait les pieds.
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Ceux qui n'ont pas d'enfant ne peuvent comprendre.
Un pauvre gamin de cinq ans qui n'a pas ému ces monstres froids que sont les assureurs qui fleurtent avec des pratiques barbares. Qu'importe la vie d'un petit d'homme?
Pour ces types l'argent est un métier pas un sacerdoce. Pourtant, un assureur est mandaté par ses clients souscripteurs pour couvrir les risques de la vie en cas de besoin. Dans le cas de Christelle ce n'était pas un besoin mais une nécessité absolue, une bouffée d'oxygène. Mais les sirènes du destin ont fait dire au banquier que celui-ci n'était que l'auxiliaire d'une fatalité dont il ne pouvait entraver la marche impitoyable.
L'établissement bancaire où Christelle avait souscrit une assurance sur les risques quotidiens lui avait opposé une fin de non-recevoir. Le banquier, un homme gros et gras au visage rond et joufflu, suant à grosses gouttes derrière un ventilateur qui brassait de l'air chaud, il parlait en fixant ses clients par dessus ses lunettes rondes, affirmant de manière péremptoire que la jeune femme ne possédait pas de contrat d'assurance, ce qui n'était pas la vérité aux dires de la jeune femme. Christelle était persuadé d'avoir conclu avec la banque une assurance qui la protégerait, elle et ses enfants des risques de l’existence. Mais comme chacun sait, les banquiers joufflus vous imposent un parapluie les jours de canicule et vous le reprennent quand il pleut des cordes.
Pourtant, la situation devint intenable pour la mère de famille et elle n'avait que son assureur vers qui se tourner. Il lui fallait juste un filet de sécurité, ne serait ce que pour pallier aux soins annexes de son garçon, ceux qui ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale, des soins parfois couteux qui étaient hors de portée de son portemonnaie.
Non, l'homme d'argent persistait dans son refus de lui accorder un premier secours.
Il n'y avait aucune trace de son contrat d'assurance.

Que faire?

Lorsque Christelle reprit connaissance, elle était dans un lit d'hôpital sans savoir encore qu'elle venait de tutoyer le pire. Des hommes en blouses blanches étaient à son chevet. Des hommes bienveillants. Une bienveillance qui n’était pas de nature rassurante. Christelle avait la phobie de la blouse blanche. La première pensée fut pour ses enfants.
La psychologue lui avait dit:
-Ne craignez rien, vos enfants sont entre de bonnes mains!
Les psychologues, ces artilleurs que l'on envoie en première ligne sur le front d'une catastrophe pour adoucir une âme meurtrie quand on peine à soigner le corps.
Alors elle se remit en mémoires la scène terrible de l'incendie de cette nuit là.
La pensée qu'il y avait encore deux autres enfants à sauver la plongea dans une terrible angoisse. L'idée qu'elle pourrait les perdre à jamais la rendait folle de désespoir. C'était une course panique contre la montre. Il fallait faire vite. Le feu se propageait. L'épaisse fumée noire devenait dangereuse et pour elle et pour ses enfants. Par chance, la chambre de la fillette située en face de celle des garçons où le feu s'était déclaré était encore épargnée. Damien avait réussi du haut de ses huit ans à mettre Émilie sur la fenêtre et criait au dehors en donnant l'alerte. Voyant ses enfants au bord de l'abîme, instinctivement et sans penser à rien, guidée par une puissante volonté de protéger sa chair, la jeune femme prit la main des enfants puis les poussa vers la porte au milieu d'une fumée qui devenait de plus plus noire, mortelle.
Elle se mit à chercher ses dernières paroles adressées à ses enfants, ses derniers souvenirs alors qu'elle était dans le couloir de l'appartement en feu. Elle se souvient du salon être à son tour dévoré par le feu de l'enfer, sans doute après un appel d'air lorsqu'elle a ouvert précipitamment la chambre de la fillette. Elle se souvient d'avoir mis ses enfants hors d'atteinte des fumées toxiques près de la porte d'entrée restée ouverte par précaution. Seul, Michel a eu moins de chance.
Sentant ses forces l'abandonner, le corps las de respirer une fumée qui lui brûlait la gorge et les poumons, elle s'était effondrée. Évanouie.
Adrien de saint-Alban
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Sonio

Albert et Léon
Les faux frères
Ont ils tord ou raison ?
10h - Avenue Jean Jaurès
Devant deux cafés express...
Bonjour Albert !
Comment vas tu Léon ?
Bien ça va , ça vient !
Trois fois rien
La routine
J'ai un nouveau chien
À cause de Micheline
Et toi Albert ?
Même refrain ?
Toujours avec le petit Robert
À portée de la main
Avec tes mots croisés
Tes lunettes dorées
Ta montre en plaqué
Ton costume croisé
Tes pompes en cro-cro
Tu en fait un peu trop !
Tu cherches à m'épater ?
...
Mon pauvre Léon
Depuis 68 tu rêves encore de faire la Révolution !
Tu n'as pas encore compris ?
Appris ?
Réfléchit ?
À quoi cela a servi ?
Même en lisant l'Huma
La société ne changera pas !
Finit le temps des barricades
Des grandes tirades
Des escapades
Des rigolades ...
Les pavés du boulevard saint Michel
La philo avec Murielle
Les riches ont des lingots d'or
Toi tu rêves encore ?
Tu sais :'
La lutte des classes
Travailleuses
Travailleurs
Les grands discours
Du grand soir
Du bon soir
On en à fait le tour
La révolution d'octobre
Le communisme
L'idéologie du Marxisme
Le mur de Berlin
Tintin !
On à donné
Mais Albert , ton capitalisme
Hé !
Manque pas de réalisme
Il écrase les petits en leur laissant des
Miettes...
La grosse part du gâteau
Chapeau !
C'est pas mieux
Mon vieux !
Dring ! le téléphone
Sonne ...
Excuse moi
Il à pas de quoi...
Je te dépose quelque part ?
Avec ma jaguar
Heu ! oui
Avenue Foch , chez la comtesse
Ma maîtresse .





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Défi
Ranne Madsen
Quinze minutes.
Une entreprise originale, un lieu de paix et de sérénité, une porte ouverte à plus de sécurité et de stabilité pour toutes ces femmes au métier si dévoyé.
Quinze minutes.
Un recueil de témoignages, les voix de celles et ceux qui ont vu ce rêve fleurir puis flétrir. Un récit sans narrateur, ou plutôt avec une multitude de narratrices et narrateurs. Une histoire qui aurait pu finir bien.
Quinze minutes.
L'histoire du quart d'heure de gloire et du quart d'heure de chute qui a bouleversé la vie de dizaines de personnes. Et détruit la vie d'une d'entre elles.

-Écrit dans le cadre du défi "Grandeur et décadence"-
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