Marie Moravec

13 minutes de lecture

Wyndt prit un nombre incalculable de douches sans pouvoir se débarrasser de l’odeur du feu. Lorsqu’on venait changer les pansements sur sa main et sa jambe, il détournait les yeux et regardait, au-dehors, le vent jouer dans les feuilles.

Le deuxième jour, lorsqu’il se réveilla, Tara était assise sur une chaise près de son lit

Wyndt ne se sentait pas de lui parler.

Il ne se sentait de parler à personne.

Seren lui avait laissé des fleurs et un mot pour s’excuser de ne pas avoir pu l’aider et Isy, une boîte de chocolats.

Peu après que le praticien eut annoncé sa décision de le garder quelque temps Marie vint lui rendre visite, mais l’agent dormait. Par la fenêtre de la chambre d’hôpital, elle pouvait voir voler un oiseau blanc.

La capitale portuaire de Hwaels abritait de nombreux animaux marins ; c’était probablement une mouette, tournoyant seule dans le ciel immaculé.

Elle détourna le regard pour le reporter sur la forme immobile de son collègue. Les médecins avaient permis sa venue, mais sans doute sous-estimé la fatigue du blessé.

Marie espérait que ses poumons se remettraient. Il devait pratiquer encore quelques séances d’oxigéra… d’oxigéna… d’une thérapie visant à augmenter son taux d’oxygène sanguin, pour y remplacer les restes des toxines qu’il avait respirées durant l’incendie.

Elle poussa un soupir et alla s’asseoir près du lit, se donnant quelques dizaines de minutes à attendre qu’il se réveille afin de terminer leur conversation. Il avait une petite croûte dans la barbe, le long de la mâchoire, qu’une étincelle avait dû mordre.

Wyndt avait été, en quelque sorte, le fil rouge entre le fiasco Koppel et sa rétrogradation à la tête de la présente équipe. À vrai dire, suite à la mort de Babirye, Marie avait apprécié de quitter le terrain pour venir s’installer dans ce pays minuscule à un poste de recherche.

Une partie d’elle en avait voulu à Wyndt, « le petit nouveau », du décès de sa collègue. Babirye n’était pas seulement une femme extrêmement compétente et dévouée à son travail ; c’était également une amie proche.

Voir « le petit nouveau » allongé dans un lit blanc lui rappelait une autre visite à la morgue, la dernière fois qu’elle avait pu regarder le visage défiguré de Babirye. Pourquoi avait-elle mis sa vie en jeu pour lui ? Jouée, et perdue.

Marie serra les poings, se souvenant de sa colère.

Aujourd’hui, c’était Wyndt qu’elle retrouvait dans une pièce sentant le désinfectant, et elle confirmait ses doutes. Babirye s’était simplement reconnue en lui, avait fait ce qui, pour ces deux imbéciles, comptait avant tout : protéger.

Elle soupira. Était-ce une erreur d’avoir confié Wyndt à Babirye ? Peut-être que si elle avait remis la charge du novice à quelqu’un d’autre, que si elle n’avait pas fait autant confiance à son amie…

Le petit nouveau avait pris quelques années, mais ses yeux clairs aux longs cils lui conféreraient toujours un air d’innocence, même dans son sommeil.

Embaucher Wyndt avait semblé une telle aubaine, à l’époque. Major de promotion, extrêmement consciencieux, prêt à tout pour se racheter, comme cela arrive à certains jeunes délinquants à qui l’on donne enfin une chance. Vrai, Marie avait hésité en consultant ses antécédents judiciaires ; elle ne voulait pas d’un voyou bagarreur et capricieux. Ce n’était cependant pas la personne qu’elle avait rencontrée en entretien, malgré les échardes de colère qui restaient plantées dans son regard. Et Babirye avait semblé voir quelque chose en lui.

Elle s’était souvent fait la réflexion, depuis.

Le fantôme de Babirye planait où qu’elle pose les yeux. Elle avait conscience que cette lubie invraisemblable l’avait poussé à reprendre Wyndt dans son équipe après la mort de son amie. Elle voulait savoir pourquoi, ce qui, en lui, avait conduit une femme aussi exceptionnelle à se sacrifier.

C’est aujourd’hui qu’elle le voyait. En sauvant la vie de Wyndt, Babirye sauvait Babirye. Le paradoxe de l’esprit humain…

Le nouveau n’avait pas plus mérité cet honneur qu’un autre. Il avait simplement eu la chance d’éveiller en sa collègue une envie de le protéger, ironiquement provoquée par son propre désir de survie. Aurait-on pu dire que, comme certaines personnes cherchent à se perpétuer par la reproduction charnelle, Babirye avait voulu se prolonger elle-même en préservant quelqu’un qui lui était semblable ?

Marie croisa les mains. Wyndt ne se réveillait pas.

Elle se leva, s’étira en faisant quelques enjambées et quelques mouvements des bras, puis sortit de la pièce d’un bon pas. Elle faillit percuter, en ouvrant la porte, une femme qui avait les mêmes yeux que Wyndt.

*

Elle toqua et entra aussitôt pour pénétrer dans une chambre relativement semblable à celle où reposait son agent, bien que plus petite.

« Vous êtes de l’Institut ? Je ne vous connais pas. »

Le jeune homme ne semblait pas inquiet de sa présence. Sans hésiter, il avait saisi la télécommande contrôlant son sommier pour mettre automatiquement son matelas en position assise.

On avait prévenu Marie qu’il était coutumier des séjours hospitaliers.

« Je ne suis pas de l’Institut. Je fais partie d’une organisation qui m’a demandé de te prendre en charge. Tu peux m’appeler Marie. »

« Quel genre d’organisation ? »

« Rien à voir avec les Ven » répondit-elle en allant chercher une chaise pour s’y asseoir. Disons que notre rôle est d’assurer la protection de nos clients. »

« Je n’ai pas besoin de protection. »

Le garçon parlait doucement, avec cette sorte de bienveillance qu’on associe plus généralement à la sagesse qu’à des instincts pyromanes.

« L’Institut aimerait que nous te prenions en charge », reformula Marie.

Il sourit, l’air un peu triste. « Vous allez m’enfermer quelque part ? »

Elle hésita. « Non, nous… Nous allons te trouver un foyer, du moins jusqu’à ta majorité. L’Institut Mayer continuera de fournir des soins, mais souhaite que tu sois hébergé ailleurs. »

Sky émit un petit rire. « Dans ce cas, pourquoi pas une chambre d’hôpital ? Cela éviterait les déplacements inutiles. »

« Cela n’est pas possible. »

Il perdit son sourire. « J’ai dix-sept ans. Je pourrais vivre seul. »

« D’après les informations que l’on m’a données, ce n’est pas non plus envisageable. L’Institut Mayer a même recommandé une mise sous tutelle à ta majorité. »

« Je sais. Ce qui m’étonne un peu, c’est que l’Institut tienne à ce point à me garder en vie, et hors de prison. »

« Techniquement, l’Institut préfèrerait te garder loin de tout groupement humain. Ils ont l’air de penser que tu n’as pas besoin d’une allumette pour faire des dégâts. »

Il fit une petite grimace. « Si cela peut vous rassurer —ou peut-être pas— je n’ai jamais eu accès à une allumette. J’ai passé la majorité de ma vie à l’Institut. »

« Et chez tes parents ? »

Il joignit les mains au-dessus des genoux, sur les draps. « Je ne me souviens pas particulièrement de cette période. »

Marie se rejeta en arrière dans son siège. « Ma mission est de te trouver un endroit sûr où tu ne pourras faire de mal ni à toi-même ni à d’autres personnes. Je suis ici pour voir ce que tu en penses. »

« J’ai le choix ? » demanda-t-il avec un sourire ironique.

« Dans une certaine mesure, et en fonction de ton attitude. »

« Madame Ward a mentionné mes protecteurs » dit Sky. Il souleva le drap d’un mouvement ample et gracieux, révélant des membres couverts de cicatrices plus ou moins effacées. Il poursuivit en faisant quelques pas dans la chambre, pied nu. « Toutes les personnes qui en ont entendu parler marchent sur des œufs lorsqu’elles s’adressent à moi. Pourtant, on ne m’a jamais donné leur nom. »

« On m’a simplement fait comprendre qu’ils avaient beaucoup d’influence, et seraient très ennuyés s’il t’arrivait quelque chose », répondit Marie.

« Oui, ce serait très ennuyeux. »

Sky s’élança vers la fenêtre avec la légèreté d’un papillon à l’envol. « Vous pourriez me mettre dans une forêt. Sael était dans une forêt, et iel semblait s’y plaire. Une forêt humide, évidemment. »

Marie hésita avant de répondre. « Je pourrais demander à madame Ward des précisions sur le séjour de ton ami. »

« Comment va-t-il ? »

« Ton ami ? »

« La personne qui m’a sauvée. C’est l’homme chez qui Sael vivait. Une infirmière m’a dit qu’il avait été admis dans cet hôpital. »

Marie allait devoir faire attention à ne pas se faire surprendre lors de ses déplacements dans les couloirs. « Il se repose. »

« C’était idiot, de sa part. Vous connaissez l’identifiant de sa chambre ? Il faudrait que j’aille le voir. »

« Il a besoin de calme », reformula Marie un peu sèchement.

« J’attendrai que ça aille mieux. Je pense que c’est chez lui que vous devriez m’installer. »

Marie ne put réprimer un rire. « Tu veux les clefs, peut-être ? » Elle se leva. « Je ne sais pas comment ça se passe à l’Institut Mayer, mais dans la vie réelle, on ne s’invite pas chez les gens. Surtout pas chez quelqu’un encore retenu à l’hôpital suite à l’inhalation de fumées toxiques. »

À contre-jour devant la fenêtre, le garçon semblait nimbé d’une aura tremblante.

« C’est un foyer d’accueil », expliqua Sky en s’approchant de la petite table accolée au mur pour se servir un verre d’eau. « C’est pour ça que Sael résidait chez lui. Il fait partie des personnes employées par l’Institut pour socialiser leurs sujets. Lorsqu’il sera remis, et vu qu’il m’a déjà sauvé la vie une fois, on peut imaginer qu’il ne sera pas réfractaire à l’idée de m’accueillir. Ils sont bien payés, à ce que j’ai compris. »

Marie prit une inspiration avant de répondre. « Très bien. Je verrai ce que je peux faire. »

Une vapeur d’eau s’élevait du verre qu’il tenait. Il devait faire plus froid devant la fenêtre.

Mettre Wyndt sur une autre mission, dès à présent ? Cela l’aiderait certainement à penser à autre chose, et à se sortir l’affaire Koppel de la tête. Il s’était montré régulièrement désagréable et indiscipliné depuis qu’elle lui avait confié Sael et, pour les mêmes raisons que lui, Marie n’était pas parvenue à le recadrer.

Foutue affaire Koppel.

Si seulement Martha n’avait pas sous-estimé la situation…

Non. L’agent Koppel n’avait fait que son travail. Toutes ces morts pesaient sur la conscience des voloviennes qui avaient tiré.

La femme se leva brusquement, sortit de sa veste un petit carton qu’elle tendit à Sky. « Voici ma carte de visite, avec mon numéro. Je reviendrai te voir avec madame Ward pour te dire ce que j’aurais trouvé comme arrangement. En attendant, repose-toi bien. »

Elle repartit d’un bon pas. Sky se fit la réflexion qu’il était inhabituel de rencontrer une personne à l’aspect aussi gracile qui roulait des épaules en marchant. Lui-même glissa jusqu’à la table pour y déposer son verre vide. Est-ce que Wyndt était réveillé ?

Le garçon hésita un instant, puis décida de sortir de la chambre. L’air froid de l’hôpital caressait ses jambes nues, le faisant frissonner.

Il repéra un infirmier et alla lui demander son chemin.

*

Il faisait nuit lorsque Sky parvint enfin à se glisser dans la chambre de Wyndt. Il avait pris soin de mettre des chaussons, histoire de ne pas être de nouveau arrêté par le personnel médical pour raison vestimentaire.

Il était relativement tard, alors Sky préféra aller tirer un rideau pour laisser entrer la lumière de la lune plutôt qu’allumer. Il vint ensuite s’agenouiller près du lit où sommeillait l’homme.

De près, il ne semblait pas particulièrement menaçant, peut-être même un peu fragile.

Sans doute à cause des coupures et autres ecchymoses.

On devinait la courbe de ses muscles sous les draps malgré son endormissement, et Sky choisit de le réveiller en douceur.

Il fallut quelques instants à Wyndt pour être entièrement éveillé, et pour décider d’allumer.

« Vous me reconnaissez ? »

L’esprit encore pâteux, Wyndt n’aurait pas reconnu sa mère —bien que pour être honnête, le fait qu’elle ait quitté la maison lorsqu’il avait cinq ans n’aide pas. Sa vue finit finalement par s’adapter à la lumière et il vit d’abord des mèches de cheveux marron, un peu fouillis, aux reflets de châtaigne. Puis un regard de même couleur.

« Sky » marmonna-t-il. Sa bouche répondait mal, engourdie par les médicaments qu’on lui faisait prendre contre la douleur. « L’ami de Sael. »

« C’est ça. J’ai un service à vous demander. »

Wyndt se frotta les yeux. « Est-ce que ça implique de te sortir d’un autre feu ? Parce que je ne suis pas encore remis de la dernière fois. »

Sky se redressa, l’air un peu coupable, et vint s’asseoir sur le bord du lit. « Je ne sais pas vraiment quoi dire », avoua-t-il. « Si je vous remercie, vous pourriez croire que je trouvais votre idée de bondir dans un bâtiment en flammes très futée. »

Wyndt sourit. Il n’était pas trop difficile de sourire sous calmant. « Et celle de le faire pour t’en sortir ? »

Le garçon regarda dans le vague, l’air un peu ailleurs. « Vous faisiez cela pour Sael, n’est-ce pas ? »

Wyndt grimaça et se redressa contre son coussin. « Qu’est-ce que tu viens faire ici ? »

Sky se prit les mains, avec douceur, semblant toujours aussi distrait. « Je veux retrouver Sael. »

L’homme s’immobilisa, puis posa la tête contre son oreiller en soupirant. « Je ne peux pas vraiment t’aider… »

« Bien sûr que si. Vous, vous êtes agent spécial » dit Sky sans se soucier de l’expression de déni que cette affirmation avait automatiquement généré. « Moi, je suis en lien avec l’Institut Mayer. Et vous tenez à Sael. »

« J’étais officier de police », corrigea Wyndt en se frottant la poitrine pour en chasser le pincement que la dernière phrase y avait provoqué. « Pas faiseur de miracles. »

Sky pencha légèrement la tête de côté, en évitant son regard. « Officier de police. Soit. Ce qui importe, c’est que Sael compte pour vous, et que vous vouliez lae retrouver. »

Wyndt prit une inspiration. Il se sentait épuisé, et les médicaments lui donnaient le tournis. « C’est vrai. Mais en l’état, il n’y a rien que je puisse faire. »

Le garçon remonta ses jambes sur le lit, où il resta perché comme un oiseau. « Moi, je n’ai aucun accès aux informations concernant l’enquête menée pour sa recherche. Mais vous, vous ne garderez pas le contact avec l’Institut Mayer maintenant que Sael a disparu. Or les Ven ont beaucoup plus de moyens que la police de Hwaels. Des moyens internationaux. »

« Qu’est-ce que tu suggères ? Une sorte d’alliance ? »

« Je suppose. »

Sky tira la carte de visite que Marie venait de lui donner de sa poche. « Une femme m’a rendu visite cette après-midi. Une “officière de police”. L’Institut voudrait que j’aille emménager ailleurs, et cette dame est censée me trouver un nouvel endroit où vivre. Je lui ai parlé de vous. »

Wyndt jeta un regard distrait à la carte. Marie Morgan. Il connaissait ce pseudonyme.

« Tu lui as parlé de moi ? » dit-il en rendant le morceau de carton imprimé au garçon. « C’est à dire ? »

« J’ai mentionné que vous étiez famille d’accueil pour l’Institut, et je lui suggéré de vous demander de m’héberger quelque temps. Il reste neuf mois jusqu’à ma majorité, et ensuite je pourrais chercher un endroit où vivre seul. L’Institut souhaite que je demeure sous tutelle, mais si je peux leur prouver que j’arrive à survivre en indépendance, je ne pense pas qu’ils protestent. »

Il se reprit les mains. « Je sais que c’est beaucoup demander. Mais en échange, je vous rapporterai toutes les informations que je trouve sur Sael lors de mes visites médicales. »

Wyndt poussa un soupir. « Se renseigner n’est pas si facile qu’il y paraît. Héberger quelqu’un non plus. »

« Ce n’est pas… J’ai juste besoin d’une excuse. Ça ne me dérange pas de dormir dans une tente. L’Institut paie bien pour ce genre de travail, non ? »

Wyndt acquiesça, bien qu’il l’ignore. L’idée de Sky semblait saugrenue au premier abord, mais les relations entre les AS et l’Institut s’étaient beaucoup détériorées et il pourrait être utile de garder un pied dans la place. Il faudrait qu’il en discute avec Marie.

« C’est important, pour moi » ajouta Sky d’une voix moins assurée. « Si on m’envoie je ne sais où, je ne reverrai jamais Sael. »

Wyndt voulut lui dire que les chances demeureraient minces même s’il venait séjourner chez lui, mais la fatigue lui fit plutôt fermer les yeux.

« Très bien. Je verrai ce que je peux faire. »

*

« Je te retire définitivement de la mission Fou de Bassan », déclara Marie en observant par la fenêtre le ciel aussi bleu que son regard. « Tu vas t’occuper du môme que tu as empêché de rôtir, ce sera plus reposant. »

Wyndt s’était toujours senti fasciné par la beauté fragile de cette militaire aux traits de porcelaine, aux yeux clairs et à la chevelure blonde retenue par un chignon lâche.

« Je ne vais pas te féliciter », commença-t-elle abruptement lorsqu’il se fut relevé sur un coude. « Si je me complimente mes agents chaque fois qu’ils jouent les imbéciles, je vais me retrouver avec une platée de macabées sur les bras. Mais c’est bien que tu aies sorti le gosse de là ; lui aussi a de la valeur. »

Elle arpentait la chambre avec aplomb, revint se poster à la fenêtre.

Wyndt s’était rallongé, épuisé. « Je ne veux pas changer de mission. »

« Je sais, mais c’est ce que tu vas faire. Tu t’es trop impliqué avec l’autre et du coup t’as fait n’importe quoi. Tu penses vraiment que ce serait bien que l’Inspection se remette à critiquer ton aptitude au travail ? Le stress post-traumatique est une chose ; ignorer mes directives en est une autre, et il se trouve que l’Inspection est beaucoup plus indulgente avec les tueurs d’enfants contrits qu’avec les sauveurs d’enfants qui n’en font qu’à leur tête. »

Wyndt détourna le visage. Le moniteur cardiaque près de son lit ressemblait, éteint, à une petite télévision ancienne.

« Le gamin que je te mets sur les bras, Sky, n’a pas la moitié du monde aux trousses. Par contre l’Institut est contraint de le protéger et les ordres, paraît-il, viennent de très, très haut. Ils pensent qu’il a fait flamber leur bâtiment donc ils nous le refourguent ; fais attention avec tes allumettes. »

« Je n’ai pas envie de m’occuper d’un autre enfant. »

« Je ne t’ai pas demandé ton avis. »

Elle lâcha le rideau et se tourna vers lui, sa jambe tremblant d’impatience.

« Tu as besoin d’un temps mort. Pas de témoin clef à cacher, juste un gosse à planter dans ton jardin pour le faire grandir. »

« C’est une mise à pied ? »

« C’est une mise au point. »

Marie fit le tour du lit, où son agent couvert de cloques avait pris ses quartiers.

« C’est une mission reconductible de neuf mois. Lorsqu’il sera majeur, l’Institut le mettra sous tutelle et le réintègrera. D’après le dossier fourni par la directrice de l’Institut, c’est un pensionnaire sans histoire, mise à part une suspicion de pyromanie. On préfère le garder à l’écart le temps des travaux. Donc toi, profites-en pour prendre des vacances. »

Annotations

Recommandations

Défi
Adrien de saint-Alban


Sauver ou périr, telle est leur devise. Une devise appliquée à la lettre. Pour Michel, on ne devient pas pompier, on l'est déjà dès le berceau. Cet esprit de sacrifice est un don insufflé dès la naissance.
Tel petit garçon veut être policier, tel autre gendarme. Cette vocation enfantine pleine d'abnégation précoce aura fait long feu jusqu'à ce qu'elle soit mise au rencart, éclipsée par celle de footballeur, les sirènes de l'argent ayant été fatales aux oreilles juvéniles déjà façonnées par la société mercantile.
J'ai pensé à Rémy, un jeune pompier de Paris en congé chez lui en Lozère et qui a sauvé des flammes une femme non moins âgée que lui. Oui, dans l'anonymat. Ce n'est pas un migrant ni un footballeur, Rémy, mais un gars bien de chez nous. Il n'a pas eu les faveurs des médias nationaux de Mamadou ni un tête à tête sympa avec le président avec son sourire content. Non, juste la reconnaissance de la feuille locale. Cependant c'était une pure production française. Un acte qui sentait bon la bravoure et le désintérêt, le pur sens chevaleresque des héros de livres poussiéreux dont ils ont gardé l'esprit. Le panache discret du chevalier sauvant du péril sa belle. Sans cabotinage et sans tricherie.
A quoi pense un soldat du feu lorsqu'il est en face de l'enfer, au milieu d'une fournaise?
A quoi pensait Michel dans la chaleur des flammes appelant de toutes ses forces que l'on vienne le sauver. Pour Michel, c'était plutôt être sauvé ou périr. Par chance, sa mère n'était pas loin.
On a tous devant les yeux ces images des tours jumelles, des corps tombant dans le vide que même un photographe a réussi à figer pour l'éternité. On imagine ces corps que personne n'est venu secourir. Des banquiers... qui sait? Ces corps deux fois abandonnés. Devant la tragique verticalité qui allait les engloutir, les mains encore odorantes des derniers dollars. Ont-ils crié maman ?
C'était la cruelle alternative, l'insupportable dilemme qui se présentait à Christelle. Allait elle perdre son fils? Elle avait bravé les flammes comme elle avait plusieurs fois bravé le destin. Le destin qui s'était maintes fois acharné sur son fils. Mais toujours là. Toujours présente à la minute même où il fallait qu'elle soit là.
La vie de Christelle tourne autour de ses trois enfants depuis que son compagnon l'a abandonnée en pleine bataille. Le destin en aurait fait de même si elle ne l'avait pris en main comme on prend un taureau par les cornes pour l’empêcher de vous écrabouiller. Le destin prend parfois un malin plaisir à vous écrabouiller. Il choisit au hasard. Peu importe qu'il s'agisse d'un enfant ou d'un adulte. Le sort ne fait aucune différence, ne fait pas de sentiment. Le destin n'a pas de cœur, n'a pas d’âme. Le destin, c'est comme un banquier. Il frappe les yeux fermés sur les plus faibles. Il les ouvre quand il a accompli son méfait.
Souvent, le destin a ses complices réels ou supposés. Dès qu'un enfant souffre, il y a toujours un salaud qui rôde. Il suffit de le débusquer et de le mettre devant ses responsabilités.
On dit que le diable est dans les détails. Cette nuit là le détail avait l'apparence d'une chambre d'enfant situé au deuxième étage d'un immeuble qui venait d’être restauré selon les dires de la propriétaire. Oui, il venait d'être refait à neuf.
Il n'empêche qu'au beau milieu de la nuit, le feu s'est déclaré dans la chambre du petit Michel ,cinq ans.

Un problème électrique comme souvent.

Le petit garçon dormait, se laissant bruler. Comme la grenouille de la parabole s'était laissé cuire dans la marmite. Michel s'est laissé brûler, tétanisé par ce qui se passait dans cette chambre. Un enfant ça reste un enfant.
Peu à peu une fumée noire, dense et âcre avait envahi l'espace, pénétrant par tous les interstices du meublé pour enfin alerter la mère qui dormait dans le canapé du salon. Une mère harassé par la fatigue sans doute, qui n'a rien vu venir et qui s'est glissée confiante dans les bras de Morphée, vaincue.
Les bombes au phosphore tombant sur Dresde et Cologne générant une chaleur atomique qui fit fondre le corps des enfants sur l'asphalte me vinrent à l'esprit. Que peut faire un enfant face aux flammes sinon se laisser mourir en criant maman? Oui, Michel criait:"maman , vient à mon secours!"
Guidé par son instinct maternel, la mère s'élança à corps perdu dans le couloir menant à la chambre, les bras tendus, heurtant les murs de cet interminable, de ce satané couloir,présageant le pire, la fumée âcre commençait à lui piquer les yeux et à lui ronger les poumons. Mais qu'importe, son fils brûlait sur son lit. Les draps, la couette étaient consumés. Le corps du garçon restait collé au sommier par le dos. Le lit superposé avait brûlé, ne laissait apparaitre que la structure en ferraille. La chaleur avait entamé la chair. Bien qu'il fit un noir d'encre elle distingua les bouts de peau qui se détachaient de ce corps devenu flasque et mou. Néanmoins, avec l’énergie d'une mère au désespoir, elle réussit à extirper ce petit corps de la fournaise, une fournaise qui était à l’œuvre. Tout fondait, les carreaux de la chambre claquaient, le plâtre du plafond cassait, laissant apparaître la brique rouge, une suie noirâtre tombait en goutte de chaleur sur le corps et sur la tête de la jeune femme, insensible devant l'effroi à la chaleur du carrelage qui lui brûlait les pieds.
Malgré le malheur et le désarroi qui s'abattaient d'un coup d'un seul, la jeune mère eut la force et la présence d'esprit de garder son petit d'homme par devers elle et ainsi l'arracher aux griffes de l'enfer. Non, cette chose lui paraissait impossible. Ce qui lui arrivait était du domaine de l'impensable. Une pareille catastrophe ne pouvait arriver. Un cauchemar dont elle se sortirait vainqueure et tout redeviendrait comme avant.
Ceux qui n'ont pas d'enfant ne peuvent comprendre.
Un pauvre gamin de cinq ans qui n'a pas ému ces monstres froids que sont les assureurs qui fleurtent avec des pratiques barbares. Qu'importe la vie d'un petit d'homme?
Pour ces types l'argent est un métier pas un sacerdoce. Pourtant, un assureur est mandaté par ses clients souscripteurs pour couvrir les risques de la vie en cas de besoin. Dans le cas de Christelle ce n'était pas un besoin mais une nécessité absolue, une bouffée d'oxygène. Mais les sirènes du destin ont fait dire au banquier que celui-ci n'était que l'auxiliaire d'une fatalité dont il ne pouvait entraver la marche impitoyable.
L'établissement bancaire où Christelle avait souscrit une assurance sur les risques quotidiens lui avait opposé une fin de non-recevoir. Le banquier, un homme gros et gras au visage rond et joufflu, suant à grosses gouttes derrière un ventilateur qui brassait de l'air chaud, il parlait en fixant ses clients par dessus ses lunettes rondes, affirmant de manière péremptoire que la jeune femme ne possédait pas de contrat d'assurance, ce qui n'était pas la vérité aux dires de la jeune femme. Christelle était persuadé d'avoir conclu avec la banque une assurance qui la protégerait, elle et ses enfants des risques de l’existence. Mais comme chacun sait, les banquiers joufflus vous imposent un parapluie les jours de canicule et vous le reprennent quand il pleut des cordes.
Pourtant, la situation devint intenable pour la mère de famille et elle n'avait que son assureur vers qui se tourner. Il lui fallait juste un filet de sécurité, ne serait ce que pour pallier aux soins annexes de son garçon, ceux qui ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale, des soins parfois couteux qui étaient hors de portée de son portemonnaie.
Non, l'homme d'argent persistait dans son refus de lui accorder un premier secours.
Il n'y avait aucune trace de son contrat d'assurance.

Que faire?

Lorsque Christelle reprit connaissance, elle était dans un lit d'hôpital sans savoir encore qu'elle venait de tutoyer le pire. Des hommes en blouses blanches étaient à son chevet. Des hommes bienveillants. Une bienveillance qui n’était pas de nature rassurante. Christelle avait la phobie de la blouse blanche. La première pensée fut pour ses enfants.
La psychologue lui avait dit:
-Ne craignez rien, vos enfants sont entre de bonnes mains!
Les psychologues, ces artilleurs que l'on envoie en première ligne sur le front d'une catastrophe pour adoucir une âme meurtrie quand on peine à soigner le corps.
Alors elle se remit en mémoires la scène terrible de l'incendie de cette nuit là.
La pensée qu'il y avait encore deux autres enfants à sauver la plongea dans une terrible angoisse. L'idée qu'elle pourrait les perdre à jamais la rendait folle de désespoir. C'était une course panique contre la montre. Il fallait faire vite. Le feu se propageait. L'épaisse fumée noire devenait dangereuse et pour elle et pour ses enfants. Par chance, la chambre de la fillette située en face de celle des garçons où le feu s'était déclaré était encore épargnée. Damien avait réussi du haut de ses huit ans à mettre Émilie sur la fenêtre et criait au dehors en donnant l'alerte. Voyant ses enfants au bord de l'abîme, instinctivement et sans penser à rien, guidée par une puissante volonté de protéger sa chair, la jeune femme prit la main des enfants puis les poussa vers la porte au milieu d'une fumée qui devenait de plus plus noire, mortelle.
Elle se mit à chercher ses dernières paroles adressées à ses enfants, ses derniers souvenirs alors qu'elle était dans le couloir de l'appartement en feu. Elle se souvient du salon être à son tour dévoré par le feu de l'enfer, sans doute après un appel d'air lorsqu'elle a ouvert précipitamment la chambre de la fillette. Elle se souvient d'avoir mis ses enfants hors d'atteinte des fumées toxiques près de la porte d'entrée restée ouverte par précaution. Seul, Michel a eu moins de chance.
Sentant ses forces l'abandonner, le corps las de respirer une fumée qui lui brûlait la gorge et les poumons, elle s'était effondrée. Évanouie.
Adrien de saint-Alban
1
2
0
7
Sonio

Albert et Léon
Les faux frères
Ont ils tord ou raison ?
10h - Avenue Jean Jaurès
Devant deux cafés express...
Bonjour Albert !
Comment vas tu Léon ?
Bien ça va , ça vient !
Trois fois rien
La routine
J'ai un nouveau chien
À cause de Micheline
Et toi Albert ?
Même refrain ?
Toujours avec le petit Robert
À portée de la main
Avec tes mots croisés
Tes lunettes dorées
Ta montre en plaqué
Ton costume croisé
Tes pompes en cro-cro
Tu en fait un peu trop !
Tu cherches à m'épater ?
...
Mon pauvre Léon
Depuis 68 tu rêves encore de faire la Révolution !
Tu n'as pas encore compris ?
Appris ?
Réfléchit ?
À quoi cela a servi ?
Même en lisant l'Huma
La société ne changera pas !
Finit le temps des barricades
Des grandes tirades
Des escapades
Des rigolades ...
Les pavés du boulevard saint Michel
La philo avec Murielle
Les riches ont des lingots d'or
Toi tu rêves encore ?
Tu sais :'
La lutte des classes
Travailleuses
Travailleurs
Les grands discours
Du grand soir
Du bon soir
On en à fait le tour
La révolution d'octobre
Le communisme
L'idéologie du Marxisme
Le mur de Berlin
Tintin !
On à donné
Mais Albert , ton capitalisme
Hé !
Manque pas de réalisme
Il écrase les petits en leur laissant des
Miettes...
La grosse part du gâteau
Chapeau !
C'est pas mieux
Mon vieux !
Dring ! le téléphone
Sonne ...
Excuse moi
Il à pas de quoi...
Je te dépose quelque part ?
Avec ma jaguar
Heu ! oui
Avenue Foch , chez la comtesse
Ma maîtresse .





1
3
4
1
Défi
Ranne Madsen
Quinze minutes.
Une entreprise originale, un lieu de paix et de sérénité, une porte ouverte à plus de sécurité et de stabilité pour toutes ces femmes au métier si dévoyé.
Quinze minutes.
Un recueil de témoignages, les voix de celles et ceux qui ont vu ce rêve fleurir puis flétrir. Un récit sans narrateur, ou plutôt avec une multitude de narratrices et narrateurs. Une histoire qui aurait pu finir bien.
Quinze minutes.
L'histoire du quart d'heure de gloire et du quart d'heure de chute qui a bouleversé la vie de dizaines de personnes. Et détruit la vie d'une d'entre elles.

-Écrit dans le cadre du défi "Grandeur et décadence"-
2
10
71
23

Vous aimez lire Laedde ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0