Courage liquide

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« J’en suis à me dire que je devrais tout plaquer pour partir à sa recherche moi-même. » 

Wyndt poussa un nouveau soupir et prit une nouvelle gorgée de bière.  

De l'autre côté de la table, derrière le liquide ambré d'un verre de whisky, Isobel se tortillait sur sa chaise. 

« Désolé de te mettre mal-à-l'aise comme ça » répondit Wyndt. « C’est que toute cette histoire me donne le cafard. »

Il finit son verre d'un trait et en commanda un autre.  

À sa droite, le plateau de nourriture à partager restait intact. Isy tendit la main pour se saisir d'un anneau d'oignon frit.

« J’ai demandé à ma soeur si elle pourrait venir à l’enterrement de Dolce, mais… »

Isy détourna les yeux. « Tu n’as pas retrouvé le corps ? »

« Toujours pas, non. À vrai dire, je doute que la rivière veuille le rendre. »

Dolce reposait désormais au plus prêt de la Sylve.

Wyndt posa les coudes sur la table, fourra ses mains dans les boucles brunes de ses cheveux en pagaille.  

Isy pensa d'abord qu'il allait lui répondre, mais il se plongea progressivement dans l'observation d'une aspérité de leur table, puis son regard se perdit dans le vide. 

Wyndt avait de très beaux yeux bleus —difficiles à ignorer, bordés de cils noirs étonnamment épais ; lorsqu'il les levait vers vous, on parvenait à croire à l'innocence du monde. 

C'était un jeune homme au visage éphèbe dissimulé sous les poils d'une barbe soigneusement mal rasée. Heureuse en couple, Isy s'accordait avec les autres androphiles du villages pour affirmer qu'on l'aurait volontiers scotché dans un tableau d’esthétique classique, de préférence à demi nu pour pouvoir apprécier plus à loisir la ligne de ces muscles que les habits mangeaient.  

Entre autres qualité, Wyndt était un policier dans l'âme —un vrai de vrai. C’était une personnalité à angles droits, sans surprises dans son intégrité, sans hésitation dans ce devoir de justice qui continuait de faire douter le monde.  

Isy l'avait vu contredire un officier parce que l'arrestation d'un tiers faisait moins de bien que de mal. Elle l'avait vu payer un verre à des braconniers pour remonter à la source de leurs actes —et décider ensuite de les arrêter parce que cette cause ne changerait jamais.  

Non seulement il était beau comme un demi-dieu mal rasé, mais il avait le courage de questionner les règles injustes et de ne pas s'effrayer des réactions de ses pairs. On critiquait souvent ses excentricités au village mais, sous couvert de remarques indécises, Isy avait souvent remarqué une pointe d'admiration.  

Wyndt n'avait pas peur des opinions, des préjugés ni des mensonges. Ou, s'il les craignait, il agissait en dépit de cela —et c'était remarquable.  

« Je ne sais pas quoi faire » soupira Wyndt en se redressant. « On n'a pas retrouvé son corps donc il est probablement vivant —en tout cas c'est-ce que je veux croire. Et je ne pourrais jamais me regarder en face si je le laisse tomber une deuxième fois, pas quand… » 

Il s'interrompit, s'adossa au fond de sa chaise et tendit une main vers un morceau de pomme de terre grillée aux épices. Isy prit son verre, où claquaient les glaçons. 

« Je croyais que tu avais enfin reçue une réponse positive à ta demande d'adoption ? » rappela Isy. 

Il se gratta la tête. « Je sais, je sais... j'ai dis non. Je ne peux pas adopter un enfant en sachant que je suis en plein deuil —que j'ai la tête remplie de quelqu'un d'autre. Cette gamine… »

Son gentil sourire plein de petites dents. 

« Elle mérite mieux qu'un pauvre ère bardé de traumatismes. Je ne suis pas encore remis de mon premier échec dans les forces de l'ordre et voilà que je perds un autre môme, un môme qui n'a vraiment pas eu la meilleure des vies jusqu'à présent… » 

Il soupira et fronça les sourcils de douleur. « J’ai peur de ce qui va lui arriver, sans moi. C'est une petite personne débrouillarde mais… » 

Il se mordit la lèvre. « On peut porter une armure impénétrable et brandir des armes de destruction massive, et ne jamais se sentir en sécurité. Les humains ne sont pas fait comme ça, on a besoin d'une petite voix dans le noir pour nous dire qu'on n'est pas seuls. » 

« Si Sael a survécu, i... quelqu'un l'a certainement recueillit » répondit Isobel doucement. « Il n'y a pas de raison particulière pour que cette personne face partie de la minorité dangereuse. »

« On n'a aucune nouvelle d'aucun hôpital » rétorqua Wyndt assez sèchement.  

Il prit une gorgée, regardant son verre d'un air sombre.  

« Si la personne qui l'a trouvé veut son bien, pourquoi est-ce qu'elle ne l'a pas amené à l'hôpital ? Survivre aux rapides est possible, mais ça m'étonnerait qu'on puisse rebondir sur autant de cailloux et s'en sortir indemne. »

Il replongea le nez dans son verre, rendu nauséeux par son propre discours. 

« Peut-être que Sael ne voulait pas être retrouvé ? » aventura prudemment Isy.  

Wyndt fronça les sourcils, contracta la mâchoire. « Pas que tu aies été un mauvais parent ! » rajouta immédiatement la policière. « Mais peut-être... enfin. J'ai entendu de nombreuses histoires sur l'Institut Mayer. Ce n'a pas l'air d'être un lieu sain pour les enfants. Pour les adultes non plus, peut-être. Sael s'est enfuit parce qu'i... que ça lui faisait peur d'y retourner, non ? »

Parce qu'iel ne me faisait pas confiance. 

Wyndt joint les mains sur la table, croisa les doigts nerveusement.  

Cela faisait mal au cœur de le voir aussi malheureux.  

Isy reposa son verre. « Wyndt... Sael n'est peut-être pas mal tombé. Peut-être qu’i— que pour une fois, i— Sael a trouvé des personnes qui pensent à lui— elle et ses intérêts avant les leurs. » 

« Je pensais à ses intérêts » grommela Wyndt à voix basse, l'air buté. « Peut-être pas au début, pas de la bonne manière mais… »

« Et peut-être que ce sera pareil pour les personnes qui l'ont accueilli. »

Wyndt hocha la tête en signe de dénégation, amer. « Pas si ce sont des voloviennes. »

Isy porta automatiquement la main au pendant qui pesait sur sa poitrine. « Pourquoi ça ? »

« Sa famille a été assassinée par des voloviennes » répliqua Wyndt d'un ton acerbe qu'Isy ne lui connaissait pas —non plus que ce regard glacial. « C’est pour ça que Sael a été placé à l'Institut. » 

Il se saisit dans le plat d'un morceau de calamar pané, qu'il se mis à triturer pensivement. Visiblement en colère. 

« Toutes les voloviennes ne sont pas des fanatiques » rappela Isy, la main serrée autour de son pendentif, sur la défensive.  

« Va dire ça au môme dont elles ont tué la famille. »

La peau lisse du calamar mort apparaissait sous sa croûte de panure malmenée, blanche et luisante de graisse.  

« Ce n'est pas le danger physique qui m'inquiète pour Sael » ajouta Wyndt. « On peut perdre un bras et s'en remettre. Mais on ne peut pas se faire déchirer le bras par quelqu'un sans qu'une blessure se forme, encore plus vicieuse que l'arrachement des chairs.  

« Savoir qu'une montagne peut s'effondrer sur toi fait peur, mais n'ébranle pas ta confiance dans le monde. C'est de la terre qui tombe, c'est le monde qui est immense et toi tellement petit. Apprendre que d'autres humains entièrement sains d'esprit veulent la mort de personnes qui te ressemblent —c’est réévaluer le monde dans une intention de méchanceté. Je ne veux pas que Sael revive ça. »

Wyndt enfonçait un ongle dans la chair blanche du mollusque mort.  

« Il y a tuer pour survivre, se protéger et se perpétuer, et il y a ces gens qui tuent pour protéger et perpétuer leurs rêves —leurs chimères, leurs illusions— dans le but de les rendre vraies. Ça ne les rend pas vraies. Ca n'en fait que des instruments de souffrance. »

Il fourra le morceau de calamar dans sa bouche, l'écrasa sous la presse de ses molaires.  

« Si Sael retombe aux mains de voloviennes, il va en souffrir. Et ça ne se verra pas, parce qu'il ne le montrera pas et que personne ne pourra dire 'il a des bleus' ou 'elles lui ont cassées le bras’, mais ça ne rendra pas sa souffrance moins réelle. »

« De toutes manières, on ne sait pas chez qui Sael est tombé » répliqua Isy sèchement.  

Elle vida son verre d'un trait et engouffra un anneau d'oignon, puis une aile de poulet frite.  

« Tu te tortures pour rien » ajouta-t-elle. « On n'est même pas certain qu'iel s'en soit sorti. »

Wyndt se leva brusquement, faisant crisser sa chaise sur le carrelage brun du pub, et fit quelques pas pour se calmer en se frottant le visage. 

« Tu sais pourquoi Sael s'est enfuit ? Parce que des voloviennes avaient retrouvé sa piste. »

Isy soupira, et se balança en arrière sur sa chaise pour pouvoir le regarder dans les yeux. 

« Sael est partit, Wyndt. Tu l'as gardé à peine quelques semaines. Ne fiche pas ta vie en l'air pour une personne qui volait dans les supermarchés. »

Wyndt s'immobilisa, refroidit par le souvenir.  

« Ça ne se passe pas comme ça » dit-il. 

« Quoi, le vol ? » 

« Non. » 

Il se rassit. « Faire un enfant, c'est facile —enfin, pour beaucoup de gens. »

Il attrapa un morceau de pomme de terre aux teintes oranges et brunes.  

« Et être l'enfant de quelqu'un, c'est facile aussi. On naît comme les oies : on adopte la première personne qui s'occupe de nous, celle qui nous sauve la vie alors qu'on ne peut encore ni communiquer ni se déplacer. »

Il avala sa pomme de terre et en saisit une autre entre deux doigts.  

« Mais être parent, c'est autre chose. Ce n'est pas tout de faire un enfant, il faut aussi l'adopter. Sinon on n'est qu’un adulte avec un enfant à charge —et ce n'est pas si facile, d'adopter un parfait inconnu, une personne qui grandit si semblable et si différente. Une personne qui peut se mettre à voler dans les supermarchés. »

Il reposa la racine épicée et s'essuya les mains sur une serviette proche. 

« J’ai adopté Sael. Ce n'était pas prévu, pas exactement —je n'étais qu'une famille d'accueil. Puis iel s'est mis à me faire confiance. À me confier son éducation. À accepter de m'écouter. À se dire que j'étais digne de l'aider à grandir, à s'y retrouver dans un monde chaotique, où rien n'est gravé dans la pierre, puisque même les pierres s'érodent. C'est mon enfant, Isy. Un enfant d'un mois, un enfant tout prêt à se confier à quelqu'un d'autre si je ne lui sers pas, et c’est mon enfant quand même. »

Il héla la barmaid pour payer ses consommations.  

« J’ai toujours voulu être père, et maintenant c'est le cas. Ce n'est pas quelque chose qu'on choisit, c'est comme quand on aime —ça se fait tout seul. C'est mon gosse, et il faut que je le retrouve parce que pour l'instant, il est seul, probablement blessé, et qu'il a besoin de moi. » 

Isy amorça un mouvement de tête en signe de dénégation, parvint à s'interrompre mais soupira quand même.  

« Comment est-ce que tu peux t'impliquer autant dans la vie de quelqu'un que tu connais à peine ? » dit-elle. « Je ne vais pas dire que c'est mal, mais... surtout dans ces circonstances, ça ne fait que te blesser. »

« Si je ne faisais pas de mon mieux pour le retrouver, ce serait encore pire. »

*

À l'extérieur, la nuit tombait. Wyndt attendit d'être loin du pub pour sortir son téléphone.  

« Marie ? C'est elle. C'est elle qui a passé l'appel. » 

Il lui détailla leur conversation ; au loin, vers l'Institut, s'élevait un lourd piton de fumée.  

Alors qu'il raccrochait, il sentir une main l'attraper par l'épaule.

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Sauver ou périr, telle est leur devise. Une devise appliquée à la lettre. Pour Michel, on ne devient pas pompier, on l'est déjà dès le berceau. Cet esprit de sacrifice est un don insufflé dès la naissance.
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Il n'empêche qu'au beau milieu de la nuit, le feu s'est déclaré dans la chambre du petit Michel ,cinq ans.

Un problème électrique comme souvent.

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Guidé par son instinct maternel, la mère s'élança à corps perdu dans le couloir menant à la chambre, les bras tendus, heurtant les murs de cet interminable, de ce satané couloir,présageant le pire, la fumée âcre commençait à lui piquer les yeux et à lui ronger les poumons. Mais qu'importe, son fils brûlait sur son lit. Les draps, la couette étaient consumés. Le corps du garçon restait collé au sommier par le dos. Le lit superposé avait brûlé, ne laissait apparaitre que la structure en ferraille. La chaleur avait entamé la chair. Bien qu'il fit un noir d'encre elle distingua les bouts de peau qui se détachaient de ce corps devenu flasque et mou. Néanmoins, avec l’énergie d'une mère au désespoir, elle réussit à extirper ce petit corps de la fournaise, une fournaise qui était à l’œuvre. Tout fondait, les carreaux de la chambre claquaient, le plâtre du plafond cassait, laissant apparaître la brique rouge, une suie noirâtre tombait en goutte de chaleur sur le corps et sur la tête de la jeune femme, insensible devant l'effroi à la chaleur du carrelage qui lui brûlait les pieds.
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Ceux qui n'ont pas d'enfant ne peuvent comprendre.
Un pauvre gamin de cinq ans qui n'a pas ému ces monstres froids que sont les assureurs qui fleurtent avec des pratiques barbares. Qu'importe la vie d'un petit d'homme?
Pour ces types l'argent est un métier pas un sacerdoce. Pourtant, un assureur est mandaté par ses clients souscripteurs pour couvrir les risques de la vie en cas de besoin. Dans le cas de Christelle ce n'était pas un besoin mais une nécessité absolue, une bouffée d'oxygène. Mais les sirènes du destin ont fait dire au banquier que celui-ci n'était que l'auxiliaire d'une fatalité dont il ne pouvait entraver la marche impitoyable.
L'établissement bancaire où Christelle avait souscrit une assurance sur les risques quotidiens lui avait opposé une fin de non-recevoir. Le banquier, un homme gros et gras au visage rond et joufflu, suant à grosses gouttes derrière un ventilateur qui brassait de l'air chaud, il parlait en fixant ses clients par dessus ses lunettes rondes, affirmant de manière péremptoire que la jeune femme ne possédait pas de contrat d'assurance, ce qui n'était pas la vérité aux dires de la jeune femme. Christelle était persuadé d'avoir conclu avec la banque une assurance qui la protégerait, elle et ses enfants des risques de l’existence. Mais comme chacun sait, les banquiers joufflus vous imposent un parapluie les jours de canicule et vous le reprennent quand il pleut des cordes.
Pourtant, la situation devint intenable pour la mère de famille et elle n'avait que son assureur vers qui se tourner. Il lui fallait juste un filet de sécurité, ne serait ce que pour pallier aux soins annexes de son garçon, ceux qui ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale, des soins parfois couteux qui étaient hors de portée de son portemonnaie.
Non, l'homme d'argent persistait dans son refus de lui accorder un premier secours.
Il n'y avait aucune trace de son contrat d'assurance.

Que faire?

Lorsque Christelle reprit connaissance, elle était dans un lit d'hôpital sans savoir encore qu'elle venait de tutoyer le pire. Des hommes en blouses blanches étaient à son chevet. Des hommes bienveillants. Une bienveillance qui n’était pas de nature rassurante. Christelle avait la phobie de la blouse blanche. La première pensée fut pour ses enfants.
La psychologue lui avait dit:
-Ne craignez rien, vos enfants sont entre de bonnes mains!
Les psychologues, ces artilleurs que l'on envoie en première ligne sur le front d'une catastrophe pour adoucir une âme meurtrie quand on peine à soigner le corps.
Alors elle se remit en mémoires la scène terrible de l'incendie de cette nuit là.
La pensée qu'il y avait encore deux autres enfants à sauver la plongea dans une terrible angoisse. L'idée qu'elle pourrait les perdre à jamais la rendait folle de désespoir. C'était une course panique contre la montre. Il fallait faire vite. Le feu se propageait. L'épaisse fumée noire devenait dangereuse et pour elle et pour ses enfants. Par chance, la chambre de la fillette située en face de celle des garçons où le feu s'était déclaré était encore épargnée. Damien avait réussi du haut de ses huit ans à mettre Émilie sur la fenêtre et criait au dehors en donnant l'alerte. Voyant ses enfants au bord de l'abîme, instinctivement et sans penser à rien, guidée par une puissante volonté de protéger sa chair, la jeune femme prit la main des enfants puis les poussa vers la porte au milieu d'une fumée qui devenait de plus plus noire, mortelle.
Elle se mit à chercher ses dernières paroles adressées à ses enfants, ses derniers souvenirs alors qu'elle était dans le couloir de l'appartement en feu. Elle se souvient du salon être à son tour dévoré par le feu de l'enfer, sans doute après un appel d'air lorsqu'elle a ouvert précipitamment la chambre de la fillette. Elle se souvient d'avoir mis ses enfants hors d'atteinte des fumées toxiques près de la porte d'entrée restée ouverte par précaution. Seul, Michel a eu moins de chance.
Sentant ses forces l'abandonner, le corps las de respirer une fumée qui lui brûlait la gorge et les poumons, elle s'était effondrée. Évanouie.
Adrien de saint-Alban
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Sonio

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La routine
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