XLVII - 2

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À la vue des récents appels de ses parents au cours des semaines qui suivirent, Cassandre décida d’envoyer un message à Félix pour savoir quand il serait à la maison. Elle se sentait généralement plus à l’aise en sa présence, sachant qu’elle pouvait compter sur son talent pour dérider l’atmosphère si besoin. Son frère était doué pour mener des conversations normales et insignifiantes avec une nonchalance qui prêtait à sourire. Cassandre pensait toutefois que sous son caractère extraverti se dissimulait une grande sensibilité et était persuadée qu’il comprenait bien plus de choses à son égard qu’il n’en laissait paraître. Il avait essayé de l’aider à plusieurs reprises, ce qu’elle n’avait pas oublié.

La réponse arriva aussi promptement qu’à l’ordinaire. Elle passerait le samedi 4 mars.

Le jour venu, Cassandre sortit seule. Ce n’était pas que Jakab éprouvait une gêne à se faire connaître auprès de sa famille. Mais tel un accord tacite, ils avaient simplement convenu que la situation devait rester ainsi.

Cassandre fut accueillie par sa famille comme il se devait, et l’espace d’un instant, tout sembla retrouver sa place, cette même scène aurait tout aussi bien pu avoir lieu un an plus tôt. Ses parents paraissaient détendus et Cassandre eut le sentiment déroutant de pénétrer dans un monde qui, quoique rassurant, semblait désagréablement décalé. L’après-midi se déroula toutefois paisiblement et aucune fausse note ne vint déloger la tranquillité. S’autorisant à relâcher temporairement sa garde, elle se retrouva à prendre part au jeu des questions-réponses avec plus de facilité qu’elle ne l’avait préalablement pensé. Elle ne sut jamais si le dîner chez des amis qu’évoquèrent ses parents avait bel et bien lieu, toujours est-il que le frère et la sœur furent livrés à eux-mêmes, expérience qui leur sembla ne pas leur être arrivée depuis des années.

Il aurait été sage qu’elle ne se fût pas penchée de la sorte pour farfouiller dans son sac car la manche de son pull remonta légèrement de façon incongrue sur son bras, exposant le tatouage, malgré sa discrétion et sa sobriété, aux yeux du monde. Les yeux de Félix se posèrent sur les deux lignes sombres quasiment cicatrisées.

— Tu as changé, constata-t-il.

Elle avait changé depuis bien longtemps. La remarque était cependant neutre et dénuée de jugement. Se remettant prestement en place, Cassandre croisa les grands yeux de son frère et eut l’impression de se retrouver face à un portrait singulier, les boucles foncées qui tombaient sur son front lui donnant un air involontairement ingénu. Voyant que sa sœur tardait à formuler une réponse, sa bouche s’étira en un sourire aux gentilles intentions. Le Félix qu’elle connaissait, d’habitude si bavard, ne s’enquit pas de ce que cette marque pouvait signifier.

— Tu veux un café ? proposa-t-il sans aucune suite logique.

Cassandre acquiesça et profita de cette absence pour vérifier si Jakab ne l’avait pas contactée. Le message qu’elle découvrit caractérisait si purement l’être qu’était Jakab Kátai qu’elle réprima un sourire en tapant la réplique qu’il était convenu d’évoquer en ces circonstances. Il lui suffisait de jeter un œil sur le fil de leur conversation pour se convaincre qu’il serait toujours là.

Elle avait déjà remis son téléphone en lieu sûr quand Félix revint le plus naturellement du monde. La légèreté de la discussion qui s’ensuivit confirma la thèse de Cassandre, selon laquelle le café détenait la propriété magique d’assainir les esprits et d’adoucir les langues.

La pluie battit soudain aux carreaux, inattendue et insistante, l’air de se demander pourquoi on ne la laissait pas entrer[1]. Dans le calme tourbillon des pensées, Cassandre ne s’aperçut pas tout de suite que la tasse était devenue froide dans ses mains.

— Tu penses à quelqu’un ? s’éleva la voix de son frère.

La curiosité rieuse était cette fois nettement perceptible. La question déstabilisa Cassandre à un tel point qu’elle se retrouva complètement incapable de prononcer un mot et sentit son cœur battre d’une façon déréglée et oppressée, ayant l’espace d’un instant la sensation d’avoir été percée à jour. Consciente que ce comportement constituait sûrement déjà un aveu en soi, elle serra la tasse dans ses mains sans pour autant parvenir à lever les yeux.

— Il y a… quelqu’un.

Posée par nature, elle savait que l’agitation que cette simple question avait générée en elle ne se voyait nullement au-dehors, et tenta de conserver le calme maîtrisé qu’elle devait infailliblement être en train d’afficher. Elle rapprocha aussitôt le breuvage de ses lèvres afin de ne pas trop prêter attention aux commentaires qui suivirent cette révélation.

— Qui est-ce ? tenta Félix, essayant visiblement de lui soutirer des précisions.

— Quelqu’un que j’ai rencontré, articula-t-elle.

Félix resta interdit devant son refus d’en dire plus, sans toutefois se départir de la lueur inquisitrice qui se baladait dans ses yeux.

— Une chance pour qu’on puisse le voir un jour ? hasarda-t-il, un sourcil levé anormalement haut.

— Je ne sais pas.

Sur ces paroles, Cassandre attrapa lentement le manteau vert qu’elle avait posé à côté d’elle et se leva.

— Je vais rentrer, finit-elle par déclarer.

Félix accueillit sa décision d’un hochement de tête et quitta sa position avachie pour lui emboîter le pas jusqu’à l’entrée.

— C’était sympa de te voir, glissa-t-il, de nouveau avec cette sincérité aussi tranquillisante que déboussolante.

Elle sentit ses doigts trembler mais n’y prêta pas attention, et se hâta plutôt d’aller porter sa tasse vide dans la cuisine. Une fois sur le perron, elle pivota vers son frère après avoir marqué un temps d’hésitation.

— Tu n’es pas obligé de le dire aux parents, tu sais.

Félix la regarda et elle vit que le message avait bien été reçu. Il saupoudra son au revoir d’un geste de la main et d’un clin d’œil.

Cassandre tourna le dos à la maison familiale en se maudissant à moitié. Bien qu’il ne s’agît que de son frère, l’idée que le secret venait d’être entaillé était fâcheuse, et Cassandre ne tenait certainement pas à amener des complications. Elle accéléra le pas et, réussissant progressivement à se rassurer, s’évertua à oublier la bizarre sensation qui lui pétrissait le crâne.

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-Alors, tu es qui toi ? demanda celui qui l’avait désarmé et qui le menaçait avec un revolver anglais de la seconde guerre mondiale.
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-Mike, tu restes pour les surveiller… Les gars, on va récupérer les autres.
Alors que les hommes descendaient, Mike hésitait entre les observer et surveiller les otages. Des jurons parvenaient du trou, ponctuant la descente. Mike, le pectoral dans une main, un luger dans l’autre, se rapprochait du bord, curieux, s’éloignant d’Eladio et de Rosario.
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Mike se tourna vers elle, mais il ne comprit pas, son intérêt pour ses camarades ravivé quand l’un d’entre eux poussa un cri de joie : « Ils sont magnifiques ! On est riches ! ».
Eladio, silencieux, bondit vers Mike et le projeta d’un violent coup d’épaule dans le rosier. Le policier s’effondra au sol, le souffle court, les dents serrées, sa peau le brûlait sur toute sa surface et la douleur le dévorait alors que le poison envahissait son sang. Il percevait à peine les râles d’agonie des pillards. Rosario retourna Eladio sur le dos, posant une main rassurante sur la joue de son sauveur.
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Elle mâcha les pétales de rose qu’elle avait arraché quelques secondes avant de lui venir en aide. Rosario posa ses lèvres sur celle d’Eladio et l’embrassa lentement, les yeux fermés. Le policier sentit un liquide acidulé s’écouler dans sa bouche. Rosario releva la tête, les lèvres rouge sang, lui fermant la mâchoire pour le forcer à avaler.
-L’antidote est dans la fleur mais il ne peut être activé que par la salive d’une machi. C’est un peu dégoûtant non ? Il y a deux conséquences. La première, sera plutôt agréable pour toi, et pour moi. Je vais devoir t’embrasser encore quelques temps pour que tu guérisses complétement. La deuxième… tu vas dorénavant voir des choses que le commun des mortels ne peut pas voir, ne doit pas voir. J’espère que tu feras un bon usage de cette malédiction.
Rosario se mit d’autres pétales dans la bouche et se pencha pour l’embrasser, l’empêchant de répondre.
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