XXVII - 2

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L’armurier était en train de mettre un voile de protection sur une pièce de collection lorsqu’il vit entrer une fille qui n’avait à priori rien à faire là. Il venait d’ouvrir la boutique et était encore fatigué, à une heure où le petit antre était dépeuplé. Il replaça le vieux pistolet de carabinier italien en sécurité dans un coffre en bois dont il fit claquer les fermoirs rouillés, puis remit la longue boîte en place sur une étagère derrière lui. Quand il se retourna, la fille se tenait au fond de la pièce, examinant visiblement des armes blanches. De son bonnet dépassaient des cheveux rouge cuivré négligés. Il la reluqua un instant. Elle ressemblait à une… Il ne trouvait pas le mot. Il regarda ses bottes trop grosses et ses jambes trop fines. « Steampunk ». Voilà le mot. Elle soupesait les couteaux et les inspectait comme s’il n’existait pas. Il se prit à se demander un instant ce qu’elle voulait en faire.

La steampunk se retourna enfin et il s’aperçut qu’elle tenait cinq couteaux dans la main. L’homme au comptoir la regarda à moitié surpris, à moitié amusé.

— Pourquoi es-tu ici ? lui demanda-t-il de but en blanc.

Elle posa sur lui des yeux complètement inexpressifs.

— C’est pour un ami.

Elle posa les couteaux sur le comptoir mais n’en isola qu’un. L’homme dut reconnaître que son choix avait été judicieux. L’arme blanche était travaillée, le manche artistiquement sculpté laissait apparaître des sillons cuivrés qui semblaient se poursuivre sur la lame aux courbes élégantes et aux reflets anthracites. Le collectionneur prit le couteau, vérifia le prix et entra la référence dans l’ordinateur.

— Je pourrais avoir une pièce d’identité ?

Elle s’exécuta et lui tendit sa carte. Ces cas-là arrivaient peu, mais il avait l’obligation de demander. Ses papiers étaient parfaitement en règle.

— Tu ne prends pas les autres ? demanda-t-il en plaçant le couteau dans une boîte en bois.

Elle secoua la tête et le remercia avant de s’emparer de la cassette et de quitter la boutique aussi naturellement qu’elle était venue.

*

Une bougie solitaire éclairait la chambre.

Cassandre signa la lettre et reposa la feuille sur le lit. Elle observa un instant les jeux de lumière de la flamme sur sa peau nue, puis ouvrit le joli coffret. Elle fit courir la pointe de la lame sur son doigt avant de graver quelques symboles sur le bois. Elle reposa le voile de protection sur l’arme et finit par emballer le coffre à l’aide d’un papier cadeau violet aux étoiles argentées.

Elle plaça le tout dans un carton qu’elle avait récupéré dans un supermarché ce même jour, posa ses deux mains à plat dessus et resta longtemps à fixer le cadeau. Elle l’expédierait le lendemain.

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Je hais ce gouvernement.
Je m'endormais dans les bras de Morphée, la télé allumée, allongé dans mon lit, sous la couette, confortablement en sécurité, bien au chaud. Les hurlements des sirènes et le bruit des hélicoptères sillonnant le ciel arrivaient à mes oreilles. Des sirènes hurlantes. Bien que fatigué de ma journée de la veille, j'essayai toutefois de lutter contre le sommeil. Je fis une tentative pour ouvrir une paupière déjà lourde, puis deux. Je voyais maintenant les ambulances qui s'en venaient gyrophare allumé, et qui partaient, des gens couraient partout, affolés. Cependant, des bribes de mots dit par un vieillard fatigué et en fin de carrière me parvinrent à la conscience qui, déjà alourdie, engourdie par une journée de travail, avait déposé les armes: Les remparts de carcassonne n'ont rien pu faire...Trèbes...attentat...superU...prise d'otage... ministre de l'intérieur...psychiatrique...désiquilibri...François Molins....Je salue le courage du crs...
Puis , tel un guerrier épuisé de ses coups d'épée, je sombrai dans une déception que je ne m'expliquais pas, je me rendormis lorsque j'entendis le dernier balbutiement d'un journaliste qui annonçait trois morts.
Petit joueur.
Adrien de saint-Alban

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