XIX - 2013

Une minute de lecture

— Tu peux me passer le sel ? fit la voix de Félix, la sortant de sa rêverie.

Elle lui tendit la salière puis reporta son attention sur son père qui était en train de détailler les merveilles de son nouveau vélo. Les beaux jours approchaient, disait-on, même si le ciel semblait continuellement les narguer. La conversation enchaîna sur les vacances de Pâques, lui laissant l’occasion de lâcher des petits mots.

Ils ne voyaient pas, bien sûr. Elle donnait tellement le change qu’ils ne remarquaient rien. Ils ne verraient rien à moins que cela ne vînt d’elle.

Elle se demanda ce que cela ferait de partir. La dose mortelle de Doliprane commençait à dix grammes. C’était peu, c’était rien, c’était si vite atteint. Elle évalua rapidement à combien de comprimés cela équivalait. S’ensuivrait une mort lente et douloureuse. Elle sourit, alors. Se demanda comment une idée aussi horrible pouvait en venir à être aussi séduisante.

Elle posa son regard sur son petit frère. Félix avait treize ans, il ne réalisait sûrement pas. Il était scolarisé dans le même établissement, mais s’en tirait sans problème. Elle en était certaine. Contrairement à elle, on lisait en lui comme dans un livre ouvert. Pour sûr, il n’en avait rien à faire. « Une grande sœur, c’est quelqu’un de fort, les Terminales, c’est presque des adultes. » Tu parles. Grandis pas, Félix, grandis pas.

Ils débarrassèrent, et bientôt ce fut comme si le repas n'avait jamais eu lieu. Elle salua ses parents et monta à la suite de son frère.

Elle glissa une main sous la manche de son pyjama. Le sang séché faisait comme un relief quand elle suivait les lignes du doigt.

Donner du relief à sa vie. C’était son art à elle.

Qu’y avait-il de mal à vouloir rejoindre les anges et la lumière ?

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La voix éteinte un vieillard dont la fonction est parait-il, ministre de l'intérieur, s'exprimait.
Des larmes de crocodile lui tombaient sur la joue creuse. Il se lamentait de la disparition d'un gendarme sacrifié ou qui se serait sacrifié pour une femme blessée. La reconnaissance de la patrie. Toute la phraséologie pleurnicharde du politicard sonnait comme un discours convenu , préparé à l'avance .Il fallait montrer toute la commisération du gouvernement face au peuple meurtri.La parole d'un vieillard pour couvrir le sacrifice d'un jeune et vaillant gendarme.
Je hais ce gouvernement.
Je m'endormais dans les bras de Morphée, la télé allumée, allongé dans mon lit, sous la couette, confortablement en sécurité, bien au chaud. Les hurlements des sirènes et le bruit des hélicoptères sillonnant le ciel arrivaient à mes oreilles. Des sirènes hurlantes. Bien que fatigué de ma journée de la veille, j'essayai toutefois de lutter contre le sommeil. Je fis une tentative pour ouvrir une paupière déjà lourde, puis deux. Je voyais maintenant les ambulances qui s'en venaient gyrophare allumé, et qui partaient, des gens couraient partout, affolés. Cependant, des bribes de mots dit par un vieillard fatigué et en fin de carrière me parvinrent à la conscience qui, déjà alourdie, engourdie par une journée de travail, avait déposé les armes: Les remparts de carcassonne n'ont rien pu faire...Trèbes...attentat...superU...prise d'otage... ministre de l'intérieur...psychiatrique...désiquilibri...François Molins....Je salue le courage du crs...
Puis , tel un guerrier épuisé de ses coups d'épée, je sombrai dans une déception que je ne m'expliquais pas, je me rendormis lorsque j'entendis le dernier balbutiement d'un journaliste qui annonçait trois morts.
Petit joueur.
Adrien de saint-Alban

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