X - 2013

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Elle jura entre ses dents. Le professeur d’économie venait d’entrer et son sac avait disparu. Elle n’avait pourtant quitté sa place que quelques secondes pour jeter une cartouche d’encre. Il y avait tout, son portable, ses clés, ses exercices. Tâchant de garder son calme, elle promena son regard autour d’elle. Elle finit enfin par l’apercevoir. Il était là, par terre, deux rangées sur sa droite. Ils se le passaient avec leurs pieds, le traînant par la bandoulière.

— Hé, souffla-t-elle. Est-ce que…

Sa voix fut couverte par le bruit des affaires qui tombaient les unes après les autres. Et au milieu des feuilles et des cahiers…

Non.

L’élève le plus proche n’eut qu’à tendre la main pour ramasser le couteau qui venait de tomber de la poche extérieure. Tout aussi surpris qu’amusé, il brandit l’objet.

— Tu fais quoi avec ça ? l’interpella-t-il. Tu veux tuer quelqu’un ?

Pose ça.

— T’es suicidaire ?

Pose ça…

— Au moins elle aura pris une décision une fois dans sa vie ! lança une voix derrière.

Tétanisée, son esprit se vida. Plus rien ne venait, son sang s’était figé.

— Madame, Cassandre a un couteau dans son sac ! croassa l’autre, assez fort pour que tout le monde entende.

Agacée, le professeur fit les gros yeux.

— Arrêtez de raconter des bêtises ! Grandissez un peu et mettez-vous au travail.

Ce n’était pas pris au sérieux.

Des rires étouffés accompagnèrent l’ordre et le sac de nouveau plein cogna contre le pied de sa table. Le cours démarra alors qu'elle tentait de ravaler ses larmes.

Comment fait-on quand la peur nous paralyse ?

On ne fait rien. On ne fait simplement rien.

On se laisse consumer.

Tâchant d’ignorer son pouls qui partait dans un tourbillon désordonné, elle s’activa à prendre en note chaque mot prononcé par la femme qui se tenait derrière le bureau. Elle les alignait sans queue ni tête, ni logique ni sens, ils ne voulaient rien dire et ça n’avait pas d’importance.

Elle soupira de soulagement en voyant la grande aiguille de l’horloge se poser sur le 4. Un quart d'heure de répit. La récréation était sa bouée. Son souffle, sa bouffée d’oxygène.

Dès que l’immonde sonnerie résonna, elle prit son sac par précaution et se réfugia au dernier étage. S’ils y prêtaient attention, les élèves studieux qui passaient la porte de la bibliothèque auraient pu la voir relire le même livre et compter les battements de son cœur.

Un.

Deux.

Trois.

Quatre.

Cinq.

Douze.

Treize.

Quatorze.

Quinze.

Seize.

Trente.

Il battait.

C’était calme.

Elle se demanda combien de battements il restait.

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Chapitre I

Le gorator fit une chute d’environ trente mètres et se fracassa le crâne sur un rocher recouvert de mousse gluante. En dépit de sa blessure, il parvint à se relever. Du haut des murs de la citadelle, je déroulai une corde jusqu’au sol boueux et en descendis longeant le mur ou d’abondantes rigoles d’eau suivaient les aspérités des pierres. La pluie torrentielle rendait la parois glissante. Les deux pieds appuyés sur la muraille, je me propulsai vers l'arrière en effectuant un saut périlleux, et retombai recroquevillé dans de petit amas de chairs gisant dans la vase. L’odeur des cadavres fumants et des gorators décapité m’enflammait les poumons. Mes yeux se rivèrent sur les corps inerte de mes frères mais. L’instant était critique, je ne pouvais m’y attarder c’était moi ou lui. Mon coeur battait à tout rompre, l’épée à la main, je fonçai vers lui en exécutant une roulade. Je me redressai et tendis mon épée à bout de bras. Armé de mon bouclier, j’évitai sa frappe de justesse colossale et par dessous, ma lame fendit l’air et s’enfonça dans le thorax. Un liquide rouge foncé a l’odeur nauséabonde, m’éclaboussa le visage et affluait sur sa cuirasse.
Le géant s’affaissa sur les genoux. D’une lancé spectaculaire, je le décapitai. Sa tête tomba sur le sol dans un bruit de chair déchirée et dévala la pente, s’immobilisant au coté d’un bosquet de hautes herbes. Je pouvais entrevoir dans son regard, la cruauté et les ravages de la damnation. Ce que j’y vis, me firent dresser le poils des bras. Pour quelques instants, je m'en sentis captif. Je me lissai les cheveux vers l’arrière et m’essuyai le visage du revers de la main et la ramassai par les cheveux. La bouche déformée par le dégoût, je pris une lance sur le sol, l’ancra et l'empala. Témoins de la décapitation de leurs semblables. L'un d'eux se jeta sur moi, la hache élever au-dessus de sa tête. D’un mouvement du bassin, j’esquivai sa puissante frappe qui s'abattit sur le sol. La pluie qui imbibait mon armure et mon linge restreignait mes mouvement. Le deuxième choc fissura ma rondache. Chaque coup que je parai, elle se fissurait davantage. Un déplacement latérale de ma rondache fit dévier la hache de sa course et s’abattit sur un rocher. Il vola en éclat. La peur s’empara de moi et fit grimper mon taux de stress à son maximum. Le bouclier me protégeait, cependant, combien de temps tiendrai-je avant qu'il se brise ? Est-ce mon destin de terminer ma misérable existence sectionnée en deux par l'ennemi ? D’un mouvement à reculons, je me mis dans une position qui m’offrait une plus grande défensive. Il pouvait contre-attaquer à tout moment. L’épuisement me gagnait. Mon souffle se faisait court. Mes muscles commençaient à brûler. La douleur ralentissait mes ripostes et me rendait vulnérable.
Le gorator fendait la pluie de sa hache. Le martèlement énergique sur mon bouclier le brisa en deux. Sa hache continua sa course en me caressant l'épaule. Une caresse qui lacéra le cuir de mon armure et laissa place à une traînée de sang. Je canalisai tant bien que mal ce qui me restait d’énergie. J’attrapai une lance plantée sur une souche brûlée et me catapultai sur un rocher situé derrière lui. Je lui sautai sur le dos et, enfonçai mon glaive dans la chair coriace de sa nuque. Je la retirai et la plantai à nouveau quelques centimètres plus bas. Elle le traversa de part en part. Le gorator prit la lame à deux mains. Lorsque je la retirai, la lame lui coupa profondément la paume de la main. Le monstre se retourna vers moi, recula de quelques mètres et tituba avant de s’écrouler sur les genoux. Nos regards se croisèrent et ce que j'y vis n'était autre que la mort et l'enfer du moins, je crois. Les efforts qu'il fournissait pour se relever furent vains. Je répliquai de coups à répétition à la base du cou. La tête et le corps dissociés s’affaissèrent. La tête doit être séparée du corps depuis que la malédiction s'est abattue sur la vallée, sinon de nouvelles âmes vengeresses apparaissent.

Chaque fois que mon bouclier absorbait les chocs colossaux des adversaires, je reculais de quelques pas. Un mouvement de recul du corps me fit éviter sa hache. Je changeai brusquement la direction de la pointe de mon épée, la transférant de main d’un mouvement demi-circulaire. Distrait par la manœuvre, un des monstres stoppa net et fit machine arrière, ne sachant où et quand il serait frappé d’estoc. J’en profitai pour escalader un gros arbre mort et tentai de lui sauter sur le dos. Il m’asséna, un vif coup avec le plat de sa hache et, m'atteignis sur la cuisse, ce qui m’arrêta dans mon élan. Par terre devant lui, je reculai poursuivi par la hache qui s’abattait avec intermittence devant moi, jusqu’à ce que je sois adossé à un rocher. Il leva sa hache. J'en tirai profit pour lui passer entre les jambes en lui tailladées l’intérieur de la cuisse. Il se retourna vers moi, le sang giclait à flot de sa blessure, mais il fonça tout de même vers moi. Je l’évitai en effectuant un bond de côté, je sautai, et, avec un élan stimulé par la vengeance, lui sectionna la jugulaire avec mon demi-bouclier aux rebords tranchant. Il laissa son fluide corporel répugnant se mélanger à la vase. Avec ardeur, je terminai en lui dissociant la tête du corps.
Le dernier prit la fuite. Pour le stopper dans sa retraite, je catapultai mon épée. Elle tournoya telle une dague déchirant l'air et s’enfonça au centre de son dos.
Nous venions de chasser l'envahisseur, qui menaçait la cité d’Arcanis. Plusieurs victimes parmi les villageois furent découvertes, après qu'un gorator se soit introduit. Leurs attaques récurrentes aux portes perduraient depuis plus de dix-sept ans. Cette fois, les assauts devenaient plus sanglants et cruels que jamais. Quoi qu'il en soit, avec intrépidité et détermination, nous finîmes par leur imposer le retranchement, mais non sans pertes, et souffrances. Des pertes autant morales que physiques. J’arpentai le territoire et j’y voyais mes frères d’armes mutilés, décapités et empalés sur des lances solidement ancrer dans le sol boueux leur tête positionnée devant eux. Cette vision répugnante me donnait des frissons dans le bas du dos accompagné de haut-le-cœur. Angoissé et révolté, je marchais sous la pluie abondante dans une rivière de sang qui ruisselait et contournait mes mocassins enfoncés dans le sol vaseux. Mes cheveux détrempés me collaient au visage et le sang qui s'écoulait de sous mon cuir chevelu suivait les courbes de mon visage. Les cris de douleur de mes frères d’armes, les hurlements et les supplications, me résonnaient dans la tête comme un martèlement de tambour.
Les mains sur les oreilles, je me laissai choir sur les genoux en me passant la main dans les cheveux, je hurlai jusqu’à m’en faire éclater le gosier.
Si leur travail sur cette fichue planète était arrivé à terme, pourquoi ne leur as-tu pas offert une mort digne d’un héros. N’es-tu pas miséricordieux ? Ils ne méritaient pas cette fin aussi infâme. Je frappai le sol boueux avec mes poings. Je regardai le sol en m'adressant à un dieu, en lequel j'avais foi. Ton peuple, t’a-t-il déjà trahi ? Ne t’ont-ils pas toujours adoré? ? N'as-tu aucune pitié ? Où est ta compassion pour ces hommes ? Bah! À quoi bon perdre mon temps, mes paroles ne doivent même pas atteindre son cœur de pierre.
Malgré mes sévères contusions, je titubai jusqu’au centre du champ de bataille. Ma vision s’étendit sur l’ampleur du massacre qui s'avérait plutôt être une exécution massive.
Les émanations insupportables de chair calcinée demeuraient en suspension au-dessus du champ de bataille, elles me brûlaient les narines et les yeux. Quand j’avais ma salive, c’est un goût de la mort et d'amertume qui pénétrait en moi. L'ennemi nous a massacrés, et toi tu l'as regardé, sans le moindre scrupule. Je ne te croyais pas méchant à ce point… Je n’ai pas la prétention de dire que je peux prendre ta place. Cependant, moi contrairement à toi, j’essaierai de protéger mes frères, très cher roi des charlatans.
Je sais que ce n’est pas de mon ressort, mais la culpabilité me dévorait de l'intérieur.
Grâce à ta grande clémence Orven, je me sens seul et je n’ai plus rien à perdre, autre que la vie. Et pour ce qu’elle vaut aujourd’hui.
Alors, je te jure qu’à partir de maintenant le combat est entre toi et moi. Je n’ai pas besoin d’un dieu aussi malveillant. Nanadiah saura nous protéger et toi, va en enfer et restes-y.
En trébuchant sur le moindre obstacle, je cheminai dans des scènes cauchemardesques qui m'apparaissaient irréelles. Aucun homme avec une conscience ne pourrait rester de glace devant de telles abominations. J'ai vu des atrocités, mais comme ce soir, non.

Ces visions nourrissaient ma colère, ma soif de vengeance. La répugnance que j’éprouvai pour cette guerre ne faisait que s’accentuer, mais voilà pourquoi on m’avait formé.
Ces scènes s’ajoutaient aux horreurs figurant parmi mes souvenirs les plus ténébreux. Même le plus aguerri des guerriers ne peut s’habituer à voir de telles horreurs.
Depuis le début des hostilités, la liste des pertes s’allongeait de façon exponentielle. Sur quatre mille guerriers, mille six cents restaient mobilisables à la protection de la cité. Les autres furent massacrés et torturés.
La vallée de Durabord surnommée, vallée des morts, justifiait en tous points sa réputation. La malédiction sur ce territoire prenait la forme de nos peurs et nous confinait derrière les murs de la cité. La moindre intrusion dans ce monde s’avérait coûteuse. Que ce soient, les prédateurs, les uroks, les gorators, la nature vivante ou l’inconnu. Tout n’était que mort et chaos.

Les remparts nous procuraient un avantage sur les futures attaques, nous pouvions les voir venir. Nous profitâmes de ce moment de répit pour transporter les survivants blessés ou à l’article de la mort dans l’infirmerie du village. Bon nombre, d’entre eux, rendaient l’âme sur les brancards.

Plus tard dans la soirée, la pluie torrentielle cessa et le ciel se dégagea. Seuls les éclairs au loin perçaient le calme sur la vallée de la mort. t. Moi, je quittai les lieux avec un certain soulagement. Cependant, quelque chose me préoccupait et je savais qu’à la longue, elle pouvait jouer en ma défaveur lors de prochain combat. Mais où es-tu Adragor ?
Adragor tardait à revenir. C'était pour lui la saison de la reproduction. J’espère que tout va bien pour lui. Adosser sur une colonne de pierre, j’ai dû patienter plusieurs heures, le retour d’Adragor, lorsque finalement j’entendis un battement d’ailes loin dans l’obscurité. Lorsqu’il se posa, je m’empressai de lui demander
« Enfin! Où donc étais-tu passé ? »
« C’est la saison de la reproduction chez les mornerocs »
« Trois jours de reproduction, tu gardes la forme, grand-père. Au moins y’en a un qui a eu du plaisir, dis-je avec sarcasme ».
« Au retour j’ai dû livrer un combat avec quelque individu de mon ancienne meute, j’imagine que ton odeur leur déplaise »
« Ce soir tu avais été présent, les choses ... ben, j'hésitai à dire ce que je pensais vraiment et me rétractai ... elles auraient terminé de la même façon. »
« N’oublie pas que tes émotions transparaissent dans tes yeux, alors quoi, ne m’épargne pas, je suis assez grand pour accepter tes remontrances »
« Oublie ça Adragor, je suis content que tu sois revenu. Allez, viens. allons voir Kosalky. »
Je savais que Melkior viendrait me chercher si la situation s’envenimait aux portes. Je laissai derrière moi des hommes brisés devant une rivière de sang et je traînais avec moi de nouveaux souvenirs que j’aimerais oublier.
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