IV - 2004

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Il quitta l’école le sourire aux lèvres. Il revenait avec une bonne note en histoire, une des meilleures, et il en était fier. Le sujet était dur pour des élèves de douze ans, c’était le professeur qui lui avait dit. Il arriva bientôt à son bloc d’immeubles et trottina jusqu’à l’appartement. Il fut accueilli par sa mère, qui le félicita dès qu’elle apprit la nouvelle. Malgré son air fatigué, voir son sourire le remplit de joie.

Alors qu’il se penchait pour prendre la copie dans son sac, son père se matérialisa devant lui. Surpris, il se redressa vivement, faisant tomber sa trousse par la même occasion. Sa mère prétexta un mal de tête et se dépêcha de regagner la chambre, un sourire contrit sur le visage. Il entendit la porte se refermer doucement au moment où son père lui arrachait la feuille des mains.

— Et t’es fier de toi ? Si tu pouvais avoir ça à chaque fois, ce serait déjà une prouesse. Et puis 4 sur 5 c'est pas non plus la meilleure note, alors arrête de rire bêtement !

Pétrifié, il regarda son père froncer les sourcils et détailler plus avant sa rédaction.

— Et puis… mais c’est moi qui t’ai dit de marquer ça ! s’énerva-t-il. T’arriveras jamais à faire quelque chose par toi-même, de toute façon. Depuis le début j’ai vu que t’étais comme ça.

C’était comme s’il avait enfoncé les mots au marteau dans son cœur.

Son géniteur se courba soudain et se pencha vers lui, lui saisissant le menton.

— Et puis c’est pas le moment, renchérit-il en plantant ses yeux dans les siens. Écoute-moi bien, le maire me fait l’honneur de passer pour discuter affaires, alors tu ne me mets pas dans l’embarras. Tu ne descends pas tes sales pattes de ta chambre, c’est clair ? File, que je ne te revoie plus avant le dîner.

Il tourna les talons aussi sec, balançant la copie chiffonnée sur la commode jouxtant le petit escalier. Le garçon se dépêcha de la récupérer tandis que la sonnette retentissait et s’enfuit vers sa chambre. Un frisson de peur le parcourut lorsque la porte claqua derrière lui. Il avait fait trop de bruit, alors qu’on venait de lui ordonner d’être discret. On ne pouvait pas compter sur lui. Son sac glissa au sol.

T’arriveras jamais à faire quelque chose par toi-même, de toute façon.

Il resta en plan dans la pièce, sans savoir quoi faire. Son regard se posa sur le crâne de pirate, sur le coin droit de son bureau. Il renfermait de vieilles pièces hongroises. Le seul cadeau de valeur que lui avait jamais fait son père.

T’arriveras jamais à faire quelque chose par toi-même T’arriveras jamais à faire quelque chose par toi-même T’arriveras jamais…

Des sanglots étouffés montèrent dans sa poitrine et il frappa son poing sur la table, envoyant valser la tirelire et les pièces. Les larmes l’aveuglèrent. Non, non… Il ne devait pas pleurer. Ce n’était plus de son âge.

Après avoir vidé le trop-plein de ses émotions, il tira sa chaise et s’installa au bureau. Il saisit une feuille vierge et s’empara du premier crayon qui lui venait sous la main.

Maman sauve-moi, Maman sauve-moi s’il te plaît

Il froissa le papier dans sa main et jeta la boule dans la corbeille.

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