XXIII - 2

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Elle épousseta pour la énième fois ses baskets, son nom n’avait toujours pas été prononcé. Les deux chefs d’équipe se tenaient au centre du gymnase, appelant leurs amis à tour de rôle. Ils avaient déjà chacun réuni une dizaine d’élèves autour d’eux, qui commençaient à enfiler les maillots colorés. Son pouls s’accélérait et pulsait désagréablement dans ses bras, mais elle gardait les yeux fixés sur le sol. Elle n’avait même pas sa montre pour vérifier combien de temps il restait. On l’appelait toujours en dernier, d’habitude. Cette fois-ci, ils n’avaient même pas fait l’effort.

Paniquée, elle jeta un regard à la ronde. Ils s’étaient tous levés et avaient rejoint leur équipe, elle était la seule à être restée assise en tailleur.

Impose-toi ou crève.

Mal à l’aise, elle se leva et se dirigea vers le groupe le plus proche. Elle ralentit en voyant leur professeur de sport s’adresser au chef d’équipe.

— Vous voulez bien prendre Cassandre avec vous ?

— Oh, pitié, Madame !

Non, ils avaient raison. C’était carrément la honte.

Lorsqu’elle plongea la main dans le bac, seuls restaient les dossards déchirés.

C’était la première fois qu’elle criait depuis qu’il était là. Elle sentit d’abord le violent choc dans son cœur puis eut un mouvement de panique en apercevant Jakab. Elle ne comprit pas lorsqu’elle vit ses doigts trembler ; ses yeux brûlaient et elle eut à peine conscience qu’on lui prenait les épaules. C’était comme si tout était silencieux et que son esprit hurlait.

Elle réussit enfin à distinguer Jakab à côté d’elle et sa vision redevint nette. Son front était plissé et pour la première fois, elle crut percevoir de la peur dans son regard. Puis les images s’estompèrent et elle se laissa retomber sur le dos, sa respiration se calmant quelque peu.

*

Cassandre était allongée et respirait paisiblement. Les racines de ses cheveux étaient trempées de sueur.

— Ce n’est pas normal de faire autant de cauchemars, dit doucement Jakab après un moment de silence.

Elle haussa les épaules.

— Je ne sais pas. C’est oublié.

Jakab ne la croyait pas. Il savait très bien qu’on ne pouvait oublier de telles visions.

— C’est récurrent, objecta-t-il.

— Je n’y peux rien, rétorqua-t-elle. Ça n’a pas vraiment d’importance.

Il la regarda se frotter les yeux d’une main. L’une de ses jambes, pliée, formait une bosse sous la couette.

— Mais ça me fait mal pour toi, confessa-t-il.

Elle le fixa d’un air désolé.

— Ne te fais aucun souci pour moi.

— Je sais que tu ne dors pas bien presque toutes les nuits, souligna Jakab.

— Pas toutes les nuits.

— Très souvent.

Elle ne répondit plus et se contenta de fermer les yeux en balançant doucement sa jambe. Jakab sortit du lit et récupéra ses vêtements posés sur la chaise avant de se diriger vers la salle de bains.

— Tu as faim ? demanda-t-il.

Il la vit secouer la tête sans rouvrir les yeux.

— Non, merci.

Jakab referma la porte derrière lui avec un goût amer dans la bouche.

Il se prépara un sandwich et s’assit sur le canapé en attendant Cassandre. Il prit son ordinateur et se décida à contrecœur à regarder les possibilités de retour en Hongrie avant la fin de l’année. Il jetait de temps en temps un coup d’œil par la porte entrebâillée. Il la vit s’asseoir sur le lit en sous-vêtements puis enfiler rapidement son pull ainsi qu’un pantalon à sangles qu’il ne lui avait jamais vu.

Elle le rejoignit enfin. Jakab n’eut pas la présence d’esprit de fermer son ordinateur et elle eut le temps de lire la page de comparateur de vols. Elle leva les yeux sur lui et finit par passer ses bras autour de son cou. Il sentit la pression de ses lèvres et lorsqu’elle recula un peu, son regard était empreint d’une tristesse qu’elle n’était manifestement pas parvenue à cacher. Il sentit sa gorge se nouer avant de la serrer plus fort contre lui.

— Tu sais que je ne pourrai pas rester pour Noël, murmura-t-il.

Elle passerait du temps avec sa famille et il ne voulait pas que la situation devînt encore plus compliquée qu’elle ne l’était déjà. Ils étaient déjà le 17 décembre. De plus, il pensait qu’il serait préférable de ne pas couper totalement les ponts avec ses propres parents. Histoire de rassurer tout le monde des deux côtés.

Puis il sortit la pierre de la poche de son pantalon et ouvrit la main.

— Et puis, j’ai ça, dit-il doucement.

Elle effleura la petite pierre du doigt et resta silencieuse.

Jakab Kátai acheta le billet de retour le lendemain. Le vol était fixé au 22 décembre, un peu moins d’une semaine plus tard. Cassandre revint vers lui avec les crêpes à la banane qu’ils venaient de préparer. Elle avait demandé à Jakab s’il était tenté par une séance de cuisine expérimentale et celui-ci avait accepté, heureux de passer un moment simple avec elle. Il pensait surtout que cela pouvait n’avoir qu’un effet apaisant et bénéfique.

Les crêpes étaient épaisses, fumantes et incrustées de petits morceaux de fruits. Ils avaient trouvé la recette sur internet et avaient eu envie d’une gâterie chaude qu’ils pourraient prendre tranquillement dans le canapé. Ils en avaient apporté quatre sur une assiette qu’ils avaient posée sur la table. Cassandre s’était fait un thé au caramel et Jakab avait quant à lui opté pour une gigantesque tasse de café. Elle vint se nicher contre lui, il reprit l’ordinateur sur ses genoux après avoir goûté une crêpe et orienta l’écran vers elle.

— J’ai pris mon billet pour jeudi prochain, expliqua-t-il en pointant le vol du doigt.

— D’accord.

Il était soulagé qu’elle acceptât sa décision.

— Ce n’est que dans quatre jours, dit-il.

Cassandre acquiesça et se pencha pour prendre sa deuxième crêpe de l’autre main. Il la regarda croquer et sourit.

— On ne s’est pas trop mal débrouillés, commenta-t-elle.

Jakab passa son bras par-dessus son épaule.

— Je trouve même qu’elles sont délicieuses, chuchota-t-il dans son oreille.

Elle laissa un instant reposer sa tête contre son épaule, Jakab regardant son pied battre sans qu’elle ne s’en rendît compte.

— Pourquoi ne viendrais-tu pas en Hongrie après la fin des festivités ? proposa-t-il.

Elle tourna la tête vers lui et il crut un instant surprendre un éclat d’espoir dans ses prunelles qui lui réchauffa le cœur.

— C’est vrai ?

Il hocha la tête.

— Tu verrais là où j’habite, dit-il pensivement. Il fera froid, à cette époque-là.

— J’aime le froid, souffla-t-elle.

Il plongea dans ses yeux et son air impassible recommença à l’envoûter. Bien sûr qu’il savait.

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Lanéric


L’écriture est un hobby
Dont j’œuvre avec envie
Décrire l’ensemble des sentiments
Par un stylo fusant

Raconter un état d’être
Sans utiliser de phrases parfaites
Mais assembler les mots
Parfois en guise de cadeau

Les écrits sont les reflets de l’âme
Sans faire d’amalgame
Je me donne, je me livre
Avec un esprit libre

Le texte commence en majuscule
Tachant la page de particules
Il finit par un point
Les lecteurs en sont témoin.

Souvent prônant l’amour
Celui souhaité au jour le jour
Mais il peut raconter l’amitié
Dont on est fier d’identifier

Espérant toujours une suite
À ces compliments que j’ébruite
Lorsque les phrases s’enchainent
Je sais qu’elles sont les miennes

Les écrits sont les reflets de l’âme
Les joies produites sont le sésame
Le manuscrit portera une signature
Pour qu’il n’y ait pas d’imposture

Que ce soit poème, que ce soit chanson
C’est le cœur qui en met le ton
Chaque texte évoque une image
De sentiments en arrimage.

Le lecteur fera son interprétation
Selon la hauteur des émotions
Se sentira concerné
Voire même identifié

Pour autant moi seul imagine
Vers qui vont ces pensées en lignes
Vers toi, toi ou même toi
Je garde la primeur de mon choix

Les écrits sont les reflets de l’âme
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nausicaa

Je me suis laissée tomber sur mon lit. Les bras croisés sur mon visage, les derniers rayons du soleil suivant les lignes de mon corps. Les lignes de mon corps que tu as toi aussi longuement suivi.
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Le souffle court, je resserre mes bras un peu plus fort.

À cet instant précis, je n'arrive pas à saisir pourquoi l'amour est au centre de tout. J'ai effleuré tellement de personnes, j'ai pu voir dans leurs yeux la haine, la peur, la joie, mais ces émotions se contentent de faire des aller-retours. Une seule était toujours présente, l'amour.
L'amour anime nos coeur, nos vies, l'amour est présent dans tous les livres, toutes les histoires. J'ai lu tellement de livres, feuilleté tellement d'aventures, l'amour est un sentiment me fascinant un peu plus à chaque nouvelle oeuvre qui tombait entre mes mains.
Mon souffle diminuait encore, comme s'habituant avant de se couper définitivement.
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Ode Colin
Un court texte écrit il y a 15 ans sur Nicola Sirkis d'Indochine.
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