XI

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Cassandre découvrit le message de Jakab lorsqu’elle se connecta de nouveau sur le site.

DaMihiMortem | 18:27 CEST

[Ta lettre est bien arrivée à destination.]

Cette nouvelle lui mit du baume au cœur.

Nocturnal | 23:09 CEST

[J’en suis heureuse.]

Ce n’est qu’un long moment plus tard que le message suivant arriva.

DaMihiMortem | 2:42 CEST

[X]

Nocturnal | 2:43 CEST

[Qu’est-ce que c’est ?]

DaMihiMortem | 2:44 CEST

[Nous.]

Elle n’était pas sûre de comprendre.

Nocturnal | 2:46 CEST

[Éclaire-moi.]

DaMihiMortem | 2:47 CEST

[Je pourrais venir en France.]

Elle laissa reposer sa tête contre le mur. La perspective de rencontrer l’auteur des mots qui avaient percé son cœur l’exaltait tout en l’effrayant. Parfois, il vaut mieux rester dans la forme de beauté et de mystère la plus pure. Elle pouvait avoir peur que l’enchantement se brisât.

Mais elle sourit.

*

Jakab passa la plupart de sa journée à comparer les vols reliant l’aéroport Liszt Ferenc à Roissy-Charles-de-Gaulle. Un vol relativement peu cher le tentait, même si le prix n’était en réalité pas un obstacle. Mais puisqu’il y avait des avantages à voyager hors-saison, il était inutile de se priver. Il se demanda si Nocturnal travaillait, si elle aurait du temps, ou des obligations. Il n’avait pas vraiment encore pensé au déroulement de son séjour, mais au moins il serait sur place. Le soleil déclinait alors qu’il arrêtait son choix.

*

Cassandre décida de déménager le lendemain en début d’après-midi pendant que ses parents étaient au travail. Seul Félix foulait le plancher de la maison. Il lui proposa de l’aider à rapporter des affaires, une offre que sa sœur refusa. Elle repartit avec les deux sacs de vêtements qu’elle avait rapatriés à Suresnes plus de deux semaines auparavant. Les lampadaires éclairaient la rue du 2e arrondissement. Elle fit tinter les clés dans sa poche en arrivant au niveau de son immeuble. C’était étrange. Après avoir composé le code à quatre chiffres de la porte d’entrée, elle arriva dans la cage d’escalier. L’endroit ne payait pas de mine, mais elle s’estimait très chanceuse d’avoir son propre chez-soi. Alors qu’elle se retournait pour prendre le sac qu’elle avait laissé dehors, elle se retrouva nez-à-nez avec son voisin du dessus, un vieil homme seul qui n’avait pas l’air bien méchant. Il sourit en la voyant et la salua aimablement. Elle s’écarta pour le laisser passer dans le hall et l’observa gravir l’escalier en tenant la rampe. Les habitants de l’immeuble étaient très calmes, une véritable aubaine.

*

La fille qu’il avait croisée devant l’entrée occupait l’esprit de Richard Gentillet, aussi mit-il davantage de temps à monter. Il ne la croisait pas souvent et ne l’avait pas vue depuis plusieurs semaines, mais sans vraiment comprendre pourquoi, il s’était pris de compassion et d’une certaine sympathie pour cette jeune locataire paumée. Il lui avait toujours trouvé l’air un peu perdu, un peu désaxé. Enfin, l’âge lui faisait peut-être imaginer des choses. Elle pouvait tout aussi bien être une chanteuse de pop sur le point de signer un contrat de plusieurs millions, ou une championne de natation sélectionnée pour les prochains Jeux olympiques. Bon, à la vérité cela n’y ressemblait pas tellement, il allait peut-être un tantinet trop loin.

Sur ces considérations, l’homme s’aperçut qu’il était arrivé au premier étage et déverrouilla bien vite la porte pour retrouver la chaleur de son foyer.

*

Cassandre vivait au rez-de-chaussée et l’appartement se trouvait juste à gauche de l’entrée. Elle fit tourner la clé dans la serrure et descendit deux marches pour arriver dans le vestibule. Elle défit son écharpe, retira son bonnet, ses mitaines ainsi que son manteau vert avant d’emporter les sacs dans le salon. Le canapé bleu foncé était posé contre le mur qui donnait sur la rue. Il faisait froid dans la pièce vide, mais Cassandre se sentait en sécurité dans ce petit sous-sol isolé. L’occupant précédent n’avait pas voulu s’embarrasser du lit double dans son nouveau logement et le lui avait cédé. Par conséquent, elle disposait de plus de place qu’elle n’en avait besoin. Une fenêtre apportait de la clarté à la chambre et donnait sur une petite cour peu arpentée. Elle caressa la couette vert pomme du plat de la main, puis ses yeux se posèrent sur l’étagère disposée contre le mur. Elle s’empressa d’arroser le ficus presque mort qu’elle avait abandonné à son sort, avant de tailler les branches.

Elle revint dans la pièce principale. Tout était là. Rien n’avait bougé.

Ce n’est que dans la soirée que Jakab lui fit part de sa décision de venir à Paris le mardi 29 novembre. Cassandre était enroulée dans une couverture sur le canapé, les pieds posés sur le rebord de la table basse. Il faisait nuit dehors et le silence était impressionnant. C’était dans peu de jours. Elle regarda l’écran et son cœur se réchauffa curieusement. Ils convinrent de se retrouver dans un endroit de la capitale pas trop périlleux d’accès. Tout était prêt. Elle n’avait plus qu’à attendre.

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