LX

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La fille n’était pas loquace. Remarque, dès qu’il l’avait vue pour la première fois, cachée dans un rayon, le libraire avait compris que ce n’était pas son genre. Après tout, on ne pouvait pas blâmer les gens pour leur timidité. Elle restait cependant aimable avec les clients et sous une apparence qui posait un peu question, il avait noté une surprenante finesse. Il fallait dire que la façon dont elle prenait soin des livres relevait d’une maniaquerie amusante.

Il avait tenté d’engager des conversations depuis qu’elle avait été embauchée, mais suite à son manque de succès, il s’était rabattu sur des sujets plus simples, tels que ses goûts en matière de littérature. Il s’était rendu compte qu’elle appréciait des genres variés, ce qui leur donna l’occasion de discuter quelquefois d’ouvrages peu communs. Alors ses yeux s’animaient le temps d’un instant.

Il aurait aimé qu’elle se sentît plus à l’aise et était passablement attristé de voir que les autres collègues qui constituaient leur petite équipe ne parvenaient pas non plus à l’inclure vraiment. Mais il ne forçait pas.

Il ne revit jamais l’étrange personne avec qui il l’avait aperçue une fois pendant la période de Noël.

*

La situation avait été plus grave qu’elle ne l’avait pensé. Elle avait ignoré tant de choses. Tant de faits lui avaient échappé, elle ne savait pas à quel moment tout avait commencé à lui glisser des doigts. Elle sut alors qu’il avait été maître dans l’art de la dissimulation. Ou peut-être avait-il été sincère. Peut-être qu’il s’était cru sauvé.

Elle n’avait pas su voir les signes. Elle n’avait rien vu. Elle n’avait rien demandé. Elle l’avait laissé porter son fardeau derrière lui, et lui, trop bon, n’avait rien dit.

L’air vint à manquer et elle dut lutter pour se concentrer sur les objets qui l’entouraient alors qu’elle perdait le contrôle de sa respiration. Les battements de son cœur emplirent sa tête et vinrent s’accorder au martèlement qui s’amplifiait dans son crâne. Elle sentit enfler la panique, observant, impuissante, l’angoisse qui s’intensifiait pour paralyser tous ses mouvements. Elle ne savait jamais quoi faire.

Sans réfléchir, elle abattit sa main sur une bouteille qui traînait dans un coin, de la vodka, il n’y avait même pas de pálinka pour lui faire honneur. L’alcool lui brûla la gorge.

Ignorant les larmes qui obstruaient sa vue, ses doigts se refermèrent sur le carnet qu’il lui avait légué et la pointe tremblante se posa sur la feuille. Les traits se tordirent de façon horrible, la mine s’agitait de soubresauts épileptiques, elle parvint à peine à former les lettres.

Je t’aime.

Elle ne lui avait jamais dit.

Le coup partit plus fort ce soir-là.

Et elle savait que cela n’aurait pu se terminer autrement. Leurs âmes étaient corrompues, versatiles et intouchables. Capables de ressentir le plus beau comme de jouir au plus mal.

Tout cela n’avait plus d’importance, à présent.

Les murs qui l’entouraient semblaient goguenards, l’appartement semblait étranger. Son téléphone gisait intact, sans avoir été branché depuis des jours, et elle restait sur le lit, à apprivoiser les voix qui revenaient, la tempête et les bourrasques qui dévastaient silencieusement son cœur.

Dans leur papillonnement hagard, ses yeux se posèrent sur l’emballage Amazon du DVD qu’elle avait acheté des mois auparavant pour l’anniversaire d’Audrey et qu’elle n’avait jamais donné. Quelle idée pathétique.

Le Livre de la Tristesse était misérablement ramassé sur l’étagère, éperdument seul. Le Maître avait bien tenté de brûler son manuscrit. L’idée la tentait, l’obsédait, devint une fixation. Il n’y aurait plus de Livre. Il n’y avait plus personne pour le lire.

Parfois elle se prenait à parler, comme s’il s’agissait des seuls sons qu’elle entendait depuis une éternité. Personne ne répondait. Personne ne répondait jamais.

Elle reposa les yeux sur leurs discussions interminables. Elle connaissait tout. Ses quelques fautes de grammaire accidentelles, l’inversion des lettres, l’impérieuse splendeur des points. Les règles de l’Art avaient été surpassées.

Je me souviendrai toujours comment je me suis brûlé les doigts en faisant ta Szarlotka.

Elle était triste de la platitude de ses lignes.

Des pages blanches. Et l’on tourne, et l’on tourne. Et l’on ne voit rien.

Il est des vies qui passent.

Des pépiements lui parvenaient de la fenêtre ouverte et elle se demanda ce que les oiseaux avaient en eux pour chanter à quatre heures du matin.

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Les divers protagonistes sont visualisables sous :

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