LIX

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Cela faisait plusieurs minutes que le facteur attendait, et après en avoir laissé s’envoler cinq autres, il ne sut plus très bien pourquoi[1]. Peut-être à cause du tampon « prioritaire » apposé sur le paquet qu’il tenait dans les mains. Aucune étiquette ne figurait à côté de la porte, mais un homme en chapeau et canne entré dans l’immeuble à sa suite lui avait indiqué que le destinataire du colis résidait là. Le facteur s’apprêtait à jeter l’éponge lorsque la porte s’ouvrit sur une fille aux cheveux hirsutes qui ne semblait pas avoir dormi depuis des jours. Une de ses mains était bandée.

— Vous êtes Madame Martel ? s’empressa-t-il de demander.

Elle ne répondit pas, se contentant de le fixer d’un air absent, et le facteur fut gagné par une sensation de malaise.

— Tenez, insista-t-il.

Comme elle ne bougeait pas, il finit par remettre le paquet dans les mains de la fille qui avait oublié son nom. Elle ne baissa même pas les yeux pour voir ce dont il s’agissait et il la regarda reculer hasardeusement et refermer la porte derrière elle.

*

Cassandre se laissa glisser contre le mur du couloir. Elle retourna l’épaisse enveloppe marron dans ses mains et se déchira la lèvre lorsqu’elle remarqua la provenance du paquet. Elle s’aperçut alors qu’elle venait de se demander inconsciemment si Jakab en était l’émetteur et des larmes de honte coulèrent sur ses joues.

Il n’était plus là.

Puis elle se rappela qu’elle avait dévoilé l’identité de Jakab Kátai à la police, qu’il portait d’ailleurs toujours son passeport sur lui lorsqu’il sortait et qu’ils avaient dû contacter ses parents en Hongrie.

Ils avaient simplement écrit sur une grande feuille blanche. Elle chercha en quelle langue les mots pouvaient avoir été rédigés, se rendit enfin compte qu’elle en comprenait le sens et qu’ils étaient écrits en français. Jakab avait dû parler de son nouveau lieu de vie à sa mère. Il avait dû lui parler d’elle.

Nous ne savons pas qui vous êtes, mais cette volonté nous fait penser que vous comptiez pour lui.

Ses doigts froissèrent le papier avant qu’elle pût le lire jusqu’au bout, tant la douleur qui transparaissait dans les lignes était insupportable. Une mort faisait chavirer tout un monde. Que ce soit des parents, des confidents ou des inconnus. Il est impossible de savoir combien de vies la mort d’un être peut atteindre.

Elle revit le Livre de la Tristesse.

Elle revit les lettres qu’elle lui avait envoyées, soigneusement rangées dans leurs enveloppes décachetées. Elle se rappela les siennes, qui reposaient toujours à leur place dans le tiroir de la table de nuit, et pendant un instant elle revécut leur correspondance de l’an passé, lorsque tout était encore possible.

Elle ne sut jamais comment ces documents lui étaient revenus, comment ses parents avaient su où ils étaient conservés.

Le dernier objet fut un beau carnet en cuir aux tons pourpres dans lequel était glissé un marque-pages argenté. Les pages étaient intactes, certaines pas encore tout à fait détachées, et son cœur vacilla lorsqu’elle découvrit son écriture, la sienne, unique, qui n’appartenait qu’à lui, les lettres qu’il avait formées de sa main.

Nocturnal,

Si tu lis ces lignes, c’est que je ne suis plus et que mon chemin s’est éteint, pour une raison ou pour une autre. Je suppose qu’on ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Personne n’est immortel. Le temps passe, et avec lui nos jours, ici, sur cette Terre.

N’aie aucune crainte, tu sais combien je voulais voir la Mort. Et ce qu’il y a après.

Nos lignes devaient se croiser. Je l’ai toujours su. Telle était notre destinée.

Nous nous retrouverons.

Je ne te demanderai qu’une chose : continue à remplir ce carnet.

Il est pour toi, et pour que tes mots vivent.

Merci.

Jakab.

Et son cœur sombra, car elle se trouvait devant le mot d’adieu de Jakab Kátai.

Une nuée de souvenirs l’enveloppa d’une douceur triste et froide, virevoltèrent autour d’elle avec une pluie de détails auxquels elle n’avait prêté aucune importance alors. Il était le seul à lui avoir dit qu’elle était belle. À lui avoir dit qu’elle comptait. Lorsqu’un oiseau les avait regardés de sa petite tête dodelinante, alors qu’ils étaient assis sur un banc. Ils avaient souri. Le calme de la forêt enneigée. Lorsqu’ils s’étaient amusés à déchiffrer les mots inscrits sur les carrés de mosaïque en attendant le métro. Lorsqu’ils avaient entremêlé leurs lignes, lorsqu’ils lisaient. La soupe de petits pois qu’il lui avait préparée un soir à Répáshuta. Le train, le paysage blanc qui défilait à travers la vitre. Quarantine. Elle avait été dans son cœur. Lorsqu’ils avaient chuchoté les paroles de Psyclon Nine dans le silence absolu. Lorsqu’ils avaient cru, l’espace d’un instant, changer les règles du monde.

Elle avait cru chérir chaque seconde ; seulement maintenant se rendait-elle compte qu’elle aurait dû les chérir davantage. Elle aurait voulu lui dire qu’il lui avait sauvé la vie. Elle espérait simplement qu’il l’avait su.

Entre eux deux, il n’était pas celui qui aurait dû partir. Il lui avait toujours dit qu’elle était forte, plus forte que lui. Ce qu’elle avait toujours considéré comme un mensonge, comme une absurdité. Jamais elle n’aurait pensé qu’il partirait avant elle. Elle ne l’avait jamais conçu.

- // -


[1] Swallow the Sun – The Heart of a Cold White Land

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Recommandations

Lanéric


L’écriture est un hobby
Dont j’œuvre avec envie
Décrire l’ensemble des sentiments
Par un stylo fusant

Raconter un état d’être
Sans utiliser de phrases parfaites
Mais assembler les mots
Parfois en guise de cadeau

Les écrits sont les reflets de l’âme
Sans faire d’amalgame
Je me donne, je me livre
Avec un esprit libre

Le texte commence en majuscule
Tachant la page de particules
Il finit par un point
Les lecteurs en sont témoin.

Souvent prônant l’amour
Celui souhaité au jour le jour
Mais il peut raconter l’amitié
Dont on est fier d’identifier

Espérant toujours une suite
À ces compliments que j’ébruite
Lorsque les phrases s’enchainent
Je sais qu’elles sont les miennes

Les écrits sont les reflets de l’âme
Les joies produites sont le sésame
Le manuscrit portera une signature
Pour qu’il n’y ait pas d’imposture

Que ce soit poème, que ce soit chanson
C’est le cœur qui en met le ton
Chaque texte évoque une image
De sentiments en arrimage.

Le lecteur fera son interprétation
Selon la hauteur des émotions
Se sentira concerné
Voire même identifié

Pour autant moi seul imagine
Vers qui vont ces pensées en lignes
Vers toi, toi ou même toi
Je garde la primeur de mon choix

Les écrits sont les reflets de l’âme
L’ensemble de mes mots s’enflamment
Reste cette douce preuve manuscrite
Dictant ou pas une réelle suite.
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1
nausicaa

Je me suis laissée tomber sur mon lit. Les bras croisés sur mon visage, les derniers rayons du soleil suivant les lignes de mon corps. Les lignes de mon corps que tu as toi aussi longuement suivi.
La chaleur des derniers rayons me rappelle la douceur de tes mains glissant sur mes hanches.
Si l'on pouvait voir tous les sentiments du monde, je suis pratiquement sûre que l'amour serait le plus abondant. Il est omniprésent, tel ton visage lorsque que je déambule dans la rue.
Le souffle court, je resserre mes bras un peu plus fort.

À cet instant précis, je n'arrive pas à saisir pourquoi l'amour est au centre de tout. J'ai effleuré tellement de personnes, j'ai pu voir dans leurs yeux la haine, la peur, la joie, mais ces émotions se contentent de faire des aller-retours. Une seule était toujours présente, l'amour.
L'amour anime nos coeur, nos vies, l'amour est présent dans tous les livres, toutes les histoires. J'ai lu tellement de livres, feuilleté tellement d'aventures, l'amour est un sentiment me fascinant un peu plus à chaque nouvelle oeuvre qui tombait entre mes mains.
Mon souffle diminuait encore, comme s'habituant avant de se couper définitivement.
Enlevant doucement mes bras, j'ai regardé le soleil, éblouie. Un sourire de réconfort c'est mélangé à mes larmes. J'étais aveuglé par les rayons jaunes qui caressait mon visage.
Le soleil se couchait. Mais contrairement à moi, le soleil reviendra.
L'amour ne peut donc t'il pas sauver tout le monde ?

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Ode Colin
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