LI

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Jakab Kátai écoutait distraitement le bruit de l’eau de la douche, lorsque son téléphone vibra. Il avait vibré plusieurs fois, ces derniers temps. Ignorant le nœud familier qui menaçait de se former dans sa gorge, il se redressa et tendit le bras pour attraper l’appareil posé sur la table basse.

Les initiales de l’émetteur n’évoquaient en lui qu’un soupçon de dégoût à moitié enterré. Ce n’était pas la première fois que l’Ukrainien tentait de le joindre, les messages s’étaient même multipliés depuis son arrivée à Paris.

[Újra találkozni fogunk, Kátai.]

Il espérait qu’il ne s’agissait pas d’un mauvais présage. Il décida de l’ignorer, comme d’habitude.

L’Ukrainien était quelqu’un à qui Jakab Kátai ne répondait plus.

« Pendant l'insomnie, je me dis, en guise de consolation, que ces heures dont je prends conscience, je les arrache au néant, et que si je les dormais, elles ne m'auraient jamais appartenu, elles n'auraient jamais existé. »

Un matin, Nocturnal lui montra ces lignes d’Emil Cioran, qu’elle avait soigneusement consignées dans le carnet doré. Il posa les yeux sur elle ; elle lui retourna un regard émerveillé. Rarement avait-il vu un sourire si vrai. Comme si tous les soucis s’étaient envolés par la fenêtre ouverte, purifiant l’air de toute peine. Comme si le passé ne demeurait qu’un térébrant souvenir qui avait finalement lâché prise. Comme si c’était simplement le temps qu’il lui avait fallu pour trouver la porte de la vie.

*

La nuit dut porter conseil car une idée matinale germa tout naturellement dans l’esprit de Cassandre. Elle se demanda après tout pourquoi elle ne tenterait pas de postuler dans la librairie qu’elle affectionnait. Elle fit part de cette réflexion à Jakab, qui l’exhorta tout du moins à essayer. Elle n’avait rien à perdre. Cela lui permettrait de renflouer provisoirement son compte en banque tout en lui laissant du temps libre pour produire des lignes de code en attendant d’y voir plus clair. En effectuant un rapide calcul mental, elle se souvint qu’ils n’étaient pas nombreux à tenir la librairie. Cela pourrait fonctionner. Même si elle n’était pas payée des mille et des cents, ses services pourraient toujours aider.

*

Ils se plongèrent un soir dans un documentaire sur les origines de la Planète bleue. Ils contemplèrent avec éblouissement les terres arides qui s’étendaient à perte de vue, quatre cent soixante millions d’années auparavant.

— Ça devait être bien. Il n’y avait personne.

Puis vint le moment où la météorite s’écrasa sur la Terre.

— Ça m’aurait plu.

Ses yeux pétillants lui jetèrent le plus beau regard de connivence qu’il avait jamais perçu.

Les jours défilèrent en une suprême harmonie jusqu’à ce qu’une bonne nouvelle vînt frapper à la porte. Jakab venait d’obtenir le poste d’ingénieur mécanique au sein de l’entreprise sur laquelle il avait misé, dont le siège se trouvait non loin de la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Il commencerait le 10 avril. Étant donné la façon dont l’entretien s’était déroulé, ce n’était pas une surprise, mais cette décision l’avait rendu heureux. Vraiment heureux. Un futur serein prenait forme. Enfin.

— Parfois, je plains le Soleil, dit-elle un soir que l’astre déclinait[1].

Elle fit une pause avant de continuer.

— Il nous éclaire, mais quel triste théâtre éclaire-t-il.

Ces paroles n’apportèrent jamais la consternation attendue. Elles ne furent qu’acclamées par un silence bizarre.

Les perles pessimistes qu’elle avait appelées vinrent, en tout logique, mais dansèrent cette fois une valse étonnante, à l’orée du soir. Elles vinrent, s’annoncèrent, et se drapèrent non pas de noir, mais de lumière. De cette vision Jakab serait toujours marqué. Il ne sut jamais comment elle avait fait. Pour changer leur nature. Pour ramener l’Optimisme. Pour la première fois, il était bien là, tangible. Pour la première fois, il était devant leurs yeux.

Ces paroles avaient peint un tableau. Le monde était toujours en flammes, mais une poudre d’or tombait sur cette scène de destruction qu’ils avaient jadis contemplée. Ils ne ressentaient pas de jouissance, pas de férocité ; au lieu de cela, ils se voyaient habités d’une tranquillité sagace, évidente. D’un calme si déroutant que Jakab aurait pu en être effrayé. Ils planaient, inconscients, ou peut-être devenus trop conscients des drames qui embellissaient le monde. Si présents qu’ils voulurent les aimer. Si parfaits qu’ils voulurent remercier. Tout était simple lorsqu’on apprenait à accepter. À s’élever au-dessus de la trivialité du monde, à enlacer son défaut, à trouver les merveilles dans les failles, dans le malheur ; la beauté.

Ce soir-là, Jakab eut la certitude que tout basculait.

Il n’eut plus peur de sourire.

Il voulait sourire de tout son être.

Et leurs Lignes se suivaient, s’entremêlaient, s’évadaient en une danse folle, pour s’échapper dans la nuit vers la lumineuse farandole des âmes perdues.

- // -


[1] Blaze of Perdition – Of No Light

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Recommandations

Lanéric


L’écriture est un hobby
Dont j’œuvre avec envie
Décrire l’ensemble des sentiments
Par un stylo fusant

Raconter un état d’être
Sans utiliser de phrases parfaites
Mais assembler les mots
Parfois en guise de cadeau

Les écrits sont les reflets de l’âme
Sans faire d’amalgame
Je me donne, je me livre
Avec un esprit libre

Le texte commence en majuscule
Tachant la page de particules
Il finit par un point
Les lecteurs en sont témoin.

Souvent prônant l’amour
Celui souhaité au jour le jour
Mais il peut raconter l’amitié
Dont on est fier d’identifier

Espérant toujours une suite
À ces compliments que j’ébruite
Lorsque les phrases s’enchainent
Je sais qu’elles sont les miennes

Les écrits sont les reflets de l’âme
Les joies produites sont le sésame
Le manuscrit portera une signature
Pour qu’il n’y ait pas d’imposture

Que ce soit poème, que ce soit chanson
C’est le cœur qui en met le ton
Chaque texte évoque une image
De sentiments en arrimage.

Le lecteur fera son interprétation
Selon la hauteur des émotions
Se sentira concerné
Voire même identifié

Pour autant moi seul imagine
Vers qui vont ces pensées en lignes
Vers toi, toi ou même toi
Je garde la primeur de mon choix

Les écrits sont les reflets de l’âme
L’ensemble de mes mots s’enflamment
Reste cette douce preuve manuscrite
Dictant ou pas une réelle suite.
2
4
0
1
nausicaa

Je me suis laissée tomber sur mon lit. Les bras croisés sur mon visage, les derniers rayons du soleil suivant les lignes de mon corps. Les lignes de mon corps que tu as toi aussi longuement suivi.
La chaleur des derniers rayons me rappelle la douceur de tes mains glissant sur mes hanches.
Si l'on pouvait voir tous les sentiments du monde, je suis pratiquement sûre que l'amour serait le plus abondant. Il est omniprésent, tel ton visage lorsque que je déambule dans la rue.
Le souffle court, je resserre mes bras un peu plus fort.

À cet instant précis, je n'arrive pas à saisir pourquoi l'amour est au centre de tout. J'ai effleuré tellement de personnes, j'ai pu voir dans leurs yeux la haine, la peur, la joie, mais ces émotions se contentent de faire des aller-retours. Une seule était toujours présente, l'amour.
L'amour anime nos coeur, nos vies, l'amour est présent dans tous les livres, toutes les histoires. J'ai lu tellement de livres, feuilleté tellement d'aventures, l'amour est un sentiment me fascinant un peu plus à chaque nouvelle oeuvre qui tombait entre mes mains.
Mon souffle diminuait encore, comme s'habituant avant de se couper définitivement.
Enlevant doucement mes bras, j'ai regardé le soleil, éblouie. Un sourire de réconfort c'est mélangé à mes larmes. J'étais aveuglé par les rayons jaunes qui caressait mon visage.
Le soleil se couchait. Mais contrairement à moi, le soleil reviendra.
L'amour ne peut donc t'il pas sauver tout le monde ?

2
11
9
1
Ode Colin
Un court texte écrit il y a 15 ans sur Nicola Sirkis d'Indochine.
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