XLVII

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Ils plongèrent au cœur des ossements le 10 février. Les Catacombes regorgeaient de mystérieux passages et l’air était teinté d’une oppression palpable, singulière.

— J’ai entendu parler d’un homme qui avait perdu son chemin dans le dédale des couloirs, raconta Jakab alors qu’ils cheminaient dans les galeries, sa voix se répercutant contre les parois. Il aurait été enterré vivant et on ne l’aurait jamais retrouvé.

Cassandre hocha la tête.

— Cette histoire me dit quelque chose.

— Il est mort parmi les morts.

— Ses os ont complété la collection.

Lorsqu’ils émergèrent à l’air libre, les flocons tombaient de façon curieuse.

Le jeudi 16 février marquait le passage à l’acte. Jakab et Cassandre y allèrent ensemble, conscients qu’ils s’élançaient sur un chemin irréversible et inconnu, et qu’ils n’avaient aucune certitude quant à ce qui les attendait.

Curupira l’accueillit chaleureusement et lui laissa même le loisir de choisir la musique qui les accompagnerait cet après-midi-là.

— Tu vas voir, ça va bien se passer, la rassura-t-il.

Cassandre acquiesça mais ne parvint pas à éliminer totalement son appréhension lorsqu’il lui demanda de se déshabiller partiellement. Elle s’exécuta néanmoins et s’étendit prudemment sur la table. Après avoir nettoyé le matériel une dernière fois, Curupira se retourna et parcourut son corps du regard. Il s’arrêta un instant sur son bras mais ne posa aucune question. Il commença par transférer le dessin sur sa peau. Puis il s’activa.

— Je t’avoue que j’y ai passé une partie de la nuit, confessa-t-il, les yeux plissés sous l’effet de la concentration.

Cassandre ne s’était pas attendue à ce qu’il se fût autant investi dans ce travail.

— Pourquoi « Curupira » ? lâcha-t-elle soudain pour oublier la douleur, posant la question qui la taraudait depuis le début.

Le tatoueur leva vivement la tête, si bien que Cassandre craignit que l’aiguille déviât de sa trajectoire. Il revint heureusement à sa tâche et laissa percevoir un sourire de travers.

— Dans la mythologie brésilienne, Curupira est un petit démon de la forêt, expliqua-t-il. C’est le gardien des bois et de toutes les espèces qui y vivent. On raconte même qu’il n’hésite pas à faire des farces mortelles aux chasseurs et aux persécuteurs des animaux.

L’histoire ayant éveillé son attention, Cassandre en oublia presque les picotements qui lui traversaient le corps.

*

Le grésillement de l’aiguille s’était converti en une musique agréable aux oreilles de Jakab Kátai. Malgré les recommandations de Fiona, il avait délibérément opté pour rester dans le silence. Un choix qu’il ne regretta pas, malgré les commentaires réguliers de la tatoueuse amoureuse des monstres marins, un peu trop liante à son goût. Jakab sentit son cœur s’alléger alors que le dessin s’inscrivait dans sa peau, en tout point conforme à ce qu’il avait imaginé. Ses doutes s’échappaient alors qu’il se rendait compte que l’inviolabilité de son cœur était ce qu’il avait toujours voulu.

*

Cassandre retrouva Jakab dans l’entrée de la boutique après avoir écouté attentivement les instructions de Curupira. Ils avaient convenu de se revoir le 11 mars, soit trois semaines plus tard.

— Comment ça s’est passé ? s’enquit Jakab en l’attirant contre lui une fois de retour au logis.

Le bref sourire de Cassandre se mua en grimace et elle plaqua involontairement une main sur son avant-bras.

— N’y touche pas, la sermonna-t-il. Je voudrais voir un résultat parfaitement intact. Dis-moi plutôt si ça n’a pas été trop douloureux.

— On a parlé de folklore brésilien.

Le regard que lui retourna Jakab l’amusa. Cassandre n’avait que faire du folklore brésilien, mais entendre un ardent défenseur de la cause animale discourir sur les mythes et légendes du Brésil s’était plutôt avéré distrayant. Jakab se montra agréablement satisfait du travail de Fiona, et en découvrant le résultat final, Cassandre comprit aussitôt la raison de ce contentement. Surprenant son regard qui la fixait avec insistance, elle baissa à son tour les yeux sur son propre bras. Sous le plastique se dessinaient deux lignes parallèles.

*

Ce n’est que lorsque Cassandre se déshabilla ce soir-là que Jakab découvrit le second tatouage qu’elle avait soigneusement caché, le fabuleux dessin brillant à la lumière des bougies vacillantes. Tout comme la sienne, sa peau était largement marquée par ce qu’ils venaient de subir, mais ce qu’il vit balaya immédiatement cette considération. Émerveillé, il contempla l’oiseau qui se dessinait sur sa peau pâle, s’étendant le long de ses côtes, contournant sobrement la délicate courbure de ses seins. La majestueuse créature semblait prisonnière de ce qui lui parut être d’épineuses ronces effilées. Ainsi chauffés par la lueur orangée, les traits d’encre restaient sombres, magnifiquement esquissés, et quelque chose lui fit savoir que le travail n’était pas achevé. Il s’aperçut enfin que l’oiseau était un paon.

Aucun mot ne figurait sur son corps nu.

— Tu ne veux donc pas me dire ce que tu comptes ajouter ?

Elle secoua la tête, se pencha sur lui et posa délicatement ses lèvres sur la lettre N qui ornait son torse.

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