XLII

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Jakab revenait dans le salon avec deux bouteilles de bière lorsqu’une chanson d’un genre inhabituel surgit dans la pièce. Le mélange de country et de folk au rythme groovy le prit tellement au dépourvu qu’il ouvrit des yeux ronds en tendant une bouteille à Cassandre. Celle-ci lui décocha un sourire facétieux tout en semblant aussi surprise que lui.

— Je ne sais pas si tu vas le croire, commença-t-elle.

Jakab haussa les sourcils, pouvant s’attendre à tout.

— C’est le « side-project » de Nergal. My Church Is Black[1].

C’était assurément la dernière idée qui lui serait venue à l’esprit. Il s’assit sur un fond d’harmonica et écouta la voix claire et basse du leader de Behemoth. Ce qu’ils entendaient était si imprévu et si éloigné de ce à quoi le groupe de métal extrême les avait habitués qu’ils ne purent s’empêcher de rire. Il sirota sa bière alors que le rythme commençait à faire son chemin en eux. Voyant du coin de l’œil Cassandre hocher gaiement la tête en accord avec la musique, il passa un bras autour de ses épaules et l’attira contre lui. Le morceau sorti tout droit d’un western était si entraînant qu’il n’arrivait pas à cacher son sourire, car tout paraissait simple. Ils laissèrent longtemps le titre tourner en boucle, et restèrent là à découvrir une joie pure qu’ils n’avaient sans doute jamais connue.

*

Cassandre avait consulté sa messagerie à plusieurs reprises au cours de la journée, s’attendant sous peu à recevoir une réponse de la part de Laurine. Une légère appréhension s’installa en elle lors de l’arrivée du courriel en question, autour de dix heures du soir. Prenant une courte inspiration, elle ouvrit le message.

Bonsoir,

Tu es Cassandre Martel ?

Cela me fait plaisir d’avoir de tes nouvelles et j’espère que tu vas bien. Je serais bien sûr contente de te rencontrer un de ces jours pour prendre un café ou ce dont tu as envie.

À bientôt et bonne soirée,

Laurine

Cassandre se détendit peu à peu et s’aperçut que Jakab regardait l’écran, ce qui n’était après tout pas dérangeant. Elle avait préféré indiquer une adresse électronique ordinaire, de peur que celle qu’elle avait coutume d’utiliser ne ressemblât à du spam. Outre le courriel de Laurine, la boîte de réception n’était remplie que de messages administratifs. Cassandre parcourut de nouveau les lignes et se dit que c’était un gentil mot. Elle ne gardait cependant pas un bon souvenir de son entrevue avec Audrey en novembre dernier et réalisa qu’elle voulait à tout prix éviter cette situation. Elle élabora une courte réponse qu’elle envoya sans tarder.

Merci pour ton message.

Malheureusement, je n’aime pas vraiment les cafés. Peut-être pourrait-on aller dans un endroit plus calme ? Ou simplement faire un tour quelque part ?

Cassandre

Elle éteignit ensuite l’ordinateur en espérant que son message ne l’offenserait pas.

Laurine répondit le dimanche matin en lui proposant son appartement. Cassandre avait peur qu’elle l’eût indirectement poussée à faire cette offre et qu’elle s’y fût sentie obligée. Chassant cette honteuse pensée de son esprit, elle parcourut la suite du message. Laurine ajoutait qu’elle ne travaillait pas le lendemain et qu’elle serait ravie de l’accueillir pour l’heure du thé. Cassandre accepta d’emblée sa proposition. Il ne servait à rien de différer.

La journée du dimanche fut également une journée de neige. Cassandre reçut un appel de sa mère, qui s’enquit de ses projets pour la semaine.

— Je vais voir des amis demain, lui apprit-elle en feignant un enthousiasme qui la satisfît.

Aller voir plusieurs amis faisait toujours plus d’effet. Sa mère parut contente d’apprendre une telle nouvelle.

— Je les connais ? demanda-t-elle.

— Je ne crois pas.

La conversation se termina quelques minutes plus tard.

Les flocons ne tenaient pas.

Cassandre sursauta lorsque le portable de DaMihiMortem se mit à vibrer sur la table basse. Elle se trouvait seule dans le salon en ce début de soirée, celui-ci étant manifestement occupé dans la salle de bains. Les gens appelaient rarement sur le téléphone de Jakab Kátai. Comme le correspondant semblait insister, Cassandre se pencha de façon à distinguer le numéro de l’appelant. Ainsi qu’elle s’y attendait, cela ne lui fournit aucune indication. Il semblait avoir également reçu un message d’un certain BS plusieurs heures auparavant, qu’il n’avait toujours pas ouvert.

— Tu as reçu un appel, l’informa-t-elle une fois que Jakab fût revenu.

Il jeta un coup d’œil expéditif au portable avant de le reposer sur le meuble.

— Ce sont mes parents, constata-t-il. Je les rappellerai.

Cassandre posa son regard sur lui.

— Tu n’as pas un très bon rapport avec eux, affirma-t-elle.

— Mon père passait son temps à me rabaisser, décréta-t-il. Donc non, je ne suis pas très proche de lui.

L’accusation venait avec une violence inattendue. Malgré la dureté de son visage, il s’assit près d’elle sans se départir de son calme.

— Il n’était jamais satisfait, reprit-il plus bas, la conviction dans sa voix n’en étant que plus forte. Il ne le sera jamais.

Cassandre lui prit doucement la main, peinée de l’entendre dire de telles choses.

— Il aimait me dire à quel point j’étais stupide. Que je n’atteindrais jamais mes objectifs. Il ne m’a jamais encouragé, il ne m’a jamais conforté dans mes choix. Mes moindres initiatives étaient étouffées, tournées en dérision. J’ai construit une défense, comme tu la construis. Puis je me suis éloigné. J’ai compris que ce serait mieux pour nous tous. J’ai acheté la maison et m’y suis installé. Et j’ai enterré le passé.

Elle admira sa force et la façon dont il la faisait rayonner autour de lui. L’éclair dans ses prunelles s’adoucit peu à peu.

— Ma mère n’est pas comme lui, tempéra-t-il. Elle est de nature plus… souple, plus gaie. Elle est plus joyeuse qu’aucun d’entre nous. J’ai toujours trouvé cela étrange. J’ai peur qu’elle… perde sa joie peu à peu. On dit que les personnes au caractère optimiste ont tendance à vivre plus longtemps, ils sont comme portés en avant. J’ai l’impression que ça ne paye pas trop pour elle.

Cassandre avait rarement entendu Jakab s’exprimer ainsi, comme soucieux d’employer des mots délicats sur un sujet qui était cher à son cœur.

— Elle est arrivée en Hongrie alors que le pays se remettait à peine du communisme. J’ignore ce qu’elle a pu y trouver, ou comment cela s’est vraiment passé. Je pense que c’est une période dont nous n’aimons pas parler.

Puis il rencontra ses yeux et un sourire ému apparut sur ses lèvres.

— Je pense qu’elle t’apprécierait, dit-il. Elle serait heureuse de savoir que je t’ai.

Cassandre se sentit brusquement remuée, les mots s’entrechoquant dans sa bouche sans trouver la sortie.

— Comment s’appelle-t-elle ? osa-t-elle demander.

— Brigitte.

La haine palpable qu’il éprouvait à l’égard de son père cohabitait étrangement avec la tendresse et presque la louange avec laquelle il évoquait sa mère.

— Un jour, nous irons la voir, affirma-t-il.

Cette idée embua ses yeux.

- // -


[1] Me and That Man – My Church Is Black

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