XLI

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La brume ensommeillée qui distrayait la vision de Jakab se dissipa lorsqu’il vit une forme aux contours incertains s’approcher. Cassandre revenait du salon, le crâne enveloppé d’une serviette grise qui masquait le moindre cheveu. Un sourire illuminait son visage. Peut-être était-elle réveillée depuis longtemps.

Il comprit plus tard la raison de sa bonne humeur, quand il se rendit à son tour dans la pièce principale après qu’elle se fut éclipsée dans la salle de bains. De petits flocons descendaient du ciel, gentiment ballotés par le vent.

Il avait déjà lu plusieurs pages du livre d’Henryk Sienkiewicz lorsque Cassandre réapparut, les cheveux en flammes. Ce fut tout du moins sa première impression, surpris par une métamorphose aussi soudaine. Elle fut auprès de lui avant même qu’il eût le temps de prononcer un mot. Vêtue de noir, le contraste n’en était que plus saisissant et tentateur. Il sourit quand ses yeux rencontrèrent les siens et passa un doigt dans ses cheveux qui lui arrivaient légèrement en-dessous des épaules, respectant une symétrie dérangeante. Ce n’était pas un roux ordinaire, mais une couleur dangereuse aux évocations singulières.

— Tu es magnifique, souffla-t-il en la dévisageant.

Elle soutint simplement son regard, paraissant insensible au compliment. Il regarda longtemps les yeux curieusement vides, qui arrivaient pourtant à percer son âme. Il espérait simplement qu’elle le croyait.

*

Cassandre se concentra sur la chaleur réconfortante qui émanait des mains de Jakab afin de ne pas prêter attention à la pulsion destructrice qui se pressait en elle.

— C’est temporaire, l’informa-t-elle.

Puis elle referma les doigts sur les poignets de son interlocuteur.

— Je vais aller porter la lettre à Laurine, décréta-t-elle. Ça te dirait de m’accompagner ?

Jakab acquiesça et ils sortirent à découvert. Cassandre avait sans doute naïvement espéré que la neige aurait incité les Parisiens à se barricader dans leur douillet foyer. Mais le froid ne jouait même pas en leur faveur, les gens continuaient à grouiller dans les rues en suivant des tracés précis qu’elle ne connaîtrait guère. Jakab les aurait qualifiés de « parasites ». Elle se dit que lamentablement, un Paris désert n’existerait jamais.

L’adresse inscrite sur le post-it les mena jusqu’à la porte d’un joli immeuble de la rue du Dragon. Cassandre sentit son cœur accélérer en réalisant qu’elle pourrait se retrouver nez-à-nez avec Laurine d’un moment à l’autre. Bien que la scène n’eût cessé de repasser dans son esprit durant les derniers mois, son visage n’avait laissé qu’un souvenir flou, voire inexistant. L’autre problème était qu’ils n’avaient pas la moindre idée du code de la porte d’entrée. Il ne semblait en outre pas y avoir de boîte aux lettres commune. Jakab leva un sourcil en une interrogation à laquelle Cassandre répondit par un haussement d’épaules. Ils patientaient depuis quelques minutes à regarder la fumée qui sortaient de leurs bouches lorsqu’une dame d’un certain âge s’arrêta devant la porte en leur jetant un coup d’œil rempli d’une méfiance à peine dissimulée.

— Nous venons juste poster une lettre, lui fit savoir Cassandre.

Manifestement rassurée, la résidente composa le code et les laissa entrer à sa suite. Les boîtes aux lettres étaient disposées dans un coin du hall et il ne fallut pas longtemps à Cassandre pour trouver celle qu’elle cherchait. Elle glissa prestement l’enveloppe dans la fente et ils tournèrent les talons.

La devanture d’une chocolaterie joliment décorée attira l’attention de Cassandre.

— Attends, fit-elle en effleurant le bras de son compagnon de route.

Elle poussa la porte sans réfléchir et sans vraiment savoir ce qu’elle allait y faire, puis ses yeux se posèrent sur un petit sachet de chocolats et œufs fantaisie mis en valeur sur le présentoir[1]. Un calme étrange planait dans la boutique et elle sursauta en entendant la voix du chocolatier.

— À la recherche d’une idée gourmande ?

— Ce serait pour offrir, expliqua Cassandre en désignant le sachet.

Le chocolatier parut heureux. Elle estimait que c’était mieux que d’arriver les mains vides et espérait que le cadeau ferait plaisir à Laurine, aussi piètre fût-il.

*

Ils se contentèrent d’un taboulé en guise de repas, qu’ils prirent dans le salon. Jakab passa une main autour des épaules de Cassandre, ne pouvant s’empêcher de poser les yeux sur son apparence si particulière. Il noua délicatement ses doigts dans ses cheveux avant d’attraper son livre de sa main libre. Lorsqu’il reporta son attention sur son alliée, elle n’avait absolument pas bougé. Ses sourcils étaient froncés comme si elle essayait de chasser une particule indésirable. Le mouvement était trop minime pour qu’il impliquât un désordre sérieux ; il était pourtant assez ambigu pour intriguer l’œil averti. Jakab descendit sa main pour lentement dessiner des cercles dans son dos.

— Que se passe-t-il dans ta tête, en ce moment ? demanda-t-il.

Son absence de réaction dressait comme un mur invisible devant son visage et Jakab sentit s’insinuer en lui un sentiment déroutant. Il ne comprenait pas, et aurait désespérément voulu comprendre.

— Je ne sais pas.

Elle leva sur lui des yeux incertains puis son regard se stabilisa de nouveau. Jakab déposa un léger baiser sur son front tout en étant rassuré par son calme, remit le livre en place et prit son ordinateur.

*

— J’ai récemment été intrigué par une vieille photo tragique, déclara-t-il en se connectant au réseau.

— De quoi s’agit-il ?

— Des restes de Vladimir Komarov.

Sur son expression sérieuse semblait briller une soudaine concentration.

— Ce nom ne me dit rien, lâcha prudemment Cassandre, ne sachant sur quel terrain elle s’engageait.

Jakab tourna la tête vers elle.

— C’était un cosmonaute russe, expliqua-t-il. J’étais intrigué par ce qui restait de son corps. La souffrance qu’il a endurée avant de mourir a dû être… énorme.

— Comment est-il mort ?

— Il y a manifestement eu une défaillance dans son vaisseau spatial. Le parachute de sa capsule d’évacuation ne s’est pas ouvert. Il a dû brûler vivant.

Son regard absorbé demeurait fixé sur elle.

— C’est une mort horrible.

— On dit qu’il n’y a pas plus douloureux.

Le silence plana un moment.

Jakab ouvrit une page qu’il avait consultée quelques jours auparavant, puis décala l’ordinateur de façon que Cassandre pût lire. La première photographie était surprenante, montrant des militaires soviétiques regroupés autour de ce qui semblait être un meuble – ou tout aussi probablement un cercueil –, les yeux rivés sur une masse sombre et informe que Cassandre mit un moment à identifier.

S’il s’agissait du premier humain à décéder lors d’une mission spatiale, le camarade Komarov avait cependant attendu de s’écraser à la surface de la Terre pour mourir, à l’occasion du 50e anniversaire du fondement de l’Union Soviétique. Le secrétaire général du Parti communiste à cette époque, Léonid Brejnev, avait souhaité exécuter une rencontre spectaculaire entre deux vaisseaux soviétiques. Les deux cosmonautes sachant pertinemment qu’une des deux capsules utilisées n’était pas en total état de marche, Vladimir Komarov s’était sacrifié pour prendre la place de son ami et collègue Yuri Gagarin, partant pour l’espace en partant pour la mort.

— C’est une tragédie méconnue, souffla Cassandre, reposant son regard sur la photographie.

— En effet, approuva Jakab. Comme la plupart des tragédies. Je pense qu’ils n’ont rien dit car l’accident a eu lieu en 1967, en pleine guerre froide, et particulièrement en pleine course à la conquête de l’espace.

— C’était une question de fierté pour le gouvernement soviétique.

— Correct. L’URSS gagnait régulièrement la course dans ce domaine-là. Et le fait de dévoiler trop d’informations sur l’accident aurait pu s’avérer catastrophique pour le régime. Enfin, je suppose que les États-Unis en sont arrivés à découvrir ça grâce à leurs missions d’espionnage.

Cassandre acquiesça silencieusement en s’attardant sur son profil sombre, d’où émanait la fascination froide qu’elle aimait tant.

— C’est quelque chose que je n’ai encore jamais expérimenté, murmura-t-elle.

Jakab posa longtemps les yeux sur elle.

— J’espère bien.

La nuit avait doucement commencé à tomber au-dehors et ils laissèrent le silence du début de soirée captiver leurs âmes. Le réconfort qu’ils puisaient dans l’immobilité et la quiétude de la pièce amenèrent Cassandre à se demander si leurs cœurs étaient de pierre. Et pourtant, elle sourit furtivement. Car elle sut en cet instant que dans le silence régnait l’harmonie.

- // -


[1] Led Zeppelin – Stairway to Heaven

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Chapitre I

Le gorator fit une chute d’environ trente mètres et se fracassa le crâne sur un rocher recouvert de mousse gluante. En dépit de sa blessure, il parvint à se relever. Du haut des murs de la citadelle, je déroulai une corde jusqu’au sol boueux et en descendis longeant le mur ou d’abondantes rigoles d’eau suivaient les aspérités des pierres. La pluie torrentielle rendait la parois glissante. Les deux pieds appuyés sur la muraille, je me propulsai vers l'arrière en effectuant un saut périlleux, et retombai recroquevillé dans de petit amas de chairs gisant dans la vase. L’odeur des cadavres fumants et des gorators décapité m’enflammait les poumons. Mes yeux se rivèrent sur les corps inerte de mes frères mais. L’instant était critique, je ne pouvais m’y attarder c’était moi ou lui. Mon coeur battait à tout rompre, l’épée à la main, je fonçai vers lui en exécutant une roulade. Je me redressai et tendis mon épée à bout de bras. Armé de mon bouclier, j’évitai sa frappe de justesse colossale et par dessous, ma lame fendit l’air et s’enfonça dans le thorax. Un liquide rouge foncé a l’odeur nauséabonde, m’éclaboussa le visage et affluait sur sa cuirasse.
Le géant s’affaissa sur les genoux. D’une lancé spectaculaire, je le décapitai. Sa tête tomba sur le sol dans un bruit de chair déchirée et dévala la pente, s’immobilisant au coté d’un bosquet de hautes herbes. Je pouvais entrevoir dans son regard, la cruauté et les ravages de la damnation. Ce que j’y vis, me firent dresser le poils des bras. Pour quelques instants, je m'en sentis captif. Je me lissai les cheveux vers l’arrière et m’essuyai le visage du revers de la main et la ramassai par les cheveux. La bouche déformée par le dégoût, je pris une lance sur le sol, l’ancra et l'empala. Témoins de la décapitation de leurs semblables. L'un d'eux se jeta sur moi, la hache élever au-dessus de sa tête. D’un mouvement du bassin, j’esquivai sa puissante frappe qui s'abattit sur le sol. La pluie qui imbibait mon armure et mon linge restreignait mes mouvement. Le deuxième choc fissura ma rondache. Chaque coup que je parai, elle se fissurait davantage. Un déplacement latérale de ma rondache fit dévier la hache de sa course et s’abattit sur un rocher. Il vola en éclat. La peur s’empara de moi et fit grimper mon taux de stress à son maximum. Le bouclier me protégeait, cependant, combien de temps tiendrai-je avant qu'il se brise ? Est-ce mon destin de terminer ma misérable existence sectionnée en deux par l'ennemi ? D’un mouvement à reculons, je me mis dans une position qui m’offrait une plus grande défensive. Il pouvait contre-attaquer à tout moment. L’épuisement me gagnait. Mon souffle se faisait court. Mes muscles commençaient à brûler. La douleur ralentissait mes ripostes et me rendait vulnérable.
Le gorator fendait la pluie de sa hache. Le martèlement énergique sur mon bouclier le brisa en deux. Sa hache continua sa course en me caressant l'épaule. Une caresse qui lacéra le cuir de mon armure et laissa place à une traînée de sang. Je canalisai tant bien que mal ce qui me restait d’énergie. J’attrapai une lance plantée sur une souche brûlée et me catapultai sur un rocher situé derrière lui. Je lui sautai sur le dos et, enfonçai mon glaive dans la chair coriace de sa nuque. Je la retirai et la plantai à nouveau quelques centimètres plus bas. Elle le traversa de part en part. Le gorator prit la lame à deux mains. Lorsque je la retirai, la lame lui coupa profondément la paume de la main. Le monstre se retourna vers moi, recula de quelques mètres et tituba avant de s’écrouler sur les genoux. Nos regards se croisèrent et ce que j'y vis n'était autre que la mort et l'enfer du moins, je crois. Les efforts qu'il fournissait pour se relever furent vains. Je répliquai de coups à répétition à la base du cou. La tête et le corps dissociés s’affaissèrent. La tête doit être séparée du corps depuis que la malédiction s'est abattue sur la vallée, sinon de nouvelles âmes vengeresses apparaissent.

Chaque fois que mon bouclier absorbait les chocs colossaux des adversaires, je reculais de quelques pas. Un mouvement de recul du corps me fit éviter sa hache. Je changeai brusquement la direction de la pointe de mon épée, la transférant de main d’un mouvement demi-circulaire. Distrait par la manœuvre, un des monstres stoppa net et fit machine arrière, ne sachant où et quand il serait frappé d’estoc. J’en profitai pour escalader un gros arbre mort et tentai de lui sauter sur le dos. Il m’asséna, un vif coup avec le plat de sa hache et, m'atteignis sur la cuisse, ce qui m’arrêta dans mon élan. Par terre devant lui, je reculai poursuivi par la hache qui s’abattait avec intermittence devant moi, jusqu’à ce que je sois adossé à un rocher. Il leva sa hache. J'en tirai profit pour lui passer entre les jambes en lui tailladées l’intérieur de la cuisse. Il se retourna vers moi, le sang giclait à flot de sa blessure, mais il fonça tout de même vers moi. Je l’évitai en effectuant un bond de côté, je sautai, et, avec un élan stimulé par la vengeance, lui sectionna la jugulaire avec mon demi-bouclier aux rebords tranchant. Il laissa son fluide corporel répugnant se mélanger à la vase. Avec ardeur, je terminai en lui dissociant la tête du corps.
Le dernier prit la fuite. Pour le stopper dans sa retraite, je catapultai mon épée. Elle tournoya telle une dague déchirant l'air et s’enfonça au centre de son dos.
Nous venions de chasser l'envahisseur, qui menaçait la cité d’Arcanis. Plusieurs victimes parmi les villageois furent découvertes, après qu'un gorator se soit introduit. Leurs attaques récurrentes aux portes perduraient depuis plus de dix-sept ans. Cette fois, les assauts devenaient plus sanglants et cruels que jamais. Quoi qu'il en soit, avec intrépidité et détermination, nous finîmes par leur imposer le retranchement, mais non sans pertes, et souffrances. Des pertes autant morales que physiques. J’arpentai le territoire et j’y voyais mes frères d’armes mutilés, décapités et empalés sur des lances solidement ancrer dans le sol boueux leur tête positionnée devant eux. Cette vision répugnante me donnait des frissons dans le bas du dos accompagné de haut-le-cœur. Angoissé et révolté, je marchais sous la pluie abondante dans une rivière de sang qui ruisselait et contournait mes mocassins enfoncés dans le sol vaseux. Mes cheveux détrempés me collaient au visage et le sang qui s'écoulait de sous mon cuir chevelu suivait les courbes de mon visage. Les cris de douleur de mes frères d’armes, les hurlements et les supplications, me résonnaient dans la tête comme un martèlement de tambour.
Les mains sur les oreilles, je me laissai choir sur les genoux en me passant la main dans les cheveux, je hurlai jusqu’à m’en faire éclater le gosier.
Si leur travail sur cette fichue planète était arrivé à terme, pourquoi ne leur as-tu pas offert une mort digne d’un héros. N’es-tu pas miséricordieux ? Ils ne méritaient pas cette fin aussi infâme. Je frappai le sol boueux avec mes poings. Je regardai le sol en m'adressant à un dieu, en lequel j'avais foi. Ton peuple, t’a-t-il déjà trahi ? Ne t’ont-ils pas toujours adoré? ? N'as-tu aucune pitié ? Où est ta compassion pour ces hommes ? Bah! À quoi bon perdre mon temps, mes paroles ne doivent même pas atteindre son cœur de pierre.
Malgré mes sévères contusions, je titubai jusqu’au centre du champ de bataille. Ma vision s’étendit sur l’ampleur du massacre qui s'avérait plutôt être une exécution massive.
Les émanations insupportables de chair calcinée demeuraient en suspension au-dessus du champ de bataille, elles me brûlaient les narines et les yeux. Quand j’avais ma salive, c’est un goût de la mort et d'amertume qui pénétrait en moi. L'ennemi nous a massacrés, et toi tu l'as regardé, sans le moindre scrupule. Je ne te croyais pas méchant à ce point… Je n’ai pas la prétention de dire que je peux prendre ta place. Cependant, moi contrairement à toi, j’essaierai de protéger mes frères, très cher roi des charlatans.
Je sais que ce n’est pas de mon ressort, mais la culpabilité me dévorait de l'intérieur.
Grâce à ta grande clémence Orven, je me sens seul et je n’ai plus rien à perdre, autre que la vie. Et pour ce qu’elle vaut aujourd’hui.
Alors, je te jure qu’à partir de maintenant le combat est entre toi et moi. Je n’ai pas besoin d’un dieu aussi malveillant. Nanadiah saura nous protéger et toi, va en enfer et restes-y.
En trébuchant sur le moindre obstacle, je cheminai dans des scènes cauchemardesques qui m'apparaissaient irréelles. Aucun homme avec une conscience ne pourrait rester de glace devant de telles abominations. J'ai vu des atrocités, mais comme ce soir, non.

Ces visions nourrissaient ma colère, ma soif de vengeance. La répugnance que j’éprouvai pour cette guerre ne faisait que s’accentuer, mais voilà pourquoi on m’avait formé.
Ces scènes s’ajoutaient aux horreurs figurant parmi mes souvenirs les plus ténébreux. Même le plus aguerri des guerriers ne peut s’habituer à voir de telles horreurs.
Depuis le début des hostilités, la liste des pertes s’allongeait de façon exponentielle. Sur quatre mille guerriers, mille six cents restaient mobilisables à la protection de la cité. Les autres furent massacrés et torturés.
La vallée de Durabord surnommée, vallée des morts, justifiait en tous points sa réputation. La malédiction sur ce territoire prenait la forme de nos peurs et nous confinait derrière les murs de la cité. La moindre intrusion dans ce monde s’avérait coûteuse. Que ce soient, les prédateurs, les uroks, les gorators, la nature vivante ou l’inconnu. Tout n’était que mort et chaos.

Les remparts nous procuraient un avantage sur les futures attaques, nous pouvions les voir venir. Nous profitâmes de ce moment de répit pour transporter les survivants blessés ou à l’article de la mort dans l’infirmerie du village. Bon nombre, d’entre eux, rendaient l’âme sur les brancards.

Plus tard dans la soirée, la pluie torrentielle cessa et le ciel se dégagea. Seuls les éclairs au loin perçaient le calme sur la vallée de la mort. t. Moi, je quittai les lieux avec un certain soulagement. Cependant, quelque chose me préoccupait et je savais qu’à la longue, elle pouvait jouer en ma défaveur lors de prochain combat. Mais où es-tu Adragor ?
Adragor tardait à revenir. C'était pour lui la saison de la reproduction. J’espère que tout va bien pour lui. Adosser sur une colonne de pierre, j’ai dû patienter plusieurs heures, le retour d’Adragor, lorsque finalement j’entendis un battement d’ailes loin dans l’obscurité. Lorsqu’il se posa, je m’empressai de lui demander
« Enfin! Où donc étais-tu passé ? »
« C’est la saison de la reproduction chez les mornerocs »
« Trois jours de reproduction, tu gardes la forme, grand-père. Au moins y’en a un qui a eu du plaisir, dis-je avec sarcasme ».
« Au retour j’ai dû livrer un combat avec quelque individu de mon ancienne meute, j’imagine que ton odeur leur déplaise »
« Ce soir tu avais été présent, les choses ... ben, j'hésitai à dire ce que je pensais vraiment et me rétractai ... elles auraient terminé de la même façon. »
« N’oublie pas que tes émotions transparaissent dans tes yeux, alors quoi, ne m’épargne pas, je suis assez grand pour accepter tes remontrances »
« Oublie ça Adragor, je suis content que tu sois revenu. Allez, viens. allons voir Kosalky. »
Je savais que Melkior viendrait me chercher si la situation s’envenimait aux portes. Je laissai derrière moi des hommes brisés devant une rivière de sang et je traînais avec moi de nouveaux souvenirs que j’aimerais oublier.
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