XXXIX

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Le taxi arriva peu avant dix heures. Étant donné la réticence de Jakab Kátai à abandonner sa voiture dans les rues de Miskolc pour une durée indéterminée, se faire accompagner par une personne extérieure s’était imposé comme la meilleure solution. Et bien qu’une telle idée ne l’enthousiasmât guère, il ne trouva rien à redire sur le déroulement du trajet. Pas une fois le chauffeur ne s’introduisit dans leur sphère privée, ni ne les importuna avec un flot de paroles incongru. Au contraire, lorsque le conducteur les déposa devant la gare de Miskolc-Tiszai, il se surprit même à regretter les observations pertinentes que l’aimable Hongrois à moustache avait émises sur la route.

Après avoir récupéré leurs bagages, Cassandre et lui se dirigèrent vers le quai du train qui les mènerait à la capitale.

*

Le train était si confortable que Cassandre aurait pu y passer toute sa vie.

Dans le compartiment chauffé aux rideaux vieillots et aux tons chauds oscillant entre orange et jaune, elle avait l’impression d’être coupée du monde, simplement dans un wagon errant parmi des paysages féeriques, qui apaisaient son cœur.

*

Ils passèrent avec succès les contrôles successifs de l’aéroport Liszt Ferenc et descendirent à même le tarmac pour se rendre dans la sorte de hangar où avait lieu l’embarquement. Les Français présents n’eurent aucun mal à se faire remarquer avec des voix qui faisaient nettement tache sur le calme ambiant, et Jakab passa quelque temps à déplorer silencieusement leur bassesse tout en détaillant un petit siège pliant rouge bien solitaire fixé directement au béton. Cassandre n’était pas comme eux. Elle n’était comme personne.

Par chance, l’attente ne fut pas excessivement longue et on finit par leur laisser libre passage jusqu’à l’avion. Ce n’est qu’une fois bien assis sur le siège de l’Airbus A319 qu’il laissa échapper un soupir de soulagement en quittant le pays.

*

Il faisait déjà nuit lorsqu’ils atterrirent à l’aéroport portant le nom du grand général français. Ils patientaient depuis une dizaine de minutes lorsque le RER B se pointa enfin. Cassandre avait oublié ce qu’était l’heure de pointe et la réalité parisienne la frappa en pleine figure alors qu’ils passaient par les affres des transports en commun, s’arrêtant à Châtelet-les-Halles. Elle fut choquée par une saleté qu’elle n’avait peut-être jamais autant remarquée, une saleté malsaine, obscène et répugnante, désormais tragiquement passée dans le camp de la normalité. Les voies devenaient un dépotoir. Les gens se croyaient autorisés à jeter leurs détritus et vomir leurs ordures à la face des autres. Ils étaient tombés bien bas. Elle sentit la main de Jakab s’emparer de la sienne et leurs regards se croisèrent. Alors ils s’engouffrèrent dans la foule hideuse se déversant vers le quai.

Cassandre prit une courte inspiration en montant dans la rame, tout de même réconfortée à l’idée qu’il s’agissait de leur dernier voyage avant de retrouver l’air libre. Les visages étaient abrutis, tendus ou soucieux, les pieds souillaient les sièges, le bruit continu et désagréable du métro dans les tunnels insondables était ponctué par les braillements de marmots turbulents. Et pourtant, au milieu de ce désespérant tumulte, un vieil homme aux cheveux grisonnants dessinait des squelettes dans diverses positions sur un bloc de papier avec une application joyeuse et inouïe.

Un pincement inapproprié étreignit le cœur de Cassandre alors qu’ils atteignaient enfin sa rue. La lueur des lampadaires semblait plus pâle que de coutume. Elle se hâta de composer le code de la porte d’entrée et ils se retrouvèrent presque instantanément dans le modeste appartement. Elle posa les clés sur le meuble du vestibule ainsi que le sac et la valise qu’elle avait portés la majeure partie de la journée. Des mains vinrent soudainement retirer son bonnet puis lui enserrèrent la taille tandis que des mèches ternes et aplaties lui retombaient devant les yeux.

— Je suppose que ça fait du bien d’être au chaud, murmura Jakab à son oreille, brisant le silence qui s’était installé entre eux depuis leur traversée souterraine.

La capuche noire recouvrait toujours son crâne et plongeait la moitié de son visage dans l’ombre.

— J’ai l’impression d’être partie depuis une éternité, confessa-t-elle.

Elle crut le voir sourire.

Ils rangèrent leurs affaires sans plus tarder, retrouvant peu à peu les habitudes qu’ils avaient prises l’année précédente.

*

Même la plus pervertie et la plus corrompue des âmes peut entrevoir des soupçons d’harmonie[1]. De cela Jakab Kátai était persuadé. Il le voyait quand elle respirait, quand elle fermait les yeux et qu’il sentait son cœur. Alors il sentait le sien et se disait que leurs cœurs s’entendaient bien.

C’était lorsque les masques se brisaient qu’ils se laissaient porter par l’Abandon. C’était lorsque la tristesse de son visage était balayée par le calme le plus pur qu’il se sentait absolument heureux. Il ne voulait exister que pour voir ce relâchement parfait s’emparer de son corps ; le bien-être profond qu’il lisait dans ses prunelles était tout ce qu’il désirait. Savoir que la joie l’habitait, même la plus fugitive, même la plus éphémère, était tout ce qui importait. Il voulait faire renaître la beauté dans ses yeux, se donner à elle et la combler. Elle le méritait tant.

Il contempla longtemps l’ange aux yeux d’ambre, cette nuit-là, et resta à fixer le délicat pendentif perdu au creux de son cou jusqu’à ce que ses iris le brûlent.

- // -


[1] Dead Melodies – A Trial of Crows and Blood

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- ...

- ...

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- ...

- ...

- Et qu'est-ce que vous faites de vos journées ici?

- Rien.

- Rien? Alors c'est ça le paradis?

- Qui te dit que tu es au paradis ?

- Où tu veux qu'ils me mettent ? Tous mes péchés sont confessés, je chantais à la chorale paroissiale, je...

- ... Hum.

- Quoi?

- Tu apprendras à ne plus mentir.

- ?.

- Tu auras le temps d'apprendre.

- ...

- ...

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...

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- ...

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- ...

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- ...

- ...

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- ...

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- ...

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- ...

- ...

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- On ne peux que s'en souvenir.

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- Les souvenirs ne se créer pas. Ils existent déjà.

- ...

- ...

- J'aimerais tant leur parler une dernière fois.

- Alors il te faut parler l'âme ?

Tu sais parler l'âme?

- Non.

- Je t'apprendrai.

- On peux leur parler avec l'âme?

- Ils peuvent comprendre ce langage. Certains même arrivent à le parler. C'est pour ça que je t'ai posé la question.

- Tu crois que ma famille parle l'âme?

- J'en doute. Très peu de mortels y arrivent.

- ...

- ...

- Et comment on fait pour leur parler l'âme?

- Il faut qu'ils te le permette.

- Comment ?

- Il faut qu'ils rentrent en eux même, qu'ils capitulent devant l'émotion, qu'ils flottent dans les tréfonds, qu'ils oublient la matière.

- je ne comprends pas.

- As tu déjà aimé quelqu'un qui a fini par disparaître quand tu étais là bas?

- Oui.

- N'a tu jamais ressenti leur présence ?

- Mon père. Je lui parlais parfois.

- Il t'entendais.

- Il ne m'a jamais répondu.

- Il te parlais, dans les couchers de soleil qui rendaient tes yeux humides, dans le ciel rouge, dans le vent froid, dans les frissons, dans la musique et les voyages, dans le papillon que tu regardais voler, dans le chuchotement des ruisseaux, dans tes rêves parfois, quand tu regardais tes enfants dormir, il était là, quand tu marchais les poings sérrés contre le vent, quand tu te sentais seul, que tu appelais au secours, il était là, il te parlais.

- ...

- ...

- ...

- ...

- Pourrais-je le revoir un jour?

- Les souvenirs ne se créer pas.

- ...

- ...

- Il y a quoi après?

- Après ?

- Après nous.

- Il n'y a rien.

- Il n'y a rien...

On est emprisonnés.

- Vois tu des barreaux autour de toi?

- Non.

- Il y en aurait eu, si tu l'avais désiré. Fais voyager ton âme.

- ...

Je ne sais le faire.

Je n'ai jamais su...

- Pourtant je suis là moi, je te parle.

Comme on s'est déjà parlé.

- ...

-...

-...

Je te connais?

- Bien-sûr. J'étais là bas aussi, au delà des barreaux.

- ...

...

Je n'arrive pas à suivre.

- Il n'y a rien à suivre.

Il n'y a pas de chemins.

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- ...

- ...

-...

-...

- ...

...

...

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- ...

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- Alors il reste de l'espoir!

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- À ce qu'en disent les mortels.

- Aide moi à retrouver les miens !

- Je ne peux pas.

- Si, tu peux !

- Il n'y a que toi ici qui peux te venir en aide. Il n'y a que toi ici.

- Mais tu es là toi!

- Je fais partie de toi.

- Que dois je faire ?!

- La réponse est en toi.

- Alors la réponse c'est toi!

- ...

- Que dois je faire ?!

- ...

- Que dois je faire !

- ...

...

Tu dois faire un choix.

- Lequel !

- ...

- Parle bon sang!

- ..

...

Reste ici et tu ne connaîtra plus la douleur, choisis la mort et tu ne subira plus les atrocités du monde, choisis la mort et tu ne souffrira plus jamais de l'humanité, ne connaîtra ni haine, ni violence, ni pleurs, ni chagrins, choisis la mort et le repos de l'âme. Choisis le blanc, choisis la paix, et la lumière.

- Je veux revoir ma famille !

- Choisis de vivre et tu seras redevable envers ton créateur, choisis la souffrance des coeurs et il te prendra les yeux, choisis la vie contre ton âme, choisis le bruit contre le silence et il te plongera dans les ténèbres, tu ne verras jamais plus, ni l'horizon, ni ta famille.

- Je pourrais les sentir, embrasser ma femme, entendre mes enfants.

Je pourrais parler à mon père...

Ils sont mon âme. Seront mes yeux!

- Alors Choisis.

- ...

- Choisis!




























- LA VIE.
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Youg
Coucous les amis !

Voici mon petit texte qui répond au défi sur l'administration :)
Bien sûr ce dialogue est un peu romancé, mais j'ai voulu coller au maximum à ce qui s'est vraiment passé durant ces longues semaines.

N'hésitez pas à donner votre avis et bonne lecture :)
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Zoe Heller

C'est que j'explose les codes, mon cœur morose affiche trois milles bornes.
J'ai parcouru l'amour j'ai mis les voiles, ce jeu aussi acre qu'âpre me laisse instable .
C'est que les hommes pour moi c'est comme de l'air, ils me respires mais ne me saisissent guère, c'est la guerre dans mes pensées des qu'un veut me transpercer.
C'est qu'enfant j'ai grandi sans repères , sans père, et sans limites, la rue est la seule à contenir mon esprit car elle est la seule qui jamais me quitte.
C'est que l'oubli est mon sauveur, et la peur mon bourreau. Que je ne sais me faire dompter, sans couler les gens de mes fardeaux .
C'est que seule la lune détient mon mystère. Fille de l'ombre, mon secret n'appartient qu'au ciel.
C'est qu'ils me disent belle pour me soustraire et que je sais la beauté éphémère
C'est qu'au diable j'ai vendu mon âme quand on a vendu mon enfance pour quelques drames.   
C'est qu'à l'hôpital des espoirs meurent, que quelques grammes coulent dans mes veines mais qu'aucun cachet ne pourrai anesthésier ma peine.
C'est que c'était une princesse dans un monde où on les séquestres et que dans un autre ;maîtresse des orages et Rennes des pluies, elle faisait cracher une pluie de sang sur les neiges de son mari.
C'est que la folie me rattrapera, que la fumette est son fils et que je l'embrasse et l'embrase toutes les nuits à coups d'allumettes.
C'est que j'ai fait mon sursis mais paye encore les dettes du passé qui languit, j'en perds la tête, de souvenirs de fillette, sa main entre mes cuisses endolories .
C'est que jai la haine depuis petite, je suis pas les filières qu'on m'a prescrites. Parce que j'ai vu les failles de cette élite et l'humanité détruite dès lors que j'ai su lire.
Parce que je suis trop sensible, trop tangible, je vis sur un fil que seule moi ai construit alors je ne supporte plus qu'on le percute.
Parce que j'attends la chute, faute de trop écrire je crois manier la protagoniste de ma propre histoire, c'est vrai j'écris des monologue, je finis par croire que c'est peut être mon seul devoir.
Car je sais que la psychose n'est jamais loin, dort toujours dans un coin de mon sang. Malgré tout l'amour que je porte à mes origines , j'aurai laissé ça à cette famille pour naître sans,
C'est qu'à la fin du périple j'aurai juste voulu avoir le temps .

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