XII

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Il était près de vingt-deux heures lorsque le train de Jakab Kátai arriva à la gare de Budapest-Keleti. Il connaissait bien la capitale, pour y avoir fait ses études. Il réalisa toutefois qu’il n’y était pas venu depuis plus d’un an. Il croisa quelques tramways sur le chemin, mais Jakab avait horreur des espaces fermés. Il préférait faire la route à pied, dans la nuit bienveillante. Le vibreur de son téléphone l’interrompit une fois durant sa marche. Il y jeta un coup d’œil mais le replaça bien vite dans sa poche en voyant le nom de l’expéditeur. Va au diable, Bogdan.

Il n’y avait pas à se presser. Il serpenta à sa guise dans les sombres rues de Pest et finit par rejoindre le boulevard circulaire qui le mènerait jusqu’au fleuve. Malgré les heures affreuses qu’ils avaient vécues, les bâtiments se dressaient toujours après de folles décennies, fidèles au poste, imposant leur ombre redoutée. Jakab se demandait parfois quelle sorte de magie les empêchait de tomber en ruine ou de dégringoler sous la main du vent et le poids des années.

L’hôtel qu’il avait réservé était situé de l’autre côté du Danube, dans l’ancienne ville de Buda. Il s’arrêta un instant sur Margit híd et rabattit le masque qui lui couvrait le nez. Seul entre les deux rives, il observait le courant tumultueux de l’eau sous ses pieds, fasciné. Le Parlement se dressait droit devant lui, grandiose et majestueusement éclairé. Il admira les ponts qui enjambaient le large fleuve, ferma les yeux et apprécia le silence.

Nocturnal était en ligne lorsqu’il se connecta depuis sa chambre d’hôtel. Ils avaient choisi de migrer sur une autre plateforme de discussion. Il avait été surpris de la réticence de sa correspondante à accepter de lui donner son numéro de téléphone. Elle avait enfin accepté au bout de plusieurs jours et il se demanda ce qui avait créé cette peur.

L’avion décolla peu après quatorze heures. Jakab embrassa sa Hongrie natale du regard en contemplant la terre s’éloigner. Voler avec Psyclon Nine était une expérience exaltante qu’il savoura jusqu’au moment où l’équipage les avertit de l’atterrissage imminent.

L’appareil s’immobilisa enfin sur la piste de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. En touchant le sol français, Jakab se rendit compte qu’il ne savait pas combien de temps il resterait.

Jakab ne s’était rendu qu’une seule fois à Paris, des années auparavant. Il fut tout d’abord surpris de l’animation et du bruit continu qui régnait dans les transports de la capitale. Budapest était effroyablement calme, en comparaison.

Les sons qui flottaient partout autour de lui le déstabilisèrent en premier lieu. Au fond, il n’avait que rarement l’occasion de pratiquer le français. Après quelques difficultés pour s’orienter, Jakab sortit à la station Châtelet-les-Halles. Il consulta son téléphone et regarda à quelle heure Nocturnal s’était connectée pour la dernière fois. Seize heures trente. Ayant longuement étudié le chemin sur la carte au préalable, il en déduisit qu’elle devait avoir quitté son appartement.

Jakab Kátai ne savait pas ce qu’il devait ressentir. De l’impatience, sans aucun doute. De la curiosité, plus que tout. Et pourtant, un soupçon d’incertitude.

Ils avaient convenu de se retrouver sur une place non loin de là. Jakab raffermit sa prise autour de la bandoulière de son sac et se remit en marche.

*

Elle y arrivait. C’était comme si les lignes se dressaient physiquement devant elle, comme si elle les voyait se rapprocher infailliblement. Cassandre avait du mal à réaliser qu’ils se trouvaient dans la même ville. Le ciel perdait déjà de sa clarté et elle se prit à désirer qu’il s’assombrît. Bien que venir à pied eût été un choix logique, elle avait bizarrement opté pour les transports publics. Alors que le bus se rapprochait du centre-ville, son cœur se serra et elle éprouva une nette sensation de déjà-vu. Un déjà-vu lointain et illusoire, mais d’une déroutante similitude. Le regard rivé sur les façades des bâtiments, elle s’attendait à chaque instant à l’apercevoir. Les mots qu’il avait écrits n’avaient cessé de danser devant ses yeux.

Elle savait qu’elle n’aurait aucun mal à le reconnaître.

Le bus s’arrêta enfin dans un endroit plus calme et elle descendit à l’air libre.

Et elle le vit, un peu à l’écart. Il n’était même pas visible, mais il lui avait été impossible de le manquer. Ignorant la vive morsure du froid, elle sentit pour la première fois le sourire qu’elle avait refoulé depuis des mois. Elle s’avança, et vit son regard s’illuminer. Et elle vit ses yeux, et son sourire, son sourire qu’il connaissait si mal. Et elle le trouva magnifique. Magnifique, car elle était la seule à savoir ce qu’il dissimulait, et le mal qu’il effaçait, et la souffrance qu’il cachait. Ils ne dirent rien. Il n’y avait rien à dire. Et elle ne s’aperçut pas qu’elle tremblait, et elle ne sentit pas la brûlure des larmes. Alors qu’elle vacillait, elle sentit ses bras autour d’elle. Et elle ferma les yeux, et ne vit que du noir. Le noir qu’ils connaissaient si bien.

Elle eut la certitude d’y être arrivée. Elle avait tant attendu et espéré la fusion de leurs lignes. Il n’y avait que ça. Que ça.

Et il n’avait suffi que d’un mot pour les sauver.

*

Jakab vérifia sa position sur son téléphone et une fois qu’il fût sûr d’avoir atteint le lieu de rendez-vous fixé, enleva son casque. Il parcourut la place du regard, mais personne ne paraissait attendre, tout le monde demeurait en mouvement perpétuel et avançait dans une direction bien définie.

Enfin, il avisa une silhouette fluette progresser d’un pas hésitant dans la nuit tombante. Ses yeux étaient rivés sur le bitume mais elle eut l’air de scruter la place le temps d’une seconde. Jakab sentit un élan dans son cœur, une sensation telle qu’il n’en avait jamais connue. Il oublia le reste, les gens et le lieu, les yeux fixés devant lui, sur les seuls yeux qui le regardaient. Il vit dans ses iris qu’elle l’avait reconnu. Elle arriva à son niveau, il leva les yeux vers son visage timide et meurtri et fut secoué par ce qu’il y trouva. Un rayonnement de joie et de douleur à la fois, si manifeste qu’il en fut bouleversé. Son sourire s’effaça et il crut la voir vaciller. Il la prit d’instinct dans ses bras et elle referma les siens autour de lui, sa prise était si forte qu’elle lui faisait mal, teintée d’un désespoir qu’il n’avait jamais imaginé. Il sentait son visage sur son épaule, il ne la voyait plus mais plus rien n’importait. Ils ne durent rester ainsi que quelques secondes mais il semblait toucher l’éternité.

Elle se dégagea enfin et ses yeux étaient tournés vers le sol. Elle se mordait nerveusement la lèvre et il se rendit compte à quel point la vraie Nocturnal correspondait à l’aura qui avait entouré ses mots.

— Cassandre.

Jakab réalisa que c’était la première fois qu’il prononçait son prénom à haute voix. Il goûta un instant la saveur du son suspendu dans l’air alors qu’elle relevait la tête. Ses yeux d’ambre le fixèrent d’une façon pure et il admira leur couleur étonnante.

— Comment vas-tu ? lança-t-il.

Elle avait l’air confuse.

— Je suis heureuse que tu sois là, murmura-t-elle simplement.

Sa voix surprit ses oreilles. Il réalisa alors qu’il ne l’avait jamais entendue parler. Il la vit rajuster son bonnet noir et distingua les pointes de ses cheveux rouge foncé dans la capuche de sa parka.

— Où veux-tu aller ? lui demanda-t-il doucement.

Elle serra les bras autour d’elle et cacha ses mains dans son écharpe noire.

— Je n’habite pas très loin, répondit-elle en s’écartant brusquement de la foule.

Il la suivit en rasant les immeubles de la rue et observa sa démarche assez raide. Ses bottes à haute semelle ne faisaient pas de bruit sur les pavés. Elle paraissait frêle, vue de dos, dans son manteau trop large. Et elle semblait transie. Jakab jeta un œil sur les gens autour d’eux. Personne ne leur prêtait attention, ils fuyaient parmi un flot d’hommes uniformisés et aveugles.

Enfin, le passage se libéra devant eux, la foule incessante se fit moins dense et il put marcher au niveau de Cassandre. Assortis dans la noirceur de leur apparence, ils se détachaient singulièrement du reste des passants.

Jakab fut rapidement perdu alors qu’ils progressaient dans les rues parisiennes. Il jetait régulièrement de petits coups d’œil à sa correspondante. Pas une fois elle ne rompit le silence ; pas une fois il ne le brisa.

La situation avait l’air étrange, mais le silence ne lui pesait pas. Il était naturel et juste. Les êtres de l’Ombre n’avaient pas à parler. Il n’aurait su dire depuis combien de temps ils marchaient. Mais la nuit continuait à tomber sûrement sur la ville, à présent illuminée par les lampadaires. Les rues vers lesquelles elle l’emmenait étaient plus calmes.

Cassandre ralentit soudain le pas, quitta le trottoir pour se mettre à marcher sur la route. Elle offrit brièvement son regard au ciel, semblant contempler des spirales qu’elle seule décelait. Il n’avait pas l’impression qu’elle le voyait. Son allure était troublante, fragile ; on eût dit qu’elle marchait sur un fil, un fil instable. Qu’elle pouvait tomber à tout moment. Il se demanda ce qu’ils avaient fait pour briser un être si chétif.

Puis elle tourna son regard vers lui, détaillant son visage. Il ne pensait pas lui faire peur. Elle n’était pas les autres.

Des phares balayèrent faiblement la rue devant eux et Jakab la tira doucement par le bras. Leurs souffles faisaient de la fumée dans la nuit. Enfin, elle tourna à droite et s’arrêta quelques minutes plus tard devant un immeuble semblable à ceux qui le jouxtaient. La pénombre régnait derrière la plupart des fenêtres et plusieurs volets étaient fermés.

— C’est ici, indiqua Cassandre.

Jakab hocha la tête en l’observant sortir ses clés péniblement. Il étudia ses doigts fins qui composaient le code sur les petites touches bleues. Une fois dans le hall, Jakab fut vaguement surpris de la voir se diriger non pas vers l’escalier, mais vers une porte dissimulée dans le mur de gauche. Elle s’y engouffra et il descendit les marches à sa suite après avoir soigneusement refermé le battant derrière lui.

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-Cela ne sert à rien Will, elle restera muette. Bien content qu’on ait pu arriver jusqu’ici.
-C’est un piège, oui ! Elle nous a menés ici juste pour qu’on s’y crève à chercher en vain…
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-On a de la visite les gars… Il est armé le chilien… fit l’homme d’un certain âge qui le poussa vers le centre où il tomba à genoux à côté de la jeune femme.
-Alors, tu es qui toi ? demanda celui qui l’avait désarmé et qui le menaçait avec un revolver anglais de la seconde guerre mondiale.
-Eladio Escart, inspecteur de police. J’enquête sur la disparition de la Señorita Rosario. Mes hommes attendent à l’extérieur. Vous n’avez que dix minutes pour nous laisser partir.
-Tu bluffes face plate.
-Hey ! Les gars ! Venez voir ! J’ai trouvé quelque chose !
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-Mike, tu restes pour les surveiller… Les gars, on va récupérer les autres.
Alors que les hommes descendaient, Mike hésitait entre les observer et surveiller les otages. Des jurons parvenaient du trou, ponctuant la descente. Mike, le pectoral dans une main, un luger dans l’autre, se rapprochait du bord, curieux, s’éloignant d’Eladio et de Rosario.
-Les épines sont empoisonnées, dit-elle en espagnol, dans un souffle.
Mike se tourna vers elle, mais il ne comprit pas, son intérêt pour ses camarades ravivé quand l’un d’entre eux poussa un cri de joie : « Ils sont magnifiques ! On est riches ! ».
Eladio, silencieux, bondit vers Mike et le projeta d’un violent coup d’épaule dans le rosier. Le policier s’effondra au sol, le souffle court, les dents serrées, sa peau le brûlait sur toute sa surface et la douleur le dévorait alors que le poison envahissait son sang. Il percevait à peine les râles d’agonie des pillards. Rosario retourna Eladio sur le dos, posant une main rassurante sur la joue de son sauveur.
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Elle mâcha les pétales de rose qu’elle avait arraché quelques secondes avant de lui venir en aide. Rosario posa ses lèvres sur celle d’Eladio et l’embrassa lentement, les yeux fermés. Le policier sentit un liquide acidulé s’écouler dans sa bouche. Rosario releva la tête, les lèvres rouge sang, lui fermant la mâchoire pour le forcer à avaler.
-L’antidote est dans la fleur mais il ne peut être activé que par la salive d’une machi. C’est un peu dégoûtant non ? Il y a deux conséquences. La première, sera plutôt agréable pour toi, et pour moi. Je vais devoir t’embrasser encore quelques temps pour que tu guérisses complétement. La deuxième… tu vas dorénavant voir des choses que le commun des mortels ne peut pas voir, ne doit pas voir. J’espère que tu feras un bon usage de cette malédiction.
Rosario se mit d’autres pétales dans la bouche et se pencha pour l’embrasser, l’empêchant de répondre.
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