Prologue

Une minute de lecture

— Mademoiselle ! On va fermer.

La jeune fille était assise par terre dans un coin reculé de la librairie. Le quinquagénaire jeta un œil distrait sur la couverture du livre qu’elle tenait dans les mains. Les Contrées du rêve, H. P. Lovecraft. Une écharpe lui barrait le cou et ses cheveux rouge foncé disparaissaient sous un léger bonnet de maille rabattu jusqu’aux yeux. Elle avait l’air d’avoir froid, là, avec ses mitaines dans la pièce déjà chauffée. Elle leva sur lui des yeux hagards.

— D’accord.

Le libraire haussa les épaules. Il pouvait bien attendre cinq minutes. Il retourna à la caisse et rassembla ses affaires. Quelques instants plus tard, il entendit le livre se refermer et des pas feutrés s’approcher. Il prit son sac en sifflotant et raccompagna la fille jusqu’à l’entrée.

— Allez, bonne soirée !

Puis le libraire s’engouffra joyeusement dans la nuit.

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Elle flânait au milieu des fumées blanchâtres du minable établissement, une cigarette à la main - une Philip Morris qui plus est. Elle paraissait émettre une lueur angélique dans ce havre des âmes ténébreuses, si l'on omettait le brin de malice tapi au fond de ses yeux. Certes, une robe rappelant la neige immaculée était peut-être inadaptée pour ce genre de milieu, mais qu'importe ! Tous les regards convergent vers l'élégance, et elle voulait en être l'allégorie. Autour de ce halo feutré, nombre de poignées de main s'échangeaient rapidement et encore plus de billets voyageaient de poche en poche. Tout allait pour le mieux. Elle regarda dans un recoin à gauche, non loin d'elle ; certaines femmes abordaient les clients trop éméchés pour comprendre la nature de la prestation. Après tout, tant qu'elles lui payaient leur dû... Mais elles la dégoûtaient profondément, leur vue provoquant chez elle une profonde aversion frôlant une jalousie inexpliquée. Peut-être que le style qu'elle présentait, des plus maniérés, commençait à devenir lassant, et qu'une soif de liberté sauvage brûlait au fond de son ventre. Qui sait... C'est l'élégance que l'on regarde, mais c'est la passion déchaînée qu'on admire ! Mais cette profession, source de passion ? Elle évoquait pour elle les fantasmes bien masculins à l'égard du plus vieux métier du monde, rien de plus. "Eh ! Je divague. Ces filles n'ont rien pour elles, si ce n'est l'outil de leur gagne-pain."
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Adrien Zviaguine

        Le vent sifflait dans mes oreilles et au travers des fenêtres mal préparées à ce froid bien pire que la bise hivernale d'il y a quinze ans. Le froid... Voilà tout ce que l'on peut dire du monde tell qu'il est à présent. Enfin, de l'hémisphère Nord en tout cas. D'abord, il y a eu une immense lueur dans le ciel qui irradia notre monde comme les spet feux de l'enfer. Puis, vint la nuit. Sombre, cruel. Tout ce qui faisait tenir notre civilisation était mort en l'espace d'un instant. Toute notre technologie avait disparu à l'exception des quelques véhicules militaires qui étaient protégés par leurs blindages.


        En l'espace d'une dizaine de jours, un hiver long et rigoureux s'est abattu sur l'hémisphère nord, dans les premières semaines, les températures descendirent au-dessous des moins trente degrée Celsius. Ne me demandez pas en Fahrenheit, je l'ignore. Les vieux, et les trop jeunes moururent facilement. C'est comme ça que j'ai perdu ma fille et mon fils. Ils étaient trop faibles pour un monde devenus trop dur. Les autres ? La plupart ont fui vers le sud en quête de chaleur. Vers l'Afrique vraisemblablement. Quelle ironie que ceux qui refusaient aux autres d'entrer partent tous en forçant leurs portes.

        Moi ? Je suis resté. J'ai toujours vécu dans le froid et la souffrance, il ne me dérange pas. Et comme il n'y a plus personne, j'aurais autant de gibier que je veux. Qui je suis ? Cela n'a plus tant d'importance maintenant, mais si vous voulez savoir. Je m'appelais Ilya Ivanovitch. Je suis russe comme vous vous en doutez. J'étais boxeur en poids médium et aussi ancien soldat. Où je suis ? Je n'en sais rien. J'évite les villes, les animaux sauvages ont en pris possession et je n'aurais aucune chance à l'intérieur. Je n'y vais que dans de rares occasions, mais si vous me demandiez, je pense que je dois me trouver en Finlande près d'un de ses immenses lacs.

        Je survis comme je le peux, mais ma vie est plutôt saine. Cela va faire cinquante ans que je vis comme ça. Ah oui, pour une raison que j'ignore, il semblerait que l’espérance de vie des humains ait évolué de manière drastique. Je possède le corps d'une personne de trente ans avec un âge réel de quatre-vingt-quatre ans. Amusant, je n'aurais jamais pensé vivre si vieux. Ce n'est pas comme si j'étais immortelle ! Je vieillis également, mais plus lentement qu'avant.

        Enfin bon. De toute façon, il n'y aura personne pour lire ce journal donc autant continué. Je reprendrais demain, ce soir, j'ai faim et mes chiens de traîneau aussi.
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