Chapitre 09

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Au lieu de faire ta feignasse, tu pourrais te réveiller, pesta l’esprit.

Mélly fit mine de ne pas l’avoir entendu. Elle se sentait si bien dans ce lit douillet. Elle n’avait aucune envie de revenir à la réalité et d’affronter ce qui l’attendait.

Arrête de faire semblant, renchérit Itanys, de moins en moins patient.

La jeune fille soupira avant de s’exécuter. Elle ne put masquer une grimace en se rendant compte combien son corps la faisait souffrir. La douleur de la veille ne s’était pas envolée et elle en profita pour fusiller des yeux Itanys qui l’avait forcée à reprendre conscience.

— Ma souffrance te fait rire à ce que je vois, gémit-elle.

Elle écumait de rage, car le sommeil lui avait permis de ne pas sentir ses plaies et ce stupide esprit venait tout gâcher.

Pff… Merci pour le stupide esprit… Qui t’a sauvé les fesses ?

Itanys croisa les bras, excédé par son comportement. Mélly se détourna tout en se remémorant ses actions. Elle ne voulait pas admettre qu’il avait raison et mâchouilla sa joue intérieure.

— Tu t’es montré utile… marmonna-t-elle en plissant le front. Je tiens quand même à préciser que si tu n’avais pas été là, depuis le début, rien de tout ceci ne serait arrivé !

Il haussa les épaules sans la contredire.

Bon, c’est vrai, avoua-t-il. C’est aussi un peu ma faute.

Le regard de Mélly s’enflamma de colère, mais à défaut de pouvoir bouger, elle ne put rien faire d’autre que le fixer. Au moins, Itanys en tressaillit légèrement.

Après un silence lourd de reproches, elle remarqua enfin que sa chambre n’était pas banale : une légère odeur de bois flottait dans l’air. Les murs de racines aux couleurs rouge cendré produisaient un son apaisant, très agréable. Mélly eut l’impression que celles-ci respiraient. Une lumière dorée traversait la pièce avec grande douceur et venait caresser sa peau.

La jeune fille se laissa porter par ces nouvelles saveurs, sensuelles et inconnues.

Où sommes-nous ?

Itanys remua le bout de son nez puis fit mine de réfléchir.

À Irylla, la Terre de Feu !

— Irylla… répéta l’humaine mentalement, émerveillée tout comme effrayée.

Mélly ne réalisait pas encore ne plus se trouver sur Terre. Itanys s’assit à ses côtés. Il se montrait bien trop prévenant, ce qui la rendit soupçonneuse.

Il y a trois mondes connus : la planète bleue, où l’eau domine ; la planète verte où les végétaux dominent et la planète rouge, où le feu domine !

— Le feu ? paniqua Mélly en essayant d’avaler le nœud présent dans sa gorge.

Le feu n’est pas toujours celui qu’on pense…

L’esprit souhaitait la rassurer et lui faire comprendre qu’il y avait du bon et du mauvais en tout.

Sur chaque planète se trouvent des végétaux ainsi que de l’eau, mais leurs noms ont été définis en fonction de leur couleur prédominante. Nous sommes sur la planète rouge !

— Et c’est bien ?

Mélly était perdue. S’agissait-il d’une bonne ou d’une affreuse nouvelle ?

Pas vraiment… Les Urufus détestent les humains ! Je ne voulais pas atterrir sur celle-ci !

La jeune fille maugréa. C’était bien sa veine ! Ils avaient besoin de chance et n’en avaient aucune. Elle était réellement maudite.

Les Urufus ?

— Tu es une Terrienne, eux, des Urufus ! précisa l’esprit.

— Et toi…

Elle ne finit pas sa phrase, ne se souvenant plus du terme qu’il avait employé.

Un Illyfit ! compléta Itanys.

Et pourquoi détestent-ils les humains ?

L’esprit eut le regard songeur puis fronça les sourcils.

C’est une longue histoire… Pour faire court, personne ne vous aime ! Vous êtes considérés comme des êtres égoïstes et destructeurs. Bien sûr, nous ne sommes pas parfaits, mais vous êtes l’exemple à ne pas suivre, le point noir d’une société.

Il haussa les épaules.

Ce n’est pas toi en particulier, c’est toute la race que tu représentes !

Mélly fut dépitée par ses propos.

— Si ce que tu dis est vrai, que vont-ils faire de moi ?

Le regard lumineux, Itanys s’esclaffa.

C’est déjà bon signe, ils ne t’ont pas exécutée sur place… Mais je n’en sais pas plus que toi.

La jeune fille frémit et redouta de rencontrer cette civilisation. Il était certain que les humains avaient beaucoup de mauvais côtés, mais pas seulement, n’est-ce pas ? Son cœur s’accéléra, alors qu’elle s’imaginait les Urufus comme étant des êtres barbares, sans âme.

Tu sais, ce peuple ne vous déteste pas juste à cause de simples rumeurs. Ils ont fait bien plus… comme infiltrer votre monde, expliqua l’esprit. Ils sont si intelligents.

Il en rajoutait à dessein de la voir s’affoler.

— Il sera très difficile de leur mentir et de trouver une raison à ta présence… Tiens-le-toi pour dit : ne révèle jamais mon existence !

— Mais…

— Ils te tueront sans réfléchir !

— Pourquoi ? Ça n’a pas de sens, s’exaspéra Mélly.

Fais-moi confiance sur ce point : je connais leurs coutumes et c’est ainsi qu’ils fonctionnent… Ils ne laissent aucune chance aux gens maudits.

La jeune fille fut surprise de ses connaissances et déglutit tant bien que mal, ce qui la fit souffrir. Maintenant, elle redoutait vraiment de rencontrer ces êtres. Ces gens ne l’aimeraient ni n’essaieraient de la comprendre d’après Itanys. Bien qu’elle souhaite changer les choses, elle ne pouvait rien faire pour le moment.

On ne peut pas s’enfuir à nouveau ?

Itanys grimaça et fit non de la tête.

Tu es trop faible et il faudrait encore une fois fusionner… Je ne sais pas pourquoi, mais nous n’avons pas tenu longtemps. Juste de quoi lancer un sort et arriver ici en piteux état. Je crois que nous ne devons utiliser cette solution qu’en cas d’extrême urgence !

Mélly soupira face à ce qui l’attendait. Elle ne pouvait rien faire et cela ne l’enchantait guère. Elle jeta un coup d’œil à Itanys. Il s’était levé afin d’observer l’extérieur. Son regard se perdait dans le vague et elle se demanda à quoi il pensait. Ses cheveux tombaient doucement sur sa nuque, la couleur de ses prunelles ressortait sur son fin visage. Il était avenant et aurait ensorcelé n’importe quelle femme.

Il est beau… songea-t-elle en continuant à le détailler.

Elle poursuivit son inspection et descendit sur ses épaules et son buste. Il avait un corps mince et grand. Elle se dit que s’il n’avait pas été un esprit, elle aurait facilement succombé à son charme. Pourtant, elle ne pouvait pas se résoudre à lui faire entièrement confiance.

Il m’a sauvée… Je ne devrais pas me méfier ainsi de lui !

Seulement, elle avait l’impression qu’il jouait un rôle afin de la manipuler. Itanys se tourna vers elle en un mouvement élégant. Ses cheveux se dressèrent un instant sur sa tête comme soulevés par une force invisible. Il s’approcha avec l’expression même du mauvais garçon.

— Mélly, tu ne devrais pas autant réfléchir, susurra-t-il au creux de son cou.

La jeune fille fit de gros yeux. Sa séduction ne marchait pas, et plus il agissait de la sorte, moins il l’attirait.

Explique-moi plutôt comment ne pas me faire tuer, pensa-t-elle entre ses dents.

Itanys s’éloigna, légèrement irrité que sa douce voix n’ait pas eu l’effet escompté.

— Hum… Il n’y a aucune chance qu’ils t’apprécient. Ils n’aiment pas les humains, un point c’est tout !

Il avait l’air de croire que ce n’était pas la peine de s’attarder sur le sujet, mais elle en avait décidé autrement.

— Pourquoi ?

Quelle vaste question ! Par quoi commencer ? bougonna l’esprit qui réfléchit en levant les yeux vers le ciel. Vous n’avez pas de conscience, vous êtes autodestructeur et vous ne respectez pas la végétation… Hum, qu’y a-t-il encore ? Ah oui, j’ai failli oublier… Il afficha une mine ravie. Votre société vous emprisonne et vous laissez les gens mourir de faim et de maladie. Il s’arrêta tout en plissant le front. Vous aimez la guerre et avez créé les dieux. Vous êtes incapable de vivre sans argent ni lois !

Mélly arqua un sourcil, le regard interrogateur.

— Je ne vois pas de quelle manière vivre autrement, dit-elle, très sérieuse.

Voilà pourquoi vous êtes inférieurs !

La jeune fille voulut croiser les bras et ne récolta qu’une décharge de douleur à la place.

C’est faux !

La preuve que non, vu que deux autres planètes vivent différemment, décréta l’esprit, de plus en plus railleur.

Énervée qu’il ne lâche pas le morceau, puisqu’elle ne pouvait pas bouger, Mélly ferma les yeux.

Alors comment vivent-ils ? demanda-t-elle, à présent piquée à vif par la curiosité

— Autrement, tu le verras bien par toi-même ! Je ne vais pas tout t’expliquer, ça m’ennuie !

Les narines de la jeune fille frémirent. Il se fichait complètement de l’aider. En apprendre davantage lui aurait pourtant permis de ne pas être perdue, mais ses états d’âme l’indifféraient apparemment.

— Et toi, qu’en penses-tu ? répliqua-t-elle à voix haute, un peu agressive.

L’esprit ricana sans se soucier de l’horripiler davantage.

J’aime te voir enrager ! Je ne sais pas pourquoi… Mais ça m’amuse, pouffa-t-il.

Le ton de Mélly se fit cassant :

— Si c’est la seule chose que tu as à dire, alors laisse-moi me reposer !

Il eut une moue ennuyée, mais acquiesça en silence.

J’ai hâte de te retrouver en rêve ! rajouta-t-il en savourant son expression exaspérée.

Itanys retourna vers la fenêtre sans plus lui porter attention. Elle fut bien obligée d’évacuer sa rage avant de tomber de fatigue.

J’atterris à nouveau au centre de cette pièce sombre et lugubre. Mais cette fois-ci, il me sembla que j’étais seule. Itanys ne se trouvait nulle part alors qu’il s’agissait de son trône. Je grelottais en sentant un courant d’air froid m’entourer.

— Itanys ? m’écriai-je.

Ma voix se répercuta à l’intérieur de l’espace et résonna tout autour de moi. Elle se perdit au cœur de l’obscurité, plus intense que jamais. Où était donc passé son maudit trône de marbre blanc ?

Il ne me manquait pas particulièrement, mais en cet instant, un peu de familiarité ne m’aurait pas fait de mal. Le vent s’engouffra encore une fois dans la pièce. Il était similaire à un mauvais esprit, n’existant que pour me tourmenter.

Effrayée d’être seule à l’intérieur de ce monde sans lumière, je paniquai. La terreur me gagnait lentement. Je frissonnai quand la température chuta, que le vent gronda et que mes cheveux s’emmêlèrent. Je tombai sur le sol dur, emportée par les rafales meurtrières.

Immobilisée de toutes parts, des douleurs intenses m’envahirent. Elles parcoururent mon corps et se propagèrent à l’intérieur de moi comme la pire des maladies.

— À l’aide… hurlai-je de désespoir.

Mélly s’époumona. Elle transpirait et avait du mal à ouvrir ses lourdes paupières. Pourquoi souffrait-elle autant ? C’était pire que la veille, de plus, elle se sentait fiévreuse.

— Itanys… murmura-t-elle. Qu’est-ce qui se passe ?

Elle le chercha des yeux, mais ne le vit nulle part. La gorge nouée de peur, Mélly se redressa même si cela lui était douloureux. Avait-il trouvé un moyen de la laisser tranquille ? Cette idée la travailla. L’avait-il abandonnée aux mains d’étrangers capables de la tuer ?

Tout ça, c’est sa faute ! enragea-t-elle.

Depuis qu’il était entré dans sa vie, tout allait de travers. Elle inspira longuement afin de se calmer. On ne l’avait pas déplacée, elle se trouvait dans la même chambre que la veille. Cette fois-ci, elle remarqua vraiment que les murs s’animaient.

Mélly jeta un bref coup d’œil à son corps. De nombreux bandages le recouvraient. Elle ressemblait à une momie, ce qui la fit sourire bêtement. Elle tenta de plier ses doigts qui ne l’écoutèrent qu’après un moment. Ils étaient raides et avaient du mal à lui obéir. Sans perdre de temps, elle se força à se lever.

Son corps se crispa tout entier, mais elle fit tout son possible pour ignorer ses souffrances tant le désir de sortir l’assaillait. Elle était bien trop angoissée à l’idée de rester enfermée seule. Sans Itanys, elle se sentait démunie. Sa présence la rassurait bien plus qu’elle ne l’aurait voulu.

Mélly se contorsionna dès que son pied toucha le sol. Lentement, elle avança en direction de la porte. Ses maux l’entraînaient à la limite de l’évanouissement. Elle serrait les dents à chaque mouvement. Repliée sur elle-même, elle était consciente d’infliger à son corps d’immenses supplices. Ses pas ravivaient des plaies éparpillées un peu partout. Les bandages s’imbibèrent de son sang, mais elle continua, bien décidée à comprendre où elle était.

Alors qu’elle se trouvait sur le point d’atteindre la poignée, la porte s’ouvrit à la volée. Mélly fut si surprise qu’elle émit un petit hoquet. La lumière la recouvrit d’un coup et son geste de recul la déséquilibra, manquant de la faire tomber. Elle se rattrapa au dernier moment. Ses yeux se plissèrent devant la lueur éblouissante.

— Ce n’est pas possible, éructa une voix. Il ne faut pas bouger !

Elle fut confrontée à un homme au regard dur. Il prononça des mots incompréhensibles. Une force invisible s’empara du corps de la jeune fille et la remit dans son lit. De fines lianes survinrent afin de la garder en place. Elle se retrouva emprisonnée sans plus pouvoir remuer d’un pouce.

— Mais… mais… bredouilla-t-elle en essayant de se soustraire aux racines.

Comment une telle chose était possible ? Elle se rendit rapidement compte que s’agiter ne changeait rien. L’homme l’ignorait complètement et avait entrepris d’examiner ses blessures.

— Qui êtes-vous ? hurla-t-elle en proie à la panique.

L’être la dévisagea d’un air hautain. Dans sa manière de se comporter, il lui rappela un peu Itanys, qui avait cette même façon arrogante de la considérer.

— Vous êtes à Irryly, la capitale de la planète Irylla ! fit-il d’un ton si sarcastique et désagréable que Mélly ne put retenir un rictus de dégoût se former sur ses lèvres.

L’homme la fouilla du regard et sembla la voir comme un insecte qu’il pouvait écraser en un battement de cils.

— Ça ne me dit pas qui vous êtes, lâcha-t-elle tandis que sa nervosité lui comprimait l’estomac.

L’Urufus passa l’une de ses mains dans ses cheveux bruns très courts, faisant la sourde oreille. L’humaine fut intriguée par ses vêtements inhabituels. Elle n’en avait jamais vu de tels, il lui semblait que c’était un mélange de tissus, de végétaux et d’autres choses qu’elle n’identifiait pas. Il ne portait pas une blouse comme un médecin sur Terre l’aurait fait, délicatement habillé dans une sorte de chemises au col allongé qui le rendait plus grand.

L’homme gardait cette mine indifférente et ses prunelles chocolat accentuaient son air mauvais. Il dirigeait une certaine haine contre elle alors qu’il la connaissait à peine. Il donna à la jeune fille l’impression de n’être qu’un déchet. Son mépris l’effraya et un silence pesant s’installa entre eux. Après un moment, Mélly se risqua à desserrer les lèvres.

— Vous parlez français ? s’enquit-elle d’une petite voix.

Elle n’aimait pas cet homme, mais fit son possible pour rester courtoise. Peut-être que demander autre chose l’amènerait à la voir différemment. Elle avait compris que cet étranger ne deviendrait jamais son ami. Son rire moqueur le lui prouva d’ailleurs. Elle l’observa discrètement alors qu’il la ridiculisait sans retenue. Il n’était pas très élégant, son nez allongé le faisait ressembler à un pivert et ses pommettes creusées intensifiaient sa maigreur.

— Les langues n’ont pas d’importance ici, persifla-t-il ces mots comme si elle aurait dû être au courant. Tous les dialectes de l’univers sont inutiles en ce lieu !

Mélly fit ce qu’elle put afin de rester calme devant sa voix sardonique, mais elle se sentait sur le point de fondre en larmes.

— Sais-tu pourquoi tu es arrivée ici et non ailleurs ?

Bien que cette question lui soit adressée, il ne fit pas mine d’attendre sa réponse. Il allait de soi qu’elle ne savait rien. Alors il reprit en palpant son corps :

— Si tu avais désiré entrer chez les Illyfits, tu aurais pu atterrir n’importe où, tout comme sur ta planète Terre… Seulement Irylla est différente. Nous avons créé un champ magnétique. Ainsi, toute personne qui s’introduit sur notre planète arrive au même endroit ! On aime à savoir qui peut nous menacer. Un dispositif affaiblit les gens non autorisés pénétrant dans ce monde ou voulant en sortir. C’est en partie pour cela que tu souffres…

Satisfait, il se tut et se replongea dans son travail comme si elle n’allait plus lui poser d’autres questions. Mélly avait pourtant besoin d’en apprendre davantage. Elle se fichait de l’importuner, trop désireuse de comprendre ce qui lui arrivait.

— Est-ce que je vais guérir vite ?

La jeune fille le vit se crisper et elle ne put s’empêcher de sourire en coin, contente de l’ennuyer d’une quelconque manière. Il se montrait tellement désagréable.

— Dans sept jours, tu seras rétablie, lança-t-il avec une pointe de moquerie.

Mélly n’y fit pas attention. Une semaine, c’était long. Elle se demanda si on la laisserait se lever et se dégourdir un peu les jambes. Être confinée au même endroit serait étouffant et puis cela lui rappelait trop ce qu’elle venait de vivre avec Setvert.

L’homme soupira et se mit à marmonner dans sa barbe. Avait-elle encore fait quelque chose de travers ? Elle n’avait pourtant rien répliqué !

— Bon…

Il la considéra comme si elle était la cause de tout son malheur.

— Je t’ai administré des drogues puissantes contre la douleur. Il se peut que tu perdes certaines sensations…

Il se mit à rire comme si l’on venait de lui raconter une blague.

— C’est si paradoxal, je n’aime pas trop guérir pour rien, avoua-t-il finalement.

Mélly fronça les sourcils d’incompréhension.

— Pour rien ? répéta-t-elle tandis qu’un étrange malaise s’emparait d’elle.

— Il n’est pas dans mes habitudes de remettre sur pied ceux qui seront sacrifiés.

Les traits tendus, elle blêmit. Les mots restèrent bloqués au fond de sa gorge alors que son cœur s’emballait. La langue paralysée, elle eut un rire nerveux tandis que les larmes lui montaient aux yeux.

L’homme ignora ses réactions. La voir s’effondrer ne le touchait pas plus que cela.

— Nous exécutons les rares Terriens qui arrivent jusqu’à nous ! Cela fait très longtemps que nous n’avions pas eu de visites de votre part…

Il avait l’air surpris qu’elle ait réussi cet exploit.

— Il a été décrété qu’il serait plus amusant de te voir combattre dans l’arène au lieu de te laisser mourir de tes blessures… ajouta-t-il en un sourire mielleux qui se transforma en une moue dédaigneuse.

Pâle et silencieuse, Mélly eut toutes les peines du monde à rester maîtresse de ses émotions. Elle ne voulait pas lui montrer qu’il l’effrayait, mais déjà ses mains tremblaient. Elle ne parvenait plus à se contrôler alors qu’elle essayait de respirer. La jeune fille étouffait, il lui semblait que ses poumons s’étaient bloqués sous le choc de ces mots.

— Pourquoi ? demanda-t-elle, bouleversée.

Elle n’avait jamais imaginé qu’un peuple puisse encore avoir de telles techniques barbares. Le regard inquisiteur, l’homme fut incroyablement sidéré qu’elle en ignore les raisons.

— Eh bien, n’est-ce pas évident ? Tu es forcément une espionne !

Elle le considéra avec de gros yeux ronds. Ses propos la surprenaient tant qu’elle ne savait pas quoi dire.

— Mais non, articula-t-elle finalement d’une voix étouffée par la rage.

Le médecin eut un temps d’arrêt et s’efforça de voir si elle mentait en la dévisageant. Ses prunelles insistantes la rendirent perplexe et elle finit par se détourner, gênée. Il se redressa, se malaxa la nuque en soupirant puis observa ses médicaments qui ressemblaient à de la poudre. Il murmura quelques mots et Mélly écarquilla les yeux en voyant les fines particules scintillantes s’élever dans les airs. Elle serra les poings en proie à l’affolement.

— Qu’est-ce que c’est ? hoqueta-t-elle.

Elle se débattit, certaine que ça allait la blesser tandis que le médecin soufflait d’exaspération. Il était clairement à bout de patience.

— C’est contre la douleur !

Mélly n’eut pas le temps d’argumenter que la poudre s’engouffra à l’intérieur de son nez et de sa bouche à chacune de ses inspirations. Elle fut alors sûre que c’était ce qui avait dû faire disparaître Itanys. La jeune fille fut soulagée d’avoir trouvé une explication à son absence. Elle avait un peu honte de le penser, mais elle se sentait apaisée d’être à nouveau seule dans sa tête. Elle n’avait pas pris conscience que la présence de l’Illyfit pesait sur elle à ce point même s’il pouvait aussi avoir un côté pratique. Elle aurait préféré qu’il ne puisse pas s’insinuer en elle et tout connaître de ses pensées.

Quand le guérisseur s’éloigna, elle aurait voulu le rattraper, mais les racines la maintenaient fermement. Si la poussière était belle, Mélly savait pertinemment qu’elle n’en demeurait pas moins mauvaise et dangereuse.

— Je peux supporter la douleur, protesta-t-elle à l’encontre du médecin.

L’homme, qui était déjà sur le seuil, eut un sourire amer.

— Ce n’est pas à toi de décider, décréta-t-il en lui tournant le dos.

Remontée d’avoir été ignorée, Mélly se raidit tandis que la porte claquait et que les lianes la gardaient prisonnière.

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