Chapitre 05 - 03

7 minutes de lecture

Itanys était maintenant noir de colère, son air assassin la faisait frémir. Heureusement, il put lire en elle et se calma. La jeune fille s’exaspéra de son comportement si enfantin, il partait au quart de tour avant même d’essayer de la comprendre.

Ce n’est pas vrai ! s’insurgea l’esprit, vexé.

Mélly ne lui répondit pas ni ne lui jeta un coup d’œil. Elle devait berner ce médecin qu’elle avait du mal à apprécier. Il était trop proche d’elle. Avec ses mains moites, il lui avait saisi les doigts. Les rares fois où elle l’avait vu, elle ne se souvenait pas qu’il se soit montré si familier.

Beurk… songea-t-elle.

Cette simple perspective la dégoûtait.

— Que voyez-vous ?

Le docteur Setvert avait cet air qui disait combien le sujet l’intéressait et Mélly ne sut pas du tout quoi lui répondre. Elle devait la jouer fine pour qu’il croie à son histoire, mais n’avait aucune idée de ce qu’elle devait inventer. Elle ne voulait pas empirer les choses. Plus les secondes s’écoulaient et moins de scénarios lui venaient. Raconter la vérité ne semblait pas une option et pourtant, elle ne voyait pas où était le mal non plus. Peut-être qu’elle imaginait Itanys et que ces médicaments l’aideraient ! Toutefois, il y avait quelque chose dans les réactions de l’esprit qui lui faisait penser le contraire. À l’intérieur de ses rêves, il était consistant, elle n’avait jamais entendu parler d’un tel phénomène.

— J’ai vu un homme, murmura-t-elle.

— Vous ne le voyez plus ?

Le docteur Setvert leva un sourcil interrogatif et examina chaque recoin d’expression qu’elle pouvait montrer.

— Non…

Le médecin, piqué à vif, eut l’air songeur.

— Comment était-il ?

Il dardait sur elle un regard insistant.

Ne lui dis pas ou je te le ferai regretter ! gronda Itanys tel un démon à ses côtés.

— Gentil !

Elle se mordit la joue intérieure afin de ne pas fusiller des yeux l’esprit qui la déconcentrait. À cause de lui, elle avait du mal à réfléchir.

— Il ressemblait à mon grand-père… continua-t-elle en essayant de sourire.

Elle fut mortifiée de mentir ainsi et de se servir de la mort de son ancêtre, mais elle n’avait pas trouvé mieux.

— Vous avez eu une longue conversation que j’ai étudiée, soupira le docteur. Je n’avais pas l’impression qu’il vous avait quittée. À quoi ressemble sa voix ?

— C’est comme un murmure…

Mélly grinça des dents, elle sentait le vent tourner.

Il ne va jamais te croire ! renchérit Itanys en lâchant un ricanement bien bête.

Elle ne put s’empêcher de lui jeter un coup d’œil que le médecin ne rata pas. Ce stupide esprit ne faisait que la critiquer, mais pas une seule fois l’idée de lui venir en aide ne l’avait traversé.

— Et il n’est pas là ! ajouta le docteur Setvert avec un brin de sarcasme dans la voix.

Mélly devint écarlate comme quand sa mère la prenait sur le fait.

— Je…

— Dis-moi la vérité ! s’impatienta le docteur en laissant de côté le vouvoiement.

Il lui montra les cachets pour lui signifier que si elle ne parlait pas, elle serait forcée de les avaler.

— Il ne veut pas, lâcha-t-elle par désespoir.

Le médecin leva à nouveau son sourcil et l’examina afin de définir si elle mentait ou non. Itanys poussa un juron.

— Il te menace ?

Mélly serra les poings et approuva par un hochement de tête.

— Tu penses qu’il est capable de te blesser ? continua de l’interroger le docteur.

Elle fut parcourue de fins picotements. L’esprit, furieux, la dévisageait avec rage.

— Je ne le pense pas, il le peut ! affirma-t-elle, la voix chevrotante, sentant l’aura d’Itanys l’opprimer.

L’atmosphère s’alourdit et elle eut soudainement la gorge sèche. Une ombre se répandait autour d’elle pour la tourmenter. Itanys était sérieux.

— As-tu une preuve ? continuait inlassablement l’homme sans se douter du danger.

Mélly toucha son cou par réflexe, là où l’esprit avait failli l’étrangler, tandis qu’une sueur froide lui traversait le dos.

— Il n’y a pas de traces, constata le médecin en notant toutefois que ses prunelles s’assombrissaient et que son corps se raidissait davantage.

Le docteur Setvert avait suivi son geste et saisi ce qu’elle voulait dire. Il était très perspicace. Pourtant, Mélly n’arrivait pas à lui faire entièrement confiance. Il y avait quelque chose de dérangeant dans sa façon de se comporter. Ses yeux brillaient en permanence d’espièglerie.

Son cœur affolé devenait douloureux. Elle n’osait pas regarder Itanys, qu’elle savait sur le point d’exploser. Si jamais il s’emparait de son corps, on l’enfermerait pour toujours.

— Je ne me sens pas bien, avoua-t-elle en se tenant le ventre et en exagérant une grimace.

Peut-être que le médecin allait finir par la laisser tranquille, elle en avait assez. Ce dernier l’étudia puis parut considérer qu’elle avait rempli sa part du marché.

— Très bien, approuva-t-il. Je pose les cachets ici, si jamais tu veux essayer. On va venir t’apporter ton repas !

Mélly se détendit un peu, elle avait tellement faim.

— Hum… merci… docteur Setvert…

L’homme hocha la tête.

— Tu peux m’appeler Antoine… Je sais que nous ne nous sommes vus que deux ou trois fois, mais nous passerons maintenant un mois ensemble, si ce n’est plus. Nous aurons le temps d’apprendre à nous connaître.

Mélly ravala son sourire de connivence. Un mois dans cette pièce, était-il fou ?

— Un mois, mais c’est…

— Ce n’est pas à marchander, expliqua-t-il d’un ton qui n’acceptait aucune réplique.

Il lui ébouriffa les cheveux comme si cela pouvait atténuer le fait qu’elle était emprisonnée. Son geste l’enragea. Puis il s’éloigna vers la porte sans voir qu’elle avait bien du mal à contenir sa colère.

— On va t’apporter un plateau de nourriture, tu auras de quoi te rassasier, reprit-il sur le seuil.

Il se détourna et sortit enfin, la libérant de son odeur nauséabonde. La porte se ferma à clé automatiquement derrière lui. Pour l’ouvrir, il lui fallait un badge.

C’est pire qu’une prison, s’exaspéra-t-elle.

Méfie-toi de lui, siffla Itanys, dont l’humeur ne s’était pas améliorée.

Mélly approuva mentalement ses propos. Elle n’avait pas aimé que le docteur Setvert la tutoie. Après tout, elle ne l’appréciait pas ni ne le connaissait vraiment. Elle examina Itanys dont elle pouvait encore sentir l’aura noire se dégager. Elle redoutait de s’endormir ce soir. Elle ne voulait pas le voir en rêve, car elle savait qu’il se vengerait.

Elle allait bredouiller des excuses lorsque la porte s’ouvrit sur une femme. Celle-ci tenait un plateau-repas qu’elle ne put s’empêcher de fixer en salivant. Ses lèvres tremblèrent d’excitation, son estomac cria victoire, elle se sentait prête à dévorer un bœuf entier.

Dès que l’infirmière eut déposé le plateau-repas sur la table, elle n’attendit pas plus longtemps et se jeta sur les aliments pour tout engloutir dans de grosses bouchées. Rongée par la faim, elle ingurgitait comme aurait pu le faire un chien. Devant son engouement, la femme resta sans voix, estomaquée de la voir si affamée.

Itanys, lui, grimaçait de dégoût :

— Barbare !

Mélly ne l’écouta pas, trop accaparée à avaler. Jamais elle n’avait ressenti un tel besoin. Chaque aliment qui tombait dans son estomac lui redonnait force et vigueur. Quand elle eut terminé, elle essuya ses doigts sales sur une serviette et remarqua que l’infirmière n’avait pas bougé d’un pouce. Celle-ci la dévisageait dans l’incompréhension. La jeune fille s’empourpra de honte.

— Je suis contente de voir que vous avez de l’appétit, s’esclaffa la soignante, un sourire radieux sur le visage.

Elle n’avait pas l’air d’être habituée à voir ses patients manger.

— Je… je… je suis… balbutia Mélly en baissant les yeux.

La femme lui tendit un mouchoir pour qu’elle s’essuie le contour des lèvres. La jeune fille la remercia, son estomac lui faisait déjà moins mal. L’infirmière, les cheveux blonds attachés en queue-de-cheval, lui offrit un sourire réconfortant. Elle avait un corps mince ainsi que des poignets épais. Mélly lui rendit son regard avec timidité.

— Cela fait plusieurs jours que vous n’avez pas mangé… Il est normal d’en ressentir le besoin. Je vais vous chercher une autre compote !

Elle tourna les talons sans lui permettre de répondre. La jeune fille soupira, car sa faim ne s’était pas calmée pour autant. L’infirmière réapparut avec seulement un petit pot que Mélly dégusta jusqu’à la dernière miette. Puis la femme la laissa seule et elle se rallongea sur le lit, désespérée tant elle sentait l’ennui poindre. Au moins était-elle un peu repue.

— Il y aurait eu deux ou trois autres plateaux que cela ne m’aurait pas dérangée, avoua-t-elle en soufflant.

Hum… Tu étais d’une laideur sans nom à te goinfrer de la sorte !

Indifférente, Mélly haussa les épaules.

Et tu ne dois jamais me parler ni ne me regarder en présence de ces gens ! Tout à l’heure, tu en as bien trop révélé !

La jeune fille se renfrogna. Elle croisa les bras puis lui lança les yeux les plus mauvais qu’elle avait à sa disposition.

— Tu n’as qu’à m’aider au lieu de m’envoyer ta sale aura lugubre ! Ta petite colère m’a empêchée de me concentrer et je n’ai pas réussi à mentir.

Itanys marmonna dans sa barbe des mots incompréhensibles. Ses prunelles noires revinrent néanmoins à la normale et Mélly put se remettre à respirer.

Au moins, tu as pu éviter les médicaments… concéda-t-il en un long soupir.

Mélly prit cette réflexion pour un compliment.

Tu as vu comme il m’a percée à jour ? Il ne me laissera pas partir facilement, ronchonna-t-elle avec sérieux.

— Ne t’inquiète pas, nous nous échapperons !

Il se montrait sûr de lui et Mélly ne put masquer ses craintes.

— Et pour aller où ? Tu penses que je peux survivre sans argent ? Tu crois peut-être que la vie est aisée sur terre pour des gens en fuite ?

Itanys eut un air songeur. Sa réaction stressa la jeune fille qui se sentit immédiatement en danger.

— Qu’est-ce que tu me caches ? demanda-t-elle à voix haute.

Son ton rauque obligea l’Illyfit à relever la tête.

J’ai un mauvais pressentiment, c’est tout, avoua-t-il en gardant sa mine perplexe.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
11
14
0
0
Lou08
Voici un petit résumé de la légende de Tristan et Yseut, à la fin il y a un petit jeu. A votre avis qu'elle est la bonne fin ( pas le droit de tricher, bon je pourrais pas vous en empêcher!) n'hésitez pas a me faire part de vos réponse.
0
1
0
1
Akentil
Au mois de Mai, à Londres, entre 20h et 21h, deux amoureux vont se rencontrer. Mais l'histoire de leur rencontre n'est peut-être pas si anodine...
0
1
0
1

Vous aimez lire Mylène Ormerod ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0