Chapitre 05 - 01

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Itanys me fixait, assis sur son trône de marbre blanc qu’il affectionnait tout particulièrement. Je détournai le regard et reculai. Ici, il pouvait me blesser et me faire souffrir. Une part de moi le redoutait comme une autre souhaitait le comprendre. Reliée à son corps, j’avais besoin de savoir qui il était véritablement. Du coin de l’œil, je l’examinai une nouvelle fois. Il me souriait comme si nous nous connaissions.

— Tu ne peux plus te passer de moi ?

L’homme, à la beauté énigmatique, se releva avec finesse puis s’avança d’une démarche souple et délicate. Je ne pus m’empêcher de le trouver charismatique. Une certaine aura l’entourait à le rendre incroyablement séduisant. Il était dur de ne pas se sentir attirée, mais je savais que cette beauté était un leurre. Elle masquait une rage, une folie et une méchanceté de toute puissance.

— Ce n’est pas vraiment comme si j’avais le choix, marmonnai-je.

Il ne fut bientôt plus qu’à quelques pas de moi et mon cœur s’emballa tandis que je percevais son odeur fraîche, semblable à l’air glacial et saisissant, m’englober. Le souffle court, je le dévisageai. Avec tendresse, il s’empara d’une mèche de mes cheveux et ses lèvres me frôlèrent le cou. Je ne savais pas de quelle façon réagir et je m’écartai, incapable de le repousser franchement. Je ne parvenais pas à savoir si c’était de peur ou de curiosité.

Un sourire enjôleur apparut sur son visage que j’observai, je le savais, avec un peu trop d’insistance. Il semblait tellement vrai, ses traits fins et le scintillement de ses yeux coquins le rendaient vivant. Ses cheveux ébouriffés se déplaçaient avec une harmonie qui lui conférait un charme fou. Ses mouvements élégants, tout autant qu’effrayants, m’interpellaient au point presque de m’hypnotiser. J’avais le sentiment de le connaître depuis bien plus longtemps.

Il se lécha les lèvres et je plissai le nez.

— Ta méfiance te rend encore plus ravissante.

Je me mordis la joue afin de ne pas lui montrer mon embarras. Je triturai mes doigts en proie à une timidité soudaine.

— Tu essaies de me séduire ? fis-je, dubitative.

Je n’avais pas d’expérience dans ce domaine et ma sœur Irya m’avais souvent traitée de « coincée du cul ». Mais je n’y pouvais rien si aucun homme n’avait réussi à attirer mon attention.

— Cela te paraît si incroyable ? demanda Itanys avec une sincère curiosité.

Sa voix doucereuse paraissait calculée. Je ne pouvais m’empêcher de penser que chaque mot, chaque geste était mûrement réfléchi pour faire danser le cœur des gens, mon cœur. Il avait penché la tête afin de mieux m’observer. Ses anneaux verts inquisiteurs me gênaient, m’intriguaient, me perturbaient.

— Tu as essayé de me tuer, lui fis-je remarquer de la voix la plus dure dont j’étais capable.

Je frottai mon cou en me souvenant de la douleur qu’il m’avait infligée, mais les marques avaient disparu. Il ne restait plus rien de son agression comme si tout ceci n’avait été qu’un mauvais rêve. Itanys grimaça et retourna s’asseoir sur son trône. Il me considéra puis me répondit avec détachement :

— J’étais désorienté… Je ne savais pas ce que je faisais.

— Hum…

Il poussa un gros soupir avant de se justifier.

— Je peux te faire mal, c’est vrai…

Il hésita avant de poursuivre :

— Mais c’est aussi me faire du mal, à présent, je préfère instaurer une trêve.

Je me pinçai les lèvres, me demandant ce que cela cachait réellement.

— Tu vas me laisser tranquille ? interrogeai-je sans trop y croire, restant toujours sur la défensive.

Il haussa les épaules, pas moins amusé par mes réactions.

— Je me disais que nous pouvions essayer de nous entraider au lieu de nous haïr ! J’ai agi inconsidérément et je te demande pardon.

Il ne s’était pas débarrassé de son sourire en coin. Je l’observai de biais, peinant à croire ses paroles.

— Ce sont vraiment des excuses ? grommelai-je.

— Peut-être…

Les yeux espiègles d’Itanys continuaient de me rendre mal à l’aise.

— Je sais beaucoup de choses de toi…

Il croisa mon regard et je me mis à trembler. J’avais peur de la folie qui se cachait derrière son air mutin. Soudain, il fut sur moi, tel un vautour qui se jette sur sa proie. Je lâchai un cri de surprise devant sa rapidité que je n’attendais pas.

— Ne t’inquiète pas ! me susurra-t-il à l’oreille. À présent, je te protégerai !

Mon cœur s’était emballé de terreur et ne s’apaisa que lorsqu’il reprit sa place sur son trône. Je préférais le voir loin de moi. Je déglutis difficilement, incapable de me calmer.

— Tu es vite effrayée, remarqua-t-il. Cela va sûrement empirer. Avec tout ce que vient de subir ton corps, tu seras sensible aux médicaments et aux paroles des gens. Tout te paraîtra deux fois plus intense !

Son air enfiévré plein de sous-entendus me fit rougir de la tête aux pieds. Intérieurement, je me trouvai maudite pour que le seul homme qui s’intéresse à moi soit un esprit peu recommandable. Je soupirai puis hoquetai de surprise en percevant une piqûre sur mon bras.

Désorientée, Mélly ouvrit les yeux. Elle mit de longues secondes avant de se souvenir qu’elle était enfermée. Tout d’abord, elle vit le plafond puis elle rencontra le visage sombre du médecin. Un peu étonnée, elle prit le temps de détailler cette autre personne qui ruinait sa vie.

Le docteur Setvert avait la quarantaine et portait une blouse blanche comme toujours. Son maintien fier l’irrita ainsi que l’odeur de son après-rasage. Les prunelles de la jeune fille errèrent de ses courts cheveux noirs à ses épais sourcils. Elle trouvait qu’il ressemblait à un hibou à la façon dont il plissait les yeux en permanence. Itanys gloussa de la comparaison et Mélly esquissa un léger sourire.

— Vous avez l’air d’être en meilleure forme, constata le médecin qui se rapprocha pour l’examiner.

Mélly ne put dissimuler entièrement une grimace de dégoût en sentant venir à elle un parfum nauséabond. D’un bref coup d’œil, elle dévisagea le docteur Setvert. Elle se demandait si son but était d’étouffer ses patients avec son après-rasage. Si c’était le cas, elle trouvait cela efficace, car elle avait déjà envie de le fuir.

La jeune fille tenta alors de se redresser pour découvrir les entraves qui la maintenaient étroitement au lit. Elle tira sur les liens sans grand résultat. Heureusement, son médecin s’empressa d’appeler deux infirmières.

— Vous avez été très agitée, se justifia-t-il alors qu’elle l’interrogeait du regard.

Je n’aime pas ça, commenta Itanys à son tour.

Il rôdait autour de l’homme en blouse blanche avec méfiance tout en ruminant devant la taille des sangles. Mélly, elle, se demandait si de telles précautions s’avéraient réellement nécessaires.

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