Chapitre 04 - 02

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Amanda regardait les images filmées en direct de sa chambre avec effarement. Son enfant avait complètement perdu pied. Mélly parlait seule depuis un moment et semblait réellement voir quelqu’un. Dans la mesure où il était impossible de savoir si elle deviendrait violente, on l’avait enfermée.

— Mélly n’est pas mauvaise, se justifia-t-elle en se tournant vers le psychiatre assis à son bureau.

L’homme croisait les mains et les observait avec gravité. Amanda se frotta les yeux, devenus rouges à force d’avoir pleuré. L’état de sa fille empirait. Jamais les choses n’avaient été si loin. Elle dévisagea son mari, tout aussi bouleversé qu’elle. Les traits durs de son visage rendaient le silence pesant.

— On ne va pas la laisser là, n’est-ce pas ? sanglota Irya.

Amanda serra sa deuxième fille dans ses bras.

— Je sais que c’est difficile à accepter, intervint le docteur Setvert. Cependant, c’est pour son bien. Que ferez-vous si elle a une crise violente que vous ne pouvez pas contrôler ? Ici, il y a le personnel nécessaire… Et nous nous assurons qu’elle prend bien ses médicaments.

— Je veux la voir, supplia Irya.

Elle pleurait à chaudes larmes. Amanda avait, elle aussi, du mal à garder son calme. Elle ne savait plus ce qu’elle devait faire pour aider sa fille. La femme ne pensait pas que l’enfermer dans une chambre était la solution, mais si elle faisait « une crise » comme le disait le psychiatre, elle pourrait devenir dangereuse.

— Combien cela va-t-il coûter ? fit William, mauvais au possible.

Amanda connaissait bien son mari. Il trouverait un argument infaillible afin de ne pas la laisser là. Pour une fois, elle espérait que ce serait trop cher.

— À ce stade, c’est pris en charge. Elle représente un danger potentiel pour la société et pour elle, je vous conseille fortement de m’écouter. Si elle prend les traitements comme il le faut et qu’elle réagit favorablement, elle pourra sortir.

William se crispa tout entier.

— C’est ma fille, elle ne peut pas rester ici !

Monsieur Setvert se redressa de tout son haut pour le surplomber. Il n’était pas impressionné par le mètre quatre-vingts de William ni par ses yeux assassins. Amanda eut peur que les deux hommes charismatiques en viennent aux mains.

— Que ferez-vous quand la voix lui murmurera de tuer quelqu’un ? éructa le psychiatre. Ou de se tuer ? Serez-vous capables de la raisonner ? Vous savez aussi bien que moi que cela pourrait arriver… Je vous avais prévenus. Il fallait qu’elle prenne ses médicaments, qu’elle suive la thérapie ! Maintenant, voilà où nous en sommes !

Irya sanglota de plus belle et William se rassit, non sans afficher sa hargne. Il écumait de rage et serrait les poings tant et si fort que sa peau d’Anglais avait rougi. Il semblait indestructible dans cet état malgré ses cheveux gris et sa légère surcharge pondérale. Habitué à donner des ordres comme pouvait l’être un homme d’affaires, il n’était pas prêt à lâcher le morceau, même si au fond, il savait que se fâcher n’améliorait pas la situation.

— Je trouve ça radicale ! tonna-t-il.

— Certes, concéda le docteur, mais nécessaire à son rétablissement.

Amanda se racla la gorge.

— Va-t-elle rester là longtemps ? lança-t-elle d’une voix un peu nerveuse.

Elle désirait calmer son mari, dont le tempérament impulsif l’effrayait.

— Ça dépendra d’elle.

— Je veux la voir, balbutia à nouveau Irya entre deux sanglots.

Ses yeux noisette se noyaient sous un déluge de larmes. Amanda s’inquiéta de son état si paniqué. Elle voyait bien qu’elle commençait à respirer difficilement et espérait qu’elle ne ferait pas une crise d’angoisse maintenant.

Amanda savait ses filles très proches. Elles partageaient tout ensemble et l’on prenait souvent Irya pour l’aînée. Les deux jeunes femmes différaient pourtant tellement l’une de l’autre. L’une était mince avec de fins cheveux courts et l’autre était un peu plus enrobée avec des cheveux épais et ondulés. Elles n’avaient pas les mêmes yeux, mais se ressemblaient toutefois dans la forme de leur visage.

Cette séparation peinait Amanda, cela dit Mélly devait être surveillée. Il fallait empêcher les choses d’empirer. Monsieur Setvert avait raison : pour le moment, il valait mieux éviter tout contact.

— Revenez dans un mois… Elle doit reprendre pied et comprendre que ce qu’elle voit n’existe pas !

Brusquement, la porte s’ouvrit. Tout le monde sursauta, même le médecin. Une infirmière paniquée déboula.

— On a un problème, la chambre 906, expliqua-t-elle précipitamment.

La femme avait de grands yeux écarquillés. Elle tentait d’apaiser les tremblements nerveux de ses mains. Monsieur Setvert se leva ainsi que William, qui avait reconnu le numéro attribué à sa fille. Amanda les suivit avec Irya, dont les larmes ne tarissaient pas. Bien que le psychiatre ne soit pas trop d’accord, il les laissa les accompagner. Sûrement voulait-il leur montrer combien l’état de leur fille était grave.

Ils s’arrêtèrent devant la porte de sa chambre tandis que l’équipe médicale s’affairait autour de la patiente. Amanda resta sans voix en voyant Mélly étendue par terre. Elle convulsait sur le sol au point de les tétaniser tous les trois.

— Une crise d’épilepsie ? interrogea Irya, les yeux ronds comme des soucoupes.

Elle restait paralysée, impressionnée par ce qu’elle voyait. Monsieur Setvert les éloigna après avoir vérifié que son confrère avait tout en main.

— C’est la fatigue et l’angoisse… Est-ce que vous me comprenez ? Elle a besoin de repos, de solitude et de reprendre une alimentation saine, mais ça n’enlève pas le problème majeur de sa schizophrénie. C’est un état grave avancé. Vous auriez dû venir plus tôt ! Avez-vous vu l’état de son corps ?

Amanda se mordit la lèvre inférieure, retenant mal ses larmes. Ces derniers temps, elle avait pourtant cru que les rêves de Mélly se calmaient, et à présent, on parlait d’une maladie effrayante.

— Mais j’ai vu sur Internet que la présence de la famille aide ! bredouilla Irya en fixant le couloir où sa sœur était enfermée.

— Il faut d’abord qu’elle s’apaise, expliqua gentiment monsieur Setvert.

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