Chapitre 4 - 01

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Encore une fois, j’errais, perdue au centre de mes rêves. Les sensations, toujours aussi intenses, me terrifiaient. Mes yeux ne voyaient rien, pourtant, je savais ne pas être seule. Un monstre rôdait, m’observait. J’ignorais comment, mais je le devinais autour de moi. Il se fondait dans la nuit tel un prédateur et j’étais sa proie.

Je sentis l’air se déplacer, l’obscurité entière semblait bouger. Bientôt, je pus distinguer la plus affreuse des créatures. Ses dents blanches, grandes et tranchantes, affûtées pour tuer, rayonnaient dans cette opacité. Elles avaient la force de me détruire, je le savais au plus profond de mon être.

Le monstre gronda. Sa taille démesurée me fit trembler. Le cœur affolé, je tentai de lui échapper, mais il m’était impossible d’esquisser un geste, paralysée par une peur primitive. Devant moi se trouvait le plus redoutable des fauves, la représentation même des ténèbres.

Bien que cette créature soit un animal, elle pouvait sourire. Son gloussement sinistre me fit froid dans le dos. De la bave s’écoulait de ses crocs. Elle salivait, me désirait. J’étais incapable de la fuir.

Je remarquai que son corps se composait de nuit. Elle était ce que je sentais autour de moi. Impalpable, j’arrivais néanmoins à distinguer sa tête. Elle avait un long museau opaque et le regard d’un chien fou.

La chair de poule m’envahit tandis que je restais prisonnière de l’obscurité. Ses yeux jaunes luisants me terrifiaient. Elle s’approcha. Gronda. Le son assourdissant me clouait sur place. J’avais la sensation que mes pieds et mon corps s’engluaient au sol.

Je pris conscience alors d’être entièrement à sa merci.

Ses pas sauvages déplacèrent la nuit. Quand elle ne fut plus qu’à quelques centimètres de moi, je perçus son souffle chaud et putride me parcourir la peau. Immobile, mon cœur s’accéléra alors que j’essayais par tous les moyens de bouger.

Le monstre ouvrit soudainement la gueule et planta ses crocs au plus profond de ma chair. Ils s’enfoncèrent, me déchiquetèrent le ventre avec un plaisir évident, plus terrifiant encore que la mort.

Je hurlai en silence, car aucun son ne pouvait s’échapper de ma gorge. Je la voyais me dévorer dans un bain de sang affolant. Elle se délectait de mes intestins. Je ne ressentais pourtant rien, comme si ce corps ne m’appartenait plus. Je l’entendais se repaître accompagné de petits bruits insupportables de succion.

Muette de stupeur, je subissais, vouée à la regarder me manger. Mes jambes devenaient aussi lourdes que des blocs de pierre et mon cœur, le plus endiablé des tambours. Au fin fond de cette nuit infinie, mes larmes vinrent sillonner mes joues. Elles ressemblaient à des perles de cristal et scintillaient parmi l’épaisse obscurité. Je savais que le monstre me dévorerait jusqu’à me faire disparaître.

Dans un dernier effort, je parvins enfin à déplacer ma jambe ! Un immense soulagement s’empara alors de tout mon être.

Mélly se réveilla en sursaut, soulevant son pied violemment. En transe, elle toucha son ventre. Jamais les rêves ne s’étaient montrés aussi affreux que récemment. Elle avait du mal à s’en remettre. Le souffle court, elle ne se calma qu’après un long moment puis remarqua qu’Itanys l’observait.

— Toujours là, toi, ronchonna-t-elle.

Il croisa les bras et lui lança un regard aigu.

Où veux-tu que j’aille ?

— Je n’en sais rien, autre part !

Je t’ai déjà dit que je ne pouvais pas.

La jeune fille soupira puis se redressa. Elle en avait assez de cette chambre et d’être seule. Enfin, façon de voir. Mélly remarqua dans un mouvement de bras qu’on lui avait retiré ses perfusions. Elle pesta, car elle avait dormi comme une masse sans se rendre compte que les gens s’activaient autour d’elle. Son sommeil était toujours très lourd.

Itanys ricana.

Je n’ai jamais vu quelqu’un crier autant ! commenta-t-il d’un air détaché, mais son air trahissait son inquiétude.

— Si ça te réjouit.

Mélly préféra l’ignorer, désireuse d’oublier l’impression affreuse de se faire dévorer. Elle touchait son ventre comme pour se rassurer de sa présence. Il n’y avait pas de sang et elle ne ressentait pas de douleur, mais elle nota combien ses côtes lui étaient douloureuses et combien ses os saillaient sous sa peau. En un souffle, elle jeta un coup d’œil à la porte et rejeta les couvertures. Il était temps de recevoir des explications. Elle ne comprenait rien de ce qui lui arrivait.

Ce n’est pas la peine, lâcha Itanys avec sérieux. C’est fermé à clé !

Mélly ne voulait pas y accorder crédit. Depuis quand séquestrait-on les patients ? Sans l’écouter, d’une démarche hésitante, elle se dirigea vers la porte. Elle grogna quand il lui fut en effet impossible de l’ouvrir.

Je te l’avais dit, la sermonna-t-il. Ne te fatigue pas.

— Ce type de réflexions m’est vraiment très utile, pesta-t-elle de méchante humeur.

Mélly fulminait. Pourquoi l’avait-on enfermée sans même lui offrir le moindre détail ? Ses parents n’étaient pas du genre à l’abandonner de cette façon. Même si elle leur avait causé du souci, jamais ils n’avaient été aussi loin.

Veux-tu que je t’explique ? s’enquit Itanys, un sourire caustique sur les lèvres.

L’esprit se plaqua contre le mur, les mains dissimulées dans son dos. Ses anneaux verts scintillaient de malice. Mélly sut qu’il n’allait pas mâcher ses mots. Tout en retournant s’asseoir sur le lit, elle demanda, les yeux inquisiteurs :

— Eh bien, explique-moi !

Itanys ne se fit pas prier et répondit du tac au tac.

— Ils te voient folle. C’est une chambre d’isolement pour les patients dérangés.

Mélly ne voulait pas le croire. Ses larmes s’écoulèrent pourtant d’elles-mêmes. Elle se sentait blessée et trahie par les personnes qu’elle aimait le plus.

— C’est faux !

La jeune fille observa les draps. Ses longs cheveux emmêlés lui tombèrent devant les yeux. Ce qu’il racontait ne pouvait pas être vrai. Elle était majeure, personne n’avait le droit de l’enfermer contre son gré.

Si je mentais, tu aurais pu ouvrir cette porte !

Mélly secoua la tête, dans le déni. C’était inconcevable que sa famille l’ait abandonnée. Itanys ne pouvait pas dire la vérité. Elle serra les mâchoires. L’esprit se rapprocha d’elle afin de se mettre à son niveau. Il lui était impossible de la toucher, mais leurs regards se croisèrent et se verrouillèrent l’un à l’autre.

Peu importe ce que ta famille t’a fait… expliqua-t-il avec une tendresse inattendue. Nous devons trouver un moyen de partir. Ici, nous ne sommes pas en sécurité.

La jeune fille ne lui répondit pas, séchant ses larmes du revers de la main. Elle ne voyait pas où fuir. Il était marrant, mais elle n’était pas riche et n’avait aucune envie d’errer dans les rues.

Te rappelles-tu l’ombre ? continua-t-il d’un air trop sérieux.

Itanys essayait de lui faire penser aux choses qu’il considérait comme primordiales. Pour lui, ce n’était pas si grave d’être enfermé, pire semblait les attendre. Mélly baissa de nouveau le regard et serra les lèvres. Elle mit un certain temps avant de réagir.

— Bien sûr que je m’en souviens, siffla-t-elle en une moue contrariée. Mais tout ceci n’était qu’un rêve. Peut-être qu’ils ont raison et que j’invente tout ça…

Je peux t’assurer que cette chose ne va pas en rester là… insista Itanys. Mon état m’a fait oublier presque tout, néanmoins, je pense que se cacher de cette créature est ce qu’il y a de mieux à faire pour le moment. Je suis même certain que c’est à cause d’elle que je suis resté enfermé toutes ces années…

Mélly ne savait plus quoi penser, tout cela semblait fou, ce n’était tout simplement pas possible. Elle avait forcément perdu la tête.

— Tu crois qu’elle sait où je me trouve ? finit-elle par demander d’une voix tendue.

Itanys acquiesça, l’air préoccupé.

— Mais elle ne peut pas m’atteindre, le soleil l’en empêche, riposta la jeune fille en se souvenant de sa réaction.

Elle se rappelait très bien son hurlement de douleur quand la lumière l’avait approchée.

Tu oublies une chose importante…

Les traits de l’Illyfit se durcirent.

— Il ne fait pas constamment jour !

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