Chapitre 03 -02

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Mélly baissa les yeux, sentant le poids de la folie peser sur ses épaules.

Désolé de te décevoir, mais j’existe bel et bien… Comme je te l’ai dit, tu vas devoir faire avec.

La créature se rapprocha de la fenêtre pour observer à l’extérieur, l’air songeur.

­— Tu n’as pas de consistance, insista la jeune fille sans parvenir à le lâcher du regard.

Agacé par ses doutes, l’esprit se détourna du paysage pour venir à ses côtés d’un mouvement rapide. Entouré d’une aura noire, il fulminait de rage.

Veux-tu que je prouve mon existence en m’emparant de ton corps ? s’enquit-il sournoisement.

Mélly serra les draps dans ses doigts et les remonta à sa nuque, une pâle protection contre lui. Elle savait à son expression qu’il mettrait ses menaces à exécution, seulement, elle n’était pas sûre qu’il dise la vérité. Elle fut tentée de le pousser à bout pour voir jusqu’où il était capable d’aller ; mais se défila et préféra le croire sur parole.

— C’est mieux ainsi, assura-t-il, satisfait.

Tu entends vraiment tout ? De mes pensées à mes envies ?

Sachant qu’elle n’avait pas parlé à voix haute, elle n’était pas certaine qu’il ait réellement pu la comprendre. Elle voulait être sûre de ce qu’il racontait et ne pas se faire avoir par de vils mensonges.

Ne m’oblige pas à me répéter ! Tu me fatigues.

Elle mit sa main devant sa bouche, inapte à prononcer un son. Elle rougit brutalement en se remémorant la façon dont elle l’avait observé la première fois qu’elle l’avait rencontré. Mélly ne pouvait pas contrôler ses réflexions. Elle songea à toutes ces choses qu’elle devait ignorer en sa présence et ne put retenir un flot d’images choquantes s’imposer à son esprit pour venir la déstabiliser tandis qu’il levait un sourcil d’étonnement.

L’homme ricana nerveusement :

Je ne savais pas que tes pensées étaient aussi malsaines.

Mélly tapa rageusement sur le matelas.

— Ce n’est pas possible, s’insurgea-t-elle, tandis que le stress lui serrait l’estomac.

Maintenant en colère, elle fusilla l’être des yeux.

Pourquoi moi, je n’entends pas ce que tu penses ? poursuivit-elle en contractant les muscles de son dos.

Elle avait du mal à garder son sang-froid et se crispait à mesure qu’elle comprenait que rien de tout ceci n’était à son avantage. Il pourrait tout connaître de ses pensées intimes, mais elle, rien du tout. Il resterait une énigme et elle haïssait se sentir à ce point inférieure. Les mâchoires serrées, il répondit à sa question d’une voix de velours bien trop exaspérante :

Je n’en sais rien…

L’esprit s’éleva dans les airs et se mit à graviter autour d’elle pour l’énerver davantage, affichant ce sourire qu’elle ne tolérait déjà plus. Mélly lui jeta un regard furieux, serra les poings pour se retenir, mais avait bien des difficultés à garder son calme.

— Je sais que tu mens, lâcha-t-elle d’une voix dangereusement douce qui dissimulait à peine toute sa rage contenue.

Hum… serais-tu moins idiote que tu n’en as l’air ?

Il dit cela d’un ton taquin comme si elle n’était pas déjà sur le point de le tuer. Mélly croisa les bras et tourna la tête à l’opposé afin de ne plus avoir son visage devant les yeux. Elle se demandait bien comment elle ferait pour le supporter tous les jours, et le pire, c’est qu’elle ne pouvait rien faire contre lui.

Bien sûr que tu ne peux rien faire, tu es humaine !

Je le hais ! songea Mélly, consternée.

Sa présence la tourmentait bien plus qu’elle ne l’aurait voulu. Pour le moment, elle avait juste l’impression d’être devenue schizophrène et que sa vie s’en retrouverait ruinée à tout jamais. La jeune fille jeta un autre coup d’œil à cet être enquiquinant, et là, elle ne put s’empêcher de croire en son existence. Comment aurait-elle pu inventer quelqu’un d’aussi pénible ? Elle ne comprenait néanmoins pas pourquoi cela lui arrivait à elle.

Qui était-il ? Que cherchait-il ? Il devait bien y avoir une raison à tout ceci, non ? Et cette ombre, que voulait-elle ?

Tandis qu’elle ruminait, son regard s’arrêta sur le visage de cet horripilant nouveau compagnon de vie. Elle expira un bon coup avant de se décider à faire un pas dans sa direction.

— Moi, c’est Mélly… Mélly Redwood, dit-elle de but en blanc d’une moue ennuyée.

Elle ne le lâcha pas des yeux et sut tout de suite à la lueur espiègle de son regard qu’il n’allait pas se montrer coopératif.

Tu crois réellement que je vais révéler mon nom à une idiote pareille ? répondit-il d’une voix sardonique.

La jeune fille prit sur elle de ne pas envenimer la situation. Elle inspira lentement, en battant des cils.

— Peut-être préfères-tu que je t’en donne un moi-même ? Contre-attaqua-t-elle froidement.

Ce fut à son tour de rire sous cape.

— Que penses-tu de « petite chose » ou de « l’esprit tout riquiqui » ?

Mélly sourit à pleines dents, car l’air assassin de son hôte lui apprit vite qu’elle venait de toucher un point sensible. Son amour-propre en avait assurément pris un coup. Il serra les mâchoires, plissa les yeux, puis délia sa langue à contrecœur :

Itanys…

Les épaules de l’être s’affaissèrent. Il déposait les armes pour le moment.

Oh, je n’ai pas compris, lança-t-elle innocemment. Qu’as-tu dit ?

Itanys, c’est Itanys ! répéta-t-il avec irritation.

— Je me disais bien que mes noms ne te plairaient pas.

Elle l’observa en manifestant une joie puérile. Enfin, Mélly respirait. Le mettre en colère lui procurait un certain plaisir. Cela consistait en une petite vengeance face à ce qu’il lui avait fait subir. L’être se rapprocha pour la menacer sur-le-champ :

N’en parle à personne ou je me réjouirai de te faire souffrir.

Il avait grondé les derniers mots si bien que la jeune fille blêmit, incapable de contrôler ses réactions.

— Tu crois vraiment que je suis assez stupide pour en parler ? On me mettrait dans un asile de fous… si ce n’est pas déjà fait, marmonna-t-elle en un soupir ennuyé.

Itanys haussa les épaules et s’éloigna d’un air entendu.

Ton intelligence laisse à désirer… Je suis obligé de préciser !

Mélly fit de son mieux pour ignorer sa remarque et leva les yeux au ciel. Elle poursuivit l’interrogatoire, bien décidée à en apprendre un maximum.

— Alors, tu es quoi ? Dans le manoir, tu possédais des ailes, lui rappela-t-elle en rentrant dans le vif du sujet. Tu es un genre de créature paranormale qui découle du papillon ?

Il tiqua sur la comparaison animale. Son visage se tordit de fureur et elle en rajouta en s’étirant machinalement sur le matelas. Elle le dévisagea, l’air de rien, tout en jubilant intérieurement de la mine qu’il tirait. Mélly remarquait qu’au final, l’énerver n’était pas si difficile.

— Tout comme toi, riposta-t-il d’un ton vindicatif.

— Pardon ?

Elle se redressa un peu surprise.

— Toi aussi tu es facile à énerver !

Un sourire mutin se dessina sur ses lèvres. Itanys était heureux de lui rappeler qu’il pouvait entendre chaque pensée, jusqu’à ses moindres secrets. Bien que cela l’agaça, la jeune fille ne le montra pas. Elle haussa les épaules sans lâcher le morceau.

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