Chapitre 03 - 01

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Bien que ses paupières soient lourdes, un son strident la ramenait sans cesse à la réalité. Mélly mit un temps fou avant de reconnaître l’alarme des pompiers. Après quelques secondes d’efforts, elle parvint à ouvrir les yeux. Tout lui parut d’abord flou. Des voix étrangères résonnaient à l’intérieur de sa tête, créant ainsi un brouhaha insupportable. Ses pupilles finirent par s’habituer lentement à la lumière.

On l’avait étendue sur un brancard. L’ambulance la ballottait dans tous les sens et son corps avait été attaché par des sangles, mais elle pouvait bouger les bras et le haut du buste. Elle ne s’attarda pas longtemps sur les deux pompiers en uniforme qui la surveillaient avec attention.

Tout ce qu’elle distinguait vraiment, c’était l’homme de ses pires cauchemars. Il la poursuivait en affichant ce regard sournois qu’elle commençait à redouter plus que tout. La jeune fille, pourtant, n’arrivait pas à croire en sa présence. Pour elle, il n’était que rêve, chimère inventée par son esprit, alors pourquoi se trouvait-il là, au milieu de ce brouhaha de voix et de sirènes, dans cette ambulance qui filait sur la route et qui tanguait de toutes parts ? Quelque chose clochait, elle le savait, mais ne voyait pas où exactement.

Son air affreusement agressif ne différait pas du rêve, il avait d’ailleurs la même apparence : de ses vêtements à ses cheveux, rien n’avait changé. Il gardait ses habits étranges à la matière souple et en même temps robuste. S’agissait-il de bois ? Elle était incapable d’en être sûre, mais elle devinait que ceux-ci agissaient comme une armure.

Le plus étrange venait des pompiers qui ne réclamaient pas de lui qu’il s’assoie. De quelle manière cet être arrivait-il même à rester debout alors que le véhicule pouvait freiner n’importe quand ? Tous les objets devaient être attachés pour ne pas tomber.

— Comment fait-il ? ne put-elle s’empêcher de demander à voix haute.

Elle essaya de se relever malgré les sangles. Il l’avait presque tuée, l’avait brutalisée… Il ne devait pas rester à ses côtés. Dans sa panique, elle avait retiré son masque à oxygène. Qu’elle parvienne à se lever un tant soit peu, et si brusquement, surprit les deux pompiers qui la recouchèrent tout en l’attachant avec plus de soin.

— De qui parlez-vous ? l’interrogea l’un des sauveteurs.

Au centre de cette cacophonie, la jeune fille eut du mal à l’entendre.

— Lui, souffla-t-elle, effrayée.

Mélly se débattit encore un peu. Ne voyaient-ils pas cet homme qui se tenait juste à ses côtés ? On lui remit le masque et avant de se rendormir, elle eut le temps de saisir :

— Tout va bien, il n’y a personne. Calmez-vous !

Quand elle s’éveilla de nouveau, Mélly se sentait légèrement mieux. Sa tête lui semblait moins lourde. Elle se redressa du lit d’hôpital en se demandant ce qui lui arrivait. Avait-elle rêvé ?

Elle grimaça en remarquant la perfusion plantée dans son bras. La chemise blanche qu’elle portait l’inquiéta. Mais ce qui la surprit le plus était la faim qu’elle ressentait au creux de son estomac. Elle se toucha les côtes sans comprendre ce qui se passait et fut prise d’effroi en sentant les arêtes dures de ses os. Comment avait-elle pu perdre autant de poids en à peine quelques heures ? De plus, pourquoi personne n’était resté à son chevet ?

Sa mère l’avait-elle abandonnée ?

Elle jeta un coup d’œil à ce qui l’entourait, examina rapidement la fenêtre qui donnait sur un autre bâtiment. Ses épaules s’affaissèrent. Sa mère s’était-elle résolue à l’interner ? Son regard se dirigea ensuite sur la porte qui semblait ne pouvoir s’ouvrir qu’électroniquement.

Elle ne put s’empêcher d’angoisser. Était-elle finalement gravement malade ? Si ses rêves, depuis qu’elle était enfant, l’avaient hantée ; à présent, elle ne parvenait plus à faire la différence avec la réalité.

C’est sûr que mon état a empiré, songea-t-elle nerveusement.

Elle savait que sa mère devait être la plus agitée. Son hospitalisation la rendait sûrement folle d’inquiétude. C’était peut-être aussi sa faute. La jeune fille ne prenait pas les médicaments qu’on lui prescrivait, sans doute avait-elle eu tort et aurait dû suivre les recommandations du médecin.

Maintenant, je vais rester avec les fous…

Mélly se détourna vers d’autres pensées alors qu’elle pliait doucement les doigts. Elle ne ressentait presque plus aucune douleur, ce qui n’était pas pour la rassurer. Venait-elle de tout inventer ? Elle se sentait perdue.

Ça paraissait tellement vrai, songea-t-elle.

— C’est parce que ça l’est !

Mélly se figea. Son cœur s’emballa. Elle se tourna brusquement, tétanisée par le son de sa voix. Accoudé au lit, les prunelles de l’être pétillaient de malice. Elle lâcha un cri de stupeur et s’enfonça dans les draps.

— Tu me parles dans ma tête ! explosa-t-elle en s’agitant vigoureusement.

Elle ne l’avait pas vu. Il était apparu, tout simplement. À bout de patience, l’homme roula des yeux.

— Je suis folle, renchérit-elle.

Elle se frotta les tempes et cligna plusieurs fois des paupières. Elle espérait être en mesure de le faire disparaître de cette façon, mais cela n’eut aucun effet. Était-elle en train de l’imaginer ? Pourquoi aurait-elle créé un être comme lui, aussi horripilant ?

Pfff… souffla-t-il. Peut-être que tu es folle après tout !

Il se mit à rire et Mélly se vexa. Elle déglutit péniblement. Ses menaces lui revenaient en mémoire et elle toucha son cou par réflexe. Il était si proche de son corps qu’elle tendit le bras. Ses doigts ne saisirent que le vide et sa peur redoubla. Elle était en effet aliénée. Que lui arrivait-il ? Les larmes aux yeux, elle secoua la tête.

— Pourquoi il ne disparaît pas, si je l’imagine ? le questionna-t-elle, la voix étouffée.

L’être poussa un soupir exaspéré.

— Moi aussi, j’aimerais bien pouvoir partir.

Mélly l’observa à la dérobée. Il lui paraissait moins agressif que dans le rêve et résigné à son sort. Mais elle ne parvenait pas à se retirer de la tête ses gestes, sa folie meurtrière. Elle en tremblait imperceptiblement rien que d’y repenser.

— Tu ne peux pas t’en aller ? s’inquiéta-t-elle.

Il s’éloigna alors, mais pas très loin, comme s’il ne pouvait pas faire plus de quelques pas. L’homme s’était raidi devant son interrogation et la foudroya du regard, redevenant l’être froid qu’elle avait rencontré.

Je suis piégé à l’intérieur de ton corps, avoua-t-il à regret.

Incapable de réellement y croire, une foule de questions se bousculèrent dans sa tête alors qu’il prononçait ces mots avec un sérieux tout à fait effrayant.

N’y pense même pas, rouspéta-t-il. Je ne répondrai à aucune de tes questions !

Mélly ouvrit la bouche en grand. Un pli d’incrédulité se creusa entre ses sourcils.

— Tu peux lire en moi, remarqua-t-elle, outrée.

Elle n’en revenait pas.

Évidemment. Et d’ailleurs, ce n’est pas très captivant, confia-t-il d’un air horripilant.

— C’est ça… J’ai une tumeur ou une maladie grave, geignit-elle, désemparée par sa propre condition.

Son existence ne s’expliquait qu’ainsi. Ses parents et sa sœur n’étaient pas là, car elle avait définitivement sombré dans la folie. Ils devaient avoir peur d’elle et l’avaient abandonnée aux mains des médecins friands de tester leurs hypothèses.

Que tu es fatigante ! grogna l’esprit en se détournant vers la fenêtre. Tu n’es pas folle ni malade, je peux te l’assurer.

— Mais comment expliques-tu ta présence ? hoqueta-t-elle. Ce ne peut pas être réel ! Voilà que je parle seule maintenant…

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