Chapitre 02 - 03

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Pourtant, encore une fois, il revint vers moi, retirant pas à pas chaque couleur que j’avais apportée. Il semblait capable de tout anéantir. Je n’avais aucune possibilité de lui échapper. Je le craignais au point que mes jambes se mettent à trembler. Je reculai dans l’espoir de m’éloigner, mais fus soudainement bloquée par la présence d’un mur qui n’avait jamais été là. À son air satisfait, je sus qu’il était celui qui l’avait fait apparaître, un peu comme moi avec mon arbre. Violemment, ses mains se retrouvèrent autour de mon cou, puis il serra jusqu’à m’étouffer, ne me laissant pas le temps de répliquer.

— Si tu ne veux pas mourir, alors c’est moi qui te ferai disparaître !

Fou, il me colla contre la paroi froide. Je sentis bientôt l’air de mes poumons se vider. Ma gorge me brûler. Je suffoquai, tentai de le repousser avec mes bras trop faibles, mais il se montrait impitoyable, y mettait toute sa rage, si bien que je ne pus qu’observer son regard.

Les larmes aux yeux, je l’implorai en silence. Il me voyait comme sa proie et je sus qu’il ne me lâcherait pas. Il serra, serra, à m’en briser la voix, puis d’un coup, ses doigts se décrispèrent. Il s’éloigna vivement tout en frottant la peau rouge de son cou, le regard effaré.

Je m’écroulai sur le sol, en apnée, puis aspirai tout l’air possible. J’avais cru mourir. Mon cœur allait exploser et l’ensemble de mon corps tremblait. J’observai l’homme. Encore une fois, la tristesse qu’il afficha me toucha plus que je ne l’aurais souhaité.

Je ne comprenais pas mes réactions. Il venait pourtant d’essayer de me tuer, comment pouvais-je ainsi le prendre en pitié pour un seul regard ? Ce fou respirait par saccades, tout comme moi. Il serra les poings et tapa contre le mur. Le choc résonna au point de me faire tressaillir. Terrorisée, les mots m’avaient fuie. Pourquoi me haïssait-il autant ? Mon sang m’ébouillantait et, tant bien que mal, je me redressai, ne supportant pas l’idée de lui être inférieure.

— Je ne suis qu’un esprit, expliqua-t-il d’un ton qui se fit cassant. Je n’ai pas de corps !

Il avait l’air désespéré et à sa façon d’agir, je compris qu’il me rendait responsable de son malheur.

— Une humaine…

Il soupira.

— Pourquoi es-tu si vulnérable ? Pourquoi ? répéta-t-il comme s’il avait pu trouver la réponse en la hurlant.

L’esprit revint vers moi. Je reculai instinctivement, mais pas assez rapidement, car il en profita pour me saisir brutalement les cheveux. Il observa mon visage en gardant cet air enragé.

— Tu vas devoir partager ton corps, fit-il avec dégoût.

Ses yeux verts, réduits à deux fentes, agissaient comme de véritables lames.

— Il est mien, poursuivit-il en me caressant le cou de sa main libre et en descendant jusqu’à ma clavicule.

Ses lèvres fines et délicates se collèrent presque à mon oreille puis il murmura son venin :

— Tu es belle et plaisante et tu sais à présent de quoi je suis capable... N’est-ce pas ?

Je hochai docilement la tête pendant qu’il tirait toujours sur mes cheveux. Il se délectait de ma peur, ou peut-être jouait-il la comédie. Je n’étais pas prête à le tester de toute manière. Il continuait de me fixer de ses yeux noirs, cruels. Je crus me trouver devant un être sans âme.

— Je te comprends, j’entends tes pensées… Chaque envie et désir, je les ressens aussi ! déclara-t-il d’une voix langoureuse.

Son souffle me chatouillait la nuque et ses mèches folles me frôlaient la joue. Je sentais son corps se presser contre le mien et mon cœur s’affola.

Il caressa mon menton du bout des doigts puis vint s’attarder sur mes lèvres pour les écraser avec le pouce. Je tentai de me soustraire à sa poigne, seulement, de son autre main, il tira plus fort sur mes cheveux, m’arrachant un petit cri de douleur. Lui aussi devait souffrir de son geste, mais ne montrait rien. Nous étions reliés, je venais de le comprendre. Lui et moi ne faisions en quelque sorte qu’un.

— Ne me touche pas, murmurai-je d’une voix blanche.

Mes yeux se brouillèrent et mes larmes jaillirent. Je ne parvenais plus à rester forte.

— Tu es à moi. Et tu m’obéiras ! rugit-il comme un fou.

Je secouai la tête et il leva un sourcil de surprise. Je me mis à sangloter de plus belle lorsqu’il raffermit sa prise.

— Lâche-moi, parvins-je à murmurer.

Je le repoussai maladroitement, mais au moins, j’avais réussi à m’éloigner de cette ordure. Il fulminait de plus belle en voyant mes larmes redoubler. Je tentai par tous les moyens de reprendre le pas sur mes émotions sans y parvenir.

— Je te conseille de ne pas me chercher ou tu verras de quoi je suis capable, me menaça-t-il en gardant cet air dur implacable.

Je ne pus m’empêcher de tressaillir, car je comprenais qu’il pouvait m’infliger pire. Cet homme n’avait peur de rien. Je me voyais incapable de lui désobéir, mais refusai de le laisser gagner si facilement. J’optai donc pour le silence en lui renvoyant le plus venimeux des regards que je possédais, tout en serrant les poings à m’en blesser la peau.

Je savais sa force supérieure à la mienne et je me voyais mal l’affronter alors que j’ignorais tout de ce qui se passait. Je n’étais pas une combattante née, au contraire, j’évitais toujours les confrontations. J’étais peut-être lâche, au fond, mais personne non plus ne m’avait appris à me battre, alors pour survivre, je savais déjà que je lui obéirais.

— C’est bien, approuva-t-il en un rire moqueur qui me hérissa tout entière. Commence donc par stopper ces larmes. Je t’interdis de couiner !

Sa voix me paralysa et je l’écoutai, terrifiée. Un large sourire illumina son visage. Il pensait avoir gagné et je le détestai encore plus. Il se dirigea à nouveau vers son trône pour s’y asseoir puis me détailla comme s’il détenait le plus grand des pouvoirs, comme s’il s’apprêtait à prononcer un verdict.

— Je ne suis pas celle responsable de ton malheur, protestai-je d’une voix trop basse.

Il soupira d’un air agacé.

— Vais-je vraiment devoir tout t’expliquer ? Après deux cents ans d’attente, tu es la seule qui as pu me libérer ! Tu es entrée au cœur du sortilège puis tu es ressortie. Ce château n’attire que les êtres aux capacités uniques et n’est pas visible au commun des mortels. Il se déplace de monde en monde afin de capturer l’être unique !

— Moi ? demandai-je, surprise.

— Bien sûr que non, tu es humaine, siffla-t-il entre ses dents. Il semble que je vais devoir faire avec… Une erreur a dû se produire.

— Qui recherchais-tu ? Osai-je demander alors que mon cœur ne cessait de partir au galop.

Il se détourna de moi pour cacher son visage derrière ses cheveux. Je crus le voir sourire.

— Je ne sais plus !

J’étais persuadée qu’il mentait. Je voulais tant en savoir davantage. Mais je craignais de déclencher sa colère. Et cette peur-là était plus omniprésente que le reste.

— N’oublie jamais que je peux te blesser, insista-t-il en me dévisageant.

— Mes souffrances sont aussi les tiennes, rappelai-je en relevant les yeux pour l’affronter. Si tu crois que je vais t’obéir, tu te trompes.

Il émit un rire strident qui me fit perdre le peu de courage acquis. Je l’avais pourtant vu s’asphyxier lorsqu’il avait tenté de m’étouffer. Sa gorge restait d’ailleurs aussi écarlate que la mienne. Je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait entre nous, mais je décidai de ne pas m’attarder et de prononcer les faits comme ils venaient. Et puis, de toute manière, il ne s’agissait que d’un rêve !

— Tu penses réellement que j’ai peur de la douleur ? me demanda-t-il soudain en se redressant et en s’approchant à nouveau tandis que je reculais. Je n’ai rien, alors que toi, tu as encore tout ! Une famille, des amis, une vie…

Je me rendis compte qu’il avait raison. J’eus alors toutes les peines du monde à lui cacher mes craintes.

— Si tu ne veux pas que je prenne possession de ton corps… déclara-t-il en venant coller son visage à un centimètre du mien tout en me soulevant le menton avec l’un de ses doigts. Je me demande bien ce que je pourrais faire avec...

D’un jeu d’acteur plutôt médiocre, il fit mine de réfléchir :

— Peut-être ferai-je souffrir les personnes qui te sont chères. Je suis certain que tu veux éviter cela... et il te suffira de m’obéir.

Je repoussai sa main, exaspérée par son ton dédaigneux. J’étais incapable de savoir comment je réagirais si jamais il agissait de la sorte. D’ailleurs, en était-il réellement capable ?

— J’entends tes pensées, ricana-t-il. Tu te demandes pourquoi tu es frêle. La réponse est pourtant évidente : tu es humaine !

Il me sourit le plus naturellement du monde comme si je pouvais encore être charmée par sa beauté.

— Tu as raison, hurlai-je, soudain bien trop en colère. Que feras-tu avec le corps d’une pauvre femme sans défense ? Sois certain que prendre ma place ne sera pas si facile. Je ne te laisserai jamais faire !

Je le défiai, consciente qu’il était capable du pire. Mais je n’obtins aucune réponse. Il se détourna sans un mot.

Brusquement, le vent s’éleva et mes cheveux s’emmêlèrent. Il me regarda, l’air surpris. La nuit m’aspira ailleurs et bientôt, je sentis quelque chose de dur se frotter à mon visage.

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