Chapitre 02 - 02

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Je m’étais attendue à revoir mon arbre et mon île de nuages comme chaque jour depuis ma naissance, mais je n’aurais pas dû ainsi espérer retrouver mon sanctuaire. Pour la première fois, je ne faisais plus le même rêve. Quelque chose avait changé. Était-ce à cause de ce château lugubre et de cet homme cruel ?

J’en frémissais encore de peur.

Cet être, au physique incroyable, désirait ma mort. Il avait même souri à cette idée. Je constatai néanmoins qu’en ce lieu, aucune douleur ne me parcourait.

J’observai autour de moi avec crainte. Une brume obscure m’englobait. Je fis quelques pas dans cet espace froid pour trouver un trône de marbre blanc. Sa clarté se détachait de l’épaisse nuit et « il » se tenait assis sur son siège royal, ses magnifiques cheveux aux reflets gris dissimulant son visage. Il ne m’avait pas encore aperçue et ce n’est que lorsqu’il releva sa tête que je pus entrevoir l’intensité de son regard. Noir comme le plus ténébreux des orages, il me dévisagea avec une haine meurtrière.

Mon cœur s’accéléra devant son air furieux.

— Que fais-tu ici ? gronda-t-il, un rictus rageur sur les lèvres.

Je reculai, terrifiée par son ton. La brume m’oppressait et il me semblait que je ne pouvais pas m’éloigner. N’ayant pas d’autre choix que de l’affronter, je lui répondis, hésitante :

— Je… Je ne sais pas… Je me suis endormie et me voilà !

Ma petite voix effrayée m’horripila. Je ne voulais pas lui montrer combien il me faisait peur et pourtant, il m’était impossible de lui cacher mes émotions, comme si je ne pouvais rien lui dissimuler.

J’avais la chair de poule. Il faisait si froid et le rêve me paraissait bien trop réel. Je me sentais à l’étroit. L’obscurité m’oppressait au point de me rappeler le manoir lugubre. L’air vint à me manquer et je commençai à suffoquer.

— Tu ne devrais pas être ici, reprit l’homme d’une intonation légèrement plus douce.

Je le considérai avec crainte, mais ses yeux ne retranscrivaient plus autant de haine.

— Où sommes-nous ? L’air est glacial… demandai-je en me frictionnant les bras.

Je surveillais ce qui m’entourait. Il n’y avait rien d’autre que ce trône de marbre blanc. Je n’arrivais pas à me réchauffer. Un coup d’œil dans sa direction me permit de voir combien mes questions l’agaçaient. Le vent, semblable à une mauvaise caresse, me perçait la peau et me frigorifiait.

— Ça ne te regarde pas !

Je fronçai les sourcils, surprise par son ton vindicatif. Mes questions l’énervaient, il ne supportait pas que j’ouvre la bouche. Qu’espérait-il de moi ? Que je lui obéisse sans rien dire alors que j’avais besoin de réponses ? Je sentais qu’il en savait bien plus qu’il ne voulait bien me faire croire.

— Maintenant ça me regarde ! ripostai-je.

Il ne pouvait nier que nous nous retrouvions dans le même bateau. Tel un serpent venimeux, l’homme s’approcha de moi. Son air supérieur m’indiqua qu’il se sentait plus fort. Une lueur dévastatrice l’animait, il désirait ma mort. Il garda toutefois une certaine distance comme s’il m’étudiait, me jugeait. Je relevai les épaules, déterminée à ne lui dévoiler aucune de mes faiblesses. Il fut le premier à détourner les yeux et je pus y lire une immense tristesse.

Alors, mon cœur se resserra pour lui. Je compris qu’il n’était peut-être pas si mauvais. Pourquoi n’y avait-il rien d’autre que ce trône ? Ce fut à cet instant précis qu’une brèche apparut et que je pus distinguer mon arbre. Étonnée, je m’en approchai. La lumière et les couleurs jaillirent, me procurant la chaleur nécessaire et m’enveloppant d’une odeur printanière.

Le grand végétal ne présentait néanmoins pas les mêmes attributs que d’habitude : plus petit, il se situait au centre d’une prairie verdoyante que le soleil irradiait de ses rayons apaisants. Il perdait toujours ses fleurs, qui naissaient perpétuellement sur ses branches. Le vent soulevait dans son sillage les beaux pétales roses.

Dans ce même temps, je me rendis compte que je ne portais plus les mêmes vêtements. Une robe légère, douce comme un nuage de coton, m’englobait. La matière vaporeuse ainsi que sa couleur rouge sang me déplaisaient fortement.

Je détestais cette impression de ne rien avoir sur le dos, mais soulagée de retrouver un peu de familiarité, j’ignorai cette sensation désagréable et me rapprochai de mon arbre. Mes pas s’enfonçaient dans le sol moelleux et j’eus le sentiment que celui-ci m’accueillait. Sous mes pieds nus, la terre me parut encore une fois bien trop réelle.

— Comment as-tu fait ça ? me questionna-t-il, la mine perplexe.

Je voyais à son air incrédule qu’il n’en revenait pas. Il examinait le grand végétal d’un œil méfiant. L’homme reporta toute son attention sur moi.

— Je… je ne sais pas, avouai-je d’une voix à peine audible.

— J’ai tant essayé ! gronda-t-il soudain comme fou. J’ai si souvent erré dans le noir. Les années passaient et la lumière filait entre mes doigts…

Il serrait si fort les mâchoires que j’entendis presque ses dents grincer. Je n’arrivais pas à savoir s’il était heureux ou en colère. Son expression me fit à nouveau peur. Quand ses prunelles émeraude étincelèrent, je sus que je devais le fuir.

Il s’approcha lentement de moi, d’une démarche assurée. Ses cheveux avaient, l’espace d’un instant, paru s’envoler. Il se retrouva si proche que je reculai et tombai sur le sol. Il me regarda d’un air hautain et j’y vis toute la malveillance, l’incompréhension et la rage qui l’animaient. Je me sentais tellement démunie face à lui.

Soudain, il m’attrapa le bras. Devant son geste rapide, j’émis un petit cri de surprise. Mais au contact de ma peau, il se figea. Moi-même en restai interdite. Ses doigts semblaient trop vrais, si vrais que ce ne pouvait pas être possible. Pourtant, il s’agissait bien d’un rêve, mais ce simple contact remettait tout en cause. Muette, je l’observai et c’est lui qui rompit le silence :

— Relève-toi ! Je ne te ferai rien.

Sa voix amena l’obscurité. Il me serra au point de me faire grimacer de douleur. L’homme se pencha, plissant les yeux.

— Je vois… moi aussi j’ai mon mot à dire, remarqua-t-il.

L’air se modifia. Il redevint vite froid, noir, étouffant. Je frémis, tentai de me soustraire à sa poigne devenue trop douloureuse. Il me tira brutalement et je lui jetai un regard mauvais. Ses cheveux passèrent devant ses yeux luisant au même instant. Il dégageait, malgré mon envie de me libérer de lui, un charme irrésistible. Et je me laissai faire même si mes muscles en pâtissaient terriblement.

— Tu me fais mal, grognai-je, incapable de supporter plus avant toute la force qu’il mettait dans ses doigts.

Je gigotai afin de le lui faire lâcher prise.

— Je suis resté si longtemps immobile. Je les voyais tous mourir… continua-t-il, sans m’avoir écoutée ni même se soucier de la douleur qu’il m’infligeait. Et c’est toi, une humaine…

Il ne finit pas sa phrase, se contentant de me causer davantage de souffrance.

— A… arrête ! implorai-je, les larmes aux yeux.

— Tu es faible, pleurnicheuse… Mais défends-toi ! hurla-t-il. Pourquoi es-tu si fragile ?

J’eus l’impression qu’il était déçu de ne pas avoir une guerrière en face de lui. Que s’était-il imaginé ? Je ne comprenais même pas ce que nous faisions ensemble dans ce rêve ni ce que signifiait mon passage dans le manoir lugubre mais lui avait l’air au courant.

— Lâche-moi !

Je me débattis plus fort. J’avais trop mal. Seulement, il ne m’écouta pas et se rapprocha. Ses lèvres se retrouvèrent à un centimètre des miennes. Ses anneaux verts me traversèrent et mon cœur s’accéléra. Je finis par trouver la force de me détacher tandis qu’un sourire malsain illuminait son visage.

Je le haïssais et frottai mon bras de mouvements vifs. Ma peau avait viré au bleu. Je compris qu’il pouvait me blesser et que ce rêve était, d’une certaine façon, la réalité. Il fallait que je m’éloigne de cet homme mauvais, instable et torturé. Je ne voulais plus rien avoir à faire avec lui.

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