Chapitre 01 - 03

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Mélly reprit connaissance sur le sol sanglant du château. Elle cligna plusieurs fois des cils, mortifiée que tout ceci ne soit pas un rêve. Son corps la faisait souffrir comme si elle avait subi mille piqûres d’abeilles. Elle se redressa difficilement, chancelante. Ses jambes avaient du mal à lui obéir. Elle regarda à nouveau le plafond sans rien remarquer de spécial.

Les araignées avaient disparu.

Mélly fronça les sourcils en découvrant les restes de la statue. Une fine poudre grise reposait sur le sol. Elle décida de ne pas s’attarder et essaya de faire un pas. Ce fut à cet instant précis que les bougies s’agitèrent. D’un mouvement maladroit, elle observa derrière elle. Une ombre sinistre apparut lentement sur les murs jusqu’à devenir une masse difforme. La jeune fille trembla devant cette chose qu’elle crut reconnaître.

Était-ce le nuage obscur de son rêve ?

Elle n’en croyait pas ses yeux et pourtant, cette brume, fumée ou ombre, cette créature qui s’approchait, dégageait un magnétisme tellement noir qu’il lui donna la nausée. Elle eut l’impression que les ténèbres allaient s’abattre sur elle. La jeune fille comprit qu’il fallait fuir sous peine d’être engloutie. Mélly suivit son instinct et tenta de se précipiter vers la plus proche des portes. Malgré la terreur que lui inspirait l’ombre, son corps refusait de l’écouter entièrement. Elle voulait courir, mais fut obligée de marcher à un rythme bien trop lent à son goût.

Allez ! Bouge ! Bouge ! s’ordonnait-elle mentalement contre sa propre faiblesse.

— Tu ne peux pas me fuir ! mugit soudain la chose. Maintenant que je t’ai trouvée, je te poursuivrai !

Sa voix brutale, puissante, ressemblait à un grondement de tonnerre. Il la fit trembler de terreur.

Il ne peut pas exister. C’est un rêve. C’est impossible ! se répétait-elle en essayant de se convaincre.

Elle ferma les yeux, incapable de contrôler les frémissements démesurés de ses membres. Chaque pas, extrêmement douloureux, lui donnait le sentiment de marcher sur de minuscules clous. L’ombre continuait de se rapprocher dangereusement. Mélly fut si angoissée et effrayée qu’elle n’écouta plus son corps.

Elle voulait survivre et en cet instant, la peur se fit plus forte que la douleur. Elle se saisit de la poignée et s’engouffra dans une autre salle similaire à celle qu’elle venait de quitter. Elle demeurait toutefois légèrement plus petite et complètement vide. Les murs se dégradaient cependant plus que précédemment et perdaient de leur richesse. Sentant que l’ombre la talonnait, Mélly se jeta sur une autre porte.

Les yeux exorbités, la démarche défaillante, elle se raidit en constatant qu’il s’agissait d’une pièce, encore une fois plus petite. Au cœur de cet ignoble labyrinthe, elle continua à emprunter les portes qui donnaient inlassablement sur des espaces restreints.

L’air se raréfiait. Elle courait à s’épuiser. L’ombre, toujours derrière elle, se montrait si rapide ! Les pas de la jeune fille résonnaient. Les portes claquaient. Les lumières devenaient ténèbres. Son cœur s’affolait. Le désespoir s’installait.

Où se trouvait la sortie ?

La créature riait dans son dos. Mélly s’asphyxiait. Son corps meurtri fatiguait. Elle transpirait. Tel un ouragan, elle se saisissait des poignées. Elle les tournait sans plus les regarder. Seule comptait la prochaine.

La course paraissait infinie. Prisonnière. Elle ne pouvait pas s’échapper.

Non ! songea-t-elle.

Son cœur battait à coups redoublés. Les pièces devenaient étroites à devoir ramper. L’ombre l’avait presque rattrapée. Elle la sentait. La jeune fille était persuadée qu’elle allait mourir oubliée dans les dédales de ce château. Elle tendit le bras puis se saisit encore d’une autre poignée. Mélly la tourna après un ultime effort et la lumière l’aveugla subitement.

D’abord, elle n’y crut pas, puis très vite, elle tenta de se dégager, mais la chose la retenait de toutes ses forces. Épouvantée, la jeune fille poussa un cri strident. Elle fut tirée en arrière et sut que le soleil lui échapperait à tout jamais. Violemment, elle riposta par un coup de pied. Celui-ci rencontra une matière étrangement consistante.

Elle réussit à se libérer en y mettant toute son énergie puis s’extirpa avant de tomber sur le sol. Elle inspira longuement comme si elle émergeait hors de l’eau puis essaya de se relever, seulement, elle n’en avait plus la force. Elle venait de donner tout ce qu’elle pouvait. Mélly pensa que l’ombre avait gagné, mais la créature recula au contact du soleil. Elle hurla d’une voix aiguë avant de se terrer au fond de son trou et de disparaître. Le monstre ne pouvait plus l’atteindre.

Soulagée, la jeune fille ferma les yeux. La douceur de l’herbe qu’elle sentait au bout de ses doigts ressemblait au paradis. Les rayons du soleil la réchauffèrent et la réconfortèrent. Rassurée, elle inspira une longue goulée d’air.

La chaleur m’a sauvée, pensa-t-elle, le souffle court.

Mélly regarda encore une fois en direction du château, mais celui-ci n’existait plus. Ses épaules s’affaissèrent sous le poids de l’inquiétude. N’avait-ce été qu’une simple illusion ? Un rêve ? Devenait-elle folle ?

Elle grimaça quand une vive douleur intérieure s’immisça à la faire hurler.

Maintenant que l’adrénaline redescendait, son corps la rappelait à l’ordre. Elle ressentit d’autant plus toutes les piqûres qui parcouraient sa peau, ses muscles et même ses os. Et au milieu de cette souffrance physique, il y avait ce qui lui semblait être une ombre, un changement impossible à éviter.

D’abord, elle perçut comme des mots. Sa tête s’alourdit. Elle fut incapable de réagir. Au départ, Mélly tenta de repousser cette présence qui voulait s’approprier son corps, seulement, cela l’accabla de douleurs inimaginables. Pour son propre salut, elle finit par accepter cette force brute, qui se frayait un chemin jusqu’à son âme, qui s’y ancra et s’y accrocha telles des serres d’oiseaux imbrisables.

En premier lieu, elle fut envahie de murmures inaudibles puis lentement déchiffra :

— Tu vas mourir !

La jeune fille, étendue sur le sol, retint sa respiration. La voix qu’elle avait entendue semblait provenir de sa tête. Était-ce encore dû à son imagination ? Soudain, à la périphérie de son champ de vision, elle crut distinguer quelque chose. Sa panique enfla. Mélly scruta les alentours. Venait-elle vraiment de tout inventer ?

C’est alors qu’une forme naquit sur sa gauche. Elle tourna la tête si rapidement qu’elle en fut étourdie. Vacillante, la jeune fille se releva. Ses jambes avaient du mal à la soutenir, mais elle parvint à rester debout. Après plusieurs clignements de paupières, « il » lui apparut enfin : flou au départ puis de plus en plus net. Elle ne le reconnut pas instantanément. Il était là, avec des yeux verts incandescents et ses cheveux châtains virevoltant autour de lui.

Elle serra les poings en croyant devenir folle tandis que l’homme de la statue lui faisait face. Sous le choc, Mélly resta immobile, car il lui semblait que faire un geste rendrait les choses bien trop réelles.

Quelques mèches rebelles, aux reflets gris, lui passèrent devant les yeux. Il n’était pas dénué de charme. Son air sombre indiquait clairement qu’il ne fallait pas le prendre à la légère. Le vert exceptionnel de ses iris la laissait sans voix.

Il avait le maintien digne d’un roi, le buste droit et le regard hautain. Il devait au moins faire un mètre quatre-vingt. Mélly fut impressionnée par ses vêtements dont la texture lui était entièrement méconnue. Cela ne ressemblait pas à du tissu et avait plus l’aspect du bois.

Les muscles de l’homme saillaient sous la lumière. Ses jambes semblaient être protégées par une fine armure. La jeune fille n’avait jamais rien vu d’aussi surprenant. Le métal avait l’air fin et pourtant résistant. Elle se demanda même si cela pouvait se retirer ; c’était si proche de son corps.

Elle remarqua qu’il manquait à l’être ses ailes qu’elle avait cru observer lorsqu’il n’était qu’une statue. Ils se fixèrent longuement et Mélly se risqua à briser le silence la première :

— Tu es… Tu es vivant… Enfin, je veux dire… réel ?

Le regard rivé au sien, l’être la détailla sans rien répondre. Les traits de son visage demeuraient sombres et froids. L’individu n’esquissa aucun sourire, aucun signe qui aurait permis à Mélly d’interpréter ses pensées. Elle pouvait néanmoins se rendre compte qu’il avait l’air aussi intrigué qu’elle. Le magnétisme de ses yeux lui coupait le souffle, il l’impressionnait bien trop.

— Tu es humaine ! remarqua-t-il d’une voix grave teintée d’amertume.

Son intonation, qui semblait sortir de sa propre tête, la fit frémir et Mélly comprit que cet inconnu était aussi beau que dangereux.

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