Chapitre 01 - 02

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Une fois devant l’entrée, elle hésita malgré tout. La porte, massive, ne lui donnait pas bonne impression. Son cœur tapait si fort dans sa poitrine qu’elle fut certaine qu’il valait mieux s’éloigner. La jeune fille s’apprêta à faire demi-tour sans demander son reste quand un grincement sinistre la figea. Maints frissons la parcoururent d’un coup des pieds à la tête.

Mélly s’attendait à tout moment à rencontrer quelqu’un. Mais quand personne ne vint l’accueillir, elle s’interrogea. Ne s’agissait-il finalement que d’une demeure abandonnée ? Ce manoir semblait pourtant si bien entretenu qu’elle avait du mal à y croire. Elle pouvait toujours reculer, il était encore temps. Son cœur la malmenait. Elle déglutit puis passa la tête dans l’ouverture, se jurant de courir loin au moindre problème.

Elle découvrit un long couloir exigu, aux tapis rouges et aux murs anciens bordés de motifs dorés. Usé par le temps, le plafond était, quant à lui, très haut. Le regard médusé, la jeune fille observa les tapisseries avec une certaine admiration.

Elle pénétra dans l’étroit passage, intriguée ainsi qu’émerveillée, osant à peine toucher à la porte entrouverte. Un vent violent, peu naturel, s’engouffra à sa suite et la poussa en avant. La massive porte claqua dès qu’elle la dépassa et la jeune fille sursauta. Elle se retourna d’un coup, une boule d’angoisse bloquée au fond de la gorge.

Mélly se précipita sur le battant sans trouver la moindre poignée. Incapable de se contrôler, elle tambourina contre le lourd panneau comme si quelqu’un aurait pu l’entendre de l’autre côté et la libérer. Effarée, la jeune fille se colla contre la porte. Son cœur lui cinglait la poitrine, la détruisant presque de l’intérieur. Elle ne percevait même plus les bruits ambiants.

Ce n’est qu’après de longues minutes qu’elle réussit enfin à se calmer ainsi qu’à reprendre son souffle.

Elle fut obligée de s’engager au centre de ce long corridor éclairé par de simples bougies vacillantes et parsemé de portes toutes plus identiques les unes que les autres. Il lui semblait qu’il ne se terminerait jamais et elle s’efforça de ne pas en ouvrir une seule. Mais plus elle avançait et plus elle avait l’impression de se retrouver dans une boucle infinie. Tétanisée, elle s’arrêta pour observer plus attentivement l’une de ces portes.

Ouvre-la ! s’insurgea-t-elle.

Persuadée que derrière se trouvait un véritable cauchemar, ses mains moites tremblaient et la sueur de la peur coulait sur son front. Mélly tourna la poignée ronde en or où se reflétait son visage, puis se figea, incapable de respirer.

Un cri, muet de terreur, s’échappa de sa gorge. Elle devait encore rêver, ce n’était pas possible autrement. Mélly tendit le bras afin d’être certaine qu’il ne s’agissait pas là d’une illusion. Elle se trouvait devant la même suite de portes dans un couloir identique à celui où elle se situait.

Affolée, les larmes ruisselant sur ses joues, elle referma puis courut à en perdre haleine. Il fallait qu’elle sorte. Ce n’était pas possible ! Ça n’existait pas ! Un tel château ne pouvait pas être réel.

Ses pas claquèrent sur le sol à un rythme précipité. Le souffle saccadé, Mélly finit par ralentir, épuisée. Elle avait jailli à l’intérieur d’une grande pièce ovale sans même le remarquer. Ses yeux s’écarquillèrent face à ce qu’elle pensait être la plus singulière des œuvres.

Trônait, au centre de cette salle, un homme ailé élevé sur un piédestal. Un escalier en colimaçon l’encerclait. La jeune fille le fixa longuement avant de remarquer les squelettes et les corps agglutinés sur les marches. Certains semblaient très récents tandis que d’autres demeuraient anciens pour n’être plus que des amas d’os.

À nouveau, son cœur s’emballa de terreur. Elle recula jusqu’à heurter une paroi et se retourna, apeurée. L’environnement s’était métamorphosé. Le couloir avait disparu pour laisser la place à une suite de portes qui l’emprisonnaient en un cercle tout à fait oppressant. Elle décida d’ouvrir l’une d’elles. C’est presque en connaissant le résultat qu’elle s’exécuta. La porte donnait à présent sur la même salle. Mélly ne pouvait pas s’échapper.

Elle referma nerveusement. Ses épaules s’affaissèrent. Elle examina le sol toujours aussi pourpre. Les vastes murs bordés d’or ne détenaient aucune fenêtre. Seule une quantité impressionnante de bougies, à l’aspect peu naturel, éclairait la pièce. La cire ruisselait, gouttait, mais les flammes restaient au même niveau. Quelqu’un avait forcément dû les allumer, mais elle n’était pas sûre de vouloir savoir qui.

Elle observa de loin les cadavres et préféra n’émettre aucun son. Il devait obligatoirement y avoir une sortie !

Soudain, un bruit de grouillement l’interpella. La jeune fille leva la tête et remarqua, dans les hauteurs, une masse rouge descendre vers elle rapidement. D’abord, elle ne comprit pas ce que cela pouvait être, puis elle distingua ce qui ressemblait à un amas gigantesque peuplé d’immondes araignées sanglantes.

Tétanisée, Mélly ouvrit la bouche. Son corps se mut de lui-même en direction de la statue. Elle ne réfléchissait plus, contrôlée par sa peur.

La sculpture, par rapport aux marches, n’était pas encombrée de cadavres. La jeune fille entreprit de l’escalader. Le socle lisse lui donna des difficultés. Elle fut étonnée de voir que la matière n’était pas froide et au contraire, douce, presque chaude, ce qui lui parut invraisemblable.

Ce n’est pas une statue de pierre, constata-t-elle, prise au dépourvu.

L’œuvre en avait simplement l’apparence. La panique l’empêchait d’avoir des gestes précis ou même de s’attarder sur les détails. Elle remarqua néanmoins que l’homme avait un visage meurtrier très réaliste. Mélly eut l’impression de se trouver devant un être vivant.

C’est impossible, songea-t-elle.

Mais après tout ce qu’elle venait de voir, sa conception du possible et de l’impossible se voyait mise à rude épreuve.

La jeune fille observa d’un rapide coup d’œil les araignées sanglantes. Elles poursuivaient leur descente, accompagnées par ce bruit angoissant de petit tic, tic, tic… Mélly continua d’escalader, même si trouver des prises s’avérait difficile.

En arrivant aux ailes immenses et imposantes, la jeune fille resta ébahie un court instant. Celles-ci sortaient du dos de l’homme comme des seconds bras toujours dans cette matière trop chaude. Cela ressemblait beaucoup à un squelette de membranes qui s’étendait de façon curieuse.

Mélly reporta son attention sur les araignées qui gagnaient du terrain. En les voyant approcher, elle se crispa sur les bras de la statue et fronça les sourcils lorsque ses doigts la picotèrent. Bientôt, elle entendit un bruit effroyable, comme si quelque chose se brisait.

Apeurée, elle s’immobilisa. Un râle de douleur s’échappa de sa gorge. Elle arrêta de respirer tout en fixant sa main devenue grise. Celle-ci prenait la même teinte que la sculpture !

— Mais…

La jeune fille se rendit compte alors que la statue s’insinuait en elle, s’emparant de sa place et de son corps. Elle lutta de toutes ses forces afin de ne pas s’évanouir et glissa. Mélly tomba en arrière, laissant échapper un cri silencieux. Elle tendit les mains vers l’œuvre dans l’espoir de la rattraper, mais celle-ci se désintégrait devant ses yeux apeurés.

Ses cheveux lui bloquèrent un instant la vue.

Telles des vagues, les araignées étaient prêtes à l’accueillir tandis qu’elle chutait au ralenti vers ces créatures pourpres qui la réceptionnèrent et l’engloutirent.

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