Prologue

5 minutes de lecture

J’oscillais, perdue une fois de plus au cœur de cet univers où tout semblait possible. Rien n’existait, je le savais et malgré tout, je ne pouvais pas m’empêcher d’y croire. Ce rêve me hantait chaque nuit et gagnait en intensité à mesure que le temps passait.

Ce monde de nuages, parsemé de couleurs incroyables, m’offrait une vue indescriptible et s’étendait si loin qu’il m’était impossible d’en voir le bout. De multiples sentiments se mêlaient en moi, allant de l’admiration à la peur, car je pouvais deviner, sous ces couleurs dorées, la présence d’une ombre terrifiante.

Je fermai les yeux, afin de faire fuir cette impression d’être pourchassée, pour me laisser happer entièrement par le rêve. Lorsque je rouvris les paupières et contemplai le ciel nébuleux, je ne pus que m’extasier devant les nuances époustouflantes de mauve, de jaune et de bleu aux dégradés irréels. Je restai là un long moment, bien trop fascinée pour me détourner de cette vue, là où les rayons du soleil perçaient l’épaisse couche et m’aveuglaient de beauté pour tourbillonner vers les profondeurs de la nuit. Tout semblait possible en ce lieu, comme si les barrières du matériel avaient entièrement disparu.

Je restai donc immobile à contempler le paysage, le cœur battant, jusqu’à ce qu’un souffle doux caresse mes cheveux, m’invitant à avancer au centre de cette petite île où j’apparaissais chaque nuit.

De belles fleurs roses éthérées, entraînées par le courant d’air chaleureux, m’indiquaient le chemin à suivre. Mes pas se faisaient légers sur cette terre flottante de roche cernée par de magnifiques nuages cotonneux. Je m’approchai timidement d’un arbre tortueux gigantesque, unique et majestueux. Aucun ne lui ressemblait. Son écorce dure et ses branches montaient si haut dans le ciel que je n’en apercevais pas la cime. S’y détachaient perpétuellement des fleurs voluptueuses, à l’envolée délicate. Elles accompagnaient le vent, lui prodiguant une odeur trop belle pour exister.

Elles donnaient au rêve une dimension plus surréaliste encore que tout le reste, lui procurant cette petite touche magique. Les fins pétales m’effleuraient, mais ne se laissaient jamais attraper. J’avais la sensation d’être au cœur d’un tableau vivant. Il ne fallait pas déranger ce lieu serein qui contenait ici toute la beauté du monde. Je ne pouvais qu’observer et admirer cet éclat dont moi seule possédais la clé. Ici, toutes les connaissances s’ancraient en moi et me traversaient. L’univers se retrouvait à ma portée.

Et, tandis que je profitais de cet instant de pur bonheur, brusquement, d’effroyables frissons me parcoururent et me détournèrent de ma contemplation. L’air inquiet, je considérai l’arbre dans l’espoir de comprendre son message. Bien sûr, il ne pouvait pas s’exprimer à proprement parler, mais j’étais capable de ressentir son énergie et l’interpréter. Il me surveillait depuis mon plus jeune âge et lui et moi avions développé des liens spéciaux. Aujourd’hui, sa détresse me parvenait par d’imperceptibles frémissements. Il me mettait en garde d’une menace à venir, mais ne pouvait rien faire d’autre que m’en avertir. Car, s’il avait une emprise sur ce monde de nuages, il n’en avait aucune dans ma vraie vie. Enfin, c’est ce que j’en avais déduit au cours du temps.

Il détenait le pouvoir de vie et de mort. Il était une part de moi comme j’étais une part de lui. Une rafale plus forte s’engouffra dans mes cheveux. Je scrutai alors l’horizon et constatai que le ciel noircissait, devenant chaque seconde la tempête que je redoutais.

Je reculai, m’arrêtai au bord du précipice qui plongeait au plus profond du monde. L’arbre de mon cœur me parut d’un seul coup bien trop loin, comme si des années-lumière nous séparaient maintenant.

En distinguant dans le lointain le vent s’agiter, je fus prise d’une peur panique. Depuis longtemps, je savais qu’on cherchait à m’atteindre et, au risque de mourir, je devais me dérober à cette présence. Dès le moment de ma naissance, mon arbre m’avait dissimulée à cette ombre grandissante, mais malgré ses efforts, les pénombres continuaient de se rapprocher. Je devais fuir, me réveiller, seulement, la peur me bloquait. Je reculai encore d’un pas jusqu’à ce que le précipice me coupe toute retraite.

Je réalisai soudain n’avoir aucun moyen de me soustraire à cette créature, comme si je me devais de l’affronter. Le rêve alors m’échappa. Il me fut impossible de contrôler les éléments et mon corps refusa bientôt de m’obéir.

Un nuage dantesque se découpa du ciel. Affolée, je regardai derrière moi. Il fallait sauter, s’éloigner. Mais le nuage se montrait plus rapide que les autres fois, me surprenant et me statufiant sur place.

En à peine quelques secondes, il m’avait rejointe. Un bras énorme se détacha et c’est avec une puissance étonnante qu’il m’empoigna par le cou.

— À moi ! gronda une voix terrifiante.

L’intonation fut si intense qu’elle se fraya un chemin jusqu’au tréfonds de mon être. Sa force me paralysait. Sous sa prise, je ne parvenais plus à respirer tandis que l’entité faite de brume m’étranglait un peu plus chaque seconde. La gorge en feu, dans un sursaut de courage, je me projetai en arrière, espérant ainsi lui échapper, car affronter le vide semblait bien moins dangereux. Une créature diabolique avait commencé à se former : ses yeux sombres et son âme inexistante m’épouvantaient.

In extremis, je réussis à lui glisser entre les doigts, plongeant alors dans le gouffre noir du monde.

Et, tandis que je pensais être engloutie au cœur de l’univers, des masques laiteux jaillirent autour de moi puis se mirent à tourner, tourner, tourner, dans l’espoir, sûrement, de me rendre folle. Ils ralentirent ma chute et me redressèrent.

— Pour voler, il faut le vouloir ! ricana l’un d’entre eux en me fixant de son regard blanc perturbant.

Les autres continuaient de tourbillonner autour de moi. Mes cheveux s’emmêlaient. Le froid me transperçait la peau. Je tentai de toutes mes forces de l’écouter. Seulement, j’avais beau souhaiter m’envoler, rien ne se produisait. Je sentais l’ombre sinistre me pourchasser et se rapprocher. Elle allait d’un moment à l’autre m’atteindre.

Dans un éclat de rire lugubre, la masse difforme s’esclaffa :

— Je t’ai retrouvée !

Tout mon être en fut épouvanté. Je sus alors qu’il fallait fuir, mais voler restait hors de ma portée. Mes yeux ne virent bientôt plus rien que l’obscurité. Perdues dans l’immensité de l’univers, les étoiles s’éteignirent tandis que la vérité me frappait de plein fouet :

J’allais mourir !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Défi
11
14
0
0
Lou08
Voici un petit résumé de la légende de Tristan et Yseut, à la fin il y a un petit jeu. A votre avis qu'elle est la bonne fin ( pas le droit de tricher, bon je pourrais pas vous en empêcher!) n'hésitez pas a me faire part de vos réponse.
0
1
0
1
Akentil
Au mois de Mai, à Londres, entre 20h et 21h, deux amoureux vont se rencontrer. Mais l'histoire de leur rencontre n'est peut-être pas si anodine...
0
1
0
1

Vous aimez lire Mylène Ormerod ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0