Je t'ai à l'œil !

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Dans ma petite classe aux quatre murs bien étroits, mais au temps dilaté, ma professeure expliquait une suite de formules complexes, avec le feu destructeur de la passion qui lui était propre.

Dans l'immensité silencieuse et glaciale de la salle, elle détaillait la théorie du temps relatif à l'observateur à coup de schémas, appuyés de discours enflammés tout en martelant qu'il était excessivement difficile de se représenter cette théorie à notre échelle temporelle.

De ce que mes pauvres capacités comprenaient : ça n'était pourtant pas si compliqué que ça ; cela faisait quatre heures d'emprisonnement selon mon horloge ventrale — qui criait famine et menaçait de révolution — , là où cette damnée montre restait obstinément bloquée sur une petite heure de cours. Absurde, n'est-ce pas ?

Bref, pendant que mes oreilles écoutaient une berceuse — passionnée certes, mais soporifique surtout —, mon petit nez se mit à piquer, sommeil et pollen, sans doute...
Dans le silence et la rigueur scientifique, l'aléa reprit son juste droit :

ATCHOOUUM !

Cet éclair auditif déchira les tympans de la classe et réveilla les endormis.

Oups, la boulette, maudit nez ! Et cette fichue allergie qui commence par me sortir par les yeux.

Instinctivement, je me tournai pour regarder mon voisin de derrière, et ainsi diriger le troupeau aveugle des regards accusateurs.

Braqués sur un visage mi-endormi mi-réveillé : nullement lucide, mille yeux sévères et moqueurs dévisagèrent un innocent surpris – ce qui le rendait d'autant plus suspect... et donc surpris...

Un léger sentiment de culpabilité me picota le nez : fugace, je sus vite l'étouffer, et dans un quasi-silence, cette fois-ci. Le cours repris sa monotonie dans un nouveau calme immaculé.

Grain par grain, du pollen revint chatouiller mon allergie. Je le savais, je pouvais tromper une fois la classe de cinquante, mais pas cinquante fois mon voisin de derrière. Déterminé, je pris la résolution inébranlable, que quoiqu'il arrive, je n’éternuerais pas !

Une lutte de chaque instant s'engagea. La bouche allait céder, je la barricadai au plus vite avec ma main. Puis ce fut au tour du nez, l'air menaçait de contourner fourbement les défenses. De mon autre main, je me bouchai le nez – lâcher maintenant cet éternuement serait tsunamique.

Les secondes passèrent bien lentement tandis que mon envie d'éternuer ne faisait que gonfler et se comprimer...

Soudain, dans la classe, il y eut deux légers bruits:

Blop ! Blop !

Juste après, l'air prisonnier s’évacua, et mon envie d'éternuer avec. Sur mon bureau, j'entendis rouler deux petits objets mous, qui tombèrent à terre, mais je ne vis rien.

Plus jamais !

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