Miroir, mon beau miroir

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 Daniel Robitaille était le descendant d’un esclave ayant réussi à faire fortune dans la chaussure. Plus précisément grâce à une machine qui augmentait la productivité de fabrication. Il combinait son talent d'inventeur avec un goût prononcé pour la peinture.

 Mais sa carrière n'était pas aussi fulugurante que celle de son ancêtre. Au cœur de la ville de Chicago, il peinait à trouver sa place tant les artistes étaient nombreux. Peingant des toiles ici et là au gré de ses envies. Cabrini Green surnommé « Little Hell » était son quartier de prédilection. Les affres de la rue, les dégâts de la drogue et toute cette précarité qui peuplait ce quartier dont il faisait malheureusement partie…

 Le destin semblait avoir d’autres projets pour lui quet ils commençaient à prendre forme lorsque Mr Lemarchand vint frapper à sa porte. Cet homme d’affaires richissime grâce à la dernière carrière de calcaire de la ville dont il était propriétaire et qui fournissait les régions voisines ce qui faisait de lui l’un des hommes les plus puissants de la ville. Ayant remarqué certaines de ses œuvres il était venu lui proposer de peindre une toile pour lui. De sa fille Maria plus exactement. Il l’avait aperçu dans bon nombre de magazines et il était honoré par cette tâche qui lui ouvrirait l’espérait-il les portes du succès.

 Les jours passèrent et les derniers détails étaient enfin réglés. Le courant semblait passer assez bien entre Maria et Daniel qui pas à pas transposait la beauté de la jeune femme sur sa toile. Son père semblait assez content des premières esquisses mais il ne se doutait pas que sa fille qui était la seule héritière de l’entreprise familiale s’était éprise de Daniel ! Ce dernier continuait de venir lui rendre visite même après avoir terminé la tâche qui lui avait été confiée. Mais lorsque Maria lui annonça qu’elle étant enceinte tout était devenu clair. Cette relation entre sa fille et le descendant d’un esclave constituait un sacrilège qu’il se devait de châtier de manière exemplaire !

Il devait lui remettre un dernier chèque une fois le travail terminé et lui donna rendez vous à l’orée d’un bois non loin de la carrière pour cette transaction. A son arrivée, ce dernier ne prêta pas attention aux hommes de main de Lemarchand supposant tout simplement qu’il étaient là pour assurer sa sécurité mais il était bien loin de se rendre compte de l’enfer qu’il allait vivre.

 Après l’avoir roué de coups, ils le clouèrent au sol. L’un d’entre eux s’empara d’une vieille scie rouillée et lui trancha la main. Son corps fut ensuite badigeonné de miel, invitation pour des abeilles manifestement affamées dont la ruche était à proximité. Ils auraient pu le laisser agoniser ici, abandonné à son triste sort mais Daniel fût brûlé vif sur un bûcher que Lemarchand avait pris soin de confectionner spécialement pour l’occasion. Personne ne déplorerait la disparition d’un nègre dans sa ville. Il y en avait bien assez au cœur de « little hell » où il dispersa ensuite ses cendres…

 La vie repris alors son cours. Maria fut envoyée dans un couvent au Mexique, il pouvait encore demander à sa femme de lui offrir un héritier… Mais au fil des années une bien étrange rumeur s’installa dans les sombres rues de Cabrini Green. Plusieurs corps éventrés de l’aine à la gorge avaient été retrouvés. Il aurait pu s’agir d’un malade mental mais les victimes avaient été retrouvées chez elles, dans des appartements verrouillés à double tour, parfois de l’intérieur.

 La police n’avait aucune piste, aucune empreinte et les victimes s’accumulaient. Quand aux témoignages il semblaient improbables : les témoignages allaient tous dans le même sens : un homme mystérieux qui se faisait appeler "Candyman" éventrait les gens qui s'aventuraient un peu tard dans le quartier..Lemarchand qui découvrait ces idioties dans le journal présumait que la drogue qui devait circuler là bas avait due leur donner des hallucinations…

 Un soir d’orage, il était affairé à lire son courrier lorsqu’il y trouva une lettre de Maria. Il avait reconnu le cachet de la petite ville d'où il l’avait expédiée. L’enveloppe ne contenait pas de lettre, simplement un morceau de papier à moitié déchiré sur lequel figurait cinq fois le même mot : Candyman. Il répétait ses mots à voix haute, tout en contemplant le miroir qui ornait le mur de son bureau. En prononçant ses mots, il pensa à la légende de Bloody Mary, dont sa fille lui avait déjà parlé. Une femme qui assassine toute personne qui récite son nom trois fois en face d'un miroir. . Il s’avait que Maria depuis son plus jeune âge tentait de l’effrayer avec ce genre d’histoires. Le tonnerre gronda, suivi d’une coupure d’électricité mais à la lueur de l’éclair ce n’est pas la vierge sanglante qui lui apparût mais Daniel Robitaille !

 Il arborait un sombre veston sous lequel on pouvait voir son torse mutilé par les abeilles qui l’avaient piquées maintes et maintes fois. A la place de sa main droite tranchée se trouvait un crochet.. Aucun doute il était venu prendre sa revanche. Tétanisé par la peur, Lemarchand sentit le crochet de Robitaille pénétrer sa chair et remonter jusqu’à sa gorge. Ses dernières pensées allèrent à Maria et à cet enfant du pêché qu’il avait choisi d’ignorer. Il s’effondra sur le sol et se vidant de son sang, attendant que la mort vienne le prendre, il murmura ces quelques mots : Candyman, Candyman, Candyman, Candyman, Candyman,…

 Aujourd'hui encore Les habitants de Cabrini Green vivent dans la terreur et n'ont pas oublié ce qui est arrivé à Lemarchand. Mythe où réalité? Peut être que si vous pronnoncez son nom devant votre miroir, le Candyman viendra vous prendre...

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