Chapitre 1 Partie 3

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Je l'aimais surtout parce qu'il représentait l'échec de ma façon d'être. La première fois que je l'ai vu, je l'ai tout de suite classé dans la catégorie des vaguement beauf, la frange molle des gens qui aiment les choses que tout le monde aime, la classe moyenne moyenne. Je riais de ses habitudes, de ses chemisettes et de ses cravates. Je trouvais ridicule qu'il se prive toute l'année pour partir deux semaines en vacances dans un endroit plein de monde et qu'une de ses préoccupations principales une fois là-bas était de trouver des gens qui venaient de la même région que lui. Je me moquais de sa voiture trop chère et de ses goûts musicaux. Je riais quand il disait comprendre mes arguments et qu'il ne changeait pas d'avis, comme si la raison était en dessous de l'habitude.

Seulement j'avais eu le temps de connaître Jean-Philippe et il était juste Jean-Philippe. Il n'était pas la somme de ses goûts. Il avait pleuré à l'enterrement de son père et avait été soulagé du suicide de sa mère. Il adorait sa sœur et sa nièce était plus importante pour lui que sa propre vie. Il agissait sans recul et il était plus proche de la vérité. Je beuglais ma tolérance infinie et toute ma vie j'avais fait des amalgames. J'avais fait presque pire que les gens que je regardais de haut, je ne classais pas les minorités ni ne jugeais les autres cultures, mais je mettais tout le monde dans un immense espace où j'étais le seul à ne pas être. Je m'étais installé dans ma boite individuelle et je la pensais supérieure aux autres. Jean-Philippe m'avait permis de m'en rendre compte. Depuis, j'essayais de défoncer le carton autour de moi à coup de spontanéité, mais bien sûr ce n'était pas quelque chose qu'on pouvait intellectualiser, alors chaque jour j'échouais.

Il a fini de lire le mail.

— Ma sœur a la même chose !

Je ne savais pas si l'information méritait le point d'exclamation, mais comme la plupart des gens sans réelle passion Jean-Philippe trouvait les coïncidences spectaculaires.

— Et son médecin dit que y'a pas mal de gens avec les mêmes trucs. Ils savent vraiment pas ce que c'est. Un vieux en est même mort.

— Ha ?

J'ai tout de suite regretté la question. Jean-Philippe a sorti son nouveau téléphone dont le fonctionnement lui échappait encore et a entrepris de trouver l'article qui parlait du vieux décédé. Il ponctuait ses tentatives par des « p'tain » très vifs et parfois tapait du pied. Je voulais lire mon livre.

Après trois ou quatre minutes, il m'a tendu son portable.

— Tiens.

Oui, un vieux était mort de la maladie inconnue, mais il était très vieux, alors bon, il aurait pu mourir d'un éternuement violent. J'ai exposé ma théorie et Jean-Philippe m'a répondu que quand même hein. Satisfait de sa réponse il est ensuite parti et j'ai pu reprendre mon roman.

J'ai lu pendant longtemps. La fenêtre derrière moi faisait des bruits de voitures et parfois des éclats de rire. J'ai senti du chaud, puis rien. Un coup de téléphone plus loin. Quelqu'un a gueulé. Il était midi. J'avais faim.


1975, Gottschalk

— Mais quoi bordel ? J'ai super la dalle alors dépêchez-vous.

— Je voulais juste savoir si Gontier pouvait prendre mon astreinte de ce soir. Il est d'accord.

— Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre moi ! Qu'il la prenne votre astreinte s'il est d'accord.

— Bien.

— Attendez, il est d'accord ?

— Oui.

— Il est pas censé vous détester ou je sais pas ?

— Non, Gontier est un de ceux qui ne me détestent pas.

— Ha. Et les autres ?

— Oui, les autres me détestent.

— ...

— Ce n'est pas important.

Je regardais les cheveux peignés vers la droite du Commissaire, ses lunettes de travers, sa cigarette au coin des lèvres. J'essayais de l'ignorer. J'essayais de me focaliser sur la fenêtre derrière, mais la rue n'était pas satisfaisante.

— Vous faites une de ces têtes mon gars.

Je l'ai regardé. J'ai dit que ça allait et je suis sorti de son bureau. J'étais très contrarié. Au lieu d'utiliser ce service que Gontier me devait pour passer la soirée avec ma femme enceinte, j'allais l'utiliser pour aller à l'anniversaire de Yolande. Et j'y allais parce qu'elle était jolie, en courbes dépareillées et en attitudes désordonnées. Je ne comptais pas tromper ma femme, mais l’existence même de l'idée était révoltante. Je me détestais. J'essayais de me convaincre, de me dire que j'y allais parce que sa famille était importante. Mais non. J'y allais parce que mon goût pour la façon de vivre, le caractère et le physique de Yolande était une perversion dans mon système et que c'était quelque chose d'excitant.

Je me suis assis à mon bureau. La machine à écrire était au milieu. Une feuille blanche était prête. De chaque côté un tas de feuilles blanches était posé. Je me servais en alternance dans celui de gauche, puis dans celui de droite. J’éprouvais un léger malaise une fois sur deux, quand la pile de gauche était moins haute d'une feuille que celle de droite. J'ai remarqué que sur chaque pile quelqu'un avait essayé de dessiner un robot : un ensemble de carrés avec des yeux ronds, des antennes et des pinces à la place des mains.

J'ai regardé les deux dessins. Ils n'étaient pas identiques alors je les ai jetés dans leur poubelle respective. Celle pour les choses à droite, celle pour les choses à gauche.

Mon besoin de symétrie était à son plus haut niveau et je n'attendais qu'une seule chose, rentrer chez moi et regarder le ventre parfaitement rond de ma femme, que mes manies se taisent un peu. J'allais ensuite partir voir Yolande, j'allais avoir la bénédiction de ma femme parfaite, parce qu'elle était mon amie et que c'était normal que j'aille à son anniversaire. J'allais encore lui proposer de venir, elle allait dire non. J'allais lui promettre de revenir avant qu'il ne fasse nuit et elle allait me sourire en tenant son ventre, ses deux mains de chaque côté de son nombril.

Il n'était que midi sept. Encore six heures et cinquante-trois minutes. Je suis sorti du commissariat m'acheter à manger. Un club sandwich. Deux triangles identiques.


2015, Boris

Dehors le froid et la lumière rendaient les voitures supportables. On s'affairait autour des sandwicheries, la rue se ternissait de costumes bleu marine. Ils faisaient la queue, regardaient leur iPhone, en colère. Ils parlaient de travail. J’ai cherché l’homme de ce matin, celui qui était lié à la vente du bar de Yolande. Bien sûr je ne l’ai pas trouvé, je ne sais même pas si je l’aurais reconnu parmi tous ces gens pareils. Entre eux ils se différenciaient à la cravate. Ils marchaient très vite et leur pantalon dansait autour de leurs mollets blancs. Ils s'imitaient les uns les autres. Il y avait aussi ceux qui, encore trop jeunes, pensaient qu'un costume noir et une cravate noire sur une chemise blanche leur donnaient une classe folle. Les autres pensaient qu'ils avaient un look d'agent de sécurité d'Auchan et levaient un sourcil à leur passage, symbole de leur jalousie idéalisée en dédain. Ils voulaient eux aussi ressembler aux personnages de Reservoir Dog, mais ils savaient eux aussi que tous les autres allaient penser qu'ils ressemblaient à des agents de sécurité d'Auchan. Les plus vieux étaient plus gros et préféraient le costume marron. Ils riaient fort et allaient déjeuner dans les petits restaurants où les serveurs en pantalon noir et chemise blanche leur demandaient ce qu'ils voulaient à manger, le sourire professionnel et l'œil mort. Des adolescents passaient sans bruit, les cheveux devant les yeux et les mains dans les poches, comme un groupe de Yorkshire dont la maîtresse aurait été en retard sur leur toilettage.

Parfois, un commercial en téléphonie mobile passait avec sa chemise violette et sa cravate bordeaux et tout le monde se taisait.

Je me suis assis sur un banc dans un parc. Un SDF d'une soixantaine d'années faisait les mots fléchés des journaux gratuits, aidé par une 86. Je m'imaginais qu'il y répondait comme un SDF bourré. « Autre Do : va chier les rastaquouères » en écrivant très petit dans les cases, mais après l'avoir observé j'ai bien vu qu'il faisait ça sérieusement. La 86 était là comme l'iPhone des autres.

J'ai vite mangé et j'ai décidé d'aller voir Yolande. Je n'y avais jamais été le midi, je n'avais pas le temps, mais Michel n'était pas là pour m'engueuler et j'étais trop tracassé par la fermeture du bar pour penser à autre chose.

J'ai sorti mon casque audio et j'ai mis de la musique. J'ai pris le métro, suis sorti et au lieu d'aller chez Yolande, perdu dans mes pensées, j'ai pris le chemin habituel, celui pour rentrer chez moi. Les trois mêmes rues, le même chemin, le même endroit où traverser. Je faisais ça cinq fois par semaine. Parfois quand il y avait des travaux ou que je voulais éviter quelqu'un, j'allais sur l'autre trottoir et c'était un autre monde. Plus de toiletteur pour chien toujours vide, ou de magasins de piles et batteries, à la place un truc qui vendait des pneus d'occasion et une laverie aux odeurs chaudes de lessives au jasmin. Je pouvais voir les étages des immeubles que je longeais d'habitude et certains tags, devenus lisibles, prenaient un ton plus dur.

Une fois devant ma porte je me suis demandé ce que j'étais venu y faire et au lieu de me mettre très en retard en allant au bar quand même, j'ai décidé de revenir travailler, un peu anxieux, comme si mon erreur, en modifiant mon plan de base, avait anéanti toute volonté de défier l'autorité. Le bar, Yolande et le coffre-fort pouvaient attendre. Tant pis, il fallait aller travailler.

Poursuivi par l'aura menaçante de Michel en colère je me suis dépêché. Il y avait toujours la possibilité pour qu'il change d'avis et revienne travailler pendant l'après-midi. La musique que j'écoutais entretenait le côté anxiogène de la situation, mais je ne changeais pas, j’embrassais le moment. Dans le métro je battais la mesure en regardant les lumières du tunnel passer devant mes yeux fixes. Ma montre toutes les minutes. J'étais content d’être pressé alors que je n'aimais pas les gens pressés. Ça me donnait de la substance, un sentiment d'appartenir. C'était agréable de vivre à ce que je croyais être le rythme des costumes cravates, ça faisait sérieux et adulte. Ça faisait stable. Je faisais partie du troupeau pendant un instant et j'en étais fier, parce qu'il allait quelque part et qu'il donnait l’impression d'y aller vite.

Au boulot je suis revenu avant la réceptionniste et j'ai préparé du café pour tout le monde. Je buvais la première gorgée quand Jean-Philippe est arrivé.

— Bien mangé ? il a dit.

— Oui ça va. Tu as fait quoi ce midi ?

— Rien.

— …

— Enfin, j'ai mangé.

— Oui. Oui.

Bruit de succion, quand quelqu'un mange de la soupe c'est énervant. C'est normal avec le café bouillant.

— C'était vraiment une canalisation ? il a demandé.

— Non.

On s'est regardé.

— Y'avait rien.

— Comment ça ?

— Juste rien. Quand je suis allé voir le son s'est arrêté et y'avait rien.

— …

— C’était un rugissement de tigre.

Il m'a regardé, il a regardé son mug, un mug avec une photo de sa nièce dessus. J'ai regardé son mug. Sa nièce était déguisée en abeille. Elle m'a regardé, hilare. Une dent de lait manquait à son sourire. La réceptionniste est entrée dans la salle de pause. Je lui ai proposé du café, elle a dit oui merci et elle m'a souri. Je l'ai trouvée moins détestable. J'ai noté mentalement qu'il fallait que je sois plus sympathique avec elle. Ou alors c'était parce qu'elle était debout. Assise derrière son comptoir elle me faisait penser à un cerbère à perles. Debout c'était un humain plutôt joli. Je me suis quand même imaginé en train de lui dire que j'espérais que sa mère attrape un cancer du côlon, pour profiter de la situation.

Je suis parti dans mon bureau.

Je me suis assis devant mon ordinateur et j'ai lu. Au bout de trois heures sans bouger, le contact de la mousse de ma chaise avec mes fesses est devenu insupportable. Je me suis levé et j'ai refait du café.

Il était ensuite l'heure de partir.

J'ai déposé mes affaires chez moi et suis allé au bar de Yolande. Je voulais poser des tas des questions, mais je ne voulais pas l'embêter. Après la journée que j’avais vécue, j'ai été surpris de retrouver la même ambiance que d'habitude. Deux vieux sur trois étaient un peu saouls et le troisième compensait en parlant plus. La lumière du soir amenait encore plus de rouge et le sol par endroits avait la couleur du métal en fusion. Yolande a dit « Le voilà ! » et a souri. J'ai fait la même tête et j'ai commandé un demi. Par miracle le fût était vide et alors que Yolande allait dans sa cave le changer, j'ai pu demander ce que c'était que cette histoire de coffre-fort. Les vieux étaient très excités. Ils se mélangeaient en essayant de m'expliquer.

— Le bar avant était beaucoup plus grand. Elle y travaillait avec son frère et sa sœur.

— Et puis ça appartenait à leur mère.

— Oui, sa mère, c'est à elle le coffre.

— C'est une œuvre du père. Et du Baron.

— Le Baron ? j'ai demandé, mais ils ont continué sans faire attention.

— Et la mère est morte. Le père a disparu. Et les deux autres ont vendu leur part. Ils avaient chacun leur truc.

— Oui, il y avait d'autres choses que le bar ici avant.

— Oui, oui.

— Au-dessus y'avait un hôtel, géré par sa grande sœur. Euh...

— Charlotte.

— Oui. Charlotte.

— Et Stanislas.

— Oui.

— C'est lui qui était venu nous chercher. Un brave gosse. Il est pas loin.

— Non, il est toujours là.

— Quoi ?

— Le Baron.

— Oui, le Baron.

— Il...

— Stanislas.

— …

— Oui...

Je ne comprenais pas grand-chose, mais pour une fois les vieux se parlaient entre eux et se regardaient et c'était étrange. Ils avaient été comme illuminés par le passé apparemment grandiose de l'endroit, mais ils étaient maintenant attristés par la conversation. Je ressentais la même chose, comme si j'avais vécu la même vie qu'eux et que je connaissais Stanislas, Charlotte et ce Baron. Le nom me plaisait. J'ai supposé qu'il était mort et j'ai regardé la table et la chaise dans le coin et j'ai failli pleurer. J'ai voulu leur demander qui c'était, mais Yolande remontait en maudissant sa cave, ses genoux et l'association des deux. La vague de tristesse s'est dissoute dans l'instant. Nous faisions des têtes d'enfants qui auraient eu la bouche pleine de madeleines cinq minutes avant le dîner.

— Fiou ! C'est lourd ces machins. La prochaine fois tu m'aideras mon p'tit tu voudras bien ?

Nous ne disions rien. Je regardais le chien qui dormait au soleil filtré par la vitrine. Le O de Yolande en ombre sur le ventre.

— Vous avez parlé d'avant c'est ça ?

—...

—...

— Désolé Yolande.

— Le p'tit pourra peut-être aider ?

— Non.

— Je pourrais aider à faire quoi ?

Le Belluaire a regardé la patronne. Elle s'est tournée pour nettoyer la machine à café.

— Allez-y, dites-lui donc si ça vous fait plaisir. De toute façon hein, vous êtes des vieux emmerdeurs.

Elle m'a servi une bière, une pinte, comme pour me préparer. Chacun de ses gestes était plus lourd et bruyant que d'habitude. Plus personne ne parlait. Les vieux regardaient leur table. Le chien Blandus a bâillé. C'était un petit chien blanc et maigre, avec des poils ras. Un chien de vieux tout seul, calme, avec une grosse moustache.

— Vous dites plus rien ? a dit Yolande.

— On pourrait lui montrer ?

Elle m'a regardé et m'a dit de la suivre. Elle a sorti des clefs de la poche de sa blouse et a ouvert la porte marquée privé. Une vague de chaleur a rayonné de mon plexus, comme si j'avais toujours attendu ce moment.

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