Chapitre 35: Le récit (partie 6: Errance)

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- La voix ne prononça plus une phrase, pas un seul mot de plus. J'étais seul désormais, complètement seul. Pourtant une sensation désagréable ne pouvait s'empêcher de m'atteindre. Le soleil avait commencé à disparaître sous une masse nuageuse, et les ombres inquiétantes de la forêt n'allaient qu'en s'agrandissant tout autour de moi, comme m'encerclant d'un étau invisible. L'averse ne tarda pas. Trempé, de sueur et d'eau, mes vêtements collant à ma peau et une désagréable odeur m'accompagnant, je faisais pâle figure comparé au moi de ce matin. J'avais voulu cette expédition, j'en payais maintenant les conséquences. Je les avais tous appelés. Tous, sans exception. Sûrement morts. Et moi, j'errais, une sensation désagréable brouillant mes sens. Mais ce n'était pas la première fois, non. Je m'en rappelais, maintenant. Le jour où tout avait commencé, lorsque le fou était apparu aux portes du village. Le jour où il avait plongé son regard dans le mien. Je l'avais sentie au plus profond de mon être. Comme si un prédateur tapi dans l’ombre n’avait plus qu’à refermer sa gueule garnie de crocs autour de mon cou à la chair tendre et dodue. Une goutte s'écrasa sur ma nuque, me faisant sursauter. La peur me gagnait peu à peu, tandis que la lumière dans le ciel faiblissait. Les flèches sur les arbres devenaient de moins en moins évidentes à deviner dans la pénombre, aussi, je sortai une lampe torche de mon sac. J'avançai lentement, sans faire de bruit, de crainte d'être repéré par les autres occupants de la forêt, tout en serrant le fusil plus fort encore. Alors, au détour d'une haie, je l'apperçus enfin: le campement. Un frisson me parcourut. Personne.

Malgré tous mes efforts, je restais seul. Le vent siffla dans les branches basses un petit air mélancolique.

Je restai immobile, dans l'attente de je ne sais quoi. Comme si quelqu'un allait venir me sortir de ce cauchemar éveillé. Que ce soit en me sauvant ou en mettant fin à ma vie. Mais la mort voulait m'épargner jusqu'au bout, jusqu'à la fin de la fin. Il fallait que je souffre plus, que je souffre intensément jusqu'à ce que je me sois vidé de tout mon sang. Et une fois ce stade atteint, que je souffre encore, pour le plaisir de voir mon visage se déformer dans une expression de douleur et de terreur indicible, puis se figer dans un dernier souffle. Des orbites vides fixant le néant.

Il ne fallut pas attendre longtemps. Mon bourreau arriva bien vite. L'air se mit à tournoyer violement, cinglant mon visage et glaçant mes articulations. Les feuilles s'agitèrent à une vitesse folle, arrachées de force, emportant dans leur trépas des morceaux entiers de bois. Une plainte s'éleva, sinistre et caverneuse, tourbillonna dans l'ouragan.

Résonna, lugubre, tout près de moi.

Une lueur rougeâtre scintilla dans l'obscurité avant qu'une autre n'apparaisse qu'à quelques centimètres à peine. La silouhette se dessina, contour indistinct à la taille inhumaine et aux muscles monstrueux. Le monstre était juste en face de moi, fixant son regard sur une seule chose: ma gorge.

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