Chapitre 33: Le récit (partie 5: La forêt)

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-Le matin du troisième jour, les messagers n'étaient toujours pas revenus. Ils s'étaient évanouis, comme de nombreux autres avant eux. La totalité de nos espoirs commençait déjà à tomber en poussière. Il n'y aurait bientôt plus assez de nourriture pour tout le monde. Nous en étions donc arrivés à une solution plus que précaire. Les enfants et les personnes âgées avaient la priorité. Un groupe d'hommes irait dans la forêt chasser comme ils pourraient et cueillir des fruits comestibles. Il y avait cependant un obstacle: le doyen. Il n'avait jamais voulu, allez savoir pourquoi, que quiconque ne pose un pied dans la forêt. Personne n'y était jamais entré, n'y était en ce moment-même ou n'y entrerait jamais. Ce n'était pas aujourd'hui que ça allait changer. Seulement, nous en avions une des plus grandes nécessités. Et à notre grande surprise, le chef de l'île accepta bien vite, mais non pas sans laisser trotter une énigmatique phrase dans nos têtes:

"C'est le troisième jour, l'heure du troisième jugement. Bientôt, notre monde tel que nous le connaissions ne sera plus que cendres. Vulcain va déchaîner sa colère sur nos vieilles bâtisses encore debout, répandre son souffle ardent au gré du vent, consumer le peu qu'il nous reste. Oui, bientôt, les jours heureux ne seront plus qu'un souvenir lointain et sans saveur, et nous aurons face à nous un chemin tout tracé pour les Enfers. Nous ne verrons alors plus que mort et désolation, destruction et chaos... Ce que nous ferons n'y changera rien. Si vous préférez mourir maintenant que demain, empressez-vous de faire ce qui vous semble être bien. Mais je vous aurai prévenus, oui, je vous aurai prévenus."

Mais l'heure n'était pas à écouter les délires d'un vieux fou avait-on pensé à l'unisson. On avait réussi à en obtenir une permission, il fallait de ce pas prendre le départ, avant qu'il ne change d'avis. Les préparatifs ne furent pas bien longs. Dans nos sacs, seulement le strict nécessaire: de la corde et des couteaux, des lampes torches, quelques menues provisions, plusieurs pelles, un téléphone par personne, des boussoles, des encyclopédies sur la nature, et même deux fusils que l'on avait réussi à réquisitionner.

À 10 heures tapantes, notre petite troupe était fin prête, et nous étions sur le chemin pour la forêt.

- Cette forêt, n'a-t-elle pas de nom ?

- Et bien maintenant que vous le dites, c'est vrai que... Non, je ne crois pas qu'elle ait un jour eu un nom.

- Bien. Vous pouvez continuer.

- Enfin arrivés à destination, nous nous sommes séparés en trois petites troupes de 15 personnes. Nous nous sommes souhaité bonne chance, et chaque expédition est partie dans une direction différente, s'enfonçant un peu plus loin dans le clair-obscur de la forêt. J'avais été nommé chef de mon groupe, et au bout d'un quart d'heure de marche, j'avais fait signe aux autres de s'arrêter. Nous avions établi une base avant de répartir le matériel de chasse. De plus, la chance était avec nous, notre groupe ayant bénéficié d'un des deux fusils, lequel j'avais décidé de garder sur moi pour le moment, jugeant être un des meilleurs tireurs de la troupe. Ensuite, j'avais distribué les tâches: les 5 premiers, Tristan, Liam, Georges, Marek et Galahad iraient poser des pièges tout autour du campement, à côté de plusieurs appâts. On leur confia les pelles, la corde et les provisions. 5 autres, Joseph, Jean, Pierre, Camille et Gordon s'occuperaient de la cueillette, armés des différentes encyclopédies que l'on avait réussi à sauver des inondations. Les 5 derniers, Milan, Fabrice, Olivier, Samy et moi-même, quant à eux, emporteraient le fusil et essayeraient de capturer quelques bêtes sauvages avant la tombée de la nuit, au cas où les pièges ne fonctionneraient pas. Cinq minutes plus tard, déjà, nous étions hors de vue du campement et nous marchions à l'aveuglette, sans oublier de graver les arbres sur notre chemin de flèches indiquant le chemin de retour à l'aide de pierres coupantes. Nous marchâmes ainsi pendant longtemps alors que dans le ciel, un soleil de plomb dardait nos épaules de ses cruels rayons, rendant les fardeaux plus lourds encore à porter.

C'est alors que parmi les différents gémissements des hommes qui m'accompagnaient, une plainte s'éleva soudain, gutturale. Sifflante et hurlante, elle s'approchait. Une voix féminine et pourtant caverneuse qui sonnait comme la cloche d'un couvent maudit. Quelques secondes de silence glauque plus tard, un autre cri encore, que l'on entendit distinctement: "Joseph !!!"

Les secondes devinrent atrocement longues, et le silence devint de plus en plus pesant. Nous étions dans l'attente d'un dénouement, mais surtout, nous n'osions dire mot. Le bouquet final que nous attendions arriva bien assez tôt: bruit plus lointain cette fois, une déflagration retentit, celle d'un fusil de chasse. Sur le tas, les premières déductions qui me vinrent à l'esprit furent:

1. Nous ne sommes pas seuls dans cette forêt.

2. Il est arrivé quelque chose au sous-groupe de cueillette.

3. L'autre groupe possédant un fusil avait été poussé à l'utiliser.

4. Il y a donc plus d'une personne, en dehors des hommes du village, qui se trouve dans cette forêt, et ces personnes nous veulent plus que certainement du mal.

La seule chose que je n'avais pas remarquée fut la suivante: au bruit de la déflagration, aucun oiseau n'avait quitté le couvert des arbres, et aucun n'avait pépié, que ce soit pendant le tir, après le tir, mais aussi depuis que l'on était entrés dans "la forêt".

Je précipitai ma main sur mon téléphone et m'empressai de contacter le sous-groupe. J'appelai alors Camille:

"Camille, es-tu là ? Camille, si tu m'entends, réponds."

'...'

"Camille, décroche, je t'en prie !"

'...'

"Camille ?"

'bkzzztztztztkbzbkbkytr... bkzyttytz...bkzyt'

"Camille, c'est toi ?"

'bkzzzyztzzyt...R.A.S'

"Comment ça R.A.S ?!?"

'R.A.S, R.A.S, R.A.S, R.A.S, R.A.S,...bkzytyztbkzbkyt...R.A.S.'

"Camille, explique-moi ! Qu'est-ce que tu racontes ?"

'R.A.S'

"Camille !?! Camille !?!"

'...'

Je n'avais rien pu en tirer de plus. De lui, comme de tous ceux de son sous-groupe, mais aussi de tous les autres du groupe au deuxième fusil. J'avais d'abord cru que la forêt brouillait le signal, mais les appels fonctionnaient parfaitement avec le sous-groupe des pièges, qui d'ailleurs, disait avoir terminé le travail.

J'en étais persuadé, quelque chose se trouvait quelque part caché parmi les silhouettes des arbres et n'allait pas tarder à nous attraper. Mais qu'est-ce que tout cela pouvait bien signifier ? J'appréhendais fortement d'en connaître la réponse. La curiosité est un vilain défaut, mais même si une grande inquiétude me dévorait, une envie irrépressible de savoir m'envahissait. Oui, qu'est-ce que tout cela pouvait bien signifier ?

Je regardai l'heure: Midi et nous n'avions toujours rien attrapé. Seulement, et j'en avais la certitude, rester là, au milieu de la forêt, en milieu hostile, était une mauvaise idée, il fallait de suite rentrer au campement. Je lançai mon ordre, et à ma suite, les quatre autres se pressèrent, tandis que je serrais contre moi le fusil, prêt à tirer à la moindre menace.

Au pas de course, les arbres défilaient, ombres fugitives. Un mauvais pressentiment commençait à me gagner. Et si ? Non... J'avais décidé de ne pas changer mon plan.

Le danger était proche, trop proche, je le sentais. Et pourtant, rien à l'horizon. J'accélérai la cadence.

Les flèches passaient de plus en plus vite et je ne prenais pas même le temps de prendre quelques pauses. Le campement n'était plus très loin, le campement n'était plus très loin, le campement n'était plus très loin, le campement...

Je voulais y croire dur comme fer.

Une voix vint interrompre le brouhaha de mon esprit perturbé:

"Alors comme ça, tu fuis ? Encore une fois..."

Ce n'était pas la voix d'un de mes hommes, non. C'était... la voix.

"Encore une fois. Et l'histoire se répète."

Alors, je m'étais retourné.

"Et bien fuis, fuis ! Qu'il en soit ainsi."

Plus personne.

"Fuis là où on ne te trouvera jamais. Répète l'histoire encore une fois."

Non, personne

"Boucle la boucle."

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