Chapitre 7: Sous la pluie (partie 3)

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Émeric détestait son travail.

Émeric détestait son travail, car il détestait par-dessus tout attendre. C’est vrai quoi ! Lui ce qu’il aimait, c’était l’action, avec chaque jour une nouvelle surprise. Bref ! Un boulot plein de rebondissements. C’est ce qu’il aurait voulu faire. Et pourtant, il se retrouvait là à attendre, à faire le pied de grue. Ses journées étaient incomparablement ennuyantes, et sa routine se résumait à: attendre, manger, attendre, dormir… Encore, et encore…

Émeric n’en pouvait plus. Son père lui avait tant répété ce proverbe, et pourtant, il n’avait plus aucun effet sur lui: «Tout vient à point à qui sait attendre».

Savoir attendre ? La bonne blague ! La seule chose dont il avait réellement besoin pour ne pas devenir fou, c’était un moral d’acier. Sans ça, il aurait sûrement voulu s’enfuir loin d’ici, à la recherche d’une sorte d’idylle inexistante. Lui, considérait cela comme une sorte de torture. Attendre tout le jour durant, sans savoir quand la nuit viendra enfin, et une fois ce cap franchi, il fallait attendre de nouveau, attendre la relève de demain.

Émeric ne comprenait pas. Pourquoi le conseil était-il si méfiant de la forêt ? Pourquoi voulait-il à tout prix que les villageois soient séparés de celle-ci par la gigantesque porte en bois qu’il se devait de surveiller ? Non, Émeric n’y croyait pas lorsque les doyens du village prétendaient que c’était pour protéger celui-ci des loups qui rôdaient. Cela faisait maintenant dix ans qu’il travaillait à ce poste de garde, et il n’avait jamais vu un seul loup pointer le bout de son museau sur le sentier qui menait au village, jamais.

Et aujourd’hui, Émeric aurait préféré que ce soit une journée comme les autres, mais ça, il ne le savait pas encore le matin-même. Car voyez-vous, en se levant, coïncidence ou non, il avait souhaité le plus fort possible que cette journée ne soit pas comme les autres avant elle. Il avait envie que quelque chose se passe, et vienne pimenter quelque peu son tour de garde. Et le soir même, d’humeur massacrante, Émeric attendait encore, mais cette fois-ci, sous le déluge incessant qui ne faisait que s’intensifier de minute en minute.

Alors qu’Émeric manquait de s’assoupir, des gouttes venaient s’écraser mollement sur son visage, l’arrachant à son sommeil qu’il pensait mérité. Scrutant au loin le paysage morne de la plaine sur laquelle serpentait le sentier de terre désormais transformé en boue infâme, le regard fixe, dans le vide, le jeune homme se questionnait sur les raisons de son existence. Ces derniers temps, il ne se sentait pas très en forme, et avait tendance à s’évanouir sans prévenir, avant de se relever quleques temps plus tard, ragaillardi. Mais souvent, ces évanouissements surprise lui causaient des épisodes d’amnésie passagère pendant lesquels il n’arrivait plus à se souvenir jusqu’à son nom.

Mais tous ces symptômes ne représentaient rien par rapport au dernier. Émeric ne savait pas s’il était malade ou tout simplement fou, mais il entendait des voix, susurrantes et doucereuses, qui ne voulaient jamais se taire. De plus, le jeune garde ne comprenait rien au charabia, et dès qu’il se rapprochait de la forêt, les voix gagnaient en puissance, et hurlaient presque dans sa tête. C’était atroce, et cela faisait une semaine que cela durait. Aujourd’hui, alors que tous les villageois étaient allés se réfugier dans leur maison, bien à l’abri du froid et de la pluie, lui devait rester, avec pour seule compagnie les voix dans sa tête, sifflantes et capricieuses.

Émeric n’en pouvait plus, l’espoir d’un jour trouver un meilleur travail l’avait quitté à tout jamais depuis longtemps. Il était coincé là, dehors, le froid lui lacérant le visage, et la pluie lui martelant les tempes. Celle-ci, toujours plus forte à chaque instant, produisait un son puissant lorsque ses gouttes retombaient sur le sol. Émeric en avait la certitude, cette pluie n’était pas «normale». Le jeune homme avait l’impression d’être observé de toutes parts. Comme si un prédateur tapi dans l’ombre n’avait plus qu’à refermer sa gueule garnie de crocs autour de son cou à la chair tendre et dodue.

Perdu dans ses réflexions, Émeric n’avait même pas remarqué la tâche noire qui s’approchait lentement mais sûrement de la barricade.

Alors que le temps se déchaînait au dehors, tous les villageois étaient allés se réfugier chez eux, dans leurs abris de fortune. Mais là, sur la grève, au bord des eaux tumultueuses et menaçantes de la mer, se tenait un homme.

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