Confessions

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PL : 5

Affinité Louis : 10/10

Décidant que j'étais bien assez grande pour me promener toute seule dans les couloirs du château, je m'habillai rapidement d'un sarouel blanc à liseré vert et aux mocassins pousse de feuille. Je n'aimais pas trop porter de chapeau, mais ma tenue s'accompagnait d'un capuchon que je rejetai pour l'instant en arrière. Une chemise fine couvrait mon haut, coupé aux côtes, d'un doré que j'affectionnais beaucoup, mais que je recouvris d'une cape vert bouteille. Joli, pratique, agréable, j'avais réuni mes éléments favoris.

Evidemment, je me perdis. Qui avait eu la mauvaise idée de concevoir autant de pièces et de couloirs ? À tout instant, j'avais peur de tomber sur mes insupportables frères ou soeurs. Le décor était beau, certes, mais je ne pouvais l'apprécier. J'aurais vraiment dû appeler Adeline, quelle tête de mule ! Aurait-elle toutefois apprécié que j'aille le voir ? Pas sûr, au vu de ses dernières réactions... De même pour Elisa.

Me laissant porter par mes pas, je finis sur une véranda de pierre rose après le passage d'une pièce à trois absides, ce qui m'avait paru très hétéroclite avec le reste du château. Il y avait de belles semi-colonnes d'un gré rouge aux motifs géométriques et une fontaine à deux hauteurs d'où, à son sommet, une fleur ouverte versait son eau cristalline. Ici, l'endroit était idyllique. Un petit banc rond me tendait son dos, aussi m'y assis-je, poussant un soupir de ravissement. Je trouverais bien Louis plus tard.

"Tu as toujours aimé cet endroit."

Gros sursaut. Me retournant en un éclair, j'aperçus exactement celui que je recherchais !

"Désolé, gloussa-t-il, tu n'étais pas si effrayable, avant, c'est bien trop tentant.

- Hum, comment as-tu su que...

- Puis-je ?" Il pointait la place à mes côtés. Je hochai la tête, nerveuse.

"Voilà une merveilleuse journée qui commence, sourit-il en me regardant. Je suis heureux de te trouver ici, mais je n'avais pas à en douter. Cet endroit a été fait pour toi, après tout.

- Ah... (je retins le reste de ma surprise et, inquiète à l'idée de ne plus oser, poursuivit) Toi et moi, l'on s'est embrassés.

- Quoi ?!" Ses yeux grand ouverts et son air de stupeur me confirmèrent immédiatement l'histoire : ce n'était pas vrai ! Et mes servantes s'en étaient rendu compte ! Misère de misère, voilà pourquoi Elisa me semblait froide après cet épisode ! Qu'avaient-elles cru ? Que j'étais une imposteur ? Impossible...

"C'est... c'est une rumeur que j'ai entendue. Elle est amusante, pas vrai ? rattrapai-je, désolée.

- Elle est... non ! Elle est de mauvais goût, grimaça-t-il. Bien que nous ne nous connaissions que depuis trois ans, cela serait déplacé.

- Oui. Je pensais la même chose. Enfin, tu as raison, cette journée est magnifique !" Je me sentais soulagée. Il dut se méprendre sur mon air, car il se pencha, coude aux genoux, dans une attitude songeuse.

"Tu es comme ma petite soeur, Sahara, je t'adore. Je te protègerai toujours, je te l'ai promis. Au fait, n'as-tu pas de petit-ami ? Il me semblait bien, pourtant, mais... (il secoua la tête), je n'ai pas souvenance que tu m'en aies parlé. Pourtant...

- Heu, non, je n'ai pas de petit-ami. Enfin..." Je me rappelai soudain les lettres d'Otthild Franchène. Les lui avais-je mentionnées ? Etait-il au courant ? C'était le bon moment.

"Il y avait bien un gentilhomme, Otthild... Il m'aime bien, je crois. Nous avons échangé, un certain temps.

- Oh, je vois ! (Il eut un grand sourire.) Je suis ravi pour toi, mais c'est la première fois que j'entends son nom. Comment est-il ? J'aimerais le rencontrer. S'il n'est pas à la hauteur..." Il eut un air faussement menaçant, mais je ne doutai pas de son jugement.

"Le problème, c'est que depuis que je l'ai croisé au manoir des Du Pinson, après le jeu du labyrinthe proposé par les hôtes, je ne l'ai pas revu. Et personne ne semble se rappeler de lui. Je m'inquiète un peu."

Le visage de mon frère se figea brusquement. Il y eut comme un air glacial passant entre nous deux et j'eus presque l'impression de voir le ciel, pourtant si bleu, s'obscurcir.

"Comment ça ? lâcha-t-il alors d'une voix tendue.

- Je... juste comme je l'ai dit. Ma servante l'a vu et lui a parlé un peu, mais à la suite de la soirée, lorsqu'il a disparu, elle ne se le rappelait pas. Comme si elle ne l'avait jamais croisé, ce que j'ai trouvé très étrange. Nous avons pensé que c'était à cause de ce qu'il y avait dans les gâteaux.

- Si c'était vraiment cela, pourquoi t'en souviendrais-tu, toi ? nota-t-il très judicieusement.

- Oui, c'est bien ce qui m'embête, depuis, confessai-je, troublée. Il y a beaucoup de choses qui m'ennuient, d'ailleurs."

Louis était plongé dans une profonde réflexion. Il soupira, longuement, puis lâcha :

"Il m'aurait vraiment fallu un échantillon de ces pâtisseries. Oui, quand je viendrai avec toi, je ferai cela. Je trouverai...

- Heu, ce peut être dangereux, m'inquiétai-je, surtout que père ne l'aura pas autorisé.

- Ha ha, il n'en saura rien. Car tu garderas ce secret, ma petite Sahara ?" Disant cela, il glissa une mèche de mes cheveux derrière l'oreille, me faisant son plus beau sourire. Mince, si ça continuait, c'était moi qui allais tomber sous son charme, et ce n'était pas la bonne idée. Lui me connaissait depuis trois ans, moi depuis deux jours à peine ! Du moins, tel était mon sentiment. Il fallait dire ce qui était : Louis était beau. Il me plaisait dans le genre, mais l'idée qu'il soit mon demi-frère me paralysait, à juste titre. Bon sang de bonsoir, reprend-toi, Sahara !

"Tu... tu as... vraiment trente-deux ans ? laissai-je échapper, le rouge aux joues.

- Oups, se recula-t-il soudain, une lueur malicieuse dans le regard. Tu as percé à jour mon secret de longévité.

- Ha ha, on dirait que c'est vrai, me repris-je, embarrassée. Pfff..."

Louis redevint sérieux. Le soleil jouait dans ses cheveux auburn, y apportant une touche de miel que je me surpris à observer, les yeux dans le vague.

"Dis-moi, Sahara..., dit-il soudain, me tirant de ma rêverie. Je ne vais pas te mentir, je te trouve très différente d'auparavant. Que t'est-il arrivé ?"

Oh non. Qu'allais-je bien pouvoir inventer ?

"Dis-moi juste la vérité, comprit-il, me confondant. Je le vois à ton visage que tu essayes d'esquiver ma question.

- Désolée... c'est que... me croirais-tu ?

- Je ne sais pas tant que tu ne m'as rien dit." C'était logique. Je me mordis la lèvre, légèrement effrayée que mon seul appui fraternel dans ce château me prenne pour une folle à la suite de mes révélations.

J'inspirai.

"Avant-hier... oui, ce n'était qu'avant-hier, ajoutai-je, plus bas et incertaine, je me suis réveillée sans plus savoir qui j'étais. Mais vraiment ! Je ne sais pas qui je suis vraiment, Louis. Tous ces gens autour de moi... sont à la fois familiers et nouveaux. J'apprends vite et je semble parfois dirigée par un insconcient empli de mémoires, mais à part ça..." Je secouai la tête, malheureuse.

"Même... moi ? souffla le jeune homme, concentré sur mon visage.

- Même... toi.

- Je comprends mieux à présent. Tu aurais dû me le dire plus tôt. Ces détails font écho, mais il y a plusieurs possibilités, alors je ne vais pas t'en parler maintenant. Tu dois aller voir un magicien.

- Un... un magicien ? Pour quoi faire ?" m'affolai-je.

Il me rassura d'une main sur l'épaule.

"Je ne veux pas te mettre de fausses idées en tête. Fais-moi confiance, Sahara.

- Devrais-je alors... aller voir Odiane, la mère de ma gouvernante ? m'enquis-je.

- Hm, hm, non. Elle ne sera pas assez... puissante pour déterminer ton mal. À dix-huit heures, viens ici, je t'attendrai et t'amènerai à... mon ami. Il est très doué. Ne mange pas trop avant, c'est un conseil. Rassure-toi, tout ira mieux après, ou, dans le pire des cas, de la même façon !"

J'acquiesçai, perdue. Nous passâmes encore un peu de temps ensemble avant de nous séparer. Le soir vint aussi lentement qu'une tortue. Je m'habillai chaudement et, une fois devant la porte, hésitai.

A. Devais-je avertir Elisa de mon absence ? Je pouvais bien lui faire confiance et lui indiquer mon désir de sortie. Au moins en parlerait-elle à Adeline qui éviterait de lancer le château à mes trousses ! Car Elisa, bien sûr, me laisserait sortir. À bien y songer, je risquais aussi de me faire remarquer en allant la chercher... alors que j'étais clairement habillée pour aller dehors.

B. Allais-je m'échapper le plus discrètement possible ? Personne n'avait besoin de connaître mon escapade nocturne avec Louis... Les rumeurs risquaient de courir pour de bon. Toutefois, on allait sans doute me rechercher partout si je n'étais pas rentrée avant mon heure de coucher habituelle.

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