Une longue soirée

7 minutes de lecture

PL : 6

Affinité Elisa : 10/10

Affinité roi : 7/10

Affinité Louis : 10/10

J'appelai Adeline. Il y avait une petite cloche dont le son passait à travers une tuyauterie complexe jusqu'aux quartiers internes des servantes. Les autres ayant en permanence une domestique en attente devant les portes de leur chambre lorsqu'ils s'y trouvaient, contrairement à moi, ma gouvernante avait fait installer un tel moyen de communication, et j'en étais bien aise.

Quelques minutes plus tard, nous étions assises à la petite table intérieure, autour de verres de jus de fruits.

"Qu'y avait-il dans ce gâteau ?" démarrai-je de but en blanc.

Elle soupira profondément.

"Ma mère, Odiane, m'en a brièvement parlé avant que je ne doive transmettre le message à Sa Majesté le roi Georges. Il y a de la magie... de lune, à l'intérieur de ces pâtisseries. (Deuxième soupir.) C'est une magie démoniaque, appartenant à l'au-delà. Hm, enfin, vous ne devriez pas trop vous en faire, ce n'était qu'infime. Toutefois... comment avez-vous eu l'idée d'en rapporter ?"

Son regard, franchement interrogateur et peut-être légèrement accusateur, si j'avais eu quelques doutes, me surprit :

"Mes frères et soeurs n'y ont-ils donc jamais pensé ? Ni même père ?

- Oh, Son Altesse leur a bien demandé de le faire, après un certain temps, mais ils trouvaient toujours des excuses à leur retour pour expliquer leur échec. Pas un n'était capable de cela. Ni même leur servants ou servantes !

- C'est très... étonnant. J'y ai juste pensé. Cela m'a semblé naturel.

- Eh bien, c'est une bonne chose. Les autres ne cessaient de dire qu'ils avaient juste "oublié".

- En parlant d'oublier... Hm, non, rien, j'aimerais manger un bout de cette pâtisserie une fois de plus, s'il en reste ? Afin de mieux comprendre mon état.

- Ce ne serait pas très sain. De toute façon, il n'y en a plus un morceau, ma mère a tout utilisé pour son analyse.

- Hein ? Où a-t-il disparu ?

- C'est... eh bien, l'énergie utilisée l'a... volatilisé ? C'est un peu compliqué à expliquer."

Je hochai la tête, un peu déçue. Finalement, ce n'était pas si mal de retourner là-bas le mois prochain. Je sentais que je pouvais être utile. Comme l'avait dit l'étrange femme, d'ailleurs. J'aurais aimé la revoir, et revoir Otthild ! Simplement pour m'assurer qu'il était sauf.

Le soleil se couchait.

"J'aimerais aller me promener un peu avant de me coucher, souhaitai-je, cela me ferait du bien.

- Bien sûr, princesse. Désirez-vous une compagnie ?

- Non, cela ira. J'aimerais être seule, cette fois."

Je me préparai et attrapai mon manteau, percevant soudain le poids du briquet dans sa poche. Ma main s'y enroula sans que je dise un mot, discrète. Il ne serait pas bon que l'on sache que j'ai volé quelque chose au duc et à la duchesse du Pinson !

À la suite du couloir, un petit hall d'entrée, une terrasse. Je descendis les quelques marches et me retrouvai bientôt dans le jardin du château, une partie s'étalant sous ma fenêtre. De petites lampes éclairaient les chemins sinueux du parc, entre les bosquets, les bouleaux, les buissons. Je repérai une balancelle et m'y installai, observant le ciel pétillant d'étoiles. Ma main serrait toujours le briquet que je finis par porter à mon visage, l'allumant. Il avait une belle flamme, haute et chaude.

"Bonsoir Sahara !"

Je sursautai. La voix, enfantine, provenait de mon dos. Je me retournai et vis une petite fille très jolie, aux longs cheveux blonds et à la peau caramel sous la lumière des lampadaires. À ses côtés... Louis ! Je sursautai une seconde fois.

"On t'a fait peur ? pouffa l'enfant. Je me promenais avec grand-frère Louis. Tu es toute seule ?

- Oui..., dis-je, observant mon frère à la dérobée. Il me regarda franchement.

- Elle voulait absolument se balancer ici, expliqua-t-il, tout sourire.

- Oh, je te laisse la place, petite.

- Petite ? répondit-elle aussitôt, la mine boudeuse. Sahara, tu ne m'appelles jamais comme ça, tu sais bien que j'aime pas !

- Hum... je suis désolée, c'est que... tu es trop adorable !" Dans ma tête, la confusion totale : qui était-elle ? Bien sûr, elle m'était familière, comme beaucoup d'autres éléments, mais... de là à connaître son nom !

"Allons, Sahel, ne sois pas fâchée envers ta grande soeur, vous ne vous voyez que si peu ! Profitez ensemble de cette merveilleuse nuit, je ne suis pas loin, car j'ai promis à votre mère de te ramener."

Merci. Si j'avais pu le dire, je n'aurais pas hésité. Il allait vraiment falloir que je résolve le mystère de mon amnésie. Je sentais bien que j'étais Sahara, à présent, mais il restait au fond de moi une partie obscure, un rideau encore non levé.

Je pris Sahel dans mes bras et la déposai sur la balancelle, me mettant à côté. Elle devait avoir dans les huit ans.

"Qu'est-ce que tu avais dans la main, tout à l'heure ? me demanda-t-elle tout de go.

- Un briquet." Mieux valait être honnête. Il suffisait seulement de ne pas en dévoiler l'origine. Je le lui montrai, elle joua avec.

"Il est très joli, mais un peu lourd, c'est qui qui te l'a offert ?

- Heu... en fait, je me le suis acheté. Je le trouvais sympa. Oh regarde, une étoile filante !" fis-je pour détourner son attention, avec succès. Elle était véritablement adorable, avec ses grands yeux bruns et ses vêtements chauds et brillants. J'espérais qu'elle n'était pas rejetée.

"Tu t'amuses bien, au château ?

- Hm, hm ! Emeline et Gaspard sont gentils, ça va !

- Emeline et... hmm... d'accord, tant mieux alors !

- Oui, j'ai demandé à maman si je pouvais aller les voir plus souvent dans leurs quartiers, elle a demandé à leur maman et c'est d'accord !

- Ah oui ? Si elle est d'accord, c'est bien, rajoutai-je, tentant d'en savoir plus sans dévoiler mes trous de mémoire.

- C'est vrai, tante Blanche est gentille. Pas comme les autres, elle ne dit pas de choses méchantes sur nous. Je déteste Lara ! Elle et Hector sont toujours si méchants..."

Elle semblait au bord des larmes. Je me rappelai la vilaine fille croisée après ma première entrevue avec père. Sahel devait sans doute parler d'elle. Cela commençait à faire beaucoup de noms à retenir : Lara, Hector, Edouard, Louis étaient mes demi-frères et ma demi-soeur. Autant pour Emeline et Gaspard, supposai-je, quoiqu'ils soient certainement beaucoup plus jeunes. Il devait y en avoir d'autres que je n'avais pas encore croisés, heureusement ou malheureusement ?

"Allons, il se fait tard, Sahel, tu dois aller dormir", intervint à cet instant Louis. Comme il s'approchait, je remis prestement le briquet dans ma poche. Il me démangeait de lui poser des questions afin de lui tirer les vers du nez sur ce prétendu baiser. Mais pas en présence de ma petite soeur, aussi lui proposai-je une promenade après que Sahel soit rentrée. Il accepta, un grand sourire au visage me mettant mal à l'aise.

Bientôt, nous fûmes en chemin alors que la lune était un fin croissant apparaissant au derrière des hauts murs.

"Voilà trois ans que tu es rentré de la guerre, commençai-je, optant pour la reprise du tutoiement. La vie doit te paraître bien différente.

- C'est certain, souffla-t-il. Mais grâce à toi, je m'y habitue très vite.

- C'est une... bonne chose. (Je me pinçai les lèvres. Comment pouvais-je apporter l'épisode de l'embrassade ?) Il est vrai que nous sommes proches. tu es le seul frère gentil avec moi (et c'était la vérité)."

Il rit, légèrement, passant un bras sur mon épaule. Zut.

"Tu m'es très précieuse. Entendre ton rire, voir ton visage, goûter à tes préparations, tout cela suffit à mon bonheur. J'ai tellement eu peur pour toi lorsque tu es partie au manoir ! Mais apparemment, cela s'est bien passé."

Son ton avait changé, il se tourna vers moi, visiblement inquiet.

"Je sais que tu y retourneras, car tu es la première à faire avancer les recherches.

- Comment sais-tu cela ? fronçai-je des sourcils, réticentes à poursuivre sur ce terrain.

- Ce n'est pas important. Ce qui l'est, c'est que la prochaine fois, je viendrai avec toi. À deux, nous aurons encore plus de chance.

- Mmmoui.... je ne pense pas que ce soit une bonne idée, en fait. Des trucs bizarres arrivent, là-bas, et j'ai été la seule à être capable de m'en défaire, apparemment. La seule entre tous nos frères et soeurs, bien sûr. Je n'en sais rien, pour les autres invités.

- Raison de plus ! s'emporta-t-il.

- Nous... nous verrons. J'ai sommeil, je vais rentrer, merci pour la promenade. Bonne nuit, Louis.

- Sahara... Ta réaction m'attriste. Tu es différente. Sahel l'a aussi perçu. Il y a trois ans, j'ai promis de veiller sur toi, quand j'ai vu à quel point les autres te harcelaient.

- Je... oui, je sais... Mais je suis grande, maintenant, Louis ! J'ai seize ans, plus treize. Je veux te montrer que je peux me débrouiller. Enfin, nous en parlerons une autre fois, je t'assure que j'ai très sommeil.

- Je comprends."

Une fois dans ma chambre, je m'effondrai et me laissai plonger dans des rêves agités.

La même lueur étrange s'évada du briquet, cette fois rangé dans un tiroir, et filtra à travers les fentes du bois, mais je ne l'aperçus pas.

Le lendemain matin, je pris ma décision :

A. J'allais revoir Louis pour éclaircir cette histoire de baiser, quitte à le faire passer pour une rumeur au cas où ce ne serait pas vrai ;

B. J'allais préparer quelques petites friandises pour ma soeur Sahel et m'excuser de mon étrangeté d'hier, prétextant un manque de sommeil ;

C. Je devais prendre le temps de rencontrer Edouard, car je maintenais qu'il avait dû en voir beaucoup, depuis le temps qu'il passait au manoir ;

D. Il me fallait rechercher le chevalier Godran, dont les activités apparemment secrètes avec le duc et la duchesse du Pinson énervaient le roi. Otthild ne pouvait tout de même pas avoir disparu comme cela du jour au lendemain !

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