Un bout de gâteau

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PL : 6

Affinité Elisa : 10/10

Prenant notre air le plus naturel, nous nous avançâmes à la lumière, au bras l'une de l'autre. Il était tout à fait commun pour une dame de haut rang de se tenir ainsi, les servantes devenant souvent meilleures conseillères et amies de leur maîtresse.

La discussion cessa et les soubrettes vinrent à nous. Aïe.

"Vous avez réussi à sortir du labyrinthe ? Félicitations, princesse Sahara. A vous aussi, mademoiselle, nous sourirent-elles tout en nous tendant un petit bracelet de tissu doré. Voici la preuve de votre bravoure ! Vous êtes les secondes à revenir, je pense que les autres ne devraient tarder. Nous irons les chercher, le cas contraire. Bonne soirée !"

Nous acquiesçâmes, peu rassurées encore et glissant le bracelet à notre bras. Dans le salon, en effet, la femme étrange de tout à l'heure patientait. J'hésitai. Elle se retourna et vint à nous d'un bon pas, ne nous laissant aucune échappatoire.

"Princesse Sahara. Comme je le pensais, vous êtes saine et sauve. Hm... Je me demande s'il en est autant de votre "prince charmant"...

- Quoi ? Otthild ne vous a donc pas suivie ?

- De qui parle-t-elle, intervint Elisa, perplexe. Votre "prince charmant" ?

- Eh bien, Otthild, bien sûr, l'écuyer qui... ne cessait de me tourner autour, lors du buffet."

A sa mine surprise, je ne sus comment réagir. Bon, ce n'était pas le plus important.

"Mais il vous a suivie en courant ! Où alliez-vous donc ?

- Il fallait me suivre aussi pour le savoir..., joua-t-elle. Quant à moi, j'ai eu ce que je souhaitais, je peux rentrer. Vous êtes plus utile que vous le songez, m'informa-t-elle avant de partir, nous laissant seules dans le salon.

"Qu'a-t-elle voulu dire par là ? maugréa ma servante, agacée. De qui parlait-elle, au juste ?

- Eh bien, je... d'Otthild, mais je m'inquiète maintenant. J'aimerais quand même le savoir bien sauf, quoique je ne l'apprécie pas tant que cela.

- Vous me faites des mystères, princesse. Je n'ai encore jamais entendu ce nom. Est-il... un amoureux ?"

Son sourire et sa curiosité étaient sincères. J'eus un frisson mal contrôlé.

"Elisa, tu es bien la seule ici à me jouer un tour. Tu l'as bien vu, l'écuyer du chevalier du Cygne, Etredal Godran ! Il a des cheveux blonds et courts, des yeux gris... Tu as même dit qu'il était agréable. Il est venu nous parler et nous a servi du champagne.

- Ah, soupira Elisa, je... je suis vraiment désolée... je ne me souviens pas de tout cela. Sans doute est-ce le sortilège que vous avez dissipé de mon esprit. Merci encore mille fois pour cela, princesse. Vraiment."

J'en fus heureuse. Il semblait que notre relation soit sauvée ! Je l'aimais beaucoup et sans elle, pas sûre que je puisse me débrouiller. Les invités affluaient, aussi nous décidâmes d'attraper rapidement quelques pâtisseries restantes, les mettant dans le petit sac emporté par Elisa, puis nous glissâmes dehors, soulagées. Un cocher nous emporta au château.

Comme la nuit était sombre, lorsque nous arrivâmes, nous nous séparâmes assez vite. Adeline nous attendait je lui fis un rapide compte-rendu. Elle comprit que quelque chose clochait, aussi n'ajouta-t-elle rien et m'aida à me déshabiller. Je savais qu'elle allait demander plus de précisions à Elisa. M'endormant sur cette pensée, je ne pris garde à la luminescence s'échappant par l'interstice des portes de la penderie. Le briquet, dans la poche de mon manteau, émettait une lueur solaire...

Le lendemain matin, je fus réveillée tôt afin de faire mon rapport au roi. Je ne croisai personne dans les couloirs. Père, attentif à ma venue, avait le regard levé lorsque je pénétrai la pièce. J'étais sobrement vêtue, il sembla apprécier mais n'en dit rien.

"Alors ?"

Sans un mot, je lui tendis la petite boîte d'osier où reposait le morceau de pâtisserie de la fête du manoir. Puis je lui contai tout, tout ce qui me sembla digne d'intérêt.

"Oh, au moins n'était-ce pas totalement vain. Bien, c'est toujours mieux que ce qu'ont fait tes frères et soeurs. Mais il m'en faut bien plus.

- Oui, père.

- Donne cela à la mère d'Adeline.

- Vous... la connaissez ?

- Bien sûr, haussa-t-il les sourcils, mais je préfère rester discret sur sa nature. La magie naturelle... hm, tout type de magie n'est guère appréciée. Elle est sous mon contrôle et m'est utile, c'est suffisant. J'espère pour toi qu'il y a bien quelques traces de maléfice dans ce gâteau.

- Je... j'en suis persuadée. Les invités réagissaient vraiment bizarrement. Même Elisa... elle n'avait pas bu, c'est certain. Et moi non plus, je me suis sentie bizarre.

- Bon... Puisque c'est ainsi, je te renverrai le mois prochain là-bas." Cela sonnait comme une récompense, dans sa bouche. Je me retins de grimacer. Au moins avais-je gagné la faveur du roi, ou presque. C'était mieux que rien !

Loin de là, au manoir :

"Layen, auriez-vous aperçu mon briquet ? Il n'est plus là où je l'ai laissé.

- Non, pas du tout. C'est bien dommage, si vous l'avez perdu...

- J'en ai conscience. Il n'est pas facile de trouver un tel allumeur éternel. Ils se font rares. Enfin ! Ce n'est pas comme si nous n'avions pas les moyens, s'esclaffa-t-il. Tout de même, il s'illumine en présence de magie, je devrais pouvoir le retrouver..."

Au château, je revis ma mère. Cela me fit beaucoup de bien. Elle me révéla que son amour lui manquait. Je ne sus trop si elle ne parlait que de moi, mais passai une agréable journée en sa compagnie. Pendant ce temps, la mère d'Adeline faisait une effrayante découverte. Elle décrivit les résultats sur une feuille qu'elle plia et cacheta, la laissant à sa fille qui vint la rapporter au roi. Quant à moi, intriguée par la disparition d'Otthild Franchène, je me mis à lire l'intégralité des lettres dans le calme de ma chambre. A la lumière mordorée des fenêtres, la fine calligraphie avait un charme ancien qui m'affligea. J'étais partagée : j'avais été légèrement agacée par son comportement lors de notre "première" rencontre au manoir, mais j'éprouvais pour lui une certaine attirance, un sentiment curieux qu'il m'était difficile d'ignorer. Pourquoi donc Elisa avait-elle prétendu ne pas se le rappeler ? Il était impossible qu'elle m'ait menti, pas de cette façon. Le soir tombait, mais j'avais grandement envie d'aller quérir de ses nouvelles, d'une manière ou d'une autre.

A. Je devais aller voir messire Etredal Godran, je finirais bien par le trouver en demandant à Elisa de m'accompagner, ou, si elle ne le pouvait pas, obtenir une direction de la part d'autres servantes, tout en restant discrète.

B. Edouard, mon demi-frère pochtron vu à la fête devait bien avoir quelque idée à son sujet. Sinon, il pourrait bien me dire ce qu'il s'était passé là-bas une fois le labyrinthe quitté. Je ne l'avais pas revu depuis !

C. Toutefois, il y avait peut-être plus urgent : connaître l'avancement des recherches de la mère d'Adeline au sujet du bout de gâteau rapporté. Je supposai qu'elle avait dû tenir sa fille au courant, alors autant commencer par appeler ma gouvernante.

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