Dans le manoir

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PL : 6

Affinité Elisa : 7/10

Intriguée d'avoir pu les trouver aussi facilement alors qu'elles paraissaient bien dissimulées, j'attrapai le paquet de lettres lacées. Bien que brisé, le dessin du cachet était évident : un cygne à la tête fièrement dressée, tenant une fleur en son bec. Je détachai l'ensemble et en ouvris une, m'asseyant sur le lit, curieuse. Le papier de l'enveloppe était granuleux sous la main, écru, et ce toucher m'apaisa immédiatement, sans que je sache pourquoi.

Dès les premiers mots du papier intérieur, plié en quatre, je compris qu'il s'agissait d'une lettre d'amour, à l'égal des autres sans doute. Le rouge me vint aux joues. Qui était donc ce Otthild Franchène ? Il ne me disait rien du tout... ou bien...

Des morceaux de mémoire fort confuse semblaient jaillir à la mention de ce nom, des moments volés, de précieux sentiments flous dansant le quadrille en ma tête. Je n'arrivais pas à les fixer. Une romance cachée ? Devais-je en parler à Elisa ? Je pressentis qu'il ne valait mieux pas. Rangeant le paquet à sa place, je restai bras ballants, ne sachant quoi faire. Si je sortais maintenant, j'allais sûrement être confrontée à l'une ou l'un de mes soeurs ou frères, et je n'en avais absolument pas envie. Non, mieux valait rester là et patienter.

Je patientai donc. La gouvernante m'apporta quelques fruits, gâteaux et jus vers quatre heures, alors que mon ventre criait famine.

"Vous auriez dû venir me voir plus tôt, princesse, vous n'auriez pas souffert ainsi de la faim.

- C'est que je n'ose pas sortir, me plaignis-je, et si je tombais encore sur... Hector ? Ou, ou n'importe quel autre membre de la famille royale ? Ils me détestent."

Elle resta silencieuse, découpant mes fruits en petits morceaux qu'elle déposait dans l'assiette en porcelaine.

"Ce n'en est pas à ce point, princesse Sahara. Vous exagérez. Enfin, je peux vous comprendre, finit-elle par soupirer. Dans trois heures, vous voilà partie. Le stress doit vous tordre les sentiments.

- Dites-moi... Adeline, me rappelai-je à temps, parmi ceux qu'a envoyés mon père, y en a-t-il qui ont bu de la liqueur des Du Pinson ?

- Hum, non, c'était interdit. Enfin... il y en a bien un qui n'a pu s'empêcher d'y goûter. Prince Edouard qui ne rate à présent pas une seule fête du manoir. Vous le verrez sûrement là-bas ce soir ! Il est ivre de cette liqueur - est-ce possible ? - à longueur de journée. Il y passe toute sa rente ! Que ma princesse s'en garde, voilà une boisson qui est plus poison que plaisir.

- Je vois... Il faudra donc faire très attention. Mais, il n'est jamais rien arrivé de terrible, durant ces fêtes ?"

Elle secoua la tête.

"Non, tout le monde rentre sain et sauf. Leur commerce est florissant, voilà qui est certain. D'où l'agacement de Monseigneur le roi. Princesse, si jamais il s'avérait que vous buviez de cette maudite boisson, prenez immédiatement la fiole rouge, d'accord ? Elle dissipera sans doute le sortilège qui y est attaché.

- Mais, si l'on sait qu'il y a un sortilège, ne peut-on... poursuivre les ducs à ce sujet ? N'est-ce pas interdit par... la loi de ce pays ?"

Adeline me jeta un drôle de regard. Impossible que je sois celle que je prétendais être, avec de tels propos ! D'où venais-je donc ? Mais elle continua le jeu, ainsi qu'elles l'avaient décidé.

"Ce n'est pas possible, sinon, pourquoi ferions-nous tout cela ?" répondit-elle avec une implacable logique. Je me tus, mortifiée d'être aussi perdue. Dire qu'ils comptaient tous sur moi !

Je terminai de goûter et tournai en rond dans ma chambre jusqu'à ce qu'Elisa vienne me maquiller à six heures et demi. Je ne me reconnus plus.

"Vous ressemblez à une déesse, Sahara, vous êtes si belle...", murmura la servante, toutefois plus distante qu'auparavant. Je lui souris tristement, ne sachant comment rabibocher notre amitié. Ce n'était pourtant pas de ma faute, si je ne savais qui j'étais, si tout me paraissait à la fois neuf et familier ! J'espérais vraiment que tout revienne comme avant. Mais avant, comment était-ce ? Chassant d'un mouvement de tête ces questions inutiles, je me relevai. Il était temps de partir.

La calèche, spacieuse et confortable, nous emporta au galop de quatre splendides chevaux de race. Le soleil avait fui sous les roulements d'épaules de la nuit sans-gêne, nous laissant dans une obscurité crescendo ; je percevais à peine le visage de ma servante dans l'espace clos, et le bruit des roues, des sabots et du claquement de fouet finit par m'assoupir. Je n'avais pas sommeil, pas après avoir passé tant de temps sur mon lit, mais c'était plus fort que moi, une hypnose relâchant doucement mes nerfs tendus.

"Princesse ? Princesse, réveillez-vous, nous sommes arrivés."

Percevant la voix d'Elisa, j'ouvris les yeux, surprise de m'être tant laissé aller. Il y avait de la musique, des voix, de la lumière ; le stress revint immédiatement, vague impitoyable. Je descendis, la jeune fille me tendant son bras pour ne pas que je tombe à cet instant crucial. Nous nous avançâmes dans les flot lumineux, parmi les riches couples et nantis solitaires progressant vers l'immense escalier de l'immense manoir. J'ouvris grand les yeux, ébahie : tout était splendide. Le jardin, parfaitement entretenu, parsemé de buissons, arbustes, mares et allées sinueuses ; la façade constellée de fenêtres hautes et de balcons gracieux ; l'entrée si vaste qu'il semblait qu'on pouvait y passer à cent en même temps, d'où s'écoulait la musique perçue plus tôt.

"Vous devriez fermer la bouche, princesse", me chuchota Elisa à cet instant. Je m'exécutai, un peu gênée. De part et d'autre de la porte, deux jeune filles parfaitement semblables, très jolies, habillées en soubrette.

"Qui..., commençai-je, avant de m'arrêter, ne voulant plus paraître idiote.

- Les domestiques jumelles des Du Pinson, m'informa toutefois Elisa qui, sans doute, avait compris mon désarroi. Voilà encore un point surprenant du manoir, me confia-t-elle à voix basse, il n'y a qu'elles, et pourtant voyez comme tout est grand et propre ! Deux jeunes filles seules ne peuvent s'occuper de tout cela, n'est-ce pas ?

- En effet, confirmai-je, car j'étais à peu près sûre que c'était vrai. Oh, vous m'inquiétez, déjà que je ne suis pas à l'aise...

- Je suis désolée ! s'excusa-t-elle aussitôt, confuse.

- Bonsoir", nous salua soudain l'une des jumelles. Je ne l'avais pas entendu venir et j'espérais qu'elle n'avait pas saisi notre discussion ! Elisa lui tendit aussitôt la lettre d'invitation, nous passâmes, enfin dans le hall avec les autres.

"Jusqu'à présent, tout va bien", songeai-je, rassurée par le contact de la fiole d'Adeline sous mon corsage. Nous finîmes par parvenir au salon qui me laissa tout autant pantoise que l'extérieur par sa richesse évidente et sa présentation raffinée. Les tables étaient chargées de mets exquis, les lustres étincelaient, lourds et luxueux, le sol brillait, les musiciens jouaient une musique ravissante. Je me sentis transportée de joie, subitement, comme si plus rien n'importait autre que cette mémorable soirée.

Alors que j'observais avec envie les tables aux pâtisseries colorées, une personne m'interpella :

A. D'une voix ravie, nettement empreinte d'affection.

B. Me faisant violemment frissonner, pour je ne savais quelle raison.

C. Son ton manifestant de la surprise et de l'agacement.

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