CHAPITRE 6 : THOMAS

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"Remain true to who you are. Don't follow fads and fashions.

You have to grow as an artist to fulfill your own destiny. Aspire to inspire."

Jon Bon Jovi

— Chacun a un verre ?  En demandant cela, je me rapproche de Caroline.

 Pendant que je vide la bouteille de champagne, je me suis éloignée d'elle et je ressens un manque. Je ne sais pas l'expliquer, mais il me manque quelque chose, son sourire, la chaleur de son corps, je ne saurais dire. En m'approchant, je l'observe, elle est splendide. Perpétuellement en train de sourire. Julian est auprès d'elle et une sensation que je déteste naît dans mes veines : la jalousie. Ce n'est pas dans mes habitudes, je n'ai pas un tempérament jaloux, mais ici quelque chose circule dans mon corps, un signal se met en route en me disant « cette femme est à toi, rien qu'à toi ».

 Je vais vers eux, je lui passe un bras autour de la taille et malgré moi, mon regard se dirige vers Julian. Il me regarde, me sourit et me fait un clin d'œil en reculant d'un pas. Et merde, il a compris ce qu'il se passe. C'est un avantage comme un inconvénient d'avoir une complicité comme celle-là. Enfin dans ce cas-ci je ne dois rien dire et c'est plus facile pour tout le monde. On ne s'est jamais disputé pour une femme. Julian en a eu beaucoup plus que moi et même si à une époque on s'est partagé quelques femmes, à ce moment précis il a compris que c'est chasse gardée. Elle est à moi. Bon Dieu, cette pensée ne cesse de passer dans ma tête. Faut que je me reprenne.

Le silence s'installe et des dizaines d'yeux me scrutent.

— Hey, ne me regardez pas comme cela !

 De nombreux rires se font entendre.

— Je voudrais juste vous dire merci et que sans vous on n'y serait pas arrivé. On est que quatre sur scène, mais derrière nous, il y a toute cette équipe et s'il devait manquer une personne, cela ne serait pas pareil. Alors merci  ! Je veux ajouter aussi que je suis très heureux du travail que l'on a accompli et je sais que je peux être chiant parfois, mais... 

— Parfois  ?  ajoute Julian.

 L'assemblée éclate de rire, franchement  !

— Non, je te jure mec, c'est plus que parfois,  poursuit-il en levant son verre.

— Bon je disais, même si je sais que je suis chiant, pas parfois, mais toujours, je vous dis merci pour tout le travail que vous faites quotidiennement. Et c'est vrai que l'on a tous beaucoup travaillé pour arriver là où nous sommes. Et si l'on goûte à l'argent, à la fortune, à la gloire, pour moi ce qui est important, c'est ce petit groupe d'humains qui est ici et sans lequel je ne serais rien. À vous, santé  !

Un « santé » général est prononcé et chacun boit son verre. Julian s'approche et me regarde :

— Non mais je te jure, c'est souvent que tu es chiant, mais je t'aime comme tu es, hein  !  me dit-il en me prenant dans ses bras.

 Et cela me fait un bien fou, j'ai les larmes qui montent aux yeux. Ne vous méprenez pas, je suis hétéro et je n'ai jamais eu envie d'approcher un homme, mais j'adore être auprès de Julian, il a ce côté gros nounours et on est bien dans ses bras. Julian fait partie de ces gars qui montrent leurs sentiments, pour certains hommes c'est loin d'être viril, mais pour Julian cela fait partie de son caractère et s'il te dit qu'il t'aime, c'est que c'est le cas. Par contre, s'il te dit que t'es un con, il le pense dans ce cas-là aussi.

 Caroline est à côté de moi, elle me sourit et je vois ses lèvres qui me disent « félicitations » et elle lève son verre. Je me dirige vers elle et je lui dis « merci, sans les fans comme toi, on ne serait pas là aujourd'hui ».

 Je passe un bras autour de ses hanches. Son corps se rapproche du mien et elle s'installe auprès de moi comme si elle faisait cela depuis des lunes. C'est agréable d'avoir quelqu'un auprès de soi dans des moments pareils.

 Même si je suis marié, on est dans une phase exécrable, et comme d'habitude Dorothé me reproche mes absences. Je me doute que cela ne doit pas être facile d'élever seule des enfants. Je sais que c'est elle qui s'en occupe au quotidien, le sport, l'école, les réunions de parents, les goûters avec les copains, tout est pour elle. Même si je les contacte tous les jours, merci Skype, je sais que ce n'est pas évident, mais bon je fais de la musique depuis toujours. Elle le savait quand elle m'a épousé, elle savait que je ne faisais pas un « neuf-cinq », je vis le soir, la nuit, les week-ends, c'est comme cela, c'est le revers de la médaille de la gloire et de la fortune. Malgré tout, je suis heureux qu'elle ne soit pas là. Ce n'est pas avec elle que je veux passer du temps, mais avec Caroline.


CAROLINE

 Cela fait plaisir de les voir. Ils ont beaucoup travaillé, mais ils ont réussi. Ils sont là où ils veulent être. Ils sont heureux et cela se voit. Thomas a passé un bras autour de ma taille. Sa main se balade sur l'avant de ma hanche et sur le bas de mon dos. À chaque mouvement de va-et-vient, je sens une décharge électrique dans mon corps. À chaque manoeuvre, je m'approche de plus en plus de lui. Si mon corps pouvait se fondre dans le sien, cela serait parfait.

 Je commence à sentir son odeur. Une odeur épicée, de bois, de force. Un mélange de parfum et d'odeur masculine, de savon et de shampoing. Je suis auprès de lui et je lui prends une mèche de cheveux que je repousse derrière son épaule. À mon geste, il interrompt sa conversation avec Oliver, me sourit et me fait un baiser sur la joue. C'est une sensation agréable. Il a une barbe de trois jours, comme à son habitude, et j'adore le mouvement de ses lèvres sur ma joue. Sa barbe me pique légèrement, et je m'imagine sentir la douceur de sa bouche sur mon corps, dans mon cou, sur mes épaules, dans le bas de mon dos.

Il faut que je me ressaisisse  ! Nathalie arrive à ce moment-là.

— Ça va ? 

— Très bien merci et toi ? 

— Tu as l'air d'être à mille lieues d'ici. 

— Si je te disais à quoi je pense... Tu finirais par rougir, je lui dis en faisant un clin d'œil !

— Rassure-toi, je pense à la même chose, mais pas à la même personne... Cela doit être le champagne.

— Tout à fait, c'est à cause du champagne. On va essayer de garder l'esprit clair  ! 

Thomas nous interrompt :

— De quoi vous parlez les filles ? 

On se regarde toutes les deux et Nathalie me dit :

— Je te laisse répondre à cette question. 

— Cela ne serait pas poli de te répondre à ce moment précis Thomas. Tu pourrais avoir une fausse idée de nous. 

— D'accord, pas en ce moment, mais je veux une réponse, et n'oublie pas, j'ai une mémoire d'éléphant ! 

 Oliver arrive dans la salle en nous disant que les voitures sont prêtes et qu'elles nous attendent pour nous conduire au restaurant.

 Nous sortons par l'arrière de la loge et nous trouvons plusieurs limousines noires les unes derrière les autres. Les vitres sont fumées et une dizaine de personnes entrent dans chacune d'elles.

— Bonsoir Stephen, comment va la famille  ? La jambe de ta sœur va mieux  ? 

— Bonsoir Thomas, oui merci, nous allons bien. Sa jambe est encore dans le plâtre, mais l'opération s'est bien déroulée, merci  ! 

 Stephen prend place après avoir fait monter tout le monde, et après avoir vérifié que les portes sont bien fermées. Un autre homme monte à l'avant du véhicule.

— Bonsoir Boris, alors ces vacances en Floride ? Tu as une mine superbe  !

— Bonsoir Thomas, super les vacances, tu avais raison la Floride était splendide, chaud, mais on a passé de bons moments.

 Je m'installe à côté de Thomas, et nous discutons tous ensemble de la soirée et du restaurant français qu'Oliver nous a trouvé. C'est agréable d'être là et je ne parle pas du confort des sièges en cuir. Je parle de la joie d'être auprès d'un homme attentif, gentil, passionné. Nos cuisses se touchent, nos regards se croisent. Il me sourit, prend ma main dans la sienne. Nos doigts se cherchent, se découvrent, se trouvent. Une dizaine de voitures s'est mise en route et nous traversons Londres. La ville est splendide, pleine de lumière. Nous nous arrêtons près de la Tamise. Boris sort en premier de la voiture. Il entre dans le restaurant et revient quelques minutes plus tard. Il ouvre la portière et nous dit  :

— On peut y aller Thomas, le resto est pour nous.

 Nous sortons de la voiture et nous pénétrons dans un magnifique restaurant. Il est clair, lumineux, une grande cheminée se trouve au centre, mais vu la chaleur, il n'y a pas de feu allumé. Il y a une dizaine de tables rondes dans le restaurant. Les nappes sont de couleur ivoire, la vaisselle est blanche, l'éclat des verres brille de mille feux. Nous entrons et nous nous installons à la table la plus éloignée de l'entrée. Nous sommes assis avec les membres du groupe, Nathalie se place à côté d'Hector et je dois dire que si Thomas et moi nous ne nous séparons pas, ces deux-là sont collés par le même produit que le nôtre. Quand l'un bouge, l'autre aussi.

 Lorsque tout le monde est assis et que les verres sont remplis, Thomas se lève et prononce un petit discours. Oliver m'explique que chaque soir de concert, il réserve un resto et quatre-vingts personnes de l'équipe sont invitées. Il m'énonce qu'un total de huit cents personnes travaillent pour le groupe. Une véritable entreprise, il y a les chauffeurs des voitures, des bus, des camions pour le matériel. Les pilotes des avions, les co-pilotes, les techniciens, les éclairagistes, les ingénieurs du son et beaucoup d'autres dont je ne retiens pas le titre.

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