CHAPITRE 63 : THOMAS

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"Promis, juré qu'on la vivra notre putain de belle histoire !"

Anonyme

 Nous arrivons enfin à nous extirper de notre lit, nous allons nous habiller pour la cérémonie. Les femmes s’aident entre elles, et nous avons une chambre à nous afin de nous préparer. Je dois dire que nous sommes tous très chic. Hector a voulu du gris, nous sommes donc tous en couleur de nuage. Les smokings sont gris perle avec des rebords de satin légèrement plus foncé, de la même teinte que la pochette et le nœud papillon. Julian m’aide à faire mon nœud papillon et je lui enfile ses boutons de manchette. Nous sommes face au miroir tous les deux, il me sourit :

— Alors prêt ?

— C’est toi qui doit être prêt, c’est toi le témoin.

— Je le suis, je suis heureux qu’il trouve enfin le bonheur. C’est vrai que l’on a eu de la chance dans notre boulot, on exerce notre passion, mais à part Hugo, nous trois on a mis du temps pour trouver la personne qui nous convenait.

— Cela valait la peine d’attendre  !

— Tout à fait d’accord avec toi, cela en valait la peine, me dit Julian en me faisant un clin d’œil.

 Nous sommes fin prêts. Et rien à y faire, c’est Julian qui sort du lot. Il est d’une beauté époustouflante, même à l’aube de ses quarante-cinq ans. Il ne parait pas son âge, pourtant il n’a que deux semaines de moins que moi, mais souvent il parait dix ans de moins que nous. Hector est magnifique dans son smoking, Julian lui ajuste son nœud papillon et lui sourit.

— C’est le grand jour mec  !

— J’en suis ravi Julian, j’ai trouvé la femme de ma vie, je suis vraiment heureux avec Nathalie.

— C’est tout ce que je te souhaite mec, lui dit-il en le prenant dans ses bras.

 Hector se retourne, ouvre la porte pour sortir, puis il change d’avis et referme la porte. Nous le regardons tous les trois d’un air interrogateur.

— Je n’ai pas changé d’avis, rassurez-vous  ! Je voulais juste vous dire merci, merci d’être ici aujourd’hui, merci de faire partie de ma vie, merci d’être vous tout simplement. Ma vie n’aurait pas été la même si je ne vous avais pas rencontrés. Vous êtes tous très importants pour moi, tous autant que vous êtes, même si c’est vrai que j’ai plus d’atomes crochus avec Hugo, mais toi Julian et toi Thomas, vous êtes tout aussi indispensables à ma vie. Je vous aime les mecs.

 Quelques mots qui résument toute une vie, quelques mots que nous pensons tous. Nous avons traversé des déserts, des tempêtes, des océans déchaînés, mais nous avons toujours été unis dans tout les cas et aujourd’hui on compte les uns sur les autres. Nous nous sommes rapprochés et nous sommes dans les bras les uns des autres. Comme d’habitude c’est Julian qui ajoute le mot qui nous fait sourire. Julian, notre alpha, notre grande gueule, notre macho, mais sans aucun doute le premier à essuyer les larmes qui coulent le long de ses joues.

— Les mecs, si nos femmes rentrent à ce moment précis, elles vont nous prendre pour des pleureuses  ! Allez, ouste, dehors, tu es le marié et on va à un mariage.

 Il se tourne vers moi et ajoute :

— Si tu dis à Jessica que j’ai pleuré, je raconte à Caroline ta première nuit de tes dix-sept ans, me dit-il en me faisant un clin d’œil.

 Nous sortons de la maison et nous nous installons dans la limousine qui nous transporte. Nos femmes sont déjà parties dans une autre voiture.

 Hector et Nathalie voulaient un mariage à l'église. Ca n'a pas été facile car Hector a déjà été marié. Le prêtre était réticent mais un chèque pour aider ses paroissiens l'a convaincu. Nous avons exhausé le désir des futurs mariés. C'est ainsi que nous arrivons à l'entrée d'une magnifique petite église catholique.

 Hector s’installe auprès de l’autel, du côté droit, Julian est à ses côtés et je pense qu’il doit avoir vérifié dix mille fois s’il a bien les anneaux et son discours. Je me trouve à la droite de Julian et Hugo à sa gauche. La musique retentit et les demoiselles d’honneur, nos femmes, entrent dans l’église. C’est Caroline qui entre en premier, elle est le témoin de Nathalie et va aller se mettre en face de Julian. Elle est tout simplement splendide. J’avais vu sa robe, mais accrochée dans le dressing, maintenant elle la porte et elle est majestueuse. Son petit ventre arrondi est magique et si vous me demandez ce qui se passe en ce moment, je suis tout à fait incapable de vous répondre, je suis concentré sur Caroline, et plus rien n’a d’importance.

 Jessica et Jennifer se placent à sa droite et à sa gauche. Elles sont toutes les trois resplendissantes. C’est au tour de Nathalie de faire son entrée, elle est accompagnée par son papa qui est très fier de conduire sa fille devant l’autel. Il prend la main d’Hector et glisse la main de sa fille au-dessus de la sienne en disant « je te la confie, prends soin d’elle », il embrasse Nathalie et se retire au premier rang.

 La cérémonie est parcourue de passages de la Bible, de musique, des nôtres et d'autres. En effet, nous avons sorti « Words can’t say what love can do » et en l’écoutant dans cette église, je me dis que c’est exactement ce que je ressens pour Caroline. Elle pense la même chose que moi, car nos regards se sont captés et ne se quittent plus. Le prête prononce diverses phrases de soutien envers les époux et j’ai l’impression que ces mots sont pour nous. Il faut que l’on mette notre mariage en route, je veux que cette femme soit mienne légalement.

 Julian s’avance pour prononcer son discours, je ne l’ai jamais vu aussi ému.

— Bonjour à tous, nous sommes ici présents afin de célébrer l’amour qu’il y a entre mon frère, un de mes frères, Hector et sa charmante compagne Nathalie. Hector, il y a quelques mois, tu faisais la connaissance de Nathalie, à Londres, durant notre concert de Hyde Park et je me souviens qu’à l’époque Thalia nous a dit que tu avais fait une fausse note. Cette fausse note, c'était de sa faute à elle, Nathalie, elle venait d'entrer dans ton champ de vision et n'allait plus jamais en sortir. Ton regard a été détourné de ta batterie. Un vent nouveau soufflait sur ta vie et pour reprendre les mots de Thomas, ce n’est pas un vent, c’est une véritable tornade qui est entrée dans vos vies, et spécialement dans la tienne.

 Je me souviens du Hector discret, calme, qui avait mis un mot aux valves de l’école afin de créer un groupe de musique. Je me souviens des répétitions que l’on a fait dans la cuisine de Carole, merci maman, sans toi, on n’y serait pas arrivé, c’est certain. J’ai toujours eu l’image d’un homme calme, attentionné, doux, tu as toujours été là, présent pour nous tous, au fur et à mesure que notre tribu grandissait. Tu es le plus calme de nous quatre, celui qui réfléchit toujours le plus, celui qui pèse le pour, le contre, tu analyses toujours la situation sous toutes ses coutures et aujourd’hui tu es fait comme un bleu, mec, tu es pieds et poings liés face à Nathalie et elle te mène par le bout du nez  !

 Cette phrase fait rire tout le monde, mais malgré tout, Julian a raison. Deux femmes sont entrées dans nos vies et elles ont tout bouleversé. Si Hector est pieds et poings liés, il n’est pas le seul, je suis moi aussi au service de ma femme. Julian reprend son discours :

— Je disais que tu es pieds et poings liés, qu’elle te mène par le bout du nez, mais surtout que tu adores cela. Tu n’as pas changé depuis que Nathalie est entrée dans ta vie, tu t’es bonifié. Elle t’a apporté ce petit quelque chose qui fait que tu es toujours Hector, mais Hector en une meilleure version. Elle te fait rire, elle te fait sourire, elle te fait vivre simplement. Elle est devenue ton oxygène, ton cocon et elle t’apporte ce petit grain de folie qui te rend encore plus touchant qu’auparavant. Tu es et tu resteras un de mes frères, mais en mieux, merci Nathalie. Merci d’être présente et de donner à Hector tout l’amour que tu peux avoir en toi. Je vous souhaite au nom de nous tous ici présents, des années de bonheur, une vie sans nuages, remplie de joie et de bonheur, soyez heureux. Je vous aime tous les deux.

 Le discours de Julian est applaudi par toute l'assemblée. Personne, à part lui ne pouvait faire un discours comme celui-là. Tout est tellement vrai dans ce qu'il dit, sans le mot aux valves, sans les répétitions dans la cuisine familiale, nous n'aurions pas envahi Hyde Park, nous n'aurions pas rencontré nos femmes. Le prêtre termine la cérémonie, les anneaux sont échangés. Ils sont splendides, c'est Mélanie qui en a fait le design. Elle a vraiment un don pour tout ce qui touche au dessin. J'espère qu'elle voudra bien dessiner ce à quoi je pense pour le jour de mon mariage. J'ai l'impression d'être égoïste, car si je suis bien présent physiquement, souvent mon esprit vagabonde en pensant à mon mariage, à ma femme. J'essaye de me reconcentrer, mais une fois de plus, je rencontre les yeux de Caroline et bon sang, ce n'est pas possible de désirer une personne comme cela. J'avoue que j'ai un sourire sur les lèvres, je n'ai jamais fait l'amour dans une église, je sais qu'elle y pense aussi car elle n'arrive plus à me regarder sans rigoler. Hector prend le carnet de mariage en mains, remercie le prêtre, tend la main à Nathalie en lui disant :"prête à faire un bout de chemin avec moi ?"

 Nathalie est très émue, et ce depuis le début de la cérémonie, mais ces quelques petits mots, lui font couler les larmes sur ses joues. Nos amoureux sortent main dans la main, Julian et Jessica se mettent derrière eux, Hugo et Jennifer, puis je m'avance et tends la main à Caroline. Elle la prend tendrement et embrasse mon pouce, comme d'habitude, cela m'embrase. Elle sourit, se colle à moi et me dit "faut que l'on pense à autre chose, on ne va tout de même pas s'éclipser le jour du mariage d'Hector ?". Elle est aussi coquine que moi, c'est un des nombreux points communs que nous avons !

 En tant que témoin, Julian s'est occupé de l'organisation du mariage de A à Z, et j'avoue que je suis impressionné. Il est un musicien hors pair, il fait partie des meilleurs guitaristes au monde, mais j'avoue que le côté organisationnel, est un côté que je ne lui connaissais pas vraiment. La cérémonie à l'église a été réglée comme du papier à musique, la visite à la mairie est tout aussi grandiose. Seule petite différence, le discours est fait par Hugo.

 Nous arrivons en début de soirée, nous accueillons nos amis, nombreux mais tous amis. Nous faisons partie de ces groupes qui ont débuté il y a quelques décennies, et nous n'avions pas internet, ni les réseaux sociaux. Nous nous sommes faits des amis et si Jon ou Richie étaient présents depuis le début, c'est avec joie que nous accueillons Bono, Jared ou The Edge. La réception bat son plein, le champagne coule à flot, la mariée est resplendissante et je n'ai jamais vu Hector aussi heureux.

 Julian a fait appel à plusieurs chefs qu'il connait et le repas est succulent. Soirée italienne, pourtant, c'est moi qui suis Italien d'origine, mais je pense que j'ai transmis l'amour de la bonne cuisine au groupe. Le service est irréprochable, le vin accompagne les mets à la perfection. Les tables sont dressées sur base de blanc et de rose, tout comme les bouquets de fleurs, et les bougies. A l'ouverture du repas, je demande l'attention des jeunes mariés et de l'assemblée :

— Bonsoir à tous, je voudrais tout d'abord vous remercier de nous accompagner une fois de plus, certains d'entre vous sont présents dans les bons - je lève mon verre face à Bono - comme dans les mauvais moments – je me tourne vers Jared en lui faisant un clin d'œil- et en vous voyant tous réunis ici, je me dis que la vie n'aurait pas été la même si vous n'étiez pas tous présents. Nous sommes aujourd'hui réunis afin de voir un bonheur incommensurable sur le visage de nos deux amoureux. Je vous félicite d'avoir franchi le pas et d'avoir montré à tous l'amour que vous avez l'un pour l'autre, cela fait plaisir à voir.

 Nathalie, tu fais partie de notre vie depuis quelques mois maintenant, tu as vécu avec nous, quand je dis "nous", je veux dire "nous tous", tu as épousé Hector, mais bon n'oublies pas que tu nous a tous sur le dos, quand tu en prends un, tu en reçois trois autres en plus ! Nous sommes heureux de te voir ici auprès de nous, avec nous. Comme l'a dit Julian, Hector s'est bonifié à ton contact, il est heureux et cela se voit sur son visage et c'est grâce à toi, merci ! Longue vie aux amoureux !

 Hector se lève, me rejoint et me prend dans ses bras "merci petit frère". Le repas est gargantuesque, varié, fin, succulent, je ne trouve pas les mots que je pourrais mettre dessus. Caroline est assise à côté de moi, bien sûr et comme d'habitude, nos doigts se cherchent, se trouvent, se croisent, tout comme nos mains, nos regards. Nous en sommes à la fin du dessert, et l'ouverture du bal se fait. Nathalie a demandé à avoir "With or Without You" de U2. Les mariés se mettent au centre de la piste de danse, et certains d'entre nous se lèvent discrètement. Bono, Jared, Jon et moi-même avons pris un micro, Julian et The Edge ajustent leur guitare et Hugo prend place derrière sa basse. Je dois dire que les mariés sont heureux, vraiment. Et ce petit plus, qui pour nous n'est vraiment pas grand-chose, est un monument pour nos amoureux, pour Nathalie surtout, elle n'a pas encore l'habitude de voir Bono, Jon ou Jared dans le même milieu que le sien. L'ouverture du bal se fait donc par les mariés et après quelques minutes, ils appellent les autres couples à les rejoindre au milieu de la piste de danse. Nous terminons notre chanson et un orchestre prend la suite des opérations en mains. Je vais chercher Caroline et je l'emmène au centre de la piste, et je ne l'ai jamais vue plus belle qu'aujourd'hui.

— Quelle journée, quelle soirée, me dit-elle.

— Ce n'est pas tous les jours que je marie un de mes frères !

— Heureusement ! Tu imagines des journées, toutes pareilles à celle-ci ? Enfin, le bonheur est présent et c'est le plus important.

— Tu sais, au début on a eu vraiment des moments difficiles, je te l'ai dit, on est rentré chez mes parents car on crevait de faim, mais une chose n'a jamais, au grand jamais fait défaut, c'est l'amour que nous pouvions avoir les uns pour les autres, et aujourd'hui encore c'est ce que je ressens.

— C'est la raison qui m'a fait rester le premier jour. Il y avait tellement d'amour autour de vous, je me suis installée dans un cocon de douceur et je ne veux plus en sortir, me dit-elle.

— Il n'est pas question que tu en sortes ! Tu es chez toi ici, avec moi, mes frères, mes enfants et notre bébé, je lui réponds en passant mes doigts sur ses lèvres. Je t'aime ma princesse.

— Je t'aime moi aussi Thomas !

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