CHAPITRE 58 : THOMAS

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 La tournée avance, nous avons déposé nos valises en Australie, nous passons plusieurs soirs à Sydney, en Nouvelle-Zélande en Nouvelle-Calédonie, ainsi qu'au Japon et si tous ces noms font rêver le commun des mortels, moi j'avoue que je ne rêve que d'une chose, d'une seule personne, de Caroline. Ma femme me manque. J'ai besoin d'elle, de son sourire, de ses mains, de son souffle et de ses lèvres sur mon corps. Une fois de plus je remercie la technologie, bien sûr Skype reste une image au travers d'un écran de PC, mais au moins on peut communiquer tous les jours. Nous avons six semaines de tournée, nous avons six soirs par semaine, et même si j'aime mon métier, je commence à le ressentir, et puis je n'ai plus vingt ans  ! Je pense que le groupe est ko, l'équipe commence à être fatiguée. Il est temps que nous arrivions à la fin. Nous terminons la tournée pour mon anniversaire au mois de mars. Des dates sont déjà programmées pour la rentrée scolaire.  Mais actuellement, on a besoin de calme, de repos, de notre lit à la palce d'un lit d'hôtel, j'ai envie de faire la cuisine pour ma femme, de voir mes enfants, mes petits-enfant. La vie de tout un chacun me manque cruellement en ce moment.

 Le dernier soir, nous sommes à Tokyo, une ville qui nous a accueillis avec chaleur depuis nos débuts. Le stade est complet et ce durant quatre soirs. Une fois de plus, je rentre le dernier sur scène et une formidable ovation se fait entendre. Cela me fait chaud au cœur, j'aime mon public, sans toutes ces personnes, je ne suis rien, sans la musique je ne suis rien, mais aujourd'hui j'ajoute que sans Caroline je ne suis rien. C'est notre dernier concert et je n'ai envie que d'une chose, c'est de poser mes fesses dans un avion et de rentrer en Europe pour retrouver Caroline.

 Le concert dure un peu moins de quatre heures, nous sommes décomposés, au bout du rouleau, les uns comme les autres, plus aucun de nous ne tient debout. Lorsque l'on sort de scène, Hector s'assied sur les marches qui mènent aux loges, enfin il s'écroule plutôt, et nous trois aussi.

— Les mecs, il faut que l'on se lève, je leur dis.

— Je suis cassé Thomas, j'ai besoin de repos, me répond Hector.

 Oliver vient à notre rencontre, il sait ce que l'on éprouve, il ressent la même chose.  Ce manque existe pour la plupart des personnes qui travaillent avec nous, même si beaucoup de couples existent dans notre équipe, un enfant, un parent, un frère, une sœur manque à l'équilibre de notre vie. Oliver nous a apporté un remontant, on ne fait pas souvent appel à ce genre de choses, mais les derniers soirs, on se shoote aux amphétamines, sous contrôle médical, mais on le fait. On ne tient plus debout, pourtant, on rassemble le peu de courage que l'on a encore, le peu de bonne volonté afin de prendre une douche et d'être présentable pour notre dîner de clôture. Oliver nous a réservé un restaurant français en plein milieu de Tokyo, je ne sais toujours pas comment il fait, mais une bonne cuisine me fait plaisir en ce moment. Un énième discours plus tard, nous sortons pour nous affaler sur les sièges en cuir de la limousine qui nous attend. Boris et Stephen sont avec nous et c'est avec sérénité que nous nous endormons quelques instants plus tard, nous sommes incapables de lutter contre le sommeil, aucun des quatre. C'est dans un demi-sommeil que l'on monte les marches de l'avion, nous allons être chez nous dans quelques heures, enfin, nous en avons besoin.

 Je sors de ma somnolence, car je suis balloté de gauche à droite et j'ai besoin de tranquillité pour dormir. J'ouvre un œil et je constate que Julian est à côté de moi.  C'est lui qui bouge comme cela, il se tourne, se retourne et commence à parler dans son sommeil. Je ne comprends pas ce qu'il dit jusqu'au moment où je l'entends prononcer le nom de Jessica. Il ne le prononce pas, il le hurle, un véritable cri de guerre. Je le secoue afin de le réveiller, il crie plusieurs fois le nom de Jessica. Il me faut quelques minutes avant de pouvoir le calmer. Nous sommes assis dans le lit d'un de nos avions, Julian est en sueur, il s'accroche à moi et c'est à ce moment-là que je comprends tout ce que je lui ai fait traverser tout au long de ces années. Il m'a fallu du temps pour pouvoir dormir sans cauchemar, pour ne pas avoir peur de m'endormir, pour dormir plus de quatre heures d'affilées. Il est dans mes bras et je le berce. Son souffle se fait plus calme, il retrouve une respiration normale. Je lui enlève son t-shirt, j'essuie son corps avec celui-ci, puis il me regarde et il me dit :

— Désolé, j'ai fait un cauchemar, désolé Thomas, tu as besoin de dormir et je te réveille, désolé.

— Pas de soucis, c'est à cela que servent les grands frères, non ?

— Merci d'être là, me dit-il en se levant et en prenant un t-shirt sec. Je vais boire un coup, je reviens dans dix minutes, merci.

 Dix minutes plus tard, il revient avec deux verres d'eau pétillante. Il m'en donne un, se couche et me demande s'il peut se remettre dans mes bras. Proposition aussitôt acceptée,  j'ai besoin de mon petit frère, j'ai besoin de savoir qu'il est serein dans mes bras. Je le berce et passe ma main dans sa longue chevelure, j'embrasse le sommet de son crâne et je lui murmure :  « je t'aime Julian ». Il s'endort quelques minutes plus tard et moi aussi je me laisse entraîner par Morphée. La nuit n'est pas calme, je somnole, mais je suis détendu en me réveillant.

 Nous arrivons enfin en Europe, en Belgique, à l'aéroport de Bruxelles. Une limousine nous attend, nous avons passé le poste de frontière sans aucun souci. L'appartement que Caroline et Nathalie ont acheté se trouve dans les faubourgs de la capitale.  Il y a une quinzaine de kilomètres entre l'aéroport et leur appartement. J'ai hâte de la voir, j'ai besoin de la voir, mon corps est tendu comme un arc, j'ai besoin de l'avoir auprès de moi. C'est tellement bizarre comme sensation, un véritable manque, je ne sais pas comment l'expliquer, mais j'ai l'impression qu'il me manque un membre lorsque je suis loin de Caroline et ces dernières six semaines ont été un vrai cauchemar, je me rends compte qu'elles ont été les six semaines de trop. Jessica et Jennifer ont rappliqué en Belgique, elles aussi.  Elles sont venues à l'appartement et lorsque nous y arrivons c'est avec un véritable soulagement. Au moment où j'introduis la clé dans la porte d'entrée, je me sens chez moi, ma femme m'y attend et c'est tout ce qui m'importe. Chacun se dirige vers la chambre de sa moitié. Je m'arrête à la cuisine car j'y entends du bruit. Stephen est déjà debout et il se prépare un petit déjeuner bien copieux. C'est avec un grand sourire que je suis accueilli, cela fait du bien de rentrer à la maison !

— Hey, Thomas, comment va  ? Vous êtes rentrés, la tournée est finie  ? me questionne-t-il en me prenant dans ses bras.

— Bonjour Stephen, oui nous rentrons. Je ne suis pas seul, les guys sont là aussi, ils sont en direction de leur femme. Caroline dort encore je suppose  ?

— Oui, maman dort encore, mais tu connais le chemin, me dit-il en me faisant un clin d'œil.

 J'adore ce gamin, j'aime sa façon d'accepter mon amour pour sa maman. Il n'a pas eu facile lorsque son père a frappé sa mère. Par après, il a compris que j'aimais sincèrement Caroline, mais il m'a aussi fait comprendre que malgré tout ce que Paul avait fait, ce dernier, resterait son père et c'est un point de vue que je respecte. Il m'a aussi expliqué que si je faisais du mal à sa maman, je passerais un mauvais quart d'heure.

 Je laisse Stephen dans la cuisine en emportant un verre de jus d'orange qu'il vient de presser. Je monte au premier étage, je me dirige vers la chambre de Caroline, tout en buvant mon jus de fruits. J'ouvre la porte délicatement, un faible rai de lumière filtre au travers des tentures. Je la regarde, elle est couchée au milieu du lit, elle porte une nuisette qui dévoile ses épaules et une fois de plus, un simple regard, un morceau de peau qui n'est pas couvert et mon corps s'embrase. Un volcan est entré en éruption dans mon corps, principalement au milieu de ce dernier. Je suis debout au milieu de la chambre et ma propre réaction me fait sourire, est-ce normal d'aimer une personne à ce point ? Honnêtement, je me pose la question.  Je suis totalement dépendant de cette femme, corps et âme, bon c'est certain plus corps qu'âme, mais jamais je n'ai pu aimer une femme comme j'aime Caroline.  Jamais je n'ai ressenti un tel sentiment, c'est totalement inexplicable. Je suis incapable de mettre des mots sur ce que je ressens.  Et même en le répétant, je n'y crois pas.   Je sais que cette femme est mon âme sœur, je suis le ying, elle est le yang, je suis le feu, elle est la glace, elle est le jour et je suis la nuit, on peut citer des centaines d'exemples, tout ce que je sais c'est que nous sommes deux moitiés qui sont faites pour s'unir et former un tout.

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