CHAPITRE 31 : THOMAS

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 Lorsque j'arrive sur scène, le dernier comme toujours, le public est en délire, quel accueil, je ne peux pas décrire ce que je ressens à ce moment-là, mais mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Ces gens sont là pour nous, une standing ovation pour nous, rien que pour nous, et cela me fait du bien. On a bossé dur pour arriver sur la scène du Madison. On a eu des hauts et des bas et en début de carrière, beaucoup de bas, mais jamais nous n'avons baissé les bras, nous avons toujours été là les uns pour les autres et aujourd'hui cela paye. Je dois dire qu'à une époque, je regardais nos statistiques de vente, de classement, tous les jours. Aujourd'hui cela ne me fait plus aucun effet, car ce qui est important, c'est le public qui est en face de nous. Nous avons fait une semaine complète, et maintenant nous avons rempilé pour quatre soirs, à chaque fois sold out, les chiffres doivent être bons, non ? Autrement, nous n'aurions pas un accueil comme celui-là. Onze jours au Madison avec plus de vingt mille personnes la soirée, cela nous fait plus de deux cent mille personnes sur une seule scène, on ne doit pas être si mauvais que cela.

 Ces quatre soirs sont incroyables, comme toujours, l'accueil des fans, le travail de l'équipe technique, tout est parfait. Nous arrivons au milieu du dernier soir et d'habitude Hector commence un solo de batterie afin que je puisse aller me changer, c'est toujours plus que nécessaire, mais ce soir, nous avons entamé notre révélation. Je demande à ce que l'on m'apporte un tabouret, ce qui est fait. Le public semble un peu étonné de nous voir nous installer et je commence :

— Je n'ai pas l'habitude de m'arrêter de chanter, mais je le fais car j'ai quelque chose à vous annoncer.

— Non mec, pas « tu », mais « nous » avons quelque chose à vous annoncer, ajoute Julian en se mettant à côté de moi et en passant son bras autour de mes épaules.

 Ce que je peux aimer ce mec, c'est incroyable. Je passe mon bras autour de sa taille et nous attendons qu'Hector et Hugo nous rejoignent. Je respire un grand coup et je me lance  :

— Si j'ai arrêté quelques instants, c'est pour que « nous », je dis bien « nous » puissions vous dire quelque chose. Un fait qui appartient à notre passé, mais qui aujourd'hui influence notre présent et le mien plus précisément. À Hyde Park, j'ai fait la connaissance d'une femme. J'en suis tombé follement amoureux, même si je suis marié à Dorothé. Je n'y peux rien, c'est physique, chimique, je ne sais pas comment vous expliquer, je ne cherche aucune excuse, j'ai eu un coup de foudre et j'ai la chance que cela soit réciproque, donc voilà, je trompe ma femme, mais je suis heureux avec Caroline.

 Je m'arrête un instant et nous nous tournons vers les écrans des réseaux sociaux, des messages arrivent et j'en lis un qui nous fait sourire : « mec, tu n'es pas le premier à tromper ta femme et tu ne seras pas le dernier ». Un autre message arrive et dit : « elle en a de la chance, merde c'est foutu pour nous » On attend quelques instants encore et Julian prend la parole et dit :

— Et les filles, moi je suis libre, je veux bien prendre sa place, il n'a absolument rien de plus que moi. Les messages arrivent en disant : « quand tu veux, des numéros de téléphone arrivent sur les écrans, des smileys, des cœurs » et Julian reprend :

— Merci à toutes, mais sérieusement on voulait vous dire quelque chose, et on veut le faire ici car nous sommes chez nous et on vous aime.

 Un tonnerre d'applaudissements arrive et de nombreux messages qui nous disent : « on vous aime aussi ».

— Vous savez, avant Dorothé, j'ai connu une femme qui se nommait Sarah. J'ai eu des jumeaux avec elle, Jessica et Jackson. Malheureusement, Sarah est décédée en les mettant au monde. J'avais dix-huit ans, on venait de signer un emprunt monumental pour notre premier clip, on avait l'hôpital à payer, les frais d'enterrement. Les factures ne faisaient que s'empiler et on ne savait plus quoi faire pour payer nos dettes jusqu'au moment où l'on a trouvé un job, autre que dans la musique, on a travaillé comme gigolos.

 Je lâche un souffle, j'ai l'impression que je ne respirais plus depuis plusieurs minutes. Julian me tient plus serré encore et nous nous tournons vers les écrans géants. Il faut quelques secondes avant que les messages n'arrivent, et je dois dire que personne ne s'y attendait, on l'espérait, mais on ne peut jamais savoir.

 Nous lisons les messages qui arrivent et nous sommes étonnés, mais dans le bon sens du terme. Nous avons toujours eu un excellent rapport avec notre public et nous sommes heureux de voir des « et ? Ton point de vue ? je suis parent et on fait n'importe quoi pour ses enfants, certains nous font franchement rigoler surtout celui qui dit : « vous exercez encore ? Si oui, je prends rdv ».

 Nous sommes vraiment impressionnés par la gentillesse de nos fans, nous savons que nous sommes aimés, mais là cela fait chaud au cœur. Oliver a aussi eu une bonne idée et un micro circule dans la salle. Nous échangeons nos idées avec notre public et personne ne nous fait de reproche, non personne. Nous qui pensions nous arrêter quelques minutes, cela fait pratiquement une heure que nous sommes occupés. Notre discussion s'achève lorsqu'un fan a le micro en mains et nous dit  : « les gars, cela fait trente ans que je vous suis, j'ai suivi vos premiers concerts dans les bars et je vous ai adorés dès le premier soir. Julian ne t'y crois pas, hein, je te laisse aux nanas », un tonnerre d'applaudissements arrive et de nombreux sifflements, et puis il reprend « j'ai toujours aimé ce que vous avez fait comme musique. On vous aime pour ce que vous faites, et je sais que je parle ici au nom de tous les fans présents, on apprécie votre musique, les paroles, les mélodies que vous avez écrites, alors merci de nous faire confiance et de nous avoir parlé ce soir, mais on reprend, la musique est tout ce que nous attendons de vous, on vous aime tels que vous êtes, merci d'être là ».

 Je remercie cette personne en particulier et les fans en général, Hector va se mettre derrière sa batterie et nous allons nous changer. Aucun de nous ne dit rien, mais nous sommes dans les loges le cœur léger. On va pouvoir reprendre une vie normale, enfin surtout moi, je vais pouvoir avancer et vivre comme je l'entends avec Caroline. Nous remontons sur scène et nous donnons tout ce que nous avons. Nous offrons encore un petit trois heures de spectacle. Avec Slane, je pense que c'est le plus long concert. Nous quittons la scène un peu avant deux heures du matin, nous sommes cassés, vidés physiquement, mais nous n'avons jamais été aussi sereins. En descendant les marches qui mènent à la loge, nous nous suivons et nos mains se cherchent, nous avons besoin d'être les uns auprès des autres. Je sais que je me répète, mais on fait partie de ces mecs qui montrent leurs sentiments et dès que nous sommes arrivés au bas des marches, nous sommes dans les bras les uns des autres. Notre équipe de collaborateurs qui est présente nous applaudit et nous recevons des « bravo, excellentes initiatives » et d'autres encore que je n'enregistre pas. Les guys vont prendre une douche, moi j'attrape mon portable pour deux raisons, tout d'abord je préviens Andy, notre avocat, pour qu'il mette les papiers du divorce en route, et ensuite il faut que je parle à Caroline. Andy est un oiseau de nuit et sa réponse ne se fait pas attendre « je serai à ton hôtel demain aux alentours des onze heures avec une proposition. Bonne nuit »

— Bonjour ma princesse, comment vas-tu  ? Comment va bébé  ?

— Bonsoir Thomas, nous allons bien, mais toi  ? Pourquoi tu me téléphones à deux heures du matin  ?

— On vient de quitter la scène, c'était notre dernier soir au Madison.

— Maintenant à deux heures ? Ce n'est pas normal  ? Thomas que se passe-t-il ?

— Nous avons annoncé à notre public notre histoire, toute notre histoire, y compris le travail de gigolos. Des écrans géants ont été installés et les réactions du public ont été plus que chaleureuses. Tout le monde nous remercie de l'avoir annoncé comme cela et pas via un journal quelconque. Je suis soulagé ma princesse, on va pouvoir vivre tranquillement, enfin  !

— Je suis fière de vous Thomas, bravo d'avoir eu le courage de le faire. Tu avais dit que tu allais trouver une solution, merci, merci pour tout et merci aux autres aussi. Vous êtes tous fantastiques, merci.

— Il fallait que je t'en parle, mais je te laisse, je suis crevé.

— Je t'aime Thomas  !

— Je t'aime ma princesse, passe une bonne fin de journée. À demain, enfin non, je te téléphone dans quelques heures.

— À tout à l'heure  !

 Nous rentrons à l'hôtel et nous nous écroulons sur notre lit. Je ne me suis même pas déshabillé et Julian non plus. Cela fait des nuits que nous n'avons plus partagé un lit, mais nous reprenons vite nos petites habitudes. Je souris, si Caroline était là, elle nous dirait « ah, le vieux couple est là ! ». Nous nous endormons en quelques secondes, nous en avons besoin physiquement.

 À l'heure du lunch, tout le monde est réuni dans notre chambre. Une splendide table est dressée, le repas est délicieux, malheureusement il est entaché de la visite de Dorothé. Je rigole car elle rentre avec une carte magnétique, je suppose que le réceptionniste n'est pas au courant de ma décision. Elle s'approche directement de moi et me dit  :

— Alors content, tu me fiches la honte devant des milliers de personnes, tout cela pour baiser avec ta petite pute  !

— Je t'interdis de parler de Caroline comme cela. Je ne te mets pas la honte, c'est toi qui nous as menacés en disant que soit je restais, soit tu dévoilais ce que tu croyais connaître, je n'ai pas pris de risque, je ne suis pas seul dans cette histoire  !

— C'est facile de te cacher derrière ton groupe, tu l'as toujours fait. Mais dis-toi que cela va te coûter cher, très cher  !

— Tout ce que tu veux Doro, moi je veux ma liberté, c'est tout ce que je demande.

— Oh, je ne te parlais pas d'argent, je suis enceinte Thomas et soit tu restes, soit tu ne connais pas ton enfant, c'est aussi simple que cela.

— Ce n'est pas possible Doro, cela fait des mois que je ne t'ai pas vue  ! C'est impossible !

— Mais pas du tout, la veille de ton départ pour l'Europe mon chéri, et tu sais bien qu'il ne suffit que d'une fois  ! C'est simple tu restes, tu connais ton enfant, tu baises cette pute, tu ne le connais pas !

 Elle repart, mais au bout de la table, elle fait demi-tour attrape le verre de vin de quelqu'un et me le lance. Dommage, il est excellent.

— Je me sens mieux, merci me dit-elle. Elle se dirige vers la porte, dépose la carte et se retourne en souriant et en ajoutant :

— Cette fois-ci mon chéri, toutes les déclarations du monde n'y changeront rien. Bonne journée  !

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