CHAPITRE 50 : CAROLINE

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 Nous arrivons à la maison au bout d'une bonne vingtaine de minutes.  Mes enfants sont à l'arrière de notre voiture, ils sont tombés endormis dès que nous avons mis le contact. Je les réveille et nous entrons.  Nous sommes tous vidés, fatigués, usés des évènements de la nuit. Carmen nous accueille, la cuisine sent bon, un mélange de café, de thé, de bacon et de divers fruits.

— Caroline, dis-moi comment va Jessica  ?

— Très bien Carmen, elle a donné naissance à une fille et un garçon. Ils sont splendides tous les deux  !

— Normal, ils tiennent de leur grand-père, ajoute Thomas.

— C'est formidable, s'ils vont bien. Vous voulez manger quelque chose ? Tout est prêt.

— Oui, merci Carmen, on va manger, on en a besoin, merci pour tout.

 Tout le monde s'installe dans la cuisine, comme nous le faisons souvent, la maison est immense et nous serions plus à l'aide dans le living ou à la terrasse, mais non, nous nous asseyons à la cuisine. Thomas se sert un café, noir comme il l'aime, lorsqu'il avale la première gorgée, il ferme les yeux, il savoure ce moment simple, l'arôme du café, il apprécie d'avoir sa fille auprès de lui. Je m'approche de lui, le temps que mon thé infuse. Je passe mes bras autour de sa taille, je dépose mon visage dans son dos et je sens un grand soupir s'exhaler de sa bouche.

— Tout va bien, on peut se relâcher, tout va bien  !

 Il ne me dit rien, il boit son café, et son autre main passe sur mes mains de façon tendre. Il se tourne et prend appui sur le plan de travail, en y déposant ses fesses. Je m'installe plus confortablement dans ses bras. Stephen nous interrompt  :

— Alors on va t'appeler bientôt « papy » ?

— Papy, pas mal à quarante-cinq ans, papy... Je ne m'y attendais pas, pas si vite du moins. Jessica n'a jamais vraiment eu quelqu'un de stable dans sa vie, donc je n'y pensais pas.

— Depuis trois ans, elle cache bien son jeu, elle a su dompter Julian, j'ai l'impression.

— Pourtant, elle ne doit pas avoir facile, c'est certain. Je l'adore, tu le sais bien, mais il a toujours eu ce côté cavaleur. Il a dû essayer autant de femmes que la totalité des hommes du comté, je te jure, il a toujours été volage.

— Aujourd'hui, ils sont heureux, c'est le principal, papy, je lui réponds en lui faisant un clin d'œil.

— Ma princesse, que mes petits-enfants m'appellent papy, d'accord, que ton fils m'appelle papy, encore d'accord, mais toi, je te l'interdis, m'ordonne t-il en me jetant sur son épaule et en me donnant une fessée. Tu vas voir de quoi papy est capable, et directement.

 Nous sortons de la cuisine, j'entends tous les autres rire de bon cœur. Cette diversion fait du bien à toute notre famille. Je joue le jeu de Thomas, j'adore cela, je frappe légèrement mes poings dans son dos en lui demandant  :

— Dépose-moi, tout de suite  !

— Pas question, tu vas voir ce qu'un papy peut faire  !

— Et tu vas faire quoi, papy  ?

— Ce n'est pas le genre de choses que je peux t'expliquer tant que nous ne sommes pas seuls, ma princesse.

 Nous arrivons à notre chambre, au second étage de la maison, Thomas ferme la porte à l'aide de son pied et s'il y a quelques minutes, il me semblait fatigué, ce n'est plus du tout le cas. J'enregistre dans un coin de ma tête qu'un café noir corsé le retape en quelques minutes.  C'est une information que je ne dois pas oublier  ! Son visage se fend d'un sourire carnassier.   Il est d'une beauté saisissante, même après une nuit aussi difficile que celle que nous venons de vivre. En quelques instants, nous sommes déshabillés et nous profitons l'un de l'autre. Nous en avons besoin.  Nos corps ont besoin l'un de l'autre et nous en jouissons longuement en nous emmenant mutuellement sur un chemin que nous prenons régulièrement.  Un itinéraire que nous connaissons, un sentier qui nous fait atteindre le bonheur, tout simplement. Un bonheur physique, c'est certain, mais en ce moment, c'est surtout un bonheur des âmes, nous sommes faits l'un pour l'autre, nous le savons, nos corps le sentent, nos âmes le confirment.

 Nous nous réveillons en début d'après-midi, le soleil a envahi notre chambre, il fait beau, le ciel est bleu et le soleil frappe de plein fouet en cette journée de fin d'année. Dans quelques jours, nous fêterons l'année nouvelle. C'est une première pour moi-même et mes enfants, nous n'avons jamais fêté la nouvelle année sous le soleil. Thomas dort encore, le drap est à la hauteur de ses hanches et une fois de plus j'en profite pour admirer son corps. Je passe mes doigts le long de sa mâchoire, je descends le long de sa clavicule, je passe au milieu de sa poitrine, puis je dessine ses abdos. Pour une fois, je m'arrête à ses abdos.  Il a l'air fatigué, je le laisse se reposer en jouant avec mes doigts sur sa poitrine.

— Bonjour ma princesse, dommage que tu sois remontée, tu ne t'arrêtes jamais à la hauteur de mes abdos, tu suis le contour de ma ligne en V, et maintenant tu stoppes, dommage, me dit-il en prenant ma main et en l'embrassant.

— Bonjour mon prince, je pensais que tu dormais, tu as l'air fatigué, je ne voulais pas te réveiller.

— Tu me fatigues, ma princesse.

— Moi  ? Tu oses me dire ça, je lui murmure en me glissant sur son corps.

— J'ai la chance de récupérer très vite, ma princesse, me confirme-t-il en emprisonnant mes lèvres dans les siennes.

 Une grosse demi-heure plus tard, nous sommes sous la douche. Nous nous habillons et le portable de Thomas sonne. Il décroche à la deuxième sonnerie en voyant le prénom de Julian apparaitre.

— Salut mec, comment va  ?

— Bonjour Julian, ça va et chez vous  ? On peut passer  ?

— Ça va, on a tous bien dormi, cela fait du bien. J'ai besoin de toi Thomas  !

— J'arrive, j'enfile mes boots et je suis là.

 C'est ce que j'aime chez eux, Julian n'a rien dit d'autre, simplement « j'ai besoin de toi », ils sont comme cela. Ils ont toujours compté l'un sur l'autre et je pense que cette nuit a été terrible, pour l'un comme pour l'autre. Dans un cas comme dans l'autre, si le médecin n'avait pas fait un miracle, un de ces deux hommes aurait perdu un enfant.

 Nous arrivons à l'hôpital, je m'installe auprès de Jessica, elle me donne son fils et installe mieux sa fille dans ses bras. À peine rentré, Thomas se dirige vers Julian et ils se prennent simplement dans les bras. Il embrasse ses cheveux en lui disant « je suis là ». Ils sortent de la chambre, je pense qu'ils ont besoin de parler de diverses choses.

Les jumeaux sont sages comme des images, Jessica a l'air éreintée, l'opération a été longue. Elle me regarde et entame la conversation  :

— Je pensais ce que je t'ai dit cette nuit.

— À quel propos  ?

— Merci de m'avoir choisie, c'est égoïste, mais je pense que papa ne l'aurait pas encaissé. Il a très mal supporté d'avoir perdu votre bébé, autant que toi je pense.

— Je sais bien ma chérie, ce fut très difficile et j'avoue que c'est à ça que j'ai pensé quand j'ai donné ma décision au médecin. Je comprends bien que je faisais souffrir Julian, mais vous auriez eu d'autres enfants.  Même si ce n'est jamais la même chose, vous êtes assez forts pour passer au-dessus de ça, tandis que si tu étais partie, Thomas ne s'en serait jamais relevé, jamais.

— Merci aussi d'être là. Tu as changé papa, tu sais, depuis que tu es entrée dans sa vie. Je crois qu'il a trouvé son âme sœur, sa moitié, tu es le ying, il est le yang, tu es le feu, il est l'eau, tu es le jour, il est la nuit. Vous êtes vraiment complémentaires l'un pour l'autre. Je t'ai dit aussi que j'aurais aimé avoir une maman comme toi, je le pense. Tu es une femme extraordinaire, tes enfants ont beaucoup de chance de t'avoir, et moi aussi, me confirme-t-elle en me prenant la main.

— Tu es une jeune femme extraordinaire, Jessi, n'ai aucun doute à ce sujet.  Tu feras une maman extra, vraiment, ces petits bouts ont beaucoup de chance de t'avoir  ! Et en ce qui concerne ton père, j'ai moi aussi trouvé mon équilibre auprès de lui. Il m'a transformée et en bien.  Je suis heureuse, épanouie, il m'a offert un job génial et lui c'est un homme extraordinaire, vraiment  !

— Vous devez parler de moi, c'est certain  ! Julian est entré, qui d'autre  ?

— Toi aussi, tu es un homme extraordinaire, je lui dis et tu es un super papa  !

— Tu veux bien disctuter avec le super papa quelques instants  ?

— Bien sûr Julian. Je dépose son fils dans les bras de Thomas et nous sortons dans le hall. Thomas s'installe sur le lit de Jessica et je les entends bavarder de cette nuit.

 Nous faisons quelques pas, nous allons vers la sortie. Dans l'ascenseur, il me prend dans ses bras et cache son visage dans ma masse de cheveux. Je suis un peu surprise par son geste, puis je constate que deux ados ne font que nous dévisager. Je joue le jeu aussi et je le cajole tendrement. Nous arrivons sur l'aire de repos de l'hôpital, et nous nous installons au soleil. Julian me sourit, me prend les mains et ajoute  :

— Non, je parle en premier. Ne dis rien s'il te plait. Je vais être franc, cette nuit, je t'aurais volontiers tordu le cou quand tu as dit que le doc devait choisir Jessica.  Aujourd'hui sache que je suis le plus heureux des hommes. Cette nuit, je t'en ai voulu, tu allais me priver de mes enfants.  Je t'ai détestée pour cela, mais je sais que si tu as fait ce choix c'est pour deux raisons. La première, ni Thomas, ni moi n'avons pris de décision et il en fallait une.  Rapide, très rapide, autrement nous aurions perdu tout le monde et la seconde, je comprends pourquoi tu as choisi Jessica. Je sais que tu as perdu un enfant, et tu ne voulais pas que Thomas subisse cela à nouveau. Merci pour ça, tu prends soin de lui. Le premier jour que je t'ai vue, je t'ai expliqué que si tu lui faisais du mal, je te casserais la gueule.  Aujourd'hui je sais qu'il a trouvé le bonheur et c'est grâce à toi, alors merci d'être là, de faire partie de nos vies, merci d'avoir pris cette décision.

— Julian je ne sais pas quoi te dire, c'est vrai que j'ai pensé à Thomas en premier. C'est sans doute très primaire comme raisonnement, mais Thomas avait perdu un enfant, ça suffisait, je sais ce que c'est, c'est un sentiment atroce.  Alors c'est certain, je ne voulais pas qu'il subisse ça à nouveau et puis je me suis dit que si Jessica était en vie, vous auriez pu surmonter cette épreuve à deux, et vous auriez eu d'autres enfants. Je n'ai pas eu le droit de prendre cette décision, mais il fallait que quelqu'un le fasse. Plusieurs minutes s'étaient écoulées, le médecin était là. Il attendait votre choix.

— Tu as pris une décision importante et merci de l'avoir fait. J'en suis très heureux, merci de penser à nous et de penser à Thomas aussi, surtout à lui, merci, me remercie-t-il en serrant mes mains un peu plus dans les siennes.

 Il a l'air fatigué, exténué et aujourd'hui ses quarante-cinq ans se lisent sur son visage.  Mais il est heureux d'avoir sa femme et ses enfants. Je dégage une de mes mains, et je la passe sur sa joue, il se retourne et embrasse la paume de ma main en confirmant :

— Je sais pourquoi Thomas est tombé amoureux de toi, tu es une femme extraordinaire !

 Il se met dans mes bras et nous restons très longtemps enlacés ainsi. En faisant la connaissance de Thomas et en entrant dans sa vie, j'ai reçu un homme, un amant, des frères, une tribu exceptionnelle.  J'en suis très heureuse, vraiment très heureuse.

— Ma proposition tient toujours, je te veux comme marraine  !

— Je suis présente comme marraine, je te le promets, mais je ne connais même pas le prénom de mon filleul.

— Le prénom de ton filleul  ?

— Oui, le prénom de ton fils  !

— Merde, on n'a pas pensé à leur donner de prénom. Viens, on va rejoindre les autres, et on va régler cela.

— Je t'aime Julian, tu es une personne adorable  !

— Je t'aime aussi ma belle, merci de faire partie de ma vie. Je m'en rends compte, je le dis souvent en ce moment, mais c'est pour moi un mot important et je ne sais pas l'exprimer autrement.

 Nous reprenons l'ascenseur, Julian signe quelques autographes avant que nous arrivions dans la chambre de Jessica. Thomas donne le biberon à son petit-fils et Jessica à sa fille. Julian fait des photos de ce merveilleux moment.

— Ma chérie, nous n'avons même pas donné de prénom à nos enfants  !

— Comment mon petit-fils n'a pas de prénom  ? C'est quoi cette histoire  ? demande Thomas en arquant les sourcils.

— On n'y a pas vraiment pensé papa, on a eu d'autres soucis cette nuit. Mais nous voudrions l'appeler Michael et ma petite princesse sera Victoria.

— Splendides tous les deux, Michael et Victoria, j'adore.

— Papa, je voulais te dire aussi que je n'aurais plus d'autres enfants, alors il faudra bien t'occuper de ces deux-là. Le médecin a pris la décision en dernière minute, pour mes deux petits bouts, et de ce fait, ma matrice a été endommagée et je n'aurai plus d'enfant, nous confirme-t-elle tristement.

 Il y a du regret dans sa voix, elle a toujours voulu une grande famille.  Mais malgré tout, elle est heureuse d'avoir déjà ces deux splendides bambins.

— Jessi, tu vas bien, tu as deux magnifiques enfants, le reste n'a pas d'importance, ma chérie.

— Et puis, on pourra baiser comme des lapins alors, ajoute Julian en souriant.

 Ce genre de réflexion aide toujours, l'atmosphère se détend, nous prenons conscience que nous sommes ensemble, nous sommes heureux d'être là simplement.

 Nous rentrons en début de soirée à la maison. Julian est resté à l'hôpital avec Jessica et les enfants. Cela lui va bien ce rôle de papa poule, il est aux anges. Les premières photos nous arrivent par WhatsApp, et nous les montrons au reste de la famille. Thomas ne reçoit que des compliments sur ses petits-enfants et il en très fier, cela se voit.

 Oliver nous rejoint et nous faisons un communiqué de presse, quelques mots afin de dire que Julian est papa de magnifiques jumeaux.  Tout s'est parfaitement déroulé, la maman et les enfants se portent bien  ! Nous y ajoutons quelques photos. Le lendemain, le reste de la famille se rend à l'hôpital, nous sommes les seuls à avoir vu la petite famille et tout le monde veut en profiter, c'est normal  !

 Nous sommes au calme, nous nous installons le long de la piscine et nous laissons le soleil nous réchauffer le corps et l'esprit. Enfin surtout l'esprit car nous avons trouvé par nous-même une façon de nous réchauffer le corps.  Nous n'avions jamais fait l'amour dans une piscine, une première de plus.

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