CHAPITRE 49 : CAROLINE

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— Ma chérie, je te présente ton papa, il s'appelle Julian et derrière se trouve ton papy, il se nomme Thomas.

 C'est à ce moment précis que ce petit être ouvre les yeux, et je sais qu'elle ne peut pas sourire en voyant Julian, pourtant c'est un sourire magnifique qui se dessine sur les lèvres de ma petite fille lorsqu'elle voit son papa. Caroline s'approche encore  :

— Julian voici ta fille, elle a besoin de toi, prends la dans tes bras.

 Il ne se fait pas prier, il a l'habitude d'avoir des enfants dans les bras, cela se voit. Il la dépose délicatement dans ses bras, passe son index sur sa joue et répète sans cesse « ma fille ». Jackson s'est approché calmement aussi, il s'est assis auprès de Julian et lui dit « regarde, je tiens ton fils, qui est aussi mon neveu remarque »  Julian cale sa fille dans un bras et ouvre son autre bras afin que Jackson y dépose son fils. Toujours assis dans la chaise roulante, Julian me demande  :

— Voudrais-tu s'il te plaît nous conduire chez Jessica  ? Votre maman vous attend mes trésors.

 Nous nous mettons en route et nous rejoignons la chambre de Jessica. J'avoue que je suis choqué lorsque je rentre.  Ma fille est allongée dans son lit, elle a les cheveux en bataille, elle a plusieurs tuyaux dans les veines, elle est pâle. Elle nous entend arriver et nous sourit. Elle voit enfin ses enfants, des larmes coulent le long de ses joues. Jackson l'aide à se relever dans son lit, je mets dans mes bras mon petit fils et Caroline,  ma petite-fille afin que Julian puisse se lever. Il prend appui sur la chaise, se lève, il titube encore un peu, mais il arrive à s'asseoir sur le lit. J'ai toujours su qu'il y avait quelque chose entre eux deux, mais l'amour que je peux voir à ce moment précis, je ne l'ai jamais vu, à part peut-être entre Caroline et moi.

 Je ne suis pas croyant, même si je suis d'origine italienne, chrétienne, catholique, je ne crois pas au fait qu'il y ait une instance suprême qui soit capable de nous diriger, de décider de nos vies, même si j'avoue que durant l'intervention de ma fille, j'ai prié tous les Saints que je connaissais. Je crois en moi, en des valeurs comme la fidélité, l'amour, l'amitié, le courage, la bonté, le partage, mais en ce moment, je lève les yeux au ciel et je dis simplement « merci Dieu de nous l'avoir ramenée ». Personne ne m'a entendu, si Dieu existe, lui m'a entendu et c'est le principal.

 Jessica nous demande de lui donner ses enfants, ce que nous faisons. Je fais le tour du lit et je me place derrière Caroline en la prenant dans mes bras. Elle passe ses mains sur mes avant-bras et son contact me fait un bien fou. Jessica nous regarde, puis sourit à ses enfants. Elle est splendide et je suis fier d'être le papa d'une femme aussi forte, comblé d'être le papy de deux magnifiques petits êtres. Jessi nous explique qu'elle a eu un accouchement très difficile, elle a eu des périodes de conscience et d'autres d'inconscience. Elle regarde Caroline, lui tend la main et dit  :

— Je sais que c'est toi qui as dû prendre une décision, ni papa, ni Julian ne voulaient le faire. Merci de m'avoir choisi, merci d'avoir donné à papa l'occasion d'encore me voir, merci d'avoir donné à Julian l'occasion d'avoir encore une femme. Merci d'avoir pris soin de ma fille pendant les premiers moments de sa vie. Tu es une femme très spéciale, merci d'être entrée dans nos vies. On n'a pas assez d'années de différences pour que je dise ça, mais si j'avais pu choisir, j'aurais souhaité avoir une maman comme toi, tu es une femme extraordinaire, merci d'être ici avec nous, merci de faire partie de notre famille.

 Caroline ne dit rien, mais elle s'est installée sur le lit et elle a pris Jessica dans ses bras. C'est dans des moments comme ceux-là que je me rends compte que Jessica n'a pas eu la chance d'avoir sa maman. « Sarah tu me manques ma chérie, énormément, je t'aime ».

 L'infirmière entre dans la chambre et nous explique que Jessica a besoin de repos, et les bébés aussi d'ailleurs. Elle a fait venir un lit supplémentaire et Julian s'y installe, enfin plutôt il s'y effondre, il est épuisé physiquement et surtout émotionnellement. Nous les laissons, tous les quatre, ils ont besoin de repos. Avant de partir, Julian m'appelle. Je m'approche de son lit, je m'assieds sur le bord et il me dit :

— Merci d'avoir été là, merci de m'avoir cherché, merci de m'avoir ramené auprès de ceux que j'aime, merci grand frère  ! Je t'aime Thomas.

— Moi aussi, je t'aime Julian et tu seras le plus merveilleux des papas. Je vous laisse, vous avez besoin de repos, on en a tous besoin.

 Je l'embrasse sur le sommet de son crâne, mes petits-enfants dorment déjà, ma fille aussi et c'est l'esprit serein que je quitte la chambre d'hôpital. Ma famille va bien, elle s'est agrandie, ils vont tous bien, c'est le principal  !

 La fin d'année est riche en émotions c'est certain, l'année entière a été forte en émotions. C'est pour cela que l'on parle « de la crise de la quarantaine », ou que l'on dit que « la vie commence à quarante ans » ? Je ne sais pas répondre à cela, mais je sais que jamais je n'oublierai l'année de mes quarante ans. C'est une année spéciale, une année qui m'a fait prendre un tournant dans ma vie, à cent quatre-vingts degrés. Je faisais un boulot rempli de routine, j'étais enlisée dans un mariage sans amour et aujourd'hui je suis heureuse, ravie, même si j'ai eu le malheur de perdre un enfant.  Je suis une femme comblée, je fais un boulot que j'aime, mes enfants sont en bonne santé, l'homme que j'aime est auprès de moi et ma famille est devenue une véritable tribu, qui vient de s'agrandir ce soir même avec l'arrivée de deux magnifiques bambins.

 Je n'ai pas su quoi répondre quand Jessica m'a dit « merci pour les décisions que j'ai prises ».   Quand j'y pense, j'ai fait le choix de tuer deux petits êtres que je ne connaissais pas, pour sauver la vie d'une femme qui est la fille de l'homme que j'aime. Qui suis-je pour avoir pris une telle décision ? Je n'ai aucun pouvoir, personne n'a le droit de décider de la vie ou de la mort de quelqu'un. Comment ai-je prononcé ce verdict  ?  Je n'ose imaginer si le médecin n'avait pas fait ce miracle. Un jour Julian, Thomas, Jessica m'auraient reproché la décision que j'ai prise aujourd'hui, mais non, ici Jessica me dit merci.

 Ce que j'ai encore le plus apprécié c'est que Jessi me mentionne qu'elle aurait aimé avoir une maman comme moi. Je constate que sa maman lui a vraiment manquée et une fois de plus, je ne comprends pas Dorothé, pourquoi ne jamais avoir donné de l'amour aux enfants de Thomas  ? Elle savait qu'il avait des enfants lorsqu'elle l'a épousé.  Il ne l'a jamais caché, alors pourquoi ne pas accepter la réalité, pourquoi ne pas aimer la personne telle qu'elle est, avec ses qualités, ses défauts, ses bagages  ? Lorsque l'on aime une personne c'est pour ce qu'elle est, si on essaye de la changer, on ne l'aime pas. Jamais je ne comprendrais l'attitude de Dorothé, non jamais.

 Nous avons pris la voiture et nous sommes rentrés vers la villa. Le soleil se pointe, le ciel est splendide, une superbe journée s'annonce une fois de plus. Je regarde Thomas, il a l'air éreinté, de grands cernes noirs maculent ses yeux bleus. Ils sont rouges de fatigue, d'avoir pleuré.  La route est calme et lorsque le trafic est aussi restreint, Thomas conduit une main sur le volant, une main sur le changement de vitesse. Je dépose ma main sur la sienne, il se tourne et me sourit, ses yeux sont fatigués, mais son sourire les atteint. Il est heureux ou peut-être soulagé, suite à la nuit que nous venons de passer.

— À quoi penses-tu ma princesse  ?

— À nous, à notre famille, à la décision que j'ai prise. Je me disais qu'aujourd'hui vous êtes heureux, mais que se serait-il passé si le médecin n'avait pas fait de miracle ? Je pense qu'un jour Julian, Jessica ou même toi, vous me l'auriez reproché.

— Ne pense pas à ça, ils sont tous en bonne santé, et puis je t'avoue que j'ai été heureux que tu prennes cette décision.

— Tu le penses ?

— Oui, je le pense, Jessica est ma fille et lorsque tu as dit qu'il fallait la sauver, j'ai remercié tous les Saints que je connaissais. On vient de perdre un enfant cette année, je n'aurais pas supporté d'en perdre un second, surtout pas Jessica. Ne crois pas que j'aime moins mes autres enfants, mais Jessica j'ai toujours eu un rapport très fort avec elle. Ne le dis pas aux autres, mais quelque part, elle est la première et c'est une enfant spéciale pour moi. En plus, tu sais quand elle est née, elle était plus petite que Jackson, plus maigre, ils avaient quatre cent cinquante grammes de différence, c'est énorme pour un bébé, j'ai toujours eu peur pour elle, pour les choix qu'elle faisait, pour les gens qu'elle fréquentait, enfin c'est ma petite fille même si aujourd'hui elle a vingt-sept ans.

— Je te comprends tout à fait, je pense que j'ai le même genre de relation avec Mélanie, elle était aussi un petit bébé, criard, elle a mis longtemps à prendre du poids, à dormir comme il fallait, alors c'est vrai que je l'ai toujours plus protégée que ce que je n'ai fait vis-à-vis de Stephen.

— Je suis sérieux, merci d'avoir fait ce choix, et je sais que si le médecin n'avait pas pu sauver les enfants, Julian ne t'en aurait jamais voulu. Il aime Jessica comme jamais il n'a aimé une personne et comme jamais il n'aimera quelqu'un.

— J'ai choisi sa femme à la place de ses enfants.

— C'est certain, mais quelqu'un devait prendre une décision et tu l'as fait, alors merci. Sincèrement, ma princesse, me dit-il en prenant ma main dans la sienne et en l'embrassant.

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